P. 122, l. 7: et à tries.--_Ces mots manquent dans A 8, 9._

P. 122, l. 7 et 8: ne les labouroit ne ouvroit.--_Mss. A 8, 9_: ne les

osoit labourer ne ouvrer.

§ =423=. P. 122, l. 10: Quant li dus.--_Ms. d’Amiens_: Quant li dus

de Normendie, qui se tenoit à Paris, entendi que ces gens d’armes

essilloient le pays sus le comfort dou roy de Navarre et qu’il

monteplioient de jour en jour, il envoya par touttes les cités et

les bonnes villes de Pikardie et de Vermendois, que chacune chité et

seloncq se quantité, li envoyast une somme de gens d’armes à piet et

à cheval, pour contrester contre les Navarois qui li essilloient son

pays. Les citéz et les bonnes villes le fissent vollentiers et li

envoiièrent gens d’armes et arbalestriers, seloncq ce qu’il estoient

puissans. Si se traissent premierement par devant Mauconseil, pour ce

qu’il leur sambla que c’estoit li fors plus legiers à prendre, et qui

plus herioit chiaux de Noyon, et le bon pays de Vermendois. Si furent

cappittainne de touttez ces gens d’armes et coumugnes li evesques de

Noyon qui estoit filx à messire Robert de Loris, messires Raoulx de

Couchy, messires Raoulx de Raineval, li sires de Canny et li sires

de Roye. Et avoient avoecq yaux pluisseurs chevaliers et escuiers

de Vermendois et de là environ, et assegièrent Mauconsseil assés

estroitement, et y livrèrent pluisseurs assaux, et constraindirent

moult chyaux qui le gardoient et deffendoient.

Quant li compaignon qui dedens estoient, se virent enssi apressé de ces

seigneurs de Franche, et que longement ne se pooient tenir qu’il ne

fuissent pris et desconffi, si mandèrent leur povreté et signefiièrent

à monseigneur Jehan de Pikegni, qui se tenoit adonc à le Herielle et

à qui touttes ces fortrèces obeyssoient, en depriant qu’il fuissent

comforté et secourut hasteement, ou autrement il les couvenoit rendre

à meschief. Quant messires Jehans de Pikegny entendi ces nouvelles, si

se hasta d’iaux secourir et assambla ung jour tous chiaux des fors,

et firent tant qu’il furent bien mil lanches de bons combatans. Si

chevauchièrent ces gens de nuit et vinrent sus une ajournée devant

Mauconsseil et se ferirent soudainnement en l’ost des Franchois, qui

de ce point ne se gardoient et qui dormoient à petit ghet comme tout

aseuret. Si escriièrent li Navarrois leur cri et coummenchièrent à tuer

et à decopper gens, et à abattre tentes et trés et à faire ung grant

esparssin; car li Franchois furent pris si sour un piet qu’il n’eurent

loisir d’iaux armer ne requeillier, mès se missent à le fuite, chacuns

qui mieux mieux, deviers le chité de Noyon, et li Navarois apriès.

Là eult grant bataille et dur hustin, et moult de gens mors entre Noyon

et Oskans et entre Noyon et le Pont l’Evesque et tout là entours; et

gisoient li mors et li navret à fous et à mons par les camps. Et y

perdirent chil de Tournay trop grossement, car il y estoient alet en

grant estoffe et yaux bien sept cens, mès il furent priès tous mors

ou tout pris. Et furent pris li evesques de Noyon, messires Raoulx de

Couchy, li sires de Canni et si doy fil, et pluisseurs bons chevaliers

et escuiers de là environ, et dura li cache jusquez ens ès portez de

Noyon. Ceste bataille fu l’an de grace mil trois cens cinquante huit,

le mardi apriès le feste en my aoust, c’on dist le Nostre Dame.

P. 122, l. 11: essilloient.--_Mss. A 8, 9_: exilloient.

P. 122, l. 18 et 19: une somme.--_Mss. A 8, 9_: un nombre.

P. 122, l. 23: villes.--_Le ms. B 6 ajoute_: et par especial cil de

Tournay y envoièrent bien cinq cens saudoiers moult bien abilliés. Fº

582.

P. 122, l. 30: herioit.--_Mss. A 8, 9_: grevoit.

P. 122, l. 30: constraindoit.--_Mss. A 8, 9_: contraingnoit.--_Ms. A

7_: constraingnoit. Fº 200.

P. 123, l. 7: environ.--_Ms. B 6_: Et avoit devant Mauconseil plus de

quinze cens hommes, que uns, que aultres. Fº 582.

P. 123, l. 12: malement.--_Mss. A 8, 9_: durement.

P. 123, l. 24: Cray.--_Mss. A 8, 9_: Creel.

P. 123, l. 30: mil lances de bons combatans.--_Ms. B 6_: bien quinze

cens combatans, tout d’eslite. Fº 582.

P. 124, l. 2: loing.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: devant lui.

P. 124, l. 6: Saint Jorge! Navare!--_Mss. A_: leur cry.

P. 124, l. 8: et à faire un grant esparsin.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20

à 22_: à grant exploit.

P. 124, l. 14: Oskans.--_Mss. A 8, 9_: Ourcans l’Abbaye.

P. 124, l. 16: à fous et à mons.--_Mss. A 8, 9_: à monceaulx.

P. 124, l. 27: Raoulz de Couci.--_Ces mots manquent dans les mss. A 1 à

6, 8, 9, 11 à 22._

P. 124, l. 28 et 29: et si.... Rouvroy.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à

22_: et les deux filz au Borgne de Rouvroy.

P. 124, l. 31: escuiers.--_Ms. B 6_: et y eult plus de seize cens

prisonniers. Fº 583.

P. 124, l. 31 et 32: quinze cens et plus.--_Ms. B 6_: plus de quatre

mille. Fº 582.

P. 125, l. 5 et 6: paraidièrent.... desconfiture.--_Ms. A 29_:

parardirent la bonne abbaye d’Oquans et aidièrent à parfaire la

desconfiture.

§ =424=. P. 125, l. 10: Ceste desconfiture.--_Ms. d’Amiens_: Ceste

desconfiture enorgilli et amonta si les Navarois et leurs routtes qu’il

cevauchoient par tout le pays à leur vollenté; car il conquissent là

grant avoir et pluisseurs bons prisonniers qu’il ranchounnèrent bien et

fort: dont il furent si rice et si puissant que touttes mannierrez de

gens estraigniers s’en venoient deviers yaux et s’enboutoient de leurs

routtez pour plus pillier et gaegnier. Si fissent cil de Mauconsseil,

après ceste bataille, assés plus de maux que devant, car il ardirent et

violèrent la belle et le bonne abbeie d’Orkans, dont ce fu dammaigez;

et rançonnèrent tout le pays environ yaux, à bleds, à vins et as autres

pourveanches pour leurs chevaux. Et aloient de l’un à l’autre jewer

et esbattre sans peril et sans rencontre, et ne trouvoient nullui dez

seigneurs ne des bonnes villez qui leur destournast ne qui chief en

fesist; ains regardoit chacune cité et chacune ville fremmée pour lui,

et laissoient le plat pays rober et pillier sans deffensce, ensi que

vous avés oy.

Et tousjours se doubtoient de trayson li nobles des coumunez, et li

coumun dez gentilx hommez. Pour quoy li noble et li gentil homme dou

royaumme ne s’osoient faire chief ne riens entreprendre pour yaux; car,

se il leur mesavenist en aucune mannierre, tantost on les amesist de

traison. Encorrez disoient assés lez coummunautez des villez et chitéz

qui furent devant Mauconsseil, que li gentil homme les avoient tray,

et c’estoient cil qui le plus y avoient perdu. Enssi estoient gentil

et vilain dou royaumme de France enchantéz et enfantouméz li ung pour

l’autre. Et meysmement li dus de Normendie et si frère et leurs onclez

li dus d’Orliiens et pluisseur autre contez et baron gisoient tous

quoys en le cité de Paris sans yaux bougier, et ne savoient de quel

part traire pour delivrer le royaumme des Navarrois, car il en y avoit

tant à tous lés que li royaummes en estoit tous plains. Fº 112.

