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28 _mars._--Dîné chez Bornot. Vu là un dernier cousin Berryer,
Gaultron, Riesener et sa femme.
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29 _mars._--Dîné chez J... Hier, repris _le Lion et l'Homme mort_, et
remis dans un état qui me donne envie de l'achever.
Le lendemain, repris les _Femmes d'Alger_[327], la négresse et le
rideau qu'elle soulève.
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30 _mars._--Aux Italiens avec Mme de Forget pour la clôture: le premier
acte du _Mariage secret_; deuxième de _Nabucho_; deuxième et troisième
d'_Othello_ [328].
Le _Mariage_ m'a paru plus divin que jamais; c'était la perfection...
il fallait bien descendre... mais quelle chute jusqu'à _Nabucho!_ Je
m'en suis allé avant la fin.
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31 _mars._--Chez Mme Sand le soir. Convenus d'aller le lendemain au
Luxembourg.
Depuis mon retour de la campagne, je ne travaille pas, excepté les
deux premiers jours; je suis pris d'une lassitude ou fièvre, vers deux
heures.
[303] Ce tableau fut peint a l'origine pour le _comte de Geloës._
[304] _Alexandre Colin_, peintre d'histoire, élève de Girodet-Trioson,
né en 1798, mort en 1875. Le portrait de Delacroix qui figure en tête
de ce volume fut exécuté par Alexandre Colin vers 1827 ou 1830.
[305] _Bornot_, cousin de Delacroix, qui, à la mort de M. _Bataille_,
devint propriétaire de l'abbaye de Valmont, aux environs de Fécamp.
Delacroix y fit de nombreuses études et notamment de délicieuses
aquarelles; il y a même reconstitué des vitraux anciens de sa
composition, en rapprochant des débris trouvés en décombres.
[306] Voir _Catalogue Robaut_, n° 920 et 921.
[307] La _Sibylle au rameau d'or_ fut envoyée par Delacroix au Salon
de 1845. «Cette Sibylle avait les yeux ardents, la bouche hautaine, le
geste noble, la souple allure de mademoiselle Rachel, que Delacroix
admirait passionnément.» (Voir _Catalogue Robaut_, n° 918.)
[308] Les _Puritains d'Écosse_, opéra de Bellini, représenté au théâtre
Italien en 1835. Ce fut le dernier ouvrage de Bellini.
[309] La _Revue des Deux Mondes._
[310] _M. Roché_ habitait à Bordeaux.
[311] _Georges Onslow_, compositeur français, né en 1784, mort en 1852,
auteur de symphonies et de musique de chambre.
[312] M. _Delessert_ était alors préfet de police.
[313] L'auteur de la _Vestale_ était né en 1779. Sa santé était en 1847
déjà fort ébranlée. Il mourut le 24 janvier 1851.
[314] _Colet_, compositeur, professeur au Conservatoire.
[315] L'opinion de Delacroix sur _Decamps_ paraît avoir varié. En 1862,
il écrivait à M. Moreau: «Depuis que j'ai eu le plaisir de vous voir,
la figure de Decamps a grandi dans mon estime. Après l'exposition des
ouvrages en partie ébauchés qui ont formé sa dernière vente, j'ai été
véritablement enthousiasmé par plusieurs de ces compositions.»
[316] Le _baron Larrey_, agrégé de l'École de médecine de Paris, était
alors chirurgien en chef de l'hôpital du Gros-Caillou.
[317] Sans doute _Charles-Louis-Jules David_, helléniste et
administrateur, fils du célèbre peintre _Louis David._
[318] La coupole d'_Orphée_, à la Chambre des députés.
