P. 102, l. 22: sans.... Paris.--_Ces mots manquent dans les mss. A._

P. 102, l. 32: heriier.--_Mss. A 8, 9_: guerroier.

P. 103, l. 1 _à_ 14: Paris.... après.--_Ms. B 6_: En che tamps,

n’estoit la chité de Paris point frumée: sy ques chilz prouvost des

marchans, qui fu ung moult saige et soultis homs, avisa que il le

feroit frumer as despens de la ville. Et ymagina bien en soy meismes

que les besoignes ne se pooient ensy longement demorer que la chité de

Paris n’euist à faire ou de l’Empire ou du roy de Navare ou du duc de

Normendie et des gentil hommes, car jà commenchoient il à murmurer, le

duc et son consail, sus chiaus qui avoient mis paine et rendu conseil

à le delivranche du roy de Navare, quoyque ly duc de Normendie, à che

commenchement, n’en osoit moustrer au dit roy nul samblant, mais disoit

qu’il en estoit tous liés. Pour quoy, le prouvost des marchans, sy

comme chy dessus est dit, pour estre plus aseur, fist fremer la dite

chité de Paris. Che fut ung très grant fait et belle emprise pour ung

homme, car elle fut toutte frumée sur ung an de murs, de tours, de

portes et de bons larges fossés plains de yauve. Fº 567.

P. 103, l. 7: bien.--_Ms. A 29_: plus de.

P. 103, l. 10: si grant.--_Mss. A 8, 9_: tel.

P. 103, l. 13: essillie.--_Mss. A 8, 9_: gastée.

§ =415=. P. 103, l. 17: En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps que

ces meschans gens couroient, revinrent de Prusse li comtes de Fois et

li captaus de Beus, ses cousins. Si entendirent sus leur chemin, si

comme il devoient entrer en Franche, le pestilence et l’oribleté qui

couroient sus les gentilz hommes; si en eurent chil doy seigneur grant

pité. Si chevauchièrent par lors journées tant qu’il vinrent à Chaalons

en Campaigne, qui riens ne se mouvoit dou fet des villains, ne point

n’y entroient. Si entendirent là que la duçoise de Normendie et la

duçoise d’Orliiens et bien trois cens dammes et dammoiselles et li dus

d’Orliiens ossi estoient à Miaux en Brie, en grant meschief de coer

pour celle Jakerie.

Chil doi bon chevalier s’acordèrent qu’il yroient veoir ces dammes et

les recomforteroient à leur pooir, quoyque li captaux fust englès; mais

il estoient adonc trieuwes entre le royaumme d’Engleterre et celui

de France: si pooit bien chevauchier partout, et ossi il volloit là

moustrer sa gentilèce en la compaignie de son oncle le comte de Fois.

Si pooient y estre de leur routte environ quarante lanches et non plus,

car il venoient d’un pelerinage, si comme je vous ay jà dit. Tant

chevaucièrent il qu’il vinrent à Miaux en Brie. Si allèrent tantost

deviers la duçoise de Normendie et les autrez dammes, qui furent moult

lies de leur venue; car tous les jours elles estoient mannechies

des Jakez et des villains de Brie, et meismement de chiaux de le

ville, enssi qu’il fu appairant. Car pour chou que ces meschans gens

entendirent qu’il y avoit fuison de dammes et de dammoiselles et de

jonnes gentilz enfans, il se queillirent enssamble, et cil de le comté

de Vallois ossi, et s’en vinrent deviers Miaux.

D’autre part, chil de Paris, qui bien savoient ceste assamblée, se

partirent ung jour par fous et par tropiaux et s’en vinrent avoecq les

autres, et furent bien neuf mil tout enssamble en très grant vollenté

de mal faire. Et toudis leur croissoient gens de diviers lieux et de

pluisseurs chemins, qui se racordoient à Miaux, et s’en vinrent jusques

as portes; et ces meschans gens de le ville ne veurent contredire

l’entrée à chiaux de Paris, mès ouvrirent leurs portez. Si entrèrent

ou bourch si grant plentet que touttes les rues en estoient couvertes

jusquez au marchiet.

Or regardés le grant grasce que Dieu fist as dammes et dammoiselles,

car pour voir ellez ewissent estet efforchiez, viollées et perdues, com

noblez qu’elles fuissent, se ce n’ewissent estet li gentil homme qui là

estoient, et par especial li comtez de Foix et li captaux de Beus, car

chil doy chevalier donnèrent l’avis pour yaux desconfire. Fº 110.

P. 103, l. 21: qui.--_Le ms. A 29 ajoute_: nouvellement.

P. 103, l. 21 et 22: hommes.--_Le ms. A 29 ajoute_: et sur les dames et

damoiselles.

P. 103, l. 26: en.... Chalons.--_Mss. A 8, 9_: en la ditte cité.

P. 103, l. 29 et 30: en.... jakerie.--_Ms. A 17_: à grant tristesse de

cuer et à moult grant meschief, pour la grant paour et grand doubte

qu’il avoit de celle Jaquerie.

P. 103, l. 29 et 30: pour.... Jakerie.--_Ms. A 29_: pour le grant doute

qu’ils avoient de celle maudite jaquerie.

P. 104, l. 1: leur.--_Le ms. A 29 ajoute_: leal.

P. 104, l. 2: quoique.--_Mss. A 8, 9_: combien que.

P. 104, l. 7: quarante lances.--_Ms. A 29_: soixante lances de bonnes

gens d’armes.

P. 104, l. 11: lies.--_Le ms. A 29 ajoute_: et moult joyeuses et moult

reconfortées.

P. 104, l. 13: villains.--_Ms. A 17_: tuffes et giveliers.

P. 104, l. 17: enfans.--_Ms. A 29_: pucelles.

P. 104, l. 17: cueillièrent.--_Mss. A 8, 9_: s’assemblèrent.

P. 104, l. 21: fous.--_Mss. A_ 8, 9: flotes.--_Ms. B 6_: flos. Fº 569.

P. 104, l. 22: aultres.--_Le ms. A 29 ajoute_: pour ce qu’ils estoient

du parti des Jacques.

P. 104, l. 23: bien neuf mil.--_Ms. B 6_: plus de vingt mille. Fº

570.--_Le ms. A 29 ajoute_: villains.

