La _terre verte naturelle_ se mêle également à tous les tons ci-dessus,
suivant le besoin.
--Ce matin, s'est présenté un modèle qui m'a rappelé la nature de la
pauvre Mme Vieillard (c'est Mme Labarre, rue Vivienne, 38 _bis._) Elle
n'est pas bien et a cependant quelque chose de piquant; c'est une
nature originale.
Dufays est venu; puis Colin [304]. Le premier des deux est frappé de la
nécessité d'une révolution; l'immoralité générale le frappe, il croit
à l'avènement d'un état de choses où les coquins seront tenus en bride
par les honnêtes gens.
Le jeune Knepfler est venu me montrer des esquisses et compositions.
--Mal disposé. J'ai essayé, très tard, de travailler au fond du
_Christ._ Retravaillé les montagnes.
Un des grands avantages de l'ébauche par le ton et l'effet, sans
inquiétude des détails, c'est qu'on est forcément amené à ne mettre
que ceux qui sont absolument nécessaires. Commençant ici par finir les
fonds, je les ai faits le plus simples possible, pour ne pas paraître
surchargés, à côté des masses simples que présentent encore les
figures. Réciproquement, quand j'achèverai les figures, la simplicité
des fonds me permettra, me forcera même de n'y mettre que ce qu'il
faut absolument. Ce serait bien le cas, une fois l'ébauche amenée à
ce point, de faire autant que possible chaque morceau, en s'abstenant
d'avancer le tableau en entier: je suppose toujours que l'effet et le
ton sont trouvés partout. Je dis donc que la figure qu'on s'attacherait
à finir parmi toutes les autres qui ne sont que massées, conserverait
forcément de la simplicité dans les détails, pour ne pas la faire trop
jurer avec les voisines, qui ne seraient qu'à l'ébauche. Il est évident
que si, le tableau arrivé par l'ébauche à un état satisfaisant pour
l'esprit, comme lignes, couleur et effet, on continue à travailler
jusqu'au bout dans le même sens, c'est-à-dire en ébauchant toujours en
quelque sorte, on perd en grande partie le bénéfice de cette grande
simplicité d'impression qu'on a trouvée dans le principe; l'œil
s'accoutume aux détails qui se sont introduits de proche en proche
dans chacune des figures et dans toutes en même temps; le tableau ne
semble jamais fini. Premier inconvénient: les détails étouffent les
masses; deuxième inconvénient: le travail devient beaucoup plus long.
--Bornot [305] le soir.
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3 _mars._--Ce mercredi, repris les rochers du fond du _Christ_ et
achevé l'ébauche de la _Madeleine_[306]: la figure nue du devant. Je
regrette que cette ébauche manque un peu d'empâtement. Le temps lisse
incroyablement les tableaux; ma _Sibylle_[307] me paraissait déjà toute
rentrée en quelque sorte dans la toile. C'est une chose à observer avec
soin.
--Vu les _Puritains_[308] le mardi soir, avec Mme de Forget. Cette
musique m'a fait grand plaisir. Le clair de lune de la fin est
magnifique, comme ceux que fait le décorateur au théâtre. Ce sont
des teintes très simples, je pense, du noir, du bleu et peut-être de
la terre d'ombre, seulement bien entendu de plans, les uns sur les
autres. La terrasse qui figure le dessus des remparts, ton très simple,
avec rehauts très vifs de blanc, figurant les intervalles du mortier
dans les pierres. La détrempe prête admirablement à cette simplicité
d'effets, les teintes ne se mêlant pas comme dans l'huile. Sur le ciel
très simplement peint, il y a plusieurs tours ou bâtiments crénelés,
se détachant les uns sur les autres par la seule intensité du ton, les
reflets bien marqués, et il suffit de quelques touches de blanc à peine
modifié, pour toucher les clairs.
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