* * * * *
_Samedi_ 13.--Aujourd'hui fait le _Turc à cheval._
--Hier et avant, draperie de la femme.
A Bergini.................................. 5 fr.
--Dîné avec Soulier et Fielding. Le soir au petit café. Reçu le soir
une lettre de Philarète.
--Travaillé avec chaleur. Je me couche tard.
* * * * *
_Dimanche_ 14 _mars._--Aujourd'hui chez ma sœur.
--Le _Sermon anglais._
--Dîné chez M. Guillemardet. Le soir chez Pierret. M. Coutan m'a donné
envie de faire _Mazeppa._
--Faire pour frontispice au Dante, _lui se promenant dans le Colisée au
clair de lune._
* * * * *
_Lundi_ 15 _mars._--Déjeuné avec Pierret et auparavant été voir le
charmant livre anglais d'histoire naturelle.--Chez Scheffer.--Aux
Champs-Élysées. Bonne promenade.--Rouget à dîner. Pierret le
soir.--Fait le trait d'un _Turc montant à cheval_ [79].--Superbe temps
de printemps.
* * * * *
_Mardi_ 16.--Pauvre frère! je reçois à l'instant ta lettre. Que je
désire être utile à tes intérêts! Quel sera ton sort, si tout te manque
ainsi!
--Dîné avec Soulier et Fielding chez Tautin. _And after to english
Brewery and drink Gin and Water._
--Vu Scheffer et le sauteur de son manège.
* * * * *
_Mercredi_ 17.--Perdu la matinée en allées et venues relatives à la
lettre de mon frère.--Travaillé à l'atelier à la petite esquisse,
depuis midi jusqu'à deux heures et demie.--Avant, chez Lopez.--A
la préfecture, en sortant de chez Lopez; de là chez M. Jacob [80].
Puis, chez Fielding.--Dîné chez Rouget.--Rencontré Henri Scheffer au
Palais-Royal. Chez Leblond. J'ai fait un cheval blanc à l'écurie.
--Bonne conversation avec Dufresne et Pierret, sur la médecine
particulièrement; puis, plus générale, sur les lois, etc.--Sorti avec
tous et enfin Pierret, que j'ai laissé à sa porte. Je suis rentré plein
d'un bonheur philosophique bien innocent.
--Le matin chez Mme J... Probablement manqué l'occasion. Il semble
qu'aussitôt qu'elle se présente, elle me fasse peur,--l'occasion
s'entend... Toujours réfléchir à tout, sottise extrême!
--Penser, en faisant mon _Mazeppa_, à ce que je dis dans ma note du 20
_février_, dans ce cahier, c'est-à-dire calquer en quelque sorte la
nature dans le genre de _Faust._
* * * * *
_Jeudi_18 _mars._--Rencontré Mage sur le boulevard.--Été chez Gihaut
[81] et rencontré M. Coutan. Choisi des Géricault.--A la caisse de la
préfecture, puis aux Champs-Élysées.--Recherché mes lithographies.
--Achevé le _Turc montant à cheval._
* * * * *
_Vendredi_ 19 _mars._--Passé une excellente journée au Musée avec
Édouard... Les Poussin!... Les Rubens!... et surtout le _François
1er_ du Titien!... Velasquez!
Après, vu le Goya, à mon atelier, avec Édouard. Puis vu Piron.
Rencontré Fedel. Dîné ensemble. Bonne journée.
* * * * *
_Samedi_ 20 _mars._--A mon atelier assez tard. Retravaillé la _Femme
morte._--Henry, Fielding et Soulier.
--Dîné à la barrière au bord de l'eau. Puis à la _Brewery._
* * * * *
_Dimanche_ 21 _mars._--Fait une étude au manège avec Scheffer [82].--Le
soir, la cousine chez Pierret. Petite soirée.
* * * * *
_Lundi_ 22 _mars._--Aujourd'hui, atelier. Commencé le cheval,--mal
disposé.--Le soir chez Pierret.
* * * * *
_Mardi_ 23 _mars._--Perdu la journée; excepté chez Leblond vers
midi.--Dîné avec Pierret, où passé la soirée. Menjaud [83] y était.
Bonnes idées sur la médecine.