P. 104, l. 30: plenté.--_Le ms. A 17 ajoute_: de villains petaux.

P. 105, l. 2: nobles.--_Mss. A 8, 9_: grandes.

P. 105, l. 5: Beus.--_Le ms. A 29 ajoute_: son cousin.

P. 105, l. 6: desconfire.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: et destruire.

§ =416=. P. 105, l. 7: Quant ces nobles.--_Ms. d’Amiens_: Quant ces

nobles dammes, qui estoient hebregies ou Marquiet de Miaux, qui est

assés fors, car li rivière de Marne l’environne, virent si grant

cantitet de peuple acourir et venir sour elles, si furent moult

esbahies et effraées. Mais li comtez de Fois et li captaux et leur

routte, qui jà estoient tout armet, se rengièrent sour le Marquiet et

vinrent à le porte dou Marchié et le fissent ouvrir toutte arrière, et

puis se missent au devant de ces villains noirs et petis et mal armés.

Quant ces meschans gens virent ces chevaliers et escuiers si bien

armés, et le bannierre le comte de Fois et ceste dou duc d’Orliiens

et le pennon dou captaul, et les glaves et les espées en lors mains,

et bien appareilliés d’iaux deffendre et de garder le Marchiet, si ne

furent mies si foursenet que devant. Mès se coummenchièrent li premier

à reculler, et li gentil homme à yaux poursuir, et à lanchier de lors

glaves et lors espées et à abattre. Adonc chil qui estoient devant, qui

sentoient les horions ou qui les resongnoient à avoir, reculoient tout

à ung fès; si cheoient l’un parmy l’autre.

Adonc yssirent touttes mannierres de gens d’armes hors des barrières,

et gaegnièrent tantost le plache, et se boutèrent entre ces meschans

gens. Si les abatoient as fous et à mons et les tuoient enssi que

brebis, et les reboutèrent tous hors de le ville, que oncques nulx

d’iaux n’y tint ordounanche ne conroy; et en tuèrent tant qu’il en

estoient tout lasset et tout naisit, et les faisoient saillir à mons

en le rivierre de Marne. Briefment, il en tuèrent ce jour plus de sept

mil, ne jà n’en fust nulx escappés, se il les volsissent avoir cachiés

plus avant.

Et quant li gentil homme retournèrent, il boutèrent le feu en le

dessousterraine ville et l’ardirent toutte et tous les villains dou

bourch qu’il peurent ens enclore. Depuis ceste desconfiture qui ensi

fu faitte à Miaux, ne se rassamblèrent il nulle part, car li sirez

de Couchy avoit grant fuison de gentils hommes avoecq lui, qui les

mettoient à fin partout où qu’il les trouvoient, sans pité et sans

merchi. Fº 110.

P. 105, l. 7 et 8: herbergies.--_Ms. A 29_: logées par les hostels.

P. 105, l. 10: gens.--_Ms. A 17_: villains tuffes.

P. 105, l. 12: captaus.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: de Beuch.

P. 105, l. 12: qui.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: jà.

P. 105, l. 16: noirs et petis.--_Ms. A 17_: tuffes et giveliers, lais

et hideus.

P. 105, l. 22: comment.--_Mss. A 8, 9_: combien.

P. 105, l. 22: point.--_Mss. A 8, 9_: mie.

P. 105, l. 28: ressongnoient.--_Mss. A 8, 9_: redoubtoient.

P. 105, l. 29: tout.... et.--_Mss. A 8, 9_: tant à une fois qu’ilz.

P. 106, l. 2: à fous et à mons.--_Mss. A 8, 9_: à grans monceaulx.

P. 106, l. 3: reboutèrent.--_Mss. A 8, 9_: boutèrent.

P. 106, l. 7: que.--_Mss. A 8, 9_: et.

P. 106, l. 7 et 8: plus de sept mil.--_Ms. B 6_: six mille. Fº 570.

P. 106, l. 6 et 7: Briefment.--_Mss. A 8, 9_: Finablement.

P. 106, l. 8 et 9: volsissent.--_Mss. A 8, 9_: eussent voulu.

P. 106, l. 9: avant.--_Le ms. B 6 ajoute_: Oncques depuis il n’eurent

vollenté de retourner celle part. Che biau serviche firent ly conte

de Fois et le capitauls de Beus à la duchesse de Normendie. Ossy ches

coumuns de Paris estoient vuidiet et party et n’avoient trouvé ne

prouvost ne aultres qui leur euist dit chest malfait; ne ossy de leur

follie il ne furent point corigiet à leur retour. Fº 571.

P. 106, l. 11: desoustrainne.--_Mss. A 8, 9_: desordonnée.

P. 106, l. 16: de.--_Le ms. A 29 ajoute_: bons.

§ =417=. P. 106, l. 19: Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès

celle avenue, li dus de Normendie assambla tous les nobles gentils

hommes qu’il peut avoir, tant dou royaumme que de l’empire, parmy leurs

saudées payans, et s’en vint assegier Paris par deviers Saint Anthonne,

et avoit bien cinq mil armures de fier. Si estoient touttes ses gens

logies à Saint Mor et as autres villes et villettez environ, et li

dus se tenoit au pont à Charenton. Et prendoient ses gens fourraiges

et pourveanches de vivres et quanqu’il trouvoient aval le pays, et

ardirent bien deux cens villiaux pour mieux castiier et destruire ces

meschans gens. Et couroient souvent cez gens d’armes devant Paris; et

n’en osoit nulz yssir, pour le doubtanche dou ducq.

D’autre part, li prevos des marchans, qui se tenoit en le haynne et

yndination dou dit duc de Normendie, tenoit à amour ce qu’il pooit

le dit roy de Navare et son consseil et le coummunaulté de Paris, et

faisoit de jour et de nuit ouvrer à le fremeté de Paris; et tenoit

laiens grant fuison de gens d’armes navarois et englèz, archiers et

autres gens, pour estre plus asseur contre ceux qui les guerioient.

Et se logoit adonc li rois de Navare à Saint Denis, ossi qui retenoit

grant fuison de gens d’armes. Fº 110.

P. 106, l. 22 et 23: troi mil.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: sept

mille.--_Ms. A 29_: mille lances de bonne estoffe.--_Ms. B 6_: cinq

mille, que chevaliers, que escuiers. Fº 572.

P. 106, l. 26: à Paris.--_Ms. A 29_: aux portes et barrières de Paris.

P. 107, l. 1: castiier.--_Ms. A 29_: dompter et endomager.

P. 107, l. 2 et 3: fortefiie.... destruite.--_Ms. A 29_: de portes, de

tours, de murs et de bons fossés, ainsi qu’elle estoit, sans nul deport

elle eust à celle foys esté destruite et rasée, tant estoit le duc de

Normandie animé et courroucé sur les Parisiens.

