P. 80, l. 12: le seigneur de Courton.--_Les mss. A omettent ces mots._

P. 80, l. 13: Longuerem.--_Mss. A 2, 11 à 14_: Longueran.--_Mss. A 18,

19_: Longuerain.

P. 80, l. 14: Landuras.--_Ms. A 29_: Duras.

P. 80, l. 15: de l’Estrade.--_Mss. A 8, 9_: de l’Estrau.

P. 80, l. 30: et disent au prince.--_Ms. A 29_: Adonc respondirent pour

tous ceux qui commis estoyent, ce furent le seigneur de Labreth et

monseigneur le captal de Beuf.

P. 81, l. 4: cité.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: et forte.

P. 81, l. 11: remuneré.--_Mss. A 8, 15 à 17, 20 à 22_: remeri.

P. 81, l. 12 à 25: Nequedent.... partesist.--_Ms. A 29_: Neantmoins

ces paroles ne povoyent nullement convertir les Gascons qu’ils fussent

contents que le prince leur eslongnast le roy de France jusques en

Engleterre, dont le prince demoura pensif et melancolieux. Quand iceux

chevaliers et barons de Gascongne eurent devant le prince et son

conseil dict et declaré leur intention, et qu’ils furent retraicts,

le prince dist: «Je trouve les Gascons d’autre volonté que jamais

n’eusse cuidé.» Adonc dist monseigneur Regnault de Gobehen: «Cher

sire, les barons et les nobles de Gascongne vous ont bien servi, et

moult y ont frayé du leur, tant qu’ils en sont fort au derrière comme

chacun sçait: veéz messire Jehan Chandos et autres, qui en ont ouy les

complaintes comme moy. Si m’est avis, sauf la correction de tous, qui

les pourroit adoucir par argent qu’ils ayment fort, en recompense de

leurs interests, qu’ils seroyent assés contens de tout.» A cest avis

ne contredit mie le prince, ains demanda qu’on leur porroit offrir.

Lors fut conclud, par le conseil de monseigneur Regnault de Gobehen et

de monseigneur Jehan Chandos, que le prince leur offrist cent mille

florins; mais ils ne voulurent descendre à se requeste, et que s’ils

avoyent faict, à cela près ils s’en passeroyent. Finablement, Regnault

de Gobehen et monseigneur Jehan Chandos allèrent tant de l’un à l’autre

que un accord s’i trouva parmi et moyennant cent mille francs que le

prince devoit payer et delivrer aux barons et chevaliers de Gascogne,

pour departir entre eulx: laquelle somme leur fut delivrée ainçois que

le prince se partist pour aller en Angleterre.

P. 81, l. 28: Pumiers.--_Ms. B 6_: Muchident. Fº 564.

P. 81, l. 29: Rosem.--_Le ms. A 29 ajoute_: et le seigneur de Willebi.

P. 82, l. 6: France.--_Le ms. A 26 ajoute_: et ses gardes et son estat

tant seulement.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: et son fils.

P. 83, l. 7: Rocestre.--_Mss. A_: Clocestre, Glocestre.

P. 83, l. 8: là.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: un jour.

P. 83, l. 8: Dardeforde.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: Dardefort.

P. 83, l. 12 à 14: un.... poins.--_Ms. B 6_: le plus biel coursier et

le plus grant qui fust en toute Engleterre. Fº 566.

P. 83, l. 15: lui.--_Le ms. B 6 ajoute_: à nut chief.

P. 83, l. 16: Savoie.--_Le ms. B 6 ajoute_: sur le Tamise, et là aloit

voler et cacier autour de Londrez, mais il estoit bien gardés.

P. 83, l. 18: un.--_Le ms. A 29 ajoute_: grant.

P. 83, l. 18: sa mantion.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: son

maintieng.

P. 83, l. 22: consoloient.--_Mss. A 8, 9_: consolaçoient.

P. 83, l. 28: travillièrent.--_Le ms. A 29 ajoute_: et rendirent grant

painne pour moult de journées et parlemens assignés.

