--En parcourant dans la journée le livre des _Emblèmes_ de Bocchi[338],
je retrouve encore une foule de choses ravissantes d'élégance à
étudier. J'essaye avant dîner, mais la fatigue me prend; je ne suis pas
encore remis.
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25 _avril._--Lassalle venu ce matin: il me prévient peu en faveur
d'Arnoux.
Riesener venu, et Boissard; puis Mme Beaufils, qui m'a fort fatigué
avec son insistance pour me faire promettre d'aller chez elle cet
automne.
Riesener dit une chose très juste, à propos de l'enthousiasme exagéré
que peuvent inspirer les peintures de Michel-Ange. Je lui parlais de ce
que m'avait dit Corot, de la supériorité prodigieuse de ces ouvrages;
Riesener dit très bien que le gigantesque, l'enflure, et même la
monotonie que comportent de tels objets, écrasent nécessairement ce
qu'on peut mettre à côté. L'Antique mis à côté des idoles indiennes
ou byzantines se rétrécit et semble terre à terre...; à plus forte
raison, des peintures comme celles de Lesueur et même de Paul Véronèse.
Il a raison de prétendre que cela ne doit pas déconcerter, et que
chaque chose est bien à sa place.
--Dans la journée, chez Mme Delessert. Elle était au lit; j'ai eu
beaucoup de plaisir à la revoir, malgré son indisposition, qui, je le
crois, n'est pas dangereuse.
Revenu sans trouver de fiacre, et forcé de prendre l'omnibus.
--Rendu ce même jour à Villot et à lui renvoyé par la femme de ménage
un cadre contenant des pastels, costumes vénitiens; une petite toile,
_idem_, peinte à l'huile; une feuille de croquis, aquarelle de la salle
du Palais ducal, et une esquisse sur carton, d'après un tableau de
Rubens qui est à Nantes.
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26 _avril._--Reçu une lettre de V..., qui m'a fait plaisir et montré,
par cette prévenance, qu'il était sous l'empire du même sentiment que
moi.
--Vers une heure, chez Villot, à son atelier, et bonne après-midi; je
suis revenu assez gaillardement.
--Le soir, Pierret est venu passer une partie de la soirée. En somme,
bonne journée.
Il me parle de sa soirée chez Champmartin, où Dumas a démontré la
faiblesse de Racine, la nullité de Boileau, le manque absolu de
mélancolie chez les écrivains du prétendu grand siècle. J'en ai
entrepris l'apologie.
Dumas ne tarit pas sur cette place publique banale, sur ce vestibule
de palais, où tout se passe chez nos tragiques et dans Molière.
Ils veulent de l'art sans convention préalable. Ces prétendues
invraisemblances ne choquaient personne; mais ce qui choque
horriblement, c'est, dans leurs ouvrages, ce mélange d'un vrai à
outrance que les arts repoussent, avec les sentiments, les caractères
ou les situations les plus fausses et les plus outrées... Pourquoi ne
trouvent-ils pas qu'une gravure ou qu'un dessin ne représente rien,
parce qu'il y manque la couleur?.... S'ils avaient été sculpteurs,
ils auraient peint les statues et les auraient fait marcher par des
ressorts, et ils se seraient crus beaucoup plus près de la vérité.
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27 _avril._--Barroilhet [339] venu: il a envie du _Lion et l'Homme_,
justement parce que je ne peux le lui donner. Il voudrait quelque chose
dans ce genre; je l'ai accompagné jusque chez lui, en allant vers midi
chez J.... J'y ai fait un petit second déjeuner, et ai été ramené vers
deux heures.
Revu une dernière fois le portrait de _Joséphine_ de Prud'hon[340].
Ravissant, ravissant génie! Cette poitrine avec ses incorrections, ces
bras, cette tête, cette robe parsemée de petits points d'or, tout cela
est divin. La grisaille est très apparente et reparaît presque partout.
--Carrier [341] était venu ce matin; il m'a beaucoup parlé de Prud'hon.
Il préférait beaucoup Gros à David.--Reçu une lettre de Grzimala [342]
le soir, qui me demande la _Barque._
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