P. 107, l. 4: issir.--_Ms. A 29_: saillir n’entrer.

P. 107, l. 5: qui.--_Le ms. A 29 ajoute_: jour et nuyt.

P. 107, l. 8 et 9: sentoit.--_Le ms. A 29 ajoute_: grandement.

P. 107, l. 13: ouvrer.--_Le ms. A 29 ajoute_: de la maçonnerie et

fossoyer pour.

P. 107, l. 15: compagnons.--_Le ms. A 29 ajoute_: et planté de bons

arbalestriers et paveschers.

P. 107, l. 18 et 19: telz que.... linage.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20

à 22_: telz que messire Pepin des Essars, messire Jehan de Charny,

chevaliers, et pluseurs autres bonnes gens. Fº 186.

P. 107, l. 20: grandement.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: de.

P. 107, l. 20: duch.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: de Normandie.

P. 107, l. 23: gens.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: et.

P. 108, l. 1: peut.--_Le ms. A 29 ajoute_: à tout son arroy.

P. 108, l. 3: saus.--_Mss. A 8, 9_: solz.--_Ms. A 29_: soudées.

P. 108, l. 8: riens.--_Ms. A 29_: si petit non.

§ =418=. P. 108, l. 10: Entre ces deux.--_Ms. d’Amiens_: De quoy il

avint que li dus de Normendie, qui estoit à Charenton, manda [au roy

de Navarre] quel cose il penssoit et qu’il volloit faire. Li message,

qui furent envoiiet de par le duc au roy de Navare, parlèrent si

bellement et si courtoisement au dit roy, que li roys de Navare s’en

vint en l’ost dou duc et s’escuza bellement et humblement envers lui;

et eult en couvent, par serment et par foy, qu’il demouroit dallez

lui à bien et à mal de celle emprise. Et fu là entr’iaux li pès

faite et confremmée entre les deux seigneurs, parmy tant que chil de

Paris amenderoient le despit qu’il avoient fait au ducq de tuer ses

chevaliers en se presenche ou palais à Paris, et ossi le meffait que

fait avoient chil qui avoient estet à l’asaut dou Markiet de Miaux, à

l’ordounnanche de quatre arbitrez, desquelx li roys de Navarre devoit

estre cinquimes et souverains. Et avoecq chou, li dis dus devoit

eslire douze hommes dedens lez bourgois de Paris qui devoient y estre

justiciés et corrigiéz par le regart et jugement dez pers de France:

si ques, sus le fianche de cest accord, li dus de Normendie dounna à

ses gens d’armes congiet, mès mies ne rentra dedens Paris; car il avoit

juret que jammais n’y renteroit jusquez adonc qu’il aroit par deviers

lui le prouvost dez marchans et lez douze qu’il devoit eslire. Si s’en

revint à Miaux, où la duçoise sa femme estoit, si comme vous avés oy,

et li roys de Navarre à Saint Denis, qui souvent estoit visetés dou

prouvost des marchans et de chiaux de sa secte. Fº 110 vº.

P. 108, l. 18: à.--_Mss. A 8, 9_: près de.

P. 108, l. 22: Robert de Clermont et le mareschal de Campagne.--_Mss. A

15 à 17_: Jehan de Cleremont, le mareschal de Champaingne. Fº 204 vº.

P. 108, l. 23: le mareschal de Campagne.--_Mss. A 18, 19_: Robert de

Champaigne. Fº 218 vº.

P. 108, l. 24: Symon de Bussi.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_:

Regnault d’Acy. Fº 186.

P. 108, l. 26 et 27: eut en couvent.--_Mss. A 8, 9_: promist.

P. 109, l. 24: li dus.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: de Normandie.

P. 109, l. 24: Paris.--_Le ms. A 29 ajoute_: pour cause que le prevost

des marchans et ses alliés avoient moult grandement villené et injurié

le dit duc en sa chambre au pallais et occis ses deux mareschaulx.

§ =419=. P. 109, l. 25: Li prevos.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost après,

s’esmut ungs mautalens entre les saudoiiers englèz et ciaux de Paris,

que li prevos avoit retenus à ses gaiges, pour garder le cité contre le

ducq, si comme vous avés oy chy dessus. Et adonc se porta si malement

li debas pour les Englès, qu’il en y eut bien soissante tués sus les

rues, et furent chil tout liet et tout ewireux qui peurent escapper.

Et en fist adonc li prouvos des marchans, en l’aïe de chiaux de Paris,

bien prendre cent et cinquante, et mettre en diviers lieux en prison;

et dist as coummuns qui ochir les volloient, que il les ochiroit et

feroit tous morir de male mort. Mais dedens deux jours apriès, quant la

cose fu ung peu rappaisie, il leur fist voie et lez delivra de nuit,

et les mist hors de Paris. Liquel Englès l’endemain se requeillièrent

enssamble, et grant fuison d’autres compaignons qui se boutèrent en

leur conroi, et deffiièrent chiaux de Paris et coummenchièrent à courir

jusques as barrièrez de Paris, et à ocir et decopper gens, et à ardoir

maissons et villiaux entours Paris. Fº 110 vº.

P. 110, l. 3: trois.--_Le ms. A 29 ajoute_: mareschaux.

P. 110, l. 4: Paris.--_Le ms. A 29 ajoute_: ou plain conseil du duc de

Normandie et tout au plus près de luy.

P. 110, l. 10: secte.--_Mss. A 8, 9_: aliance.

P. 110, l. 14: Certes.--_Mss. A 8, 9_: Chiers.

P. 110, l. 19: se il besongne.--_Ms. A 29_: si aucun grant besoing vous

sourt.

P. 111, l. 12: mors.--_Le ms. B 6 ajoute_: sur ung samedy. Fº 574.

P. 111, l. 13: soixante.--_Ms. B 6_: quarante. Fº 574.

P. 111, l. 17: en trois portes.--_Ces mots manquent dans A 8, 9, 15 à

17, 20 à 22._--_Ms. A 29_: en troys des portes de Paris.

P. 111, l. 17: cent et cinquante.--_Ms. B 6_: deux cens.

P. 111, l. 18: prison.--_Les mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22 ajoutent_:

au Louvre.

P. 111, l. 21: Paris.--_Le ms. A 29 ajoute_: pensant que l’endemain ils

s’en feroyent justice.

P. 111, l. 23: delivrer.--_Le ms. A 29 ajoute_: et partir à tout leurs

bagues de Paris.