P. 125, l. 13: Cray.--_Mss. A 8, 9_: Creel.

P. 125, l. 16: prisons.--_Mss. A_: prisonniers.

P. 125, l. 17: friche.--_Mss. A_: riches.--_Ms. A 7_, fº 200 vº.

P. 125, l. 20 et 21: jupons.--_Mss. A_: gipons.

P. 125, l. 21: à tous hostieus.--_Ms. A 7_: à toutez manières d’ostielz.

P. 126, l. 1: enterinement.--_Mss. A 8, 9_: entierement.

P. 126, l. 2: bevenes.--_Mss. A 8, 9_: bievres.

P. 126, l. 2: d’osterice.--_Ms. A 7_: d’ostruce.

P. 126, l. 8: d’Oskans.--_Mss. A 8, 9_: d’Orquans.

P. 126, l. 9: as chapitains.--_Ms. A 7_: au capitaine.

P. 126, l. 10: sceurent.--_Ms. A 7_: sot.

P. 126, l. 21: certains saulz.--_Mss. A 8, 9_: certaines souldées.

P. 126, l. 25: ensonniet.--_Mss. A 8, 9_: embesoingniez.

P. 127, l. 4: durement.--_Les mss. A 7 à 9 ajoutent_: et vaillant homme.

P. 127, l. 8: Roye.--_Mss. A 8, 9_: Rue.

§ =425=. P. 127, l. 9: Or avint.--_Ms. d’Amiens_. Or avint enssi que

messires Jehans de Pikegny, qui estoit de le partie le roy de Navare,

acquist tant d’accord en le bonne chité d’Ammiens des grans bourgois

et d’aucuns dez coumugnes, qu’il y osa bien ung soir venir, sus le

fianche des amis qu’il avoit laiiens, à tout bien huit cens lanches,

en cause que de prendre le cité et toutte rober; et fist son amas en

le Herielle, à trois lieuwez de là, et vint tout de nuit à touttes ses

gens d’armes, et trouva la premierre porte appareillie et entra ens à

grant bruit.

Chil de le chité s’estourmirent, qui sentirent et entendirent le

friente dez gens d’armes. Si se coururent tantost armer et criièrent:

«Trahi!» et vinrent vers le porte où li Navarois estoient, et le

fremmèrent au plus tost qu’il peurent. Là eut grant hustin et fort,

et maint homme mort et reverssé à terre, car c’estoit de nuit: se ne

congnissoient l’un l’autre. Et si avoit dedens le cité enclos et repus

dez Navarois qui mettoient grant painne à ocire chiaux de le chité; et

en fuissent dou tout venut à leur entente et destruit et efforchié le

bonne chité d’Amiens, se n’ewist estet le jonne comte de Saint Pol,

ungs hardis et entreprendans chevaliers, et li sirez de Fiennez, ses

oncles, qui entrèrent à ce donc en le cité, à bien quatre cens lanchez,

par une autre porte. Chil recomfortèrent et rencoragièrent grandement

chiaux d’Ammiens, et reboutèrent les Navarrois ens ès fourbours de le

ville et gardèrent les portes de le cité.

Quant messires Jehans de Pikeny senti que li comtes de Saint Pol et si

grant gens d’armes estoient venu en le cité pour comforter et qu’il

les reboutoient, si se retraist et retray ses gens tout bellement et

fist bouter le feu ens ès fourbours, qui furent tout ars, où il y avoit

bonne ville et grosse et pluisseurs belles eglises. Fº 112.

P. 127, l. 14: langage.--_Ms. A 7_: par soubtil engin et biau langage.

Fº 201.--_Ms. A 29_: par subtils moyens, par promesses et beau langage.

P. 127, l. 17: Navarois.--_Le ms. A 29 ajoute_: de nuict.

P. 127, l. 19 et 20: celiers.... ville.--_Ms. A 29_: demeures de un

grand nombre de Navarroys lesquels s’estoyent boutés en la cité, ci

deux, ci troys, et devoyent ayder à destruire et piller toute la ville,

sans nul deport.

P. 127, l. 22: Gauville.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22_:

Graville.--_Mss. A 23 à 29_: Gaville.

P. 127, l. 22: Frikes.--_Ms. A 29_: Friquet.

P. 127, l. 23: Bekisi.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: Kisy.--_Mss. A

8, 9_: Bethisi.

P. 127, l. 24: Fourdrigais.--_Mss. A 8, 9_: Fourdigais.--_Ms. A 29_:

Foudrigay.

P. 127, l. 24: sept cens.--_Mss. A 8, 9, 14 à 17, 20 à 22_: cinq

cens.--_Ms. B 6_: cinq cens lanches. Fº 580.

P. 127, l. 25: amis.--_Ms. B 6_: Et il (Jean de Piquigny) y avoit

envoiiet, par cinq jours devant, plus de deux cens hommes navarois

en le chité d’Amiens et en le maison des bourgois de leur acort, en

tonneaulx, sur chars, en manière de vins. Fºs 580 et 581.

P. 127, l. 28: repus.--_Mss. A 8, 9_: muciez.

P. 128, l. 9 et 10: cowardement.--_Mss. A_: couardement. A 7, fº 201.

P. 128, l. 21: caudement.--_Ms. A 7_: cautement.

P. 128, l. 25: cilz.--_Le ms. A 29 ajoute_: noble.

P. 128, l. 26: rencoraga.--_Mss. A 8, 9_: renforça.

P. 128, l. 27: feus.--_Ms. A 29_: torches.

P. 129, l. 1: d’autre part.--_Ms. A 29_: venus en Amiens.

P. 129, l. 3: que.--_Le ms. A 29 ajoute_: qu’à là longuement demourer.

P. 129, l. 9 et 10: plus de trois mil.--_Ms. A 29_: bien trois

mil.--_Ms. B 6_: plus de quinze cens. Fº 581.

P. 129, l. 11: perrociaulz.--_Mss. A 8, 9_: parrocheaulx.

P. 129, l. 12: de deport.--_Mss. A_: deporté.

P. 129, l. 13: Navarois.--_Le ms. A 29 ajoute_: vers la Herielle.

P. 129, le 15: prisonniers.--_Le ms. A 29 ajoute_: dont les plusieurs

payèrent grant rançon.

P. 129, l. 15: et.--_Le ms. A 29 ajoute_: de la Herielle.

§ =426=. P. 129, l. 17: Quant li Navarois.--_Ms. d’Amiens_: Quant li

Navarois furent retrait, li comtes de Saint Pol, messires Moriaux de

Fiennes et aucuns bourgois d’Ammiens allèrent par aucuns hosteux et

prissent de chiaux dont li ville devoit estre gaegnie. Si en furent

l’endemain justiciiet quatorze des plus gros, et meysmement li abbes

dou Gart, qui avoit conssenti ceste traison et herbregiés en se abbeie

une quantité dez Navarois. Ossi assés tost apriès, en furent trainet

et justiciiet à Laon six des plus grans et des plus riches bourgois de

le chité de Laon; et li evesquez de Laon meysmement souppeçonnés de

traison, et se parti de Laon secretement, car, se il ewist estet tenus,

il euist estet mal pour lui. Telz aventurez, telz meschiés et tellez

amisses avenoient adonc ens ou royaumme de Franche. Pour ce se tenoient

li seigneur, li chevalier et les bonnes villes, chacuns sus se garde,

car on ne se savoit de qui garder.