--Commencé une _Jane Shore._[84]
* * * * *
_Mercredi_ 24 _mars._--Déjeuné le matin chez la cousine.--Composé à
l'atelier.--Le soir, Leblond.
* * * * *
_Jeudi_ 25 _mars._--Été avec Leblond voir des tableaux: surtout tête
de femme; la _Marquise de Pescara_ du Titien [85] et un Velasquez
admirable, qui occupe tout mon esprit.
--Été à Saint-Cloud avec Fielding et Soulier, et dîner.--Le soir chez
Pierret, punch.
* * * * *
_Vendredi_ 26 _mars._--Rencontré Édouard chez Lopez et déjeuné ensemble
dans le quartier de son atelier.--Passé la journée à son atelier.--Dîné
chez Rouget et le soir chez M. Lelièvre, Taurel et Lamey [86].
* * * * *
_Samedi_ 27 _mars._--De bonne heure à l'atelier. Pierret venu.--Dîné
chez lui; lu de l'Horace [87].--Envies de poésie, non pas à propos
d'Horace.
--Allégories.--Rêveries. Singulière situation de l'homme! Sujet
intarissable. Produire, produire!
* * * * *
_Dimanche_ 28 _mars._--Chez Scheffer.--Au manège. Peint le cheval
gris.--Le soir chez Pierret.
* * * * *
_Lundi_ 29 _mars._--Henri Scheffer est venu me prendre chez moi, le
matin. Déjeuné avec lui, à son atelier.
De là été prendre Pierret au ministère, et été au Diorama [88]. J'ai
dîné chez lui et passé la soirée. Sommeil et lourdeur.
* * * * *
_Mardi_ 30 _mars._--A mon atelier, le matin.
Mon poêle à arranger m'a fait faire une promenade au Musée: admiré
Poussin, puis Paul Véronèse, avec une escabelle.
--Essayé de repeindre la tête du mourant.
--Le soir chez Pierret. Bonne soirée à causer de bonnes choses.
* * * * *
_Mercredi_ 31 _mars._--Chez Leblond.--Revenu le soir avec Dufresne: il
m'a donné une nouvelle ardeur. Parlé de Véronèse: il peint aussi la
passion.
--Il faut dîner peu et travailler le soir seul [89]. Je crois que
le grand monde à voir de temps à autre, ou le monde tout simplement,
est moins à redouter pour le progrès et le travail de l'esprit, quoi
qu'en disent beaucoup de prétendus artistes, que leur fréquentation à
eux. Le vulgaire naît à chaque instant de leur conversation; il faut
en revenir à la solitude, mais vivre sobrement comme Platon. Le moyen
que l'enthousiasme se conserve sur une chose quand, à chaque instant,
on est accessible à une partie? quand on a toujours besoin de la
société des autres? Dufresne a bien raison: les choses qu'on éprouve
seul avec soi sont bien plus fortes et vierges. Quel que soit le
plaisir de communiquer son émotion à un ami, il y a trop de nuances à
s'expliquer, bien que chacun peut-être les sente, mais à sa manière, ce
qui affaiblit l'impression de chacun. Puisqu'il me conseille et que je
reconnais la nécessité de voir l'atelier seul et de vivre seul, quand
j'y serai établi, commençons dès maintenant à en prendre l'habitude:
toutes les réformes heureuses naîtront de là. La mémoire reviendra et
l'esprit présent fera place à celui d'ordre.
--Dufresne disait, à propos de Charlet, que ce n'était pas assez naïf
de manière de faire: on voit l'adresse et le procédé. Y penser [90].
[73] _Cicéri_, peintre décorateur, né en 1782; encore enfant il
dirigea l'orchestre du théâtre _Séraphin_ et entra à dix-sept ans
au Conservatoire. Obligé de renoncer à la carrière dramatique par
un accident qui le rendit boiteux, il étudia le dessin sous la
direction de l'architecte Bellange et la peinture de décors dans les
ateliers de l'Opéra dont il fut bientôt nommé décorateur en chef. Il
avait été chargé des décorations ornementales de la bibliothèque du
Palais-Bourbon.