P. 111, l. 30: uns sages.--_Ms. A 29_: comme sage et subtil.

P. 111, l. 31: adonc oster.--_Ms. A 29_: chevir pour celle foys.

P. 112, l. 4: trois cens.--_Ms. B 6_: quatre cens. Fº 575.

P. 112, l. 10 et 11: en estoit demandés et par derrière

encoupés.--_Mss. A 3, 11 à 14_: en estoit en derrière encolpé.--_Mss. A

8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: en estoit cause et consentant.

P. 112, l. 11: encoupés.--_Le ms. B 6 ajoute_: Ches nouvelles vinrent

au duc de Normendie comment ly Parisiens estoient triboulés par ches

Englès et Navarois. Desquelles nouvelles le duc de Normendie et son

consail furent tout joieulx, car par celle voie poroient il bien venir

à leur entente. Sy se faindy le duc de Normendie de non yauls guerrier

sy fort que il avoit fait par avant. Fº 575.

§ =420=. P. 112, l. 12: Quant cil de Paris.-_-Ms. d’Amiens_: Quant

chil de Paris se virent enssi herriiet de ces Englès, si furent

tout foursenet et requissent au prouvost des marchans que il vosist

faire armer une partie de le coummunauté de Paris et mettre hors as

camps, car il volloient aller combattre ces Englès qui se tenoient

à Saint Clo et là environ. Li prevos leur acorda volentiers, et

dist que il ysteroit avoecq yaux pour mieux besongnier, et yssirent

un jour de Paris yaux bien vingt deux cens. Quant il furent as

camps, il entendirent que chil Englès qui les guerioient, estoient

devers Saint Clo; si se avisèrent que il se partiroient en deux

parties et prenderoient deux chemins, affin que chil Englèz ne leur

pewissent escapper. Si se ordonnèrent enssi et se devoient retourner

et rencontrer à un certain lieu, assés priés de Saint Clo. Si se

deseverèrent li ung de l’autre, et en prist li prevost des marchans le

menre partie. Si tourniièrent ces deux batailles ce meysme jour entour

Monmartre, et ne trouvèrent nulle aventure. Toutteffois, li prouvos

des marchans, qui estoit nesis d’estre sour les camps et riens faire,

rentra en Paris par le porte Saint Martin très remontière.

Li autre bataille, qui cheminèrent plus avant, se tinrent tout le jour

sour les camps, et au viespre il s’en revenoient tout hodet et tout

lasset, li uns se bachinet en se main; li autres le portoit en unez

besaches; li tiers traienoit son planchon ou portoit sen espée à

eskierpe; et devoient rentrer en Paris par le porte Saint Hounouré. Si

trouvèrent de rencontre ces Englèz ou fons d’un chemin, qui estoient

bien quatre cens, c’uns c’aultrez, qui tantost les escriièrent et se

ferirent entre yaux. Chil, qui soudainenment se virent assailli, ne

tinrent point de conroy, mès coummenchièrent à fuir, chacuns qui mieux

mieux, par tropiaux enssi que brebis, et chil Englès lez sieuvoient de

prièz, qui les tuoient à vollenté. Là en y eut, sus mains d’une lieuwe

de terre, ochis plus de sept cens, et chil furent tout euwireux qui

peurent escapper et rentrer en Paris; et dura li cache jusques dedens

les barrierrez de Paris. De ceste avenue fu trop durement blaméz li

prevos dez marchans de le coumunauté de Paris, et dissent que il lez

avoit trahis. Encorres à l’endemain, avint que li proïme et li amit de

chiaux qui mort estoient, yssirent de Paris pour yaux aller requerre à

kars et à karettez et les corps ensepvelir; mès li Englès avoient mis

une embusche sur les camps, et en tuèrent et mehaignièrent de rechiés

plus de six vingt.

En tel tourble et en tel meschief et en tel pestilence estoient escheu

chil de Paris, et ne se savoient de qui garder. Et vous di qu’il

vivoient et estoient nuit et jour en grans souppechons, car li roys

de Navarre se refroidoit d’iaux aidier, pour le cause de le pès qu’il

avoit juret à son serourge le ducq de Normendie, et pour l’outraige

ossi qu’il avoient fait des saudoiiers englès qu’il avoient ochis, et

si les avoit mis et envoiiés à leur priierre dedens Paris. Si n’en

volloit mies avoir le haynne enviers leurs compaignons, mès consentoit

bien que chil de Paris fuissent castiiet, afin qu’il amendaissent

plus grandement ce fourfet. D’autre part, li dus de Normendie le

souffroit assés, pour tant que li prouvos des marchans avoit encorres

le gouvernement de chiaux de Paris; et leur mandoit bien et segnefioit

que nulle pès ne leur tenroit jusques à tant que douze hommes de

Paris, lesquelx qu’il vorroit eslire, il aroit à sa volenté, mors ou

emprisonnés deviers lui.

Vous devés savoir que li prouvos des marchans et chil qui se sentoient

fourfet deviers le duch et en se haynne, n’estoient mies bien aise. Si

veoient il bien, tout consideret et ymaginet, que ceste cose ne pooit

longement demourer en tel estat, car il estoient hay dou duc et n’en

pooient issir fors par le mort. Et li coummuns coummenchoit jà fort

à murmurer sus yaux. Et disoient li ung à l’autre, par rues et par

quarfours où il s’asambloient, que il valloit mieux que douze hommes le

comparassent, que li noble chités de Paris fust perdue ne perrie. Fºs

110 vº et 111.

P. 112, l. 19: vingt deux cens.--_Mss. A 20 à 22_: douze cens.--_Le ms.

A 29 ajoute_: bien armés et embastonnés et en belle ordonnance.--_Ms. B

6_: plus de vingt mille hommes. Fº 576.

P. 112, l. 28: batailles.--_Mss. A 8, 9_: parties.

P. 113, l. 2: nesis.--_Mss. A 8, 9_: ennuiez.

P. 113, l. 3: remontière.--_Mss. A 8, 9_: remontée.--_Ms. A 29_: haute

nonne.

P. 113, l. 13: hodé.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: travailliez et

ennuiez.

P. 113, l. 14: en unes besaces.--_Mss. A 8, 9_: à son col.

P. 113, l. 14: tanison.--_Mss. A 8, 9_: lascheté et ennuy.

P. 113, l. 15: eskerpe.--_Mss. A 8, 9_: escharpe.

P. 113, l. 19: quatre cens.--_Ms. B 6_: cinq cens. Fº 576.

P. 113, l. 19: sorte.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: et d’un accort.

P. 113, l. 21: trop.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: durement et.

P. 113, l. 26 et 27: ensi que bestes.--_Ms. A 29_: comme pouvres bestes.

P. 113, l. 27: que mieulz mieulz.--_Mss. A 8, 9_: qui mieulx povoient.

P. 113, l. 28: sept cens.--_Ms. A 29_: huit cens.--_Ms. B 6_: quinze

cens. Fº 576.