En ce tamps que li dus de Normendie et si frère se tenoient à Paris,

n’osoit nulx marchans ne autres yssir de Paris, ne aller aval le pays,

ne n’y pooit marchandise venir ne yssir; car li rois de Navarre se

tenoit à Melun sus Sainne, deseure Paris, et messires Phelippes de

Navarre ses frères, à Mantes, desoubz Paris: par quoy riens ne pooit

par le rivierre venir à Paris, ne par le terre ossi, sans le dangier

des Navarois. Si y avint si grans chiers tamps que on vendi un tonnelet

de herens trente escus. De l’aigue [de mer] et de sel n’y pooit nulx

recouvrer, fors par le coummandement des ministres dou duc; et le

faissoit as gens achater pour estordre plus grant argent pour leurs

saudoiiers paiier, car les rentes et les revenues dou dit duc en autre

mannierre estoient touttes pardues. Fº 112.

P. 129, l. 28: dix sept.--_Ms. A 29_: dix huit.

P. 130, l. 6: tenus.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: il eust esté.

P. 130, l. 11: Meleun.--_Mss. A 8, 9, 15 à 22_: Mante.

P. 130, l. 11: Sainne.--_Le ms. A 29 ajoute_: où il s’estoit retraict

de Saint Denis.

P. 130, l. 11: liement.--_Le ms. A 29 ajoute_: et reconforta et promit

à faire de grans biens.

P. 130, l. 20: que il en fesissent assés.--_Ms. A 29_: qu’ils firent de

grands maux sans nombre.

P. 130, l. 26: Navarois.--_Le ms. A 29 ajoute_: et de leurs aydans.

P. 130, l. 30: escus.--_Le ms. A 29 ajoute_: d’or.

P. 130, l. 31: moroient.--_Le ms. A 29 ajoute_: en moult de lieux.

P. 131, l. 3: de sel.--_Le ms. A 29 ajoute_: pour argent ne autrement.

P. 131, l. 6: saudoiiers.--_Ms. A 29_: les gens d’armes que le duc

entretenoit.

P. 131, l. 7: toutes.--_Le ms. A 29 ajoute_: ou en partie.

§ =427=. P. 131, l. 9: Moult acquisent.--_Ms. d’Amiens_: Moult acquist

li jonnes comtes de Saint Pol grant grace dou secours qu’il avoit fait

à chiaux de le chité d’Ammiens, et se coumencièrent tout li chevalier

et li escuier de Picardie à raloiier à lui. Si avint qu’il avisèrent,

l’un parmy l’autre, qu’il yroient devant Saint Walleri, qui trop grant

dammaige leur portoit. Si se queillièrent tout chevalier et escuier

de Pikardie, d’Artois et de Vermendois, et fissent dou dit comte de

Saint Pol leur souverain, et s’atrairent tout par devant le ville et

le castiel de Saint Walleri et l’asegièrent fortement et estroitement,

et y fissent venir tous les enghiens, grans et petis, et akariier

d’Ammiens à Abbeville. Là eut un grant siège et loing, et qui cousta

grans deniers au pays de Pikardie; mais chacuns chevaliers et escuiers

y estoit à ses frès ou à delivranche des plus grans barons dou pays,

et les bonnes villez ossi à leur frès. Si en furent chil d’Abbeville

durement cuvriiet de vivres et de pourveanches.

Si se tint li sièges devant Saint Walleri tout un ivier, l’an mil

trois cens cinquante huit. Et y eut pluisseurs assaux et escarmuches

et maintes belles appertisses d’armez faittez; car c’estoient

touttes bonnes gens d’armez qui devant seoient: li comtes de Saint

Pol premierement, messires Moriaux de Fiennes, ses oncles, li sirez

de Chastillon, li sires de Pois, li sirez de Cresèquez, li sirez de

Sauci, li sires de Montsaut, li sires de Roye, li sires de Kikenpoi,

li sires de Cantemerle, li sires de Merle, li sires de Creki, messire

Raoul de Rainneval, li sirez de Saint Pi, li castellains de Biauvais,

messires Bauduins d’Ennekins, messires Oudars de Renti, messires Jehans

de Ligny, messires Loeys de Haveskerkes, li sires de Saint Venant,

marescaux de Franche, li sires de Brimeu, li sirez de Baucyien, li

sirez de Bourberk et maint autre bon chevalier et escuier. Et ossi en

y avoit de Haynnau et de Flandrez, qui y estoient venut à le priière

d’aucuns de lors amis qui là estoient; et avoient empris que de là

ne partiroient, jusquez à tant qu’il aroient le fortrèce. Par dedens

estoit messires Guillaummes Bonnemare, et Jehans de Segure, appert

homme durement, qui faisoient souvent armer lors compaignons, qui bien

estoient cinq cens combatans, et venoient as barrières de leur fortrèce

escarmuchier as Franchois, et y faisoient tamaintez belles appertises

d’armes; une heure gaegnoient et l’autre perdoient. Fº 112 vº.

P. 131, l. 17: no.--_Ms. A 7_: nostre. Fº 201 vº.

P. 132, l. 24: Segure.--_Mss. A 11 à 14_: Sugueres.

P. 132, l. 24: appert.--_Les mss. A 18, 19 ajoutent_: et vaillans.

P. 133, l. 2: combatans.--_Ms. A 29_: moult vaillans compagnons.

P. 133, l. 5: les engiens.--_Ms. A 29_: des plus grans engins.

P. 133, l. 6: assir.--_Ms. A 7_: asseoir. Fº 202.

P. 133, l. 7: cuvrioient.--_Ms. A 29_: travailloyent.

P. 133, l. 13: Beus.--_Mss. A 8, 9_: Beuch.

P. 133, l. 29 et 30: chaingles.--_Mss. A 8, 9_: braies.

P. 134, l. 9 et 10: grawés.--_Mss. A 8, 9_: grans cros.

p. 134, l. 11 et 12: ensi.... pluiseurs.--_Ms. A 29_: contremont

jusques aux creneaux de la tour, laquelle estoit à terrasse, un fort

et subtil eschelleur ainsi comme un chat, allant en hault, dont tous

avoyent trop grans merveilles, nommé Bernard de la Salle, qui estoit

natif d’Auvergne: maint chastel et mainte bonne ville eschela il en

son temps, dont ce fut pitié.

P. 134, l. 13: Clermons.--_Ms. A 29_: la forte tour et le chastel de

Clermont en Beauvoisin.

P. 134, l. 15 et 16: et cuvriièrent.--_Ms. A 29_: moult par courses et

autrement.

P. 134, l. 16: Vexin.--_Ms. A 29_: Verquechin.

P. 134, l. 18: Cray.--_Ms. A 29_: Craeil.--_Mss. A 8, 9_: Creel.

P. 134, l. 18: le Herielle.--_Mss. A 8, 9_: la Harèle.

P. 134, l. 19: tous li plas pays.--_Ms. A 20_: toute celle marche....

et par especial le plat pays.

P. 134, l. 20 et 21: Et.... Saint Waleri.--_Ms. A 29_: Et tousjours

se tenoit le siège des bons chevaliers et escuyers de France et des

communaultés devant Saint Valéry, devant laquelle ils avoient sis

longuement sans nul prouffit.