[74] _Henri Scheffer_, peintre français, frère d'_Ary Scheffer_, né
en 1798. Il fut élève de Guérin, et ce fut à l'atelier de Guérin que
Delacroix fit sans doute sa connaissance. Il débuta au Salon de 1824,
comme peintre d'histoire; il a cultivé aussi d'autres genres et fait
des portraits.
[75] Cette observation nous paraît intéressante à rapprocher d'un
autre passage du journal, dans lequel Delacroix fait la remarque,
toujours à propos de musique, que la société des gens du monde, leurs
conversations, et la légèreté qu'ils apportent dans tout ce qui touche
aux choses d'art, constituent le milieu le plus déplorable pour en
jouir.
[76] _Les Aventuriers, ou le Naufrage_, mélodrame à spectacle, en trois
actes, en prose, de MM. Léopold Chandezon et Antony Béraud, représenté
pour la première fois à l'Ambigu-Comique le 7 février 1824, avec un
succès complet et mérité.
[77] _Thomas Otway_, poète dramatique anglais, né en 1651, mort en
1685. Acteur et soldat tour à tour, dissipé et besogneux, il eut la vie
irrégulière et la fin prématurée de la plupart des poètes dramatiques
du temps d'Élisabeth. Il écrivit des tragédies et des comédies, dont
quelques-unes sont imitées de Racine et de Molière. Les principales
sont _Alcibiade, Caïus Marius, Titus et Bérénice_, d'après Racine; les
_Fourberies de Scapin_, d'après Molière; une _Venise sauvée_, inspirée
d'une nouvelle historique de Saint-Réal.
[78] _Ary Scheffer._
[79] Voir _Catalogue Robaut_, n° 283.
[80] S'agit-il ici de _Henri Jacob_, lithographe, né en 1781, qui fut
dessinateur du prince Eugène et qui ouvrit un atelier à Paris sous la
Restauration, ou simplement de l'un des cousins germains de Delacroix,
_Charles, Léon_ et _Zacharie Jacob?_ Il est difficile de le deviner en
lisant ce passage.
(Footnote 81: Voir _Catalogue Robaut_, n° 75.)
[81] Éditeur d'estampes, très connu à cette époque.
[82] Delacroix, très préoccupé dès cette époque, comme il le fut toute
sa vie, d'étudier la nature sur le vif, soucieux avant tout de vérité
et de vie, faisait de nombreuses études de chevaux. Il rencontrait au
manège un certain nombre de jeunes gens dont les noms reviennent à
maintes reprises dans les premières années de ce journal.
[83] _Menjaud_ était un acteur célèbre de l'époque. Il se livra d'abord
à la peinture, puis entra au Conservatoire. Il joua avec Talma et Mlle
Mars. Il occupa les premiers rôles dans _Turcaret_, le _Misanthrope,
Don Juan._
[84] Probablement la petite aquarelle mentionnée au _Catalogue Robaut_,
n° 211.
[85] _Vittoria Colonna, marquise de Pescara_, célèbre par sa beauté,
ses vertus et son talent de poète. On connaît d'elle deux portraits
célèbres, l'un de _Sébastien dei Piombo_, l'autre du _Mutien
(Muziano)_, élève du _Titien (Tiziano)._ Il y a ici évidemment une
confusion dans l'esprit de Delacroix entre _le Mutien_ et _le Titien._
[86] _Lamey_, cousin de Delacroix, devint président de cour à
Strasbourg.
[87] Dès sa vingtième année, Delacroix avait compris, comme tous
les hommes supérieurs, que la véritable instruction n'est pas celle
que l'on reçoit de ses maîtres, mais bien celle que l'on se donne à
soi-même. Dans une lettre très curieuse, adressée à Pierret en 1818,
il écrivait: «Il faut cet hiver nous voir bien souvent, lire de bonnes
choses. Je suis tout surpris _de me voir pleurer sur du latin._ La
lecture des anciens nous retrempe et nous attendrit: ils sont si vrais,
si purs, si entrants dans nos pensées!»
A propos d'Horace, il dit autre part: «Horace est à mon avis le plus
grand médecin de l'âme, celui qui vous relève le mieux, qui vous
attache le mieux à la vie dans certaines circonstances, et qui vous
apprend le plus à mépriser dans d'autres.» (_Corresp._, t. I, p.. 15 et
24.)