P. 113, l. 29: poursuivi.--_Mss. A 8, 9_: tous chaciez.

P. 113, l. 30: blasmez.--_Ms. A 29_: escharni.

P. 114, l. 5 et 6: plus de six vingt.--_Ms. B 6_: bien deux cens. Ensy

aloit de pis en pis, dont le duc de Normendie n’estoit pas courouchiés.

Fº 577.

P. 114, l. 14: Paris.--_Le ms. A 29 ajoute_: pour garder la cité à

l’encontre des Normans.

P. 114, l. 18: le gouvrenement.--_Le ms. A 29 ajoute_: et

l’administration de la communauté et de toute la cité.

P. 114, l. 29: secte.--_Mss. A 8, 9_: sorte et aliance.

P. 114, l. 29: les.--_Mss. A 8, 9_: le.

P. 114, l. 30: enfourmé.--_Le ms. A 29 ajoute_: ne nul remède il n’i

savoyent mettre, si le dissimuloyent et passoyent à leur plus bel.

§ =421=. P. 115, l. 1: Li prevos.--_Ms. d’Amiens_: Si eurent li prevos

des marchans et cil de sa secte pluisseurs ymaginations et conssaux

enssamble coumment il en poroient yssir. Si regardèrent qu’il valloit

mieux qu’il demoraissent en vie et en prosperité dou leur et de leurs

amis que ce qu’il fuissent destruit. Si tretiièrent deviers ces Englès,

qui estoient annemit à le coummunauté de Paris, et deviers aucuns dou

consseil le roy de Navare. Et se porta certains traitiés et acors,

secretement fais et pourparléz, que li prouvos des marchans et chil

de sa secte devoient une nuit ouvrir les portes de Paris et laissier

entrer ens ces gens d’armes englès et autres; et devoient courir et

rober toutte le chité, et ochir hommes et femmes sans pité et sans

merchy, excepté chiaux et celles qui demouroient ès hostelx et ès

maisons où ungs signes de croie, telz qu’il devisèrent, devoit estre

fais et escrips.

Celle propre nuit que ce devoit avenir, espira et esvilla Dieux aucuns

bourgois de Paris qui estoient de l’acord dou ducq, et s’armèrent

tout quoiement en leurs maisons et fissent armer leurs amis, et

furent bien deux cens d’une sorte, desquelz ungs bourgois de Paris,

qui s’appelloit Jehans Maillars, estoit chiés. Si s’en vint li dis

Jehans, bien acompaigniés et tous ahastis, à le porte Saint Anthonne,

et trouva là le dit prevost des marchans: che fu environ l’eure de

mienuit. Se li demanda Jehans Maillars qu’il queroit là à ceste heure,

et l’amist tantost de trayson, et li dist qu’il n’y estoit pour nul

bien. Li prevost l’en desmenti et dist que si estoit. Tant montèrent

les parolles entre yaux deux que Jehans Maillars escria: «A le mort au

traiteur!» Et tantost qu’il eult dit ce mot, cil qui estoient dallés

lui saillirent avant et ferirent à lui et à ses gens. Si fu là li dis

prevos tués et huit hommes de se mesnie. Puis coururent li dis bourgois

à leur compaignie par le ville, querant ciaux qui estoient de l’acord

le dit prouvost, et en tuèrent pluisseurs qui ne se laissoient prendre,

et emprisonnèrent bien soixante qu’il missent en prison en Castelet, à

Paris.

L’endemain au matin, la chité de Paris fu moult esmeue, che fu bien

raisons; et s’asambla toutte li coumunaulté ou marchiet as halles. Là

recorda et remoustra Jehans Maillars, voiant tout le peuple, en quel

estat il avoit, le nuit passée, trouvet le prouvost dessus dit et se

route, et pourquoy il l’avoit ochis et emprisounnés lez autres, et quel

cose chil qui estoient en Castellet, avoient confesset et coumment

celle propre nuit li Englès et li Navarois devoient entrer en Paris sus

le comfort dou dit prouvost, et tout mettre à l’espée sans remède et

sans merchy, hommes et femmes, excepté chiaux qui estoient de le secte

le dit prouvost.

Ces parolles oyes, tous li peupples fu moult esmervilliés, et loèrent

Dieu de le grace qu’il leur avoit fait. Là fu adviset et conssilliet de

coummun acord c’on manderoit le dit duc, leur seigneur, qui estoit au

pont de Charenton. Si envoiièrent chil de Paris siis bourgois des plus

souffissans et des mieux advisés, liquel montèrent tantost à cheval et

s’en vinrent deviers le ducq au pont à Charenton. Si le trouvèrent, le

duc d’Orliiens, son oncle, dalléz lui, le seigneur de Saint Venant,

monseigneur de Rainneval, monseigneur Raoul de Couchy, monseigneur

Ernoul d’Audrehen et pluisseurs autres chevaliers. Se li recordèrent

tout l’affaire, si comme vous avés devant oy, et li priièrent en

hummelité qu’il volsist venir à Paris, et que li bourgois avoient grant

desir de lui veoir et avoir dalléz yaux, et obeir dou tout à lui, enssi

c’à leur seigneur.

De ces parolles fu li dus tous joieaus et encorres plus des nouvelles.

Si se parti dou pont à Charenton à tout son arroy, et s’en vint à

Paris où il fu moult grandement honnourés et festiiés, et touttes les

rues jonchées et parées à l’encontre de sa venue. Si pardounna li dus

tantost de bonne vollenté l’entreprise que fait avoient de le mort le

prouvost des marchans et de chiaux de son accord.

Si remanda li dus la duçoise sa femme, qui estoit à Miaux, et touttes

les autres dammes et dammoiselles qui adonc estoient avoecq lui: se

vinrent à Paris et y furent bien festiées et bien conjoïes. Si furent

justiciet et mis à fin en pluisseurs mannierres tout chil qui estoient

emprisonnet en Castelet, qui avoient estet de le partie le prevost des

marchans. Depuis se tint li dus de Normendie tout à pès dedens Paris et

sans nulle souppechon.

En ce tamps, se deffist li sièges de devant Rennes, qui avoit duret

priès d’un an entier; et retourna li dus de Lancastre en Engleterre et

touttes ses gens d’armes.

