--Chez Asseline [284] à sept heures et demie, pour aller à Vincennes;
le prince paraît fort aimable [285].
Revenus de bonne heure; nous étions avec Decamps et Jadin [286]. Ce
dernier ma dit que Mme D... remarquait avec mécontentement que je
n'allasse pas la voir, et cela m'a beaucoup affligé. Asseline m'a
présenté à sa femme: elle a l'air très simple et bon enfant.
Decamps était arrivé chez Asseline, pour aller chez le prince, avec une
cravate noire fripée, à dessins, et un gilet de couleur fané; on lui a
prêté une cravate blanche. J'ai intercédé, mais inutilement, pour qu'il
ne fumât pas dans la voiture, en allant à Vincennes.
J'ai rencontré, chez le prince, Ch. His [287], en grand sautoir de
commandeur, l'Auxerrois, mon ancien camarade, bardé d'ordres turcs; j'y
ai vu Boulanger [288], L'Haridon [289], qui m'a l'air d'un fort aimable
garçon.
* * * * *
23 _février._--Travaillé aux _Comédiens arabes._[290] Préault [291] est
venu.
Chez Alberthe, le soir; petite réunion. Je l'ai revue avec grand
plaisir, cette chère amie; elle était rajeunie dans sa toilette et a
été infatigable toute la soirée; sa fille aussi était très bien, elle
danse avec grâce, surtout l'insipide polka. Vu M. de Lyonne et M. de la
Baume. Cet homme ne vieillit pas.
Mareste [292] nous cite la lettre de Sophie Arnould au ministre Lucien:
«Citoyen Ministre, j'ai allumé beaucoup de feux dans ma vie, je n'ai
pas un fagot à mettre dans le mien; le fait est que je meurs de faim.»
_Signé_: «Une vieille actrice qui n'est pas de votre temps.»
«Mlle de Châteauvieux,... Mlle de Châteauneuf... Qu'est-ce, lui
disait-on, que toutes ces demoiselles-là?» Elle répondit: «Autant de
châteaux branlants!»
Au plus fort de la Terreur, Mlle Clairon [293] était retirée à
Saint-Germain, et dans le dernier besoin. Un soir, on heurte violemment
à sa porte; elle ouvre après quelques hésitations; un homme vêtu en
charbonnier se présente: c'était son camarade Larive, qui dépose un sac
contenant du riz ou de la farine et s'en va sans mot dire.
* * * * *