[319] Delacroix avait pour le génie de _Chopin_ une admiration
enthousiaste. Chaque fois que le nom du musicien revient dans le
Journal, c'est toujours avec les épithètes les plus louangeuses. Il
le fréquentait assidûment, et l'un de ses plus grands plaisirs était
de l'entendre exécuter soit ses propres œuvres, soit la musique
de Beethoven. Dans le livre si brillant et si curieux comme style
qu'il consacra à la mémoire du célèbre artiste, après avoir décrit
l'assemblée composée de H. Heine, Meyerbeer, Ad. Nourrit, Hiller,
Nimceviez, G. Sand, _Liszt_ s'exprime ainsi sur Delacroix: «Eugène
Delacroix restait silencieux et absorbé devant les apparitions qui
remplissaient l'air, et dont nous croyions entendre les frôlements.
Se demandait-il quelle palette, quels pinceaux, quelle toile il
aurait à prendre pour leur donner la vie de son art? Se demandait-il
si c'est une toile filée par Arachné, un pinceau fait des cils d'une
fée, et une palette couverte des vapeurs de l'arc-en-ciel qu'il lui
faudrait découvrir?» La mort prématurée de Chopin causa à Delacroix une
tristesse profonde, dont on trouve la trace dans sa _Correspondance_ et
dans son _Journal._
[320] _Gaspard-Jean Lacroix_, peintre de paysage, élève de Corot, né à
Turin en 1810.
[321] Mlle _Mars_ mourut en effet le 20 mars 1847.
[322] _Charles Lefebvre_, peintre, élève de Gros et d'Abel de Pujol.
[323] Amateur belge.
[324] _Othello_, toile de 0m,50 X 0m,60, qui parut au Salon de
1849.--Vente M. J..., 1852: 510 francs; 1858: 730 francs.--Vente Arosa,
1858: 1,300 francs.--Vente Marmontel, 1868: 12,000 francs. (Voir
_Catalogue Robaut_, n° 1079.)
[325] _Armand Bertin_, directeur du _Journal des Débats_ depuis 1841,
date de la mort de son père.
[326] M. _Barbier_ était le beau-père de _Frédéric Villot_, qui fut,
nous l'avons déjà dit, un des amis les plus intimes de Delacroix.
[327] Voir _Catalogue Robaut,_ n° 1077.
[328] _Il matrimonio segreto_, opéra bouffe en deux actes, de
Cimarosa.--_Nabuchodonosor_, ou, par abréviation, _Nabucho_, opéra de
Verdi.--_Othello_, opéra de Rossini.
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1er _avril._--A onze heures, avec Mme Sand et Chopin au
Luxembourg. Nous avons vu ensemble la galerie, après avoir vu la
coupole. Ils m'ont ramené, et je suis rentré chez moi vers trois
heures. Revenu dîner avec eux. Le soir, elle allait chez Clésinger;
elle m'a proposé d'y aller, mais j'étais très fatigué, et suis rentré.
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2 _avril._--Au Conservatoire le soir avec Mme de Forget. Symphonie de
Mendelssohn qui m'a excessivement ennuyé, sauf un _presto._--Un des
beaux morceaux de Cherubini, de la _Messe de Louis XVI._--Fini par une
symphonie de Mozart, qui m'a ravi.
La fatigue et la chaleur étaient excessives; et il est arrivé ce que
je n'ai jamais éprouvé là, que non seulement ce dernier morceau m'a
paru ravissant de tous points, mais il me semblait que ma fatigue fût
suspendue en l'écoutant. Cette perfection, ce complet, ces nuances
légères, tout cela doit bien dissiper les musiciens qui ont de l'âme et
du goût.
Elle m'a ramené dans sa voiture.
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3 _avril._--Je suis sorti de bonne heure pour aller voir Gautier
[329]. Je l'ai beaucoup remercié de son article splendide fait
avant-hier, et qui m'a fait grand plaisir; Wey[330] y était.
Il m'a donné l'idée (Gautier) de faire une exposition particulière de
tous ceux de mes tableaux que je pourrais réunir.... Il pense que je
peux faire cela, sans sentir le charlatan, et que cela rapporterait de
l'argent.