Et messires Carles de Blois envoya ses deux filx, Jehan et Ghuy, en

Engleterre, hostagier pour lui, tant qu’il ewist paiiet sa raenchon.

Si les rechupt li roys englès liement ou nom de leur père, et les mist

en garde par deviers un très bon chevalier loyaul et preudomme, qui

s’appelloit messires Rogiers de Biaucamp, et damme Sebille sa femme:

cil furent garde des deux enffans dessus diz moult long tamps, si comme

vous orés avant en l’istoire.

Or revenrons au roy Charlons de Navarre, qui se tenoit à che donc à

Saint Denis, et messires Phelippes ses frères, et pluisseur chevalier

et escuier navarois, englès, pickars et de pluisseurs pays, au jour et

à l’eure que li prevos des marchans fu tués. Fº 111.

P. 115, l. 1 à 24: Li prevos.... Paris.--_Ms. B 6_: Or avint que le

prouvost des marchans, qui moult se doubtoit des Parisiens et ossy

chil de sa secte, et que en la fin le dus ne les tenist à se vollenté,

avisèrent que il renderoient et deliveroient la bonne chité de Paris

as Navarois de nuit: par quoy chil de qui il se doubtoient seroient

corrigiet et pugnit et metteroient tout le leur hors à sauveté, car

cheste chose ne povoit longement durer que il ne leur mesvenist par

aulcune aventure, et jà en avoient yl oït murmurer sur yauls. Sy se

retrairent devers monseigneur Jehan de Pikegni et le conseil du roy de

Navare tout secretement à faire leur emprise, et ordonnèrent coment de

nuit ly Navarois enteroient ens Paris par le porte Saint Anthoine. Fº

577.

P. 115, l. 1 et 2: de sa secte.--_Mss. A 8, 9_: de son aliance et

accort.

P. 115, l. 5: Normendie.--_Le ms. A 29 ajoute_: qui mandoit

generalement à tous ceux de Paris que nulle paix ne leur tiendroit

jusques à tant que douze hommes de Paris, lesquels qu’il voudroit

eslire, luy fussent livrés pour en faire et ordonner du tout à son

plaisir.

P. 115, l. 13: certains.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: trettiés et.

P. 115, l. 15 à 24: estre.... Paris.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à

22_: tous prests et ordonnez entre la porte Saint Honnouré et la

porte Saint Anthoine tellement que, à heure de mienuit, Anglois et

Navarrois devoient tous d’une sorte y venir si pourveus que pour

courir et destruire Paris, et les devoient trouver toutes ouvertes.

Et ne devoient les dis coureurs deporter homme ne femme, de quelque

conversacion qu’ilz feussent, mais tous mettre à l’espée, exceptez

aucuns que les ennemis devoient congnoistre par les signes qui seroient

mis à leurs huis et fenestres. Fº 188.

P. 115, l. 21 à 23: de quel.... cognoistre.--_Mss. A 2, 11 à 14, 18,

19_: de quelque estat qu’il feussent, mais tout mettre à l’espée où un

signe que les amis avoient (_Mss. A 18, 19_: devoient congnoistre)

entre eulx....

P. 115, l. 25: que ce devoit avenir.--_Mss. A 18, 19_: que Dieu ne

voult ceste chose avenir.

P. 115, l. 25: espira.--_Mss. A_: inspira.

P. 115, l. 26: esvilla.--_Ms. B 6_: resvilla. Fº 577.

P. 115, l. 27 et 28 à p. 118, l. 20: Normendie.... recorder.--_Mss. A

8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: desquelz messire Pepin des Essars et messire

Jehan de Charny se faisoient chiefs. Et furent yceulx par inspiracion

divine, ainsy le doit on supposer, enformez que Paris devoit estre

courue et destruite. Tantost ilz s’armèrent et firent armer tous ceulx

de leur costé, et revelèrent secretement ces nouvelles en pluseurs

lieux, pour avoir plus de confortans.

Or s’en vint le dit messire Pepin et pluseurs autres, bien pourveus

d’armeures et de bons compaignons. Et prist le dit messire Pepin la

banière de France, en criant: «Au roy et au duc!» Et les suivoit le

peuple. Et vindrent à la porte Saint Anthoine où ilz trouvèrent le

prevost des marchans qui tenoit les clefs de la porte en ses mains.

Là estoit Jehan Maillart qui, pour ce jour, avoit eu debat au prevost

des marchans et à Josseran de Mascon et s’estoit mis avecques ceulx

de la partie du duc de Normandie. Et illecques fut le dit prevost des

marchans forment arguez, assaillis et deboutez. Et y avoit si grant

noise et criée du peuple qui là estoit, que l’en ne pouvoit riens

entendre. Et disoient: «A mort, à mort, tuez, tuez ce prevost des

marchans et ses aliez, car ilz sont traitres!»

Là ot entr’eulx grant hutin. Et le prevost des marchans, qui estoit sur

les degrez de la bastide Saint Anthoine, s’en feust voulentiers fuy,

s’il eust peu; mais il fu si hastez que il ne pot. Car messire Jehan de

Charny le feri d’une hache en la teste et l’abati à terre; et puis fut

feru de maistre Pierre Fouace et autres qui ne le laissièrent jusques à

tant que il fut occis et six de ceulx qui estoient de sa secte, entre

lesquelz estoient Phelippe Gaiffart, Jehan de Lisle, Jehan Poiret,

Simon le Paonnier et Gille Marcel. Et pluseurs autres traitres furent

pris et envoiez en prison. Et puis commencèrent à courir et à cerchier

parmi les rues de Paris, et mirent la ville en bonne ordenance, et

firent grant gait toute nuit.

Vous devez savoir que, sitost que le prevost des marchans et les autres

dessus nommez furent mors et pris, ainsi que vous avez oy, et fut le

mardi derrenier jour de juillet l’an mil trois cens cinquante huit,

après disner, messages partirent de Paris très hastivement pour porter

ces nouvelles à monseigneur le duc de Normendie qui estoit à Meaulx,

lequel en fut très grandement resjoui, et non sans cause. Si se ordonna

pour venir à Paris. Mais avant sa venue, Josseran de Mascon, qui estoit

tresorier du roy de Navarre, et Charles Toussac, eschevin de Paris,

lesquelz avoient esté prins avecques les autres, furent excecutez et

orent les testes copées en la place de Grève, pour ce qu’ilz estoient

traitres et de la secte du prevost des marchans. Et le corps du dit

prevost et de ceulx qui avecques lui avoient esté tuez, furent atrainez

en la court de l’eglise de Sainte Katherine du Val des Escolliers. Et,

tous nuz, ainsi qu’ilz estoient, furent estendus devant la croix de la

dicte court où ilz furent longuement, afin que chascun les peust veoir

qui veoir les vouldroit, et après furent gettez en la rivière de Saine.