[88] Le premier Diorama fut établi en 1822, rue Samson, derrière le
Château-d'Eau.
[89] Ces questions d'hygiène favorable au travail intellectuel
préoccupaient Delacroix. Baudelaire, qui le fréquentait dans
l'intimité, nous le montre saisissant sa palette «après un déjeuner
plus léger que celui d'un Arabe». Dans la seconde partie de sa vie il
eut cruellement à souffrir de lourdeurs d'estomac, et ce fut sans doute
cette raison qui l'amena a modifier son hygiène: Il déjeunait à peine
et ne prenait qu'un fort repas, celui du soir.
[90] Il est intéressant de rapprocher cette appréciation sur Charlet
formulée en 1824, de l'article que Delacroix lui consacra, après
sa mort, en 1862, dans la _Revue des Deux Mondes_. «Son talent
n'avait point eu d'aurore, il est arrivé tout armé, pourvu de ce don
d'imaginer et d'exécuter qui fait les grands artistes. Il a même cela
de remarquable que la première période de son talent est celle où ce
talent est le plus magistral. Dans les sujets aussi simples et, ce
qu'il y a de plus difficile, dans la représentation de scènes vulgaires
dont les modèles sont sous nos yeux, Charlet a le secret d'unir la
grandeur et le naturel.» (_Revue des Deux Mondes_, 1er juillet 1862.)
* * * * *
_Jeudi_ 1er _avril._--Été le matin avec Champmartin chez
Cogniet, où j'ai déjeuné.
J'ai vu le masque moulé de mon pauvre Géricault. O monument vénérable!
J'ai été tenté de le baiser... sa barbe... ses cils... Et son
sublime _Radeau!_ Quelles mains! Quelles têtes! Je ne puis exprimer
l'admiration qu'il m'inspire.
--Vu Fedel chez lui.--Retrouvé Fedel, comme je me disposais à aller
voir l'_Italiana in Algeri._[91] Endormi toute la soirée.
--Peindre avec brosses courtes et petites. Craindre le lavage à l'huile.
--Il me survient le désir de faire une esquisse du tableau de
Géricault. Dépêchons-nous de faire le mien. Quel sublime modèle! et
quel précieux souvenir de cet homme extraordinaire!
* * * * *
_Vendredi_ 2 _avril._--A l'atelier toute la journée. Arrêté en partie
mon fond.
M. Coutan est venu me voir. Il m'a donné envie de voir les dessins de
Demeulemeester [92].
--Dîné chez Rouget. Vu François et Henri Verninac, etc.--Chez Pierret
le soir.--Je lis à présent.
* * * * *
_Samedi_ 3 _avril._--Été avec Decamps chez le duc d'Orléans [93], voir
sa galerie. Enchanté de la femme du brigand de Schnetz [94]. Rencontré
Steuben [95].
Envie de faire de petits tableaux, surtout pour acheter quelque chose à
la vente de Géricault.
--Le soir, _Jane Shore._
* * * * *
_Dimanche_ 4 _avril._--Tout est intéressé pour moi, dans la nécessité
de me renfermer davantage dans la solitude. Les plus beaux et les plus
précieux instants de ma vie s'écoulent dans des distractions qui ne
m'apportent au fond que de l'ennui. La possibilité ou l'attente d'être
distrait commencent déjà à énerver le peu de force que me laisse le
temps mal employé de la veille. La mémoire n'ayant à s'exercer sur rien
d'important périt ou languit. J'amuse mon activité avec des projets
inutiles. Mille pensées précieuses avortent faute de suite. Ils me
dévorent, ils me mettent au pillage. L'ennemi est dans la place... au
cœur; il étend partout la main.
Pense au bien que tu vas trouver, au lieu du vide qui te met
incessamment hors de toi-même: une satisfaction intérieure et une
mémoire ferme; le sang-froid que donne la vie réglée; une santé qui ne
sera pas délabrée par les concessions sans fin à l'excès passager que
la compagnie des autres entraîne; des travaux suivis et beaucoup de
besogne.