--Chez M. de Morny. J'ai vu là un luxe comme je ne l'avais vu encore
nulle part. Ses tableaux y font beaucoup mieux. Il a un Watteau
magnifique; j'ai été frappé de l'admirable artifice de cette peinture.
La Flandre et Venise y sont réunies, mais la vue de quelques Ruysdaël,
surtout un effet de neige et une marine toute simple où on ne voit
presque que la mer par un temps triste, avec une ou deux barques, m'ont
paru le comble de l'art, parce qu'il y est caché tout à fait. Cette
simplicité étonnante atténue l'effet du Watteau et du Rubens; ils sont
trop artistes. Avoir sous les yeux de semblables peintures dans sa
chambre, serait la jouissance la plus douce.
Chez Mornay.
--Chez Mme Delessert, par le quai, où j'ai acheté le _Lion_ de Denon
[331], ne l'ayant point trouvé chez Maindron[332]. J'ai été reçu en son
absence par sa vieille mère, qui m'a montré son groupe. Ce petit jardin
a quelque chose d'agréable; il est peuplé des infortunées statues dont
le malheureux artiste ne sait que faire. Atelier froid et humide; cet
entassement de plâtres, de moules, etc.
Il est revenu et a été sensible à ma visite; son groupe en marbre qu'il
a chez lui, depuis quelques années, sans le vendre; le bloc seul a
coûté 3,000 francs.
--Le soir chez Mme Sand. Arago [333] m'a parlé du projet qu'il retourne
avec Dupré, pour vendre avantageusement nos peintures et nous passer
des marchands.
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4 avril.--Donné à Lenoble 1,000 francs pour acheter des chemins de fer
de Lyon, plus 2,000 francs pour mettre chez Laffitte.
--M. Dufays, 150 francs, qu'il me demande pour deux mois.
--Demander à Lenoble où en sont les actions sur Lyon qu'il m'a achetées
il y a quelques mois.
--M. Dufays, le matin; Arnoux ensuite, qui a paru très froid en sa
présence, malgré la coquetterie de l'autre.
--Journée nulle, et le même malaise.
--Le soir, avec Mme de Forget, au Conservatoire: La _Symphonie
pastorale--Agnus_ de Mozart--Ouverture entortillée de _Léonore_ par
Beethoven [334], et _Credo_ du _Sacre_ de Cherubini, bruyant et peu
touchant.
--Pierret venu après dîner. J'ai été fâché de le renvoyer pour
m'habiller. Quand je le trouve un peu moins désagréable, je me fonds et
le crois redevenu comme autrefois. Il est réconcilié avec le _Christ_
de la rue Saint-Louis et il l'admire en entier.
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5 _avril._--Chez Mme de Rubempré [335] le soir; et puis chez Mme Sand,
qui part demain; j'ai un rhume de cerveau, pris hier, qui m'anéantit.
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6 _avril._--Je voulais aller chez Asseline; mon rhume me retient. Dans
la journée, mis sur un panneau et ébauché en grisaille _Saint Sébastien
à terre et les Saintes femmes_ [336].
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7 _avril._--Travaillé quelque peu à l'esquisse des _Bergers chaldéens_,
que j'achève un peu d'après le pastel [337], qui m'avait servi. J'ai
été forcé de l'interrompre.
Dîné chez Pierret; Soulier y était. Villot y est venu. Rentré fatigué.
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23 _avril._--Sorti un peu vers midi et demi, pour aller chez M. Thiers;
mais le froid et la fatigue m'ont fait rentrer.
--Le soir, Villot est venu me tenir compagnie. Il me dit que le Titien,
à la fin de sa vie, disait qu'il commençait à apprendre le métier.
Il y a dans les châteaux de l'État de Venise beaucoup de fresques de
Paul Véronèse.
Le Tintoret travaillait extrêmement à dessiner en dehors de ses
tableaux; il a copié des centaines de fois certaines têtes de
Vitellius, dessins de Michel-Ange.
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