Le duc de Normandie, qui avoit envoiez à Paris de ses gens, [et[371]]

grant foison de gens d’armes pour reconforter la ville et aidier à

la deffendre contre les Anglois et Navarrois qui estoient environ

et y faisoient guerre, se parti de Meaulx où il estoit et s’en vint

hastivement à Paris à noble et grant compaignie de gens d’armes. Et

fut receus en la bonne ville de Paris de toutes gens à grant joye, et

descendi pour lors au Louvre.

[371] _Ms. A 15_, fº 206 vº.--_Mss. A 8, 9_: ot. _Mauvaise leçon._

Là estoit Jehan Maillart delez lui, qui grandement estoit en sa grace

et en son amour; et, au voir dire, il l’avoit bien acquis, si comme

vous avez oy cy dessus recorder, combien que par avant il feust de

l’aliance au prevost des marchans, si comme l’en disoit. Fº 188.

P. 115, l. 32: armer.--_Ms. B 6_: tout leur linage et bien trois cens

bourgois de Paris ens esquels il avoient grant fianche, et puis en

allèrent à tout grans fallos et torses deviers la porte Saint Anthoine.

Fº 578.

P. 116, l. 20: trahites.--_Ms. A 29_: Estienne.

P. 116, l. 29: six.--_Ms. B 6_: dix huit. Fº 578.

P. 116, l. 30: prison.--_Le ms. A 29 ajoute_: Quant Jehan Maillart

eut ainsi exploitté sur le prevost des marchans et sur aucuns de ses

complices, il se saisit des clefs de la porte Sainct Anthoine que le

prevost tenoit encores en ses poings, depuis qu’il fut occis, voire si

estroittement que à peine on les luy povoit oster, et les pendit à son

ceinct.

P. 117, l. 3 à 11: si les.... mesfet.--_Ms. A 29_: Adonc Jehan Maillart

les arraisonna, leur demandant qu’ils queroyent là à celle heure et

qui les y avoit envoyés. Ils respondirent qu’ils estoyent là commis à

garder la porte de par le prevost des marchans, qui avoit la charge et

la garde de Paris, et que tantost il devoit là venir. «Par mon serment,

dict Jehan Maillart, il n’a talent d’y venir, car veez, ci l’en a bien

gardé.» Adonc il leur monstra sa hache encores toute rouge et teincte

de sang.

Quant les traistres virent et entendirent que ce dict est, ils furent

tous esbahis, si ne sçeurent que penser, fors que leur maistre estoit

mort, et eurent grant doubte de leur vie; car là entour veoyent tant

de peuple assemblé contre eux que leur deffense n’auroit lieu. Lors

leur dist Jehan Maillart: «Vous estes tous de la bande du prevost: si

vous fay tous prisonniers, de par le roy nostre sire et la communauté

de Paris.» Et ainsi furent tous encoulpés de trahison et prins, et

excusance qu’ils en fissent, ne leur proufita riens. Là furent tous

ceulx de la secte du prevost saisis et loyés estroittement comme

traistres, et menés en fortes prisons en divers lieux; et ceux qui ne

se laissoyent prendre doucement, estoyent tantost occis et assommés

sans quelque merci.

Celle nuict mesme, aussi en furent prins en leurs licts et maisons plus

de soixante, qui tous furent encoulpés de la trahison et du mesme faict

dont le prevost des marchans estoit mort; car ceulx qui prins estoyent,

confessoyent à tous costés plainement tout le faict. L’endemain

au matin, Jehan Maillart fit assembler le plus grant partie de la

communauté de Paris au marché des Halles. Là monta sur un echaffaut et

remonstra generallement la cause pourquoy il avoyt tué le prevost des

marchans. Puis furent jugés à mort, par le conseil des preudhommes de

Paris, tous ceux qui estoyent attaincts d’avoir esté de la secte du

prevost; si furent tous executés en divers tourments de mort.

P. 117, l. 8: soixante.--_Ms. B. 6_: quarante de l’amisté et de la

secte du dit prouvost lesquels, à l’endemain, on leur coppa les testes

comme traites. Fº 578.

§ =422=. P. 118, l. 30: Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Quant li

roys de Navare sceut le verité de le mort le prouvost des marchans,

son grant amy, et de chiaux de sa secte, si fu durement tourblés et

courouchiés en deux manierres: l’une, pour tant que li prouvos li

estoit mout favourablez et amis, et l’avoit aidiet à delivrer de prison

et trouvet toudis plains de grant avis et de bon consseil; l’autre

raison si estoit telle, qui mout li touchoit à sen onneur, que, par la

mort dou dit prouvost et de chiaux de sa secte, li faummes courroit

coumunement que, par son enhort et son pourcach, il volloit trahir

le duc de Normendie, son serorge, et chiaux de Paris, laquel cose li

estoit à son grant blasme et ne faisoit mie à souffrir ne à demourer

enssi. Ce li emfourmoit ses consseils: si ques li roys Charles de

Navare, comme homs moult ymaginatis, eut pluisseurs considerations

et conssaux sus ces raisons, et ne pooit nullement veoir ne trouver

qu’il ne deffiast et gueriast le duc de Normendie et le royaumme de

France. Si le fist deffiier, de par lui et en son nom, et se parti de

Saint Denis et s’en vint à Meslun sus Sainne, où la roynne Blanche, sa

soer, estoit. Si se saisi de le ville et dou castel, et retint partout

saudoiiers, gens d’armes et compaignons, Gascons, Englès et Espagnolx,

Prouvenchiaux, Alemans, Haynuiers, Flamens, Braibenchons et touttez

mannierrez de gens qui volloient yestre de son accord. Si en eult ossi

pluisseurs ou royaumme de Franche, qui furent de son accord à gueriier

le duc de Normendie et le pays; et venoient touttes mannierres de

gens deviers lui, pour mieux pillier et gaegnier. Car li royaummes de

Franche estoit adonc si gras, si riches et si plains de tous biens, que

tout compaignon aventureus s’i traioient vollentiers pour pourfiter.