P. 84, l. 9: hostelz.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: et gens.

P. 84, l. 15: recreu.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: receus.

§ =404=. P. 84, l. 16: Vous avés.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés bien oy

coumment li roys David d’Escoce fu pris assés priès de Durem, en le

contrée de Norhombrelant, dou tamps que li roys englès seoit devant

Callaix et fu prisounnier en Engleterre neuf ans et plus. Or avint que

asés tost apriès ce que li roys Jehans eult estet amennés dou prinche

en Engleterre, bonnes gens s’ensounniièrent de la delivranche dou dit

roy d’Escoche, et par especial li doy cardinal qui lors estoient ens

ou pays, à le priière de madamme Ysabiel d’Engleterre, serour germaine

au roy englès et femme au roy David d’Escoche. Si fu tant traitiet et

parlementé que li roys Edouwars s’ummelia et descendi à acord devers le

dit roy, son serourge, parmi tant que li roys d’Escoce ne se debvoit

jammais armer contre lui ne son royaumme, ne conssillier ne consentir,

à son loyaul pooir, à armer ses hommes pour grever ne gueriier en

Engleterre. Et devoit li roys d’Escoche, lui revenut en son royaumme,

mettre toutte le painne et diligensce qu’il porroit enviers ses hommes,

affin que li royaummez d’Escoce fust tenus en fief et en hoummaige

du roy d’Engleterre; et, se ce ne volloit acorder le pays, li roys

d’Escoche juroit et saielloit à tenir ferme le pès enviers le roys

englès, et obligoit et aloieoit son royaumme, comme droit sirez, rois

et hiretiers, à paiier dedens dix ans cinq cens mille nobles; et en

devoit, à le semonce dou roy englès et de son consseil, envoiier bons

plèges et ostages en Engleterre, et chiaux demourer en le prison dou

roy, jusques adonc que la dite somme seroit paiiée.

Touttes ces coses furent escriptes, saiellées et jurées dou roy David

d’Escoche à emplir à son loyaul pooir; et parmy tant il se parti

d’Engleterre entre lui et sa femme la roynne dessus ditte. Et s’en

revinrent en Escoce où il furent bien festiiet et conjoy, ce fu bien

raisons. Or nous lairons à parler dou roy d’Engleterre et dou roy

d’Escoce, et vous parlerons des avenues dou royaumme de Franche et

des grans merveilles et oribletéz qui y avinrent, entroes que li roys

Jehans fu prisounniers en Engleterre. Fº 108 vº.

_Ms. B 6_: En che tamps, fu traitié la delivranche du roy Davit

d’Escoche qui pris avoit esté devant Durem, sy comme il est contenu

en ches croniques. Et se party de Londres où il avoit esté onze ans

prisonniers et retourna en son pais, parmy tant que jamais ne se devoit

armer contre le roy d’Engleterre ne son royalme et se devoit paiier

quatre cens milles nobles, et de che livrer plaiges et ostaiges, ou

revenir en prison ens ou temps de quaresme.

Ensy se party le prinche de Galles de Bourdiaus sur Geronde, à

cinq cens hommes d’armes et quinze cens archiés, et retourna vers

Engleterre; sy enmena avecques luy le roy de Franche comme prisonniers

et Phelippe son fil et tous les contes qui pris avoient esté à la

bataille de Poitiers, car nul n’en estoit rainchonnés. Fº 564.

P. 84, l. 25: s’ensonnièrent.--_Mss. A 8, 9_: s’embesoingnèrent.

P. 84, l. 29: ne son royaume, ne consillier.--_Mss. A 8, 9_: ne son

royaume conseillier.

P. 85, l. 14: Surlant.--_Mss. A 8, 9_: Sirelant.--_Mss. A 1 à 6, 11 à

14_: Fillebaron.

