4 _mars._--Ce matin, Villot venu; je l'ai vu avec plaisir.

M. Geoffroy, de la part de Buloz. Villot ne lève jamais le siège, quand

vient un étranger; c'est incroyable d'indiscrétion.

--Retourné à la Chambre et pris la résolution de faire mon ménage de

peintre moi-même; je m'en suis fort bien tiré et j'y gagnerai de la

liberté. C'était la onzième fois que j'y retournais, et le tableau est

déjà bien avancé. Travaillé surtout à l'_Orphée._

Ces ébauches avec le ton et la masse seule sont vraiment admirables

pour ce genre de travaux sur parties comme des têtes, par exemple,

préparées par une seule tache à peine modelée. Quand les tons sont

justes, les traits se dessinent comme d'eux-mêmes. Ce tableau prend de

la grandeur et de la simplicité; je crois que c'est ce que j'ai fait de

mieux dans le genre.

--Le soir, un instant chez Leblond, qui était venu après sa maladie.

Vieillard est venu aussi pendant la journée. J'ai bien regretté d'être

absent.

* * * * *

5 _mars._--Hier, en travaillant l'enfant qui est près de la femme

de gauche dans l'_Orphée_, je me souvins de ces petites touches

multipliées faites avec le pinceau et comme dans une miniature, dans la

_Vierge_ de Raphaël, que j'ai vue rue Grange-Batelière, avec Villot.

Dans ces objets où l'on sacrifie au style avant tout, le beau pinceau

libre et fier de Vanloo ne mène qu'à des à peu près. Le style ne peut

résulter que d'une grande recherche, et la belle brosse est forcée de

s'arrêter quand la touche est heureuse.

Tâcher de voir au Musée les grandes gouaches du Corrège: je crois

qu'elles sont faites à très petites touches.

--Arnoux sort d'ici ce matin. Nous parlions des artistes qui se

trouvent dans la position d'écrire sur leurs confrères, et il me

rapporte le mot d'un M. Gabriel, vaudevilliste, qui dit à ce sujet: «On

ne peut à la fois tenir les étrivières et montrer son derrière.»

--Je reçois une invitation pour dîner lundi chez le duc de Montpensier.

Fatigue.

--Arnoux est venu me trouver ce matin; il n'est pas agréé pour le

Salon, à la Revue [309].

--Été à la Chambre. Travaillé avec un entrain médiocre, mais néanmoins

avancé beaucoup.

--Le soir, fatigué et humeur affreuse; je suis resté chez moi. En

vérité, je ne suis pas assez reconnaissant de ce que le ciel fait pour

moi. Dans ces moments de fatigue, je crois tout perdu.

--Reçu en rentrant une lettre de Mme R..., avec un bon de 300 francs

payable le 15; elle m'écrit aussi pour me demander comment il faut

placer les fenêtres de son atelier, que je n'ai jamais vu.

* * * * *

Journal de Eugène Delacroix, Tome 1 (de 3) 1823-1850 · 第 51 / 86 题