--J'ai été à mon atelier. Henry Scheffer venu et commencé son portrait.
Dîné ensemble. Cela ne fait rien en passant et de la sorte... C'était,
l'année dernière, l'habitude de ces dîners à jours fixes et attendus,
qui étaient funestes!
--Le soir chez Mme Guillemardet, où j'ai appris la nouvelle infortune
de ma sœur. Quand sera-t-elle tranquille?
--Se procurer la _Panhypocrisiade._[96] On pourrait en faire des
dessins.--Une suite aussi sur _René_, sur _Melmoth._[97]
* * * * *
_Lundi_ 5 _avril._--Le matin, vu Fielding, en allant chez ma sœur.
--Rencontré Dufresne et chez Gihaut.--A l'atelier. Travaillé
peu.--Rouget.--Le soir chez Pierret.
* * * * *
_Mardi_ 6 _avril._--Déjeuné chez Soulier et Fielding.--A l'atelier de
Henry Scheffer. Commencé chez moi le petit _Don Quichotte._[98]--Dîné
avec Dupont et été chez Devéria [99].
--Tâcher de retrouver la naïveté du petit portrait de mon neveu.
* * * * *
_Mercredi_ 7.--Encore un mercredi... Je n'avance guère... Le temps
beaucoup.
Travaillé au petit _Don Quichotte._--Le soir, Leblond, et essayé de la
lithographie [100]. Projets superbes à ce sujet. Charges dans le genre
de Goya.
--La première et la plus importante chose en peinture, ce sont les
contours. Le reste serait-il extrêmement négligé que, s'ils y sont,
la peinture est ferme et terminée. J'ai plus qu'un autre besoin de
m'observer à ce sujet: y songer continuellement et _commencer toujours
par là._
Le Raphaël doit à cela son fini, et souvent aussi Géricault.
--Je viens de relire en courant tout ce qui précède: je déplore les
lacunes. Il me semble que je suis encore le maître des jours que
j'ai inscrits, quoiqu'ils soient passés; mais ceux que ce papier ne
mentionne point sont comme s'ils n'avaient point été [101].
Dans quelles ténèbres suis-je plongé? Faut-il qu'un misérable et
fragile papier se trouve être, par ma faiblesse humaine, le seul
monument d'existence qui me reste? L'avenir est tout noir. Le passé qui
n'est point resté, l'est autant. Je me plaignais d'être obligé d'avoir
recours à cela;, mais pourquoi toujours m'indigner de ma faiblesse?
Puis-je passer un jour sans dormir et sans manger? Voilà pour le
corps. Mais mon esprit et l'histoire de mon âme, tout cela sera donc
anéanti, parce que je ne veux pas en devoir ce qui peut m'en rester à
l'obligation de l'écrire; au contraire, cela devient une bonne chose
que l'obligation d'un petit devoir qui revient journellement.
Une seule obligation, périodiquement fixe dans une vie, ordonne tout
le reste de la vie: tout vient tourner autour de cela. En conservant
l'histoire de ce que j'éprouve, je vis double; le passé reviendra à moi
... L'avenir est toujours là.
--Se mettre à dessiner beaucoup les hommes de mon temps. Beaucoup de
médailles, voilà pour le nu.
Les gens de ce temps: du Michel-Ange et du Goya.
--Lire la _Panhypocrisiade._
* * * * *
_Jeudi_ 8 _avril._--L'argent me pressera bientôt. Il faut travailler
ferme. Pioché au _Don Quichotte._
--À _Tancrède_ le soir, médiocrement amusé.
--Acheté des gravures allemandes du temps de Louis XIII.
* * * * *
_Vendredi_ 9.--Aujourd'hui Bergini. Refait l'homme au coin.--Le soir,
Pierret... le _Leicester._
Il me vient l'envie, au lieu d'un autre tableau d'assez grande
proportion, d'avoir plusieurs petits tableaux, mais faits avec plaisir.
--Il me reste environ 240 francs. Pierret me doit 20 francs.
Aujourd'hui, déjeuné œufs et pain........ 0 fr. 30
A Bergini................................... 3 fr. "
Belot, couleurs............................. 1 fr. 50
Dîner....................................... 1 fr. 20