P. 85, l. 15: Camois.--_Mss. A 8, 9_: Chamois.

P. 85, l. 17: ostage.--_Mss. A 8, 9_: hostagiers.

P. 85, l. 27: desparés.--_Mss. A 8, 9_: depeciez.

P. 85, l. 27: Saint Jehanston.--_Mss. A 8, 9_: Saint Janston.

§ =405=. P. 85, l. 30: Environ.--_Ms. d’Amiens_: Environ le my may l’an

de grace mil trois cens cinquante sept, mist li dus de Lancastre sus

une grosse cevauchie de gens d’armes en Bretaingne, tant d’Englès que

de Bretons, de l’ayde le comtesse de Montfort et son jonne fil, qui jà

s’armoit et chevauchoit, et estoient bien mil hommes d’armes et cinq

mil d’autres gens parmi les archiers. Et se partirent de Hainbon, et

s’en vinrent, tout ardant et essillant le pays de Bretaingne, devant

le bonne chité de Rennes. Si l’asega li dus tout environneement et s’i

tint tout le tamps enssuivant à grant hoste et belle, et le fist par

pluisseurs fois assaillir; mès peu y gaegna, car dedens avoit bonne

bachelerie qui le gardoient et deffendoient: li viscomtes de Rohem,

li sires de Laval, messires Carles de Dinant, li sire de Gargoullé,

messires Henris et messires Oliviers de Pennefort, messires Bertrans

de Claiekin, qui estoit adonc jonnes chevaliers et bacelereux, et qui

se combati en celle saison, le siège durant devant Rennes, par ahatie

d’armes, à un bon chevalier d’Engleterre que on clammoit monseigneur

Nicolas d’Augourne. Et fu li emprise telle que trois joustes de fer

de glaive, trois cops d’espée et trois cops de daghe; et s’i porta,

au voir dire, chacuns des deux chevaliers vaillamment, si ques chil

seigneur dessus noummet, qui estoient dedens Rennes, et encorrez li

sires de Rochefort et li sires de Biaumanoir, gardèrent moult bien le

chité: autrement elle ewist estet prise, car li dus de Lancastre y sist

moult longement et le constraindi, par pluisseurs assaux, d’enghiens,

d’espringhalles et d’atournemens d’assault. Si estoit adonc messires

Carles de Blois ens ou pays, mais il ne se pooit armer, car il estoit

recreu sus se foy et prisounniers encorres au roy d’Engleterre jusques

à tant qu’il ewist paiiet le somme de quatre cens mil escus. Et

poursuioit le duc de Normendie et ses cousins en Franche et les troix

estas, pour avoir gens d’armes et lever le siège de devant Rennes;

mais très donc estoit jà li royaummes si entuilliés qu’il ne pooit

y estre oys de nulle aye, mès le jettoient l’un sus l’autre: li dus

de Normendie sur les troix estas, et li troy estat sour le duc de

Normendie. Fº 108.

_Ms. B 6_: En che tamps, environ Pasques, l’an mil trois cens cinquante

sept, se departy le duc Henry de Lenclastre à tout une grant armée de

gens d’armes et d’archiés d’Engleterre et vint monter à Hantone et

naiga par mer et fist tant que il ariva en Bretaigne droit à Hambon

où le contesse de Montfort et ses filz estoient, qui faisoient toudis

guerre à leur povoir à monseigneur Charles de Blois. Sitost que le duc

de Lenclastre fu là arrivés, il ne sejourna point plenté, mais se mist

à camps avec che qu’il avoit de gens et chilz de la contesse et bien

six mille pietons que il trouva en Bretaigne des gens de la contesse,

et s’en vint tout ardant devant ly et sy mist le siège devant la chité

de Rennez. Fº 565.

P. 86, l. 4: mil.--_Mss. A 3, 11 à 14_: deux mil.

P. 86, l. 11 et 12: car.... deffendoient.--_Ms. A 29_: car il

n’i conquirent sinon coups de pierres, de carreaux, de dondaines

et viretons, qui les enfiloyent dru et menu et les occioyent ou

meshaignoyent mortellement par la bonne defense qui leans estoit.

P. 86, l. 14: chevalier.--_Le ms. A 29 ajoute_: de France et de

Bretagne.