§ =428=. P. 134, l. 22: Ensi estoit.--_Ms. d’Amiens_: Entroes que

li sièges fu devant Saint Wallery, avinrent pluisseurs aventurez

d’armes par le royaumme de Franche, pluisseurs prises et escellemens

de villes et de castiaux en Brie, en Gastinois, en Bourgoingne et

en Campaingne: dont pluisseur chevalier et escuier de diviers pays

estoient cappittainne. Et tout le plus rice de ces capitains, et qui

plus avoit maintenu le russe dou tamps passet, on l’appelloit messire

Robert Chanolle. Chilx finast bien très donc de deux cens mille florins

et de quarante bons castiaux qui estoient à son coummandement. Et

si avoit gaegniet le bonne cité d’Auchoire, et ranchonnet et robet

touttez les villes de là entours, deux ou trois journées loing, et tout

jusques à Tonnoirre et jusques à Verselay, d’une part, et d’autre part

toutte le rivierre de Loire, de Nevers jusques à Orliiens, et tous les

fourbours d’Orliiens ars et essilliés par force de gens jusques as

portez. Et avoit gaegniet et detenue le noble maison que on claimme

Castiel Noef sour Loire: si tenoit dedens ses garnisons et avoit bien,

quant il volloit, deux mil ou trois mil combatans. Et disoit bien qu’il

ne faisoit point guerre pour le roy d’Engleterre ne le roy de Navare ne

pour nullui, fors pour lui meysmez, et portoit en ses devises, escript

de lettrez de broudure:

Qui Robert Canolle prendra,

Cent mille moutons gagnera.

D’autre part, par deviers Pons sur Sainne, en Brie, en Campaigne et

sur le rivierre de Marne et par deviers Troies et Prouvins, se tenoient

autre guerieur, qui avoient pluisseurs autres cappittainnes: desquelx

li uns avoit nom messires Pièrez d’Audelée, chevaliers englès, qui

estoit grans et saiges gueriières. Et si y estoit uns chevaliers de

Haynnau, que on clamoit monseigneur Ustasse d’Aubrecicourt, appert et

hardi chevalier durement et bon guerieur ossi; et si estoit ossi adonc

en Campaingne ungs escuiers d’Alemaigne que on clammoit Albrest.

Ces trois chapittainnez tenoient, en le marche que je vous ay noummet,

plus de soissante castiaux et fortes maisons, et avoient bien deux mil

combatans, et avoient mis tout le pays en leur subjection et ranchonnet

et robet à leur vollenté, sans merchy. Et avoient pris et destruit

Danmari, Esparnay, le bonne ville de Vretus et par toutte le rivierre

de Marne jusques au Castiel Thieri, et tout ensi entours le cité de

Rains, de Caalons, de Troies, et par tout le pays de Campaigne jusquez

à Retheis et jusques à Bar sour Aube. Et avoient gaegniet le bonne

ville de Ronay et le fort castiel de Hans en Campaigne, et tout pris

et robet, quanque trouvet y fu, et ranchounnet et robet le remannant

dou pays et de tous ces pays deseure diz jusquez à Sainte Meneheus en

Partois.

Et estoit Nogant sus Sainne li maistre fortrèche de monseigneur Ustasse

d’Aubrecicourt, et estoit souverains et tenoit gens en ces garnisons à

Pons sus Sainne, à Dameri, à Luchi, à Saponay, à Trochi, à Arsi et en

pluisseurs autres fortrèces que je ne say noummer.

Et plus avant, sus le marche de Bourgoingne et de Partois, se tenoient

messires Jehans de Noef Castiel, apers chevaliers et fors guerieurs

durement, et avoecq lui Tieubaut de Chautfour et Jehans de Chautfour,

et pilloient et roboient tout le pays entours Lengre, Trichastiel,

Chaumont en Bassegny, et avoient leur retour en un castiel c’on claimme

Montsaugon, et l’avoient si fortefiiet qu’il ne doubtoient nul homme:

ossi il i estoient tout asegur, car nulz ne leur contredisoit leurs

chevauchies. Fº 112 vº.

--_Ms. B 6_: Ensi se monteplièrent grant foison de maulx et de

iniquités ens ou noble royalme de Franche: par quoy ung grant chier

tamps en vint et nasqui depuissedy. Et les terres demorèrent vaghes et

les vingnes à labourer. Toutes marchandises estoient sy mortes et si

perdues que nul n’osoit aller ne venir parmy le royalme de Franche, car

c’estoient pilleurs, robeurs de tout pais, au title du roy de Navare.

Et estoient chil pillars maistre et souverain des camps, des chemins et

des rivières. Et estoient ly chevalier et les seigneurs tout ensongniés

de garder leur fortresses, car on leur embloit et prendoit toutes les

nuis et tous les jours. Le jouene sire de Couchy en estoit si contrains

qu’il faisoit garder ses castiaus à ses despens. Fº 583.

P. 134, l. 22: ensonniiés.--_Mss. A 8, 9_: embesoigniez.

P. 135, l. 15: Albrest.--_Mss. A 20 à 22_: Albert.

P. 135, l. 29: Ronay.--_Mss. A 3, 11 à 14_: Rouvroy.--_Ms. A 2_:

Rouvoy.--_Mss. A 18, 19_: Renveroy.--_Ms. A 29_: Rouvroy.

P. 136, l. 4 à 7: Cils.... Arsi sus Aube.--_Mss. A 20 à 22_: Ce messire

Eustace tenoit dessoubs lui en Champaigne pluseurs forteresses: Pons

sur Saine estoit sa chambre, Nogent sur Marne, Amery, Lucy, Saponnay,

Dorichy, Archy sur Aube.

P. 136, l. 6: Troci.--_Ms. B 4_: Crecy. Fº 198 vº.

P. 136, l. 10: Caufour.--_Ms. A 7_: Chaufour.

P. 136, l. 13: Montsaugon.--_Ms. A 7_: Montsangon. Fº 203.

P. 136, l. 13: quatre cens.--_Mss. A 23 à 29_: trois cens.

§ =429=. P. 136, l. 20: D’autre part.--_Ms. d’Amiens_: D’autre part,

par deviers Soissons et entre Laon et Rains, se tenoient autre robeur

et pilleur qui desroboient et ranchonnoient tout celui pays de là

entour jusques à Chaalons et toutte le terre le seigneur de Couchy

et le comte de Roussi, hors mis les fortrèches que chil doy seigneur

faisoient bien garder par gens d’armez qu’il avoient retenu à lor

gaiges et à lors frès. Chil guerieur se tinrent longement en le

ville de Velli et l’avoient bien fremmée et durement remforchie, et

estoient bien six cens combatans et plus. Il avoient ung capitain

à qui il obeissoient dou tout, qui leur dounnoit certains gages et

retenoit Allemans et tous compaignons qui à lui volloient demourer;

et le appelloit on Rabigot de Dury et estoit Englès. Et si avoit un

autre avoecq lui, appert homme durement qui se faisoit Englès, que on

clammoit Robin l’Escot.

Chilx Robins ala ens ès festes dou Noel gagnier sauvagement par nuit

le fort castiel de Roussi, et prist dedens le propre comte de Roussi,

madamme se femme et madammoiselle leur fille et tous chiaux qui y

furent trouvés, et touttes les pourveanches dou castiel qui estoient

mout grandez, et fu toutte li ville robée. Si fist li dis Robins dou

castiel et de le ville une grant garnison qui puisedi greva durement le

pays de là entours. Et si ranchounna le dit comte, madamme se femme et

leur fille, à douze mille florins au mouton, et si detint le ville et

le castiel tout l’ivier et l’estet apriès qui fu l’an cinquante neuf.

Et li comtes devant dis s’en alla tenir à Laon et là où il li pleut le

mieux. Ensi estoit li pays foulléz et desollés de tous lés; ne on ne

savoit auquel entendre. Et ne faisoit on en tous ces pays nulx ahans

de terre: de quoy ung moult chier tamps de bleds et d’avainnes en

nasci puisedi ou royaumme de France. Et, se ce n’ewist estet li comtés

de Haynnau dont pourveanches leur revinrent, il ewissent eu plus de

disette de fain, coumment que les povres gens en eurent tammaintes. Et

n’osoit nulx marchans aller ne venir par le royaumme de Franche, ne

menner se marchandise, se ce n’estoit par saus conduis qu’il acattoient

bien et chier à ces guerieurs par qui fortrèches et passages il lez

couvenoit passer, mès chela tenoient il ossi loyaument comme fesist li

roys d’Engleterre. Fºs 112 vº et 113.