Si coummencha li rois de Navarre et ses gens, que on appelloit

Navarrois, à gueriier le royaumme de Franche tellement que oncques

il ne fu si grevés ne si essilliés de par les Englès, qu’il fu par

les Navarois. Si coummenchièrent à ardoir et à essillier tout le pays

d’entours Paris, et à desrober partout quanqu’il trouvoient, sans

deport, à estudiier et à soutillier, à prendre castiaux, villes et

fortrèces, les uns par eschiellement, les autres par tretiez et par

pourchach de chiaux meysmes qui demoroient ens ès fors, dont li gentilz

hommes de France avoient tués leurs amis. S’en fu tantost li noblez et

li bons pays dou royaumme de Franche si raemplis de tous lés que nulx

n’y osoit aller, venir, yssir, ne chevauchier, fors que pour ardoir et

pour pillier. Et se tenoit li roys de Navarre à Mellun sur Sainne, à

grant fuisson de gens d’armes; et couroient en Brie, en Gastinois, en

Campaingne, et faisoient dou pays et des gens auques leurs vollentés.

D’autre part, messires Phelippez de Navare se tenoit à Mantez sur

Sainne, desous Paris; et couroient ses gens en Normendie bien avant, en

Biauvoisis et jusques as portes de Paris. A l’autre lés, ravoient li

Navarois pris le bonne ville de Cray et l’avoient durement fortefiie;

et en estoit cappittainne ungs chevaliers navarrois, bons hommez

d’armes durement, qui s’appelloit messires Fourdrigais, et tenoit

desoubz lui bien cinq cens combatans. Et estoient chil tout mestre de

le rivierre d’Oise et d’Esne, et prissent le castiel de Mauconseil à

deux lieuwez de Noyon, où nulx ne demoroit adonc; et en fissent une

grant et grosse garnisson qui si constraindoit chiaux de Noyon, que

nulx n’osoit yssir hors. Encorrez fu pris en ce tamps li fors castiaux

de le Herelle, dont li Navarois fissent une très grant garnisson. Assés

tost apriès, vint li captaus de Beus en Franche, à le priière dou roy

de Navare son cousin, et à ses gages, et prist par eskiellement le fort

castel de Clermont en Biauvoisis.

Ces quatre fortrèches constraindoient si le pays de Picardie, de

Biauvoisis, de Franche, de Vermendois, que nulx n’osoit yssir de se

maison; et n’estoit chevaliers ne escuiers, ne comtes ne dus, qui alast

au devant. Et estoient chil de Paris si comme assis, car touttes les

rivierres desoubz et deseure, dont li bien et les pourveanches leur

devoient venir, estoient prises et saisies, et li Navarois mestres et

souverains.

En ce tamps, fu pris par les Navarrois li fors castiaux de Saint Walery

en Pontieu, qui trop durement greva et adamaga le pays de là environ;

et en estoient cappittainne messire Guillaumme Bonnemare, un chevalier

navarois, et Jehan de Segure, apert homme et hardit as armes mallement.

Et avoient chil bien cinq cens compaignons desoubz yaux, et couroient

tout le pays de là environ, parmy le comfort de chiaux de le garnisson

d’Eu qui se tenoit navaroise; et pilloient et roboient tout le Vismeu

et le comté d’Eu et jusques as portes de Dièpe, et tout le Pontieu et

environ Abbeville et jusquez à Amiens, et assamblèrent si grant avoir

que sans nombre. Fº 111 vº.

P. 118, l. 30: Navare.--_Le ms. A 29 ajoute_: qui se tenoit à Sainct

Denis, et monseigneur Philippe de Navarre son frère, à tout grosse

compagnie de gens d’armes, Angloys, Navarroys et autres.

P. 119, l. 1: secte.--_Mss. A 8, 9_: aliance.

P. 119, l. 20: toute.--_Le ms. A 29 ajoute_: sauf l’abbaye qu’ils

reservèrent, et chargèrent leur pillage sur chars et charrettes et

tout emportèrent.

P. 119, l. 21: Et.... Sainne.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: Et

envoia gens d’armes le dit roy de Navarre à Melun sur Saynne.--_Le ms.

B 6 ajoute_: une bonne ville et forte en Brie et en Gastinois, qui

estoit douaire de la royne Blanche se seur. Fº 579.

P. 119, l. 28: Hasbegnons.--_Mss. A 8, 9_: Espaignols.--_Mss. A 23 à

29_: Behaignons.--_Le ms. B 6 ajoute_: Flamens, Franchois.

P. 120, l. 15: present.--_Le ms. A 29 ajoute_: quant il eurent sis sept

jours.

P. 120, l. 16: Cray.--_Mss. A 8, 9_: Creel.

P. 120, l. 17: le Herielle.--_Mss. A 8, 9_: la Harelle.

P. 120, l. 22: en.... restoré.--_Mss. A 8, 9_: en avant cent ans ne

furent reparez ne restorez.

P. 120, l. 29: Segure.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: Segre.

P. 121, l. 1: Abbeville.--_Le ms. A 29 ajoute_: et tout le Vimeu, toute

la comté d’Aumalle, tout le Cayeu.

P. 121, l. 1: le marine.--_Mss. A 8, 9_: la riviere de Somme.

P. 121, l. 1 et 2: jusques ens ès portes.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à

22_: jusques.

P. 121, l. 9: trente.--_Ms. A 29_: vingt cinq ou trente.

P. 121, l. 18: Fourdrigais.--_Ms. B 6_: Foudrigas. Fº 580.

P. 121, l. 20: Paris.--_Mss. A 3, 7, 18, 19_: Noion.

P. 121, l. 29: combatans.--_Le ms. A 29 ajoute_: tous routtiers.

P. 121, l. 30: Rabigos.--_Mss. B 6, A 8, 9_: Radigos. Fº 580.

P. 121, l. 30: de Duri.--_Ms. B 6_: de Bury.

P. 121, l. 30: de Duri, Richars Frankelins.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14,

18, 19, 29_: de Durichars, Franquelin.

P. 121, l. 31: Hanekins.--_Ms. B 6_: Hannek.

P. 122, l. 3: toutes les sepmainnes.--_Ms. A 29_: tous les mois.

P. 122, l. 6: ennemis.--_Le ms. B 6 ajoute_: D’autre part, à Pons

sur Saine, se tenoient aultre Navarrois desquelz messire Ustasses

d’Aubrechicourt estoit capitaine, lequelz tenoit tout le pays de

Campaigne, durement chiaus de le chité de Troies et ranchonnoit tout

le pais, ne nulz n’aloit au devant. Fº 580.

P. 122, l. 6: gens.--_Le ms. A 29 ajoute_: et par leurs cruautés et

tirannies.

Chroniques de J. Froissart, tome 05/13 · 第 33 / 50 题