P. 86, l. 15: escuier.--_Les mss. A 15 à 17 ajoutent_: Et y estoient

nouvellement venuz deux jennes bacheliers, cousins germains, qui depuis

furent moult renommez ou royaume de France et ou royaume d’Espaingne,

si comme vous orrez ci avant en l’istoire. Ces deux cousins

s’appeloient Bertran du Guesclin et Olivier de Mauny. Et se combatit

le dit Bertran, le siège tenant par devant la cité, à un chevalier

d’Angleterre, aussi moult renommé, qui s’appelloit monseigneur Thomas

d’Agorne. Et fut la bataille prinse par l’ahastie de trois fers de

glaive, de trois coups de haiche et de trois coups de dagues. Et là se

portèrent si vaillamment ces deux hommes d’armes qu’ilz y acquirent

moult grant honneur. Mais toutefoiz le dit Bertran donna tel coup de

haiche au dit Anglois qu’il l’abatit à terre moult durement, et ni

ot adonc plus fait. Et voluntiers furent veuz de ceuls de dedanz et

de ceuls de dehors aussi; si se partirent de la bataille sans grant

dommaige. Ainsi tint le duc Henrri de Lancastre le siège devant Rennes

un grant temps, et là fist pluseurs foiz assaillir, mais pou y conquist.

Or avint un jour, le siège durant, que un chevalier anglois, qui

s’appelloit monseigneur Jehan Bolleton, appert homme d’armes durement,

avoit esté deduire aux champs en gibier à tout son esprevier et prins

six perdriz. Si monta tantost à cheval, armé de toutes pièces, ses

perdriz en sa main, et vint devant les barrières de la cité et commença

à escrier à ceuls de la ville que il vouloit parler à monseigneur

Bertran du Guesclin.

Or avint ainsi que, d’aventure, Olivier de Mauny estoit sur la porte

de la ville venu veoir comment l’ost des Anglois se portoit. Si avisa

et choisit cel Anglois à tout ses perdriz et lui demanda tantost qu’il

vouloit, et se il vouloit vendre ou donner ses perdriz aux dames qui là

dedanz estoient encloses. «Par ma foy, respondit l’Anglois à Olivier,

se vous les osiez marchander de plus près et venir jusques à moi pour

combatre, vous avez trouvé marchant.»--«Et à Dieu le veu, respondit le

dit Olivier, ouil, attendez moy, et je vous paieray tout sec.»

Adonques descendit des murs sur les fossez qui estoient tous plains

d’eaue et se mist à nagier et passa tout oultre, armé de toutes pièces,

fors du hernois de jambes et de gantelez, et vint à son marchant qui

l’attendoit d’autre part. Et se combatirent moult vaillamment l’un

contre l’autre longuement, et assez près de l’ost du duc de Lancastre

qui les regarda et vit moult voluntiers et deffendit que nuls ni alast

au devant. Et aussi ceuls de la ville, et les dames qui là dedanz

estoient, prindrent grant plaisir à eulx regarder. Toutefoiz, tant

se combatirent ces deux vaillans hommes et tant firent d’armes que

le dit Olivier de Mauny conquist monseigneur Jehan de Bolleton son

marchant à tout les perdriz; et, voulsist ou non, il l’enmena moult

durement blecié parmi les fossez dedanz la cité et le presenta aux

dames, à toutes les dittes perdriz, qui le receurent moult liement et

l’onourèrent moult grandement.

Ne demoura mie granment après que le dit Olivier, qui se sentoit blecié

durement et ne povoit finer d’aucunes herbes qu’il congnoissoit bien

pour lui guerir, si appella son prinsonnier moult courtoisement et lui

dist: «Monseigneur Jehan, je me sens bleciez durement. Si congnois là

dehors aucunes herbes par lesquelles, à l’aide de Dieu, je pourroie

legierement recouvrer santé et guerir de mes plaies. Si vous diray que

vous ferez. Vous partirez de ci et yrez par devers le duc de Lancastre

vostre seigneur et m’apporterez un saufconduit pour moy quatrième

durant un mois tant que je soie guari; et se ce me povez impetrer, je

vous quitteray de vostre prinson. Et ou cas que ainsi ne le ferez, vous

retournerez ceans mon prinsonnier comme devant.»