P. 136, l. 23 à 26: et parmi.... faisoient.--_Mss. A_ 11 à 14: et parmi

la terre du sire de Coucy. Icelui sire de Coucy faisoit....

P. 136, l. 29: Velli.--_Ms. B 6_: Vailly. Fº 583.--_Ms. A 29_: un grand

chastel de celle marche nommé Voeilly.

P. 136, l. 31: Rabigos.--_Ms. B 6_: Radigos. Fº 586.

P. 136, l. 31: Duri.--_Mss. A_ 20 à 22: Duroy.

P. 137, l. 19: florins.--_Ms. A 29_: escus.--_Ms. B 6_: moutons. Fº 584.

P. 137, l. 21: apriès.... neuf.--_Ms. A 29_: jusques à la fin d’aoust,

qui fut en l’an mil trois cens soixante et un.

P, 137, l. 23: Laon.--_Ms. A 29 ajoute_: et là il chevauchoit souvent

avecques les routtes pour recouvrer sur les ennemis ses pertes, et

moult leur porta de grans dommages.

P. 137, l. 25 à 27: Et en celi.... puissedi.--_Ms. A 29_: En ce temps

nuls labouriers n’ahannoyent ne cultivoyent les terres par tout

l’evesché de Laon, ne au pays de là environ, fors les vignes joignans

aux murs de la cité. Et encores estoit ce à grant redout, tant y avoit

il de pillars et de routtiers à tous lés sur le pais, dont un si cher

temps en nasquit depuis qu’on ne sçavoit où recouvrer de froment,

pour or ne pour argent; et ne mangeoient les pouvres gens que pain

d’aveine ou de fèves ou herbes que les plusieurs cuisoyent et en

vivoyent.--_Ms. B 6_: On ne vous pouroit pas recorder en ung jour

d’estet les grans persecutions, les pillaiges, les roberies et les

grans fais d’armes qui furent et avinrent en che tamps ou noble roialme

de Franche. Fº 584.

§ =430=. P. 137, l. 28: En ce temps.--_Ms. A 29_: En l’an de grace

Notre Seigneur mil troys cens soixante et deux, un petit après Pasques.

P. 138, l. 1: Pinon.--_Mss. A_ 18 et 19: Pignon.

P. 138, l. 11: Craule.--_Ms. A 29_: Craonne.

P. 140, l. 6: tamainte.--_Ms. A 7_: mainte. Fº 203 vº.

P. 140, l. 9: remontière.--_Ms. A 7_: remontée.

P. 140, l. 32: fist.--_Les mss. A ajoutent_: car il n’eussent peu durer

longuement. _A 7_, fº 204.--_Les mss. A 1 à 6, 11 à 14 ajoutent_: car

ilz estoient les plus foibles.

§ =431=. P. 141, l. 5: deux ou trois.--_Ms. A 29_: jusques à six hommes

d’armes moult felonnessement, tant que les aultres en furent durement

esbahis.

P. 141, l. 8: tamaint.--_Ms. A 7_: maint. Fº 204.

P. 141, l. 11: et si durs.--_Ces mots manquent dans les mss. B 4 et A

7._

P. 141, l. 17 et 18: de.... quinze.--_Ms. A 7_: mie quinze des trois

cens.

§ =432=. P. 141, l. 23: Ensi que.--_Ms. d’Amiens_: Or revenons au siège

de Saint Wallery. Enssi que je vous ai chy dessus dit et comptet, li

signeur de Picardie, d’Artois, de Pontieu et de Boullenois sirent

ung grant temps devant Saint Walleri; et y fissent tamaint assaut et

jettèrent tamainte grosse pière d’enghien, et travillièrent durement

chiaux de le fortrèche. Ossi il se tinrent et deffendirent tout ce

temps si vaillamment que nulle gens mieux, car il estoient pourveu de

bonne artillerie. Et si estoient fuisson d’apers compaignons: si ques,

quant on les assailloit, il se deffendoient de grant vollenté.

Or avint, entre les autres aventures, que uns bons chevaliers de

Pikardie, que on appelloit le seigneur de Bauchiien, estoit une

fois à l’assaut devant le fortrèche; si fu très d’un quariel d’une

espringalle tellement que li quarriaux li percha touttez ses armures

et ferri d’autre part en terre. Et chei là li chevaliers navrés, de

laquelle navrure il morut: dont il fu mout plains en l’ost, mès on ne

le peut adonc amender. Li très que chil de Saint Wallery faisoient

à chiaux de l’ost de kanons, d’espringhalles et d’ars à tour, les

grevoit plus que nulle autre cose. Ossi li grant enghien qui estoient

en l’ost, qui jettoient nuit et jour pierrez dedens le fortrèche, les

constraindo[ien]t plus c’autre cose. Au siège de Saint Wallery, et par

devant, avoit bien trente mil hommes, c’à piet, c’à cheval.

Si se tint ylluecques li sièges de l’issue d’aoust jusquez au quaremme,

que les pourveanches de Saint Wallery furent touttes passées et

aleuwées. Dont se coummenchièrent à esbahir cil qui estoient dedens,

car nulles pourveanches ne leur pooient venir; et si ne veoient point

d’aparant de nul secours de nul part. Si eurent conseil qu’il [se]

trairoient deviers les Franchois; si tretiièrent par deux jours ou par

trois, ainschois que il pewissent venir à acord. Et encorres, se li

comtes de Saint Pol et li seigneur de Franche qui au siège se tenoient,

ewissent sceut l’estat de dedens et coument il estoient au coron de

leurs pourveanches, ilz ne les ewissent mies si legierement laissiés

passer. Messires Guillaummes Bonnemare et Jehans de Segure et tout leur

compaignon se partirent, parmy tant qu’il ne metoient riens hors de

Saint Wallery, fors ce seullement qu’il en pooient porter devant yaux.

Enssi fu li fortrèce rendue et remise en le main dou comte de Saint

Pol. Fº 113.

P. 141, l. 25: Boulenois.--_Les mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19

ajoutent_: et du pays d’environ.

P. 142, l. 2 à 5: car.... barrières.--_Ms. B 6_: car il y avoit dedens

plus de cinq cens combatans qui se venoient tous les jours esprouver as

barrières. Fºs 584 et 585.

P. 142, l. 7: Bauciien.--_Ms. A 23_: Geancien.

P. 142, l. 9 et 10: d’un quariel d’espringalle.--_Ms. B 6_: d’un

trait d’un canon. Ung jour perdoient chil de l’ost, et l’autre jour

gaignoient, car il y avoit là plus de trente mille hommes, que uns, que

aultres. Fº 585.

P. 143, l. 25: le conte d’Evrues.--_Ms. A 29_: c’est assavoir le conté

d’Evreux.

P. 144, l. 2: secretement.--_Ms. A 29_: très secretement.

P. 144, l. 3: trois mil.--_Ms. B 6_: environ quinze cens lanches.

P. 144, l. 4 à 10: Là.... possession.--_Ms. A 29_: Là estoyent le jeune

conte de Harcourt, le sire de Granville, monseigneur Robert Canolle,

messire Jehan de Piquegny et plusieurs autres chevaliers et escuyers,

lesquels monseigneur Philippe avoit amenés à trois lieues près de

Sainct Valery, le propre jour que la ville et le chastel avoyent esté

rendus au connestable de France et au conte de Saint Pol.

P. 144, l. 5: Graville.--_Mss. A 8, 9_: Gauville.

P. 144, l. 42: les.--_Ms. A 29_: se.

§ =433=. P. 144, l. 45: Encores estoient.--_Ms. d’Amiens_: Le jour

apriès que chil de Saint Wallery se furent parti, vinrent nouvelles au

comte de Saint Pol et as seigneurs de Franche que messires Phelippez de

Navarre et li Navarrois estoient sour lez camps, à trois lieuwes priès

d’iaux. Ces nouvelles estoient vraies, car voirement s’estoit li dessus

dis messires Phelippes avanchiés pour venir lever le siège de Saint

Walleri, et avoit bien trois mil combatans.

Quant li comtes de Saint Pol et messires Moriaux de Fiennes et li

chevalier de Franche entendirent que li Navarois estoient si priés

d’iaux, si eurent consseil et vollenté de chevauchier contre yaux, et

que d’iaux combattre, se il les trouvoient. Si prissent tantost les

camps au lés par deviers Oisemont, où on leur dist que li Navarrois

estoient traix.

Ces nouvelles ossi vinrent à monseigneur Phelippe de Navarre et à

monseigneur Loeis, son frère, et à monseigneur Jehan de Pikegny qui

les menoit, que Saint Wallery estoit rendue, et que li Franchois

cevauchoient sus yaux et estoient bien trente mil. Dont eurent consseil

chil seigneur dessus dit qu’il se retrairoient, car il n’estoient mies

gens pour yaux attendre ne combattre. Si se retraient tout bellement

deviers Loingpret et sus celle rivierre de Somme, pour revenir par

deviers Vermendois.

Quant li Franchois furent venut à Oizemont, il trouvèrent que li

Navarrois estoient retret. Si se partirent de là et chevauchièrent, qui

mieux mieux apriès. Or avoient il en leur ost grant charroy et mout de

gens à piet; si ne pooient faire grandez journées. Et ossi li Navarrois

avoient grant fuison de chevaux fouliez; si ne pooient faire grant

esploit. Tant les pourssuiwirent li Franchois que, à heure de nonne, il

les virent sour les camps, où il estoient descendu et buvoient un cop.

Si tost qu’il les virent, il fissent touttes leurs gens aroutter et

ordounner enssi que pour tantost aller combattre.

Quant li Navarois lez perçurent, ilz se hastèrent dou plus tost qu’il

peurent, et recenglèrent leurs chevaux et montèrent et se partirent; et

estoient adonc à une petitte lieuwe dou castiel de Lonch en Pontieu. Si

prissent le chemin pour venir celle part, et li Franchois apriès, tous

rengiés et tout ordonné pour combattre; et ne faisoient mies trop grant

compte d’iaux fourhaster, car il veoient bien que li Navarois tiroient

à venir à Lonch, et laiens les volloient il enclore.

Or vinrent li Navarois à Lonch et se boutèrent dedens et leurs chevaux

et ce qu’il avoient de pourveanches, che n’estoit point gramment, et

cloïrent le porte dou castiel. Li Franchois vinrent assés tost par

devant le fortrèche; si se logièrent, car il estoit jà heure de logier.

Et avoient li pluisseur entr’iaux grant joie de ce qu’il sentoient

layens enclos lez Navarois, car à l’endemain il quidoient bien tantost

avoir le maison gaegnie par assault. Si se tinrent tout aise et tout

joieaus celle nuit.

Quant ce vint à l’endemain, il s’armèrent tout coumunaument et

approchièrent le castiel pour assaillir. Adonc eurent li comtes de

Saint Pol, li sires de Fiennes et li aucun chevalier consseil que

on n’assauroit point à le fortrèche, car on y poroit trop perdre de

gens, mès envoieroient querre cinq ou six grans enghiens à Amiens, qui

jetteroient au fort et qui le debriseroient tout; par enssi les aroit

on sans dammaige. Li autre partie des chevaliers et des coummunautés

volloient que sans delay on les allast assaillir: enssi furent il en

diviersses oppinions. Touttesvoies, tout consideret, on eut consseil

d’attendre les enghiens, et fu tenus li premiers pourpos.

Quant messires Phelippes de Navarre et chil qui layens estoient, virent

qu’il ne seroient point assailli, si en furent tout joyant, mès bien

penssèrent et de ce se doubtèrent c’on les voroit laiens afammer. Si

eurent consseil que, le soir qui venroit, il se partiroient quoiement

tantost apriès jour falli, et seroient moult eslongiet ainschois que

li Franchois sewissent riens de leur couvenant; et ne les pooient mies

ossi sieuwir trop hastiement, car il menoient grant charroy, et si

avoient pluisseurs gens à piet.

Chilx conssaux fu tenus. Li jours passa sans riens faire, dont il

anoioit moult à aucuns de l’host c’on ne les assalloit, car li

fortrèche ne leur sambloit point forte que par assault il ne le

pewissent bien avoir. Quant la nuis fu venue, li Navarois ordonnèrent

touttes leurs besoingnez et ensellèrent lors chevaux, et tourssèrent

et s’armèrent; et enssi que dou premier somme, tout quoiement il

se partirent et prissent le chemin pour venir deviers Peronne en

Vermendois. Si chevauchièrent fort et royt et furent bien eslongiet

trois lieuwes, ainschois que li Franchois en sewissent riens.

Quant lez nouvelles furent venues en l’ost que li Navarois estoient

parti, si furent touttes mannierres de gens moult esmervilliet. Et

s’armèrent tantost chacuns qui mieux mieux, et montèrent as chevaux, et

requeillièrent tout leur arroy et chargièrent lors chars, et puis se

missent au chemin enssuiwant lez esclos des Navarois. Fº 113 vº.

P. 144, l. 16: ne s’estoit partis.--_Ms. A 29_: ne s’osoit partir sans

le commandement du connestable de France et de monseigneur le conte de

Saint Pol qui là estoient.

P. 144, l. 17: partir et tourser tentes et trés.--_Ms. A 29_: tout

trousser et maler et partir.

P. 144, l. 19: trois.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17_: quatre.

P. 144, l. 19 et 20: à mains de trois liewes.--_Ms. A 29_: à trois

lieues.

P. 144, l. 23: Renti.--_Ms. A 23_: Roucy.

P. 146, l. 9: deux grans liewes.--_Ms. A 29_: de plus de troys lieues.

P. 146, l. 12 à 14: Les.... secretement.--_Ms. A 29_: Quant le

connestable de France, le conte de Sainct Pol et les seigneurs de

Picardie qui là estoyent, veirent que ces Navarroys leur eschappoyent

ainsy, ils en furent moult dolens.

§ =434=. P. 146, l. 20: Quant li jours.--_Ms. d’Amiens_: Quant jours

fu venus, si chevaucièrent li ung et li autre, mais li Navarrois

avoient grant avantaige. Et bien leur faisoit mestier, car li Franchois

s’esploitièrent tant ce jour qu’il vinrent au soir à deux lieuwes priés

d’iaux, et se logièrent tous en ung biau plain assés priès de Peronne,

car il veoient par les fummières que li Navarois estoient logiés. Si

se aisièrent et li une ost et li autre de ce qu’il avoient. Environ

mienuit, se deslogièrent li Navarois et bouterent le feu ens leurs

logeis. Si chevauchièrent à l’aise de lors chevaux par deviers Saint

Quentin.

Li Franchois, de leurs logeis, virent bien que li Navarrois se

partoient; si sonnèrent leurs trompettez et s’armèrent au plus tost

qu’il peurent, et s’aprestèrent de tous poins et montèrent as chevaux,

et ordonnèrent que cil de piet venissent à leur aise tout bellement

avoecquez le charoy, car il chevaucheroient devant pour ataindre lors

ennemis. Si comme ordounné fu, il fissent: li seigneur montèrent et

se missent au chemin et sieuwirent les esclos des Navarrois, qui

cevauchoient fortement. Environ eure de tierche, il regardèrent

derierre yaux et perchurent que li Franchois les approchoient durement,

et qu’il estoient à une lieuwe priès d’iaux.