De ces nouvelles fut le dessus dit monseigneur Jehan de Bolleton moult

joieux, et partit de leans et vint en l’ost où il fut receu à grant

joie de tous, et meismement du duc de Lancastre qui assez le rigola des

perdriz. Et puis fist sa requeste au duc lequel le lui accorda moult

bonnement, et tantost commanda que le saufconduit feust escript et

sellé. Ainsi fut fait.

Tantost le dit monseigneur Jehan partit du duc à tout le saufconduit

et revint en la cité, et le bailla à son maistre Olivier de Mauny qui

lui dist qu’il avoit moult bien exploittié et tantost le quitta de sa

prinson. Et partirent ensemble de la bonne cité de Rennes et vindrent

en l’ost du duc de Lancastre lequel les vit moult voluntiers et fist

grant chière et monstra grant signe d’amour au dit Olivier. Et dist

bien le dit duc que en lui avoit noble cuer, et bien monstroit qu’il

seroit encores moult vaillant homme et de grant prouesce quant, pour

avoir mon saufconduit et un peu d’erbes, il a quitté un tel prinsonnier

qui bien povoit paier dix mille moutons d’or.

Après ces choses ainsi faittes, le duc de Lancastre ordonna une chambre

pour logier Olivier de Mauny et commanda qu’elle fust tendue et parée

moult richement et que on lui baillast et delivrast tout ce qui besoing

lui seroit. Ainsi que le duc le commanda, ainsi fut fait. Là fut le

dit Olivier logié en l’ost du duc, et lui bailla l’en les cirurgien

et medicins du duc qui le visitoient touz les jours. Et aussi le duc

l’aloit veoir et conforter moult souvent. Et tant fut illec qu’il fut

guari de ses plaies. Et tantost prinst congié au duc de Lancastre

et le remercia moult grandement de la très grant honneur qu’il lui

avoit faitte. Et aussi prinst il congié aux autres seigneurs et à son

prinsonnier qui avoit esté monseigneur Jehan Bolleton. Mais au departir

le duc de Lancastre lui donna moult belle vaisselle et lui dist:

«Mauny, je vous prie que vous me recommendez aux dames et damoiselles,

et leur dittes que nous leur avons souhaidé souvent perdriz.»

A ces paroles, se partit Olivier de Mauny et puis s’en revint en la

cité de Rennes où il fut receu joieusement de tous, grans petiz, et des

dames ausquèles il compta moult de ses nouvelles. Et par especial à son

cousin Bertran du Guesclin compta il comment il avoit exploittié. Et

s’entrefirent grant joie, car moult s’entramoient; et firent jusques à

la mort, comme vous orrez compter ci avant en l’istoire. Fºs 198 et 199.

P. 86, l. 16: de Claiekin.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: du

Guesclin.--_Ms. A 23_: de Glayaquin.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 18, 19_:

de Claiquin.

P. 87, l. 12: Gauville.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 20 à 22_: Graville.

§ =406=. P. 87, l. 17: Cis.--_Mss. A 8, 9_: cil.

P. 87, l. 20: plusieurs.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: seigneurs de la

cité d’Evreux et bourgois.

P. 88, l. 2: prise.--_Le ms. A 29 ajoute_: au chastel de Rouen, et de

ceux qui avec lui furent prins, dont aux plusieurs le roy de France fit

trancher les testes, et aussi comment il estoit estroitement emprisonné

en la tour de Crevecuer en Cambresis: si leur en desplaisoit moult

grandement.

P. 88, l. 2: anoioit.--_Mss. A 8, 9_: ennuyoit.

P. 88, l. 5 et 6: racquerroie.--_Mss. A 8, 9_: conquesteroie.

P. 88, l. 10: Dist li chevaliers.--_Ms. A 23_: messire Guillaume

respondit.

P. 88, l. 29: nostre gent saudroient.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_:

vos gens lors sauldroient et tantost vendroient.

P. 89, l. 9: acquist.--_Mss. A 8, 9_: assembla.

P. 89, l. 10: d’Evrues.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: comme hors.

P. 89, l. 19: seullement.--_Le ms. A 29 ajoute_: et les hommages.

P. 89, l. 25: entouellies.--_Mss. A 8, 9_: entroublées.

P. 89, l. 29: premerain.--_Mss. A 8, 9_: premier.

§ =407=. P. 90, l. 10: commença à petiier.--_Ms. A 7_: et s’en vint

petier. Fº 192 vº.--_Mss. A 8, 9_: et s’en vint esbatant.

P. 90, l. 11: jadis.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: par.

P. 90, l. 12: en petiant.--_Mss. A 8, 9_: par la dicte place.

P. 90, l. 14: dou guicet.--_Mss. A 8, 9_: le guichet.

P. 90, l. 20: huiseuses.--_Mss. A 8, 9_: choses oiseuses.

P. 90, l. 28: leurs.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: terres ne.

P. 91, l. 5: sorti.--_Les mss. A 23 à 29 ajoutent_: et prenostiqué.

P. 91, l. 17: que.... volentiers.--_Ms. A 29_: je verrai voulentiers ce

tant beau tablier et ce jeu qui vous est ainsi envoyé.

P. 91, l. 24 et 25: va.... porte.--_Mss. A 29_: va à l’hostel en ma

chambre querir mon beau tablier, et les eschets qui en un sacheau y

pendent et le nous apporte vistement à ceste porte.

P. 91, l. 28: verial.--_Mss. A 8, 9_: verrouil.

P. 92, l. 4: oultre.--_Le ms. A 29 ajoute_: le second guichet.

P. 92, l. 9: tantost.--_Le ms. A 29 ajoute_: à tout le tablier et les

eschets.

P. 92, l. 14: entoise.--_Mss. A 8, 9_: rancaine.

P. 92, l. 17: suel.--_Ms. A 29_: mort et ecervellé si qu’onques puis

mot ne sonna.

P. 92, l. 21 et 22: un ban.--_Mss. A 8, 9_: une ordonnance.

P. 92, l. 22: sus.... perdre.--_Mss. A 8, 9_: sur paine de perdre le

poing.

P. 93, l. 4 à 12: volt.... Evrues.--_Ms. A 29_: Et tout leur avoir fut

buttiné et mesmes tous les biens du chastelain, or, argent à plenté,

vaisselle, joyaux, meubles, chevaux et armeures. Mais à l’artillerie

et aux pourveances du chastel, dont ils avoyent largement, il ne

fut touché pour amendrir; et la femme du chastelain fut mise et ses

enfans et ses chambrières à pied par une poterne hors du chastel,

sur les champs, pour aller où bon leur sembleroit. Si ploroyent tous

et demenoyent le plus merveilleux dueil du monde. Ainsi fut le fort

chastel d’Evreux reconquis sur les Francoys pour les Navarroys,

comme les Francoys l’avoyent paravant gangné sur les gens du roy

Charles de Navarre, comme dict est dessus. Et quant la cité et la

ville virent la prise du chastel, ils se rendirent navarroys assez

legerement et boutèrent hors tous les Françoys, leurs femmes et

enfans, qui là s’estoyent venus amasser, pour cuider vivre plus en

paix. Quand ils eurent pourveu à tout, ils mandèrent tout leur estat à

monseigneur Philippe de Navarre qui assez nouvellement estoit retourné

d’Angleterre et arrivé à Cherbourg, lequel fut moult joyeux de ces

nouvelles: si se partit à soixante armures de fer et quatre cens

archers et brigands du dict Cherbourg, qu’il laissa très bien garni

de compagnons et de toutes pourveances, et se vint boutter en la cité

d’Evreux et au chastel.

P. 93, l. 15: Pipes.--_Ms. A 29_: Pape.

P. 93, l. 16: le bascle de Maruel.--_Mss. A 20 à 22_: le bastard de

Marval.

P. 93, l. 17: Jeuiel.--_Mss. A 8, 9_: Jouel.

P. 93, l. 17: Fourdrigais.--_Mss. A 8, 9_: Sourdigais.--_Ms. A 29_:

Foudrigais.