Si se vont coummenchier li aucun à esbahir, car il avoient moult

de leurs chevaux foullés. Dont s’avisèrent li seigneur que, se il

trouvoient aucunne place à bien petit d’avantage, il s’aresteroient et

metteroient en ordounnanche de bataille, et attenderoient les Franchois

à l’aventure de Dieu; car, par enssi fuir, il se poroient tout perdre.

Si chevauchièrent encorres avant et tant que, environ prangière, il

vinrent en ung vilage c’on claimme Toregny, à deux lieuwes de Saint

Quentin et sus le costière; et siet Toregny hault sus un tierne dont on

voit tout le pays environ. Il se vont là arester et mettre tout à piet

et en bon couvenant, et ordounnèrent trois batailles: en chacune avoit

sept cens combattans et trois cens archiers.

Et là fist messires Phelippes de Navarre le jouene comte de Halcourt

chevalier, filz au comte de Halcourt que li rois Jehans fist mourir à

Roem; et là leva bannierre, et li hoirs de Graville ossi. Et y fist

messires Phelippes de Navarre pluisseurs chevaliers nouviaux, et

moult bellement recomforta ses gens, et leur dist et pria qu’il ne

s’esbahesissent de riens, se il estoient petit; car ou grant mont ne

gist mies li fortunne, mès là où Dieus l’envoie: «Et mieux nous vaut

atendre l’aventure à nostre hounneur que fuir et morir à deshonneur.»

Il disoient que c’estoit voirs, et bien li affioient que chierement

venderoient leurs vies. Fº 113 vº.

P. 147, l. 4: recreans.--_Ms. A_: recreus. _Ms. A 7_, fº 205.

P. 148, l. 2: Graville.--_Ms. A 7_: Gauville. Fº 205 vº.

P. 148, l. 3: combatre.--_Le ms. A 17 ajoute_: nonobstant que les

François estoient six contre un, qui faisoit bien à ressongner, car

c’est grant chose de veoir six loups sur une brebis.

§ =435=. P. 148, l. 4: Onques li François.--_Ms. d’Amiens_: Oncques si

tost li Franchois ne peurent venir que li Navarois ne fuissent bien

ordounné et mis en trois batailles, tous leurs archiers devant yaux,

et chacuns seigneurs devant se bannière et se pennon. Quant li baron

et li chevalier de Franche en virent le couvenant, si s’arestèrent

enmy les camps et puis se missent tout à piet, et s’avisèrent qu’il

attenderoient le remannant de leur host, ainschois qu’il alaissent

combattre les Navarrois. Si le fissent, mès nonpourquant n’atendirent

il mies à faire leurs batailles, et en firent jusques à trois bien

estoffées et bien ordounnées, et partirent leurs bannierres et

leurs pennons par droite ordounnanche d’armes. Et ordounnèrent et

estaublirent chiaux qui premierement yroient assaillir à cheval, pour

rompre les archiers: de quoy messires Bauduins d’Ennekins, messires

Oudars de Renti, messires Loeys de Haveskierkes, messires Rogiers de

Couloingne, messires Anthonnes de Kodun, li sires de Vendoeil, li sires

de Saintpi et aucun autre chevalier et escuier y estoient ordonné, et

toudis venoient leurs gens de piet.

Si estoit jà haulte nonne, ainschois qu’il fuissent tout venu, et

n’avoient encorrez beu ne mengiet. Dont se traissent li seigneur

enssamble à consseil, et regardèrent que li jour estoit jà moult

avant, et une partie de leurs gens lasset et hodet. Se ne seroit pas

bon, che disoient li plus saige et mieux congnissant as armes, que on

les allast assaillir, car il estoient reposé et en plache assés forte

dont il avoient l’avantaige; et si moustroient li Navarois qu’il ne

se partiroient point de là sans combattre. Si fu conssilliet que on

se logeroit droit devant yaux, et lairoit on reposer les lassés, et à

l’endemain on les combateroit. Enssi qu’il fu ordounné et devisé, il fu

fait; on coummanda à logier et à arouter tout leur caroi au devant des

ennemis.

Quant li Navarois, qui estoient à Toregny, virent ce couvenant, si

furent tout liet. Si se conssillièrent entre yaux que, en l’estat

où il estoient il se tenroient jusquez soleil esconssant, fors tant

qu’il mousteroient ossi par samblanche qu’il se voroient logier; mès

tantost, à heure de soleil esconssant, il monteroient à cheval et se

partiroient, et passeroient le Somme à Vremans. Et se li Franchois

les sieuwoient de rechief, il prenderoient nouvel avantaige; et s’il

n’estoient poursui, il aroient celle nuit d’avantaige, seloncq ce

qu’il sont priès de leurs garnisons et des grans bos de Tierrasse, il

seroient tantost mis à sauveté. Fº 114.

P. 148, l. 9: le couvenant.--_Mss. A 8, 9_: leur couvine.

P. 148, l. 19 à 23: Chiz.... d’yaus.--_Ms. A 29_: Ainsi se conclurent

ensemble le connestable de France et le conte de Sainct Pol avec leurs

compagnons, de combatre l’endemain les Navarroys; et se logèrent illec

sur un champ un petit en pendant, auprès duquel court une eaue qui

celle nuit fit grand bien, par especial à leurs chevaux.

P. 148, l. 23: anuitit.--_Ms. A 7_: anuitié. Fº 205 vº.

§ =436=. P. 149, l. 4: Tout ensi.--_Ms. d’Amiens_: Tout ensi qu’il

devisèrent, il fissent; et envoiièrent leurs varlès faire pluisseurs

feux et moustrer qu’il volsissent appareillier le cuisinne. Et tout

ce veoient li Franchois qui ossi entendoient à yaux logier et leurs

chevaux, et disoient entre yaux: «Il se logent, il nous atenderont

meshui, et demain lez combaterons.» Quant ce vint à heure de soleil

esconssant, il recenglèrent lors cevaux et fissent petit à petit partir

lez plus foiblement montéz; et droit à jour fallant, tout furent parti,

et chevauchièrent delivrement pour venir passer le rivierre de Somme à

Vermans.

Environ mienuit, ces nouvelles vinrent en l’ost des Franchois, par

prisonniers qui escappet estoient, que li Navarrois s’en alloient.

Adonc eut en l’ost grant friente, et sounnèrent lors trompettez et

s’armèrent et montèrent as chevaux. Et regardèrent li seigneur que il

yroient et leurs gens passer le Somme à Saint Quentin, et par enssi il

avancheroient les Navarrois; si prissent adonc tout communaument le

chemin de Saint Quentin. Et vinrent devant le jour as portes de Saint

Quentin li sires de Saint Venant, li comtes de Saint Pol, messires

Moriaux de Fiennes tout devant, et buschièrent grans cops à le porte.

Les gardes demandèrent: «Qu’es chou là?» Chil seigneur se nommèrent et

dissent que on leur ouvrist les portez pour passer yaux et leurs gens,

pour adevanchier les Navarois. Les gardes respondirent qu’il n’avoient

point lez clefs, mais les gardoient li jurés de le ville. Donc dissent

chil seigneur de Franche que il les alaissent querre. Il respondirent

que vollentiers il yroient faire le messaige à leur maistres, enssi

qu’il fissent.

Quant ces nouvelles vinrent au consseil de le ville, au mayeur et as

jurés, il fissent sounner le cloche. Dont s’armèrent touttes mannierres

de gens, et coummandèrent li souverain que chacuns allast à son cretiel

et à sa garde, si comme ordonné estoit, car trop se doubtoient de

traïson. Et puis vinrent li seigneur de Saint Quentin à le porte où

li comtes de Saint Pol et li sires de Fiennes et li autre seigneur

de Franche estoient, et demandèrent qu’il volloient à ceste heure.

Il dissent: «Nous voullons que vous ouvrés les portes, par quoy nous

puissions passer oultre et nostre host et adevanchier les Navarrois que

nous poursuiwons.» Dont respondirent chil de Saint Quentin et dissent:

«Seigneur, allés querre voie et chemin d’autre part, car par chi vous

n’aréz point d’adrèche.» Oncques depuis, pour parolle ne pour priierre

que li comtes de Saint Pol ne li autre seigneur pewissent dire ne

faire, chil de Saint Quentin ne veurent ouvrir leur porte.

Quant li comtes de Saint Pol et li sires de Fiennes et li autre

chevalier virent que chil de Saint Quentin ne les lairoient point

entrer en leur ville, si furent moult courouchiet, mès amender ne le

peurent. Si regardèrent que, de là en avant à poursuiwir les Navarrois

il ne leur estoit point pourfitable, ou cas qu’il avoient falli là de

passaige. Si conssillièrent entr’iaux qu’il se departiroient, si comme

il fissent. Et dounna li comtes de Saint Pol à touttes ses gens congiet

de retraire, chacuns en son lieu, pour ceste fois. Fº 114.

P. 149, l. 13: au plat et sus le large.--_Ms. A 29_: à gué.

P. 149, l. 14: Betencourt.--_Le ms. A 29 ajoute_: nommé Douvrain.

P. 150, l. 7: Lience.--_Ms. B 4_: Lienche. Fº 201 vº.--_Mss. A 11 à 14,

23 à 29_: Liance.--_Mss. A 8, 9_: Luchieu.

P. 150, l. 18: arutellier.--_Ms. B 4_: aruteller.

P. 150, l. 20: asegur.--_Ms. A 7_: asseurs. Fº 206.

P. 151, l. 25: villainnes.--_Le ms. A 17 ajoute_: que ces seigneurs

distrent à ces villains traistres de Saint Quentin.

§ =437=. P. 152, l. 4: Ensi se desrompi.--_Ms. d’Amiens_: Ensi se

departi ceste cevauchie. Et passèrent li Navarrois le Somme desoubz

l’abbeie de Vermans, et entrèrent ce meysme jour en Tieraisse, et

passèrent le rivierre d’Oise et vinrent à Vellis et à Roussi. Et ralla

chacuns en se fortrèche dont il estoient parti. Fº 114.

.... Dont il avint que messires Pière d’Audelée, uns chevaliers englès

et de grant nom, qui se tenoit à Biaufort en garnison quant il volloit,

car li fors et grant fuison de fortrèches de là entour estoient à

lui, si avisa en soy meymmes que de nuit il venroit embler le bonne

chité de Chaalons, et y enteroit par le rivierre de Marne; car par

dessus le rivierre, en une ille deviers l’abbeie de Saint Pierre, elle

n’estoit adonc fremmée. Et si estoit la ditte rivière petitte, par

quoi on le pooit bien passer. Si mist li dis messires Pières d’Audelée

une grant cantitet de gens d’armes sus, et estoient bien quatre cens,

tous d’eslite, et deux cens archiers. Si vinrent de nuit en un certain

lieu deseure Chaalons, où il se devoient trouver. Quant il furent tout

assamblé, il descendirent à piet à une lieuwe de Chaalons, et missent

leurs chevaux en le garde de leurs garchons. Et puis vinrent tout le

pas sans noise et sans bruit et sans parler, jusques à le rivierre de

Marne et au gué qu’il avoient advisé; et avoient certainnes ghides,

vilains dou pays, qui les menoient et qui le fons de le rivierre

congnissoient.

Or vot Dieux aidier chiaux de Chaalons, car autrement elle ewist

estet prise, robée et puis toutte arse. A celle heure avoit gettes as

cretiaux, car bien besongnoit qu’il fuissent sour leur garde et par

tout le pays ossi. Ces gaites ooient par fies le son des armures de ces

Navarois, car li vens venoit de celle part. Si s’en missent en grant

souppechon, et plus atendoient, et plus cler les ooient. Finablement,

il dissent et seurent entr’iaulx, que c’estoient Navarois et Englès

qui les venoient escieller et prendre. Si descendirent tantost de

leurs cretiaux et vinrent au get de le ville, et comptèrent tout ce

qu’il avoient oy. Cil qui faisoient le ghai, furent tout esmervilliet

de ces nouvellez, et allèrent celle part par deviers Saint Pière pour

savoir se c’estoit verités. Il n’y seurent oncques si tost venir, que

li cours de l’abbeie dessus dite ne fuist toutte plainne de Navarois,

et avoient jà passé le rivierre une partie, ensi qu’il l’avoient

avisé. Dont reculèrent chil de Chaalons et escrièrent à haulte vois:

«Trahi! trahi!» Et s’espardirent ces nouvelles par le cité. Si se

coummenchièrent à armer et à apparillier touttes manierres de gens, et

à estre mout effraet et esbahy, et à alummer torsses et lanternes et

grans feus par les rues, et à traire petit à petit de celle part là où

li Navarois estoient, qui s’en venoient jà tout rengiet et bien ordonné

parmy le grant rue Saint Pière des Camps. Si avint que, quant il se

trouvèrent, li hustins coumença mout durs et mout fors. Et deffendoient

chil de Chaalons le rue et le voie ce qu’il pooient, mès chil Englès

et cil Navarois estoient droite gens d’armes: si ne faisoient compte

de ces commugnes et passoient toudis avant et conqueroient terre,

et assés de chiaux de Chaalons navroient et habatoient. Et la cause

qui plus grevuit à ces Englès et Navarois, c’estoient les baux, les

tables, les pièrez c’on jettoit sus yaux des fenestres, dez loges et

des solliers d’amont; car les rues y sont malement estroitez, si ne

s’en savoient comment targier. Toutteffois, toudis en combatant, il

conqueroient tierre.

Or fist Dieux si belle grace à chiaux de Chaalons, que messires

Oedes de Grantsi y amena par derière messire Phelippez de Gaucourt,

monsigneur Anssel de Biaupret, monseigneur Jehan de Germillon: dont,

se chil et li gentil homme qui estoient avoecq yaux n’ewissent estet,

Chaalons en Campaingne ewist estet prise. Mès quant li gentil homme

furent armé et ordounné et là venu, et eurent conchut le quantitet des

Englès, il se retraissent tout combatant au loncq d’une rue au plus

estroit entre yaux et lors ennemis. Il fissent lanchier baux, escammes,

tables et touttes mannières de bois pour ensonniier le voie; et quant

li rue fu enssi enssonniiée que je vous di, et que li Navarrois ne

pooient passer pour l’empechement qui y estoit, il se retraissent ou

fort de le chité et outre les pons, et les fissent tantost deffaire,

et dissent ensi: «A che qui est par delà n’avons nous riens; et à ce

qui est deviers nous n’aront ossi nul avantaige, se nous le voulions

deffendre.» Là estoit ossi messires Jehan de Sars, campegnois. Fº 115.

P. 152, l. 16 et 17: se tenoit.... à grant fuison.--_Mss. A 8, 9, 15 à

17, 20 à 22_: se tenoient à Meleun sur Saine, de par le roy de Navarre,

grant foison.

P. 153, l. 8: secheur.--_Mss. B 3, A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_:

secheresse. Fº 216 vº.--_Mss. A 15 à 17_: chault. Fº 216.--_Mss. A 8,

9, 20 à 22_: chaleur. Fº 197.

P. 153, l. 17: de chiaus.--_Ms. A 17_: aucuns des vilains tuffes.

P. 153, l. 22: brail.--_Mss. B 3, A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: brayes. Fº

216 vº.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: nombril. Fº 197.

Chroniques de J. Froissart, tome 05/13 · 第 34 / 50 题