P. 93, l. 19: France.--_Le ms. A 29 ajoute_: et en Normandie, dont ce

fut pitié.

§ =408=. P. 93, l. 21: En ce temps.--_Ms. d’Amiens_: En ce temps

meysmes, prist ungs chevaliers, que on clammoit monseigneur

l’Arceprestre, une grant compaignie de gens d’armes assamblés de tous

pays, qui virent que leurs sauldées estoient fallies, puisque li

roys de Franche estoit pris. Si ne savoient où gaegnier en Franche:

si s’en allèrent par deviers la duché de Prouvenche, et y prissent

et esciellèrent fortes villes et castiaux, et desroboient tout le

pays jusquez en Avignon et outre Avignon, et n’avoient autre chief

ne cappittaine que li chevalier dessus noummet. De quoy li pappez

Ynocens VIe, qui adonc demoroit en Avignon, et tout li cardinal avoient

si grant paour qu’il ne savoient que devenir; ains faisoit chacuns

cardinaux se famille, prestres, clers et autres gens, touttes les nuis

armer, pour le cité d’Auvignon garder et deffendre contre ces pilleurs.

Et manda li pappes au darrain en Auvignon monseigneur l’Arceprestre,

et li fist si grant reverence qu’il pot, et li dounna à disner en son

palais. Ossi fissent pluisseur cardinal à osi grant reverence comme se

fust li uns des filz le roy de Franche. Si dist on adonc coummunaulment

que li pappes et li colègez li avoient donnet quarante mil escus

tous appareilliés pour departir entre ses compaignons et pour yaux

assegurer. Je n’en voeil plus parler, mès voeil retourner as merveillez

qui avinrent en ce tamps ou royaumme de Franche. Fºs 108 vº et 109.

P. 93, l. 21 et 22: En.... Cervole.--_Ms. A 29_: En ce mesme temps

que le royaume de France et toutes ses marches, depuis les monts

Saint Bernard et Pirenées jusques à la rivière du Rin, estoyent

si entouillés par guerres et discords d’aucuns princes l’un contre

l’autre, dont tant de cruautés et domages en avenoyent que trop grand

pitié estoit, print et assembla un moult hardi chevalier, nommé

monseigneur Regnault de Cervolles....

P. 93, l. 25: saudées.--_Mss. A 8, 9_: souldées.

P. 94, l. 1: en Avignon.--_Ms. A 29_: aux portes d’Avignon.

P. 94, l. 3: nommet.--_Le ms. A 29 ajoute_: dont il avint qu’il fut

tant cremu et redouté par toute la Prouvence et jusques en la cité de

Lion sur le Rosne.

P. 94, l. 7: familles.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: familliers.

P. 94, l. 9: à segur.--_Mss. A 8, 9_: asseur.

P. 94, l. 11: composition.--_Mss. A 1 à 7, 11 à 14, 23 à 29_: condicion.

P. 94, l. 15: furent.--_Le ms. A 29 ajoute_: du Saint Père pardonnés

tous ses pechés par luy confessés et dont il estoit contrit.

P. 94, l. 16 et 17: pour.... quantité.--_Ms. A 29_: pour en departir à

ses compagnons une quantité.

P. 94, l. 17: là.--_Ms. A 29_: çà et là et sus les terres du pape.

§ =409=. P. 94, l. 19: Encorres.--_Ms. d’Amiens_: Encorres en ce temps,

vint et se leva une compaignie de gens d’armes et de brigans assembléz

de tous pays, et concqueroient et roboient de jour en jour tout le

pays entre le rivierre de Loirre et le rivierre de Sainne: par quoy

nulx n’osoit aller entre Paris et Vendomme ne entre Paris et Orliiens

ne entre Paris et Montargis, ne nulx dou pays n’y osoit demourer; ains

estoient touttes lez gens dou plat pays afuioit à Paris ou à Orliiens.

Et avoit ceste dite compaingnie faite une cappittainne d’un Gallois

que on clammoit Ruffin, et le fissent faire chevalier; et devint si

riches et si puissans d’avoir que on n’en pooit savoir le nombre. Et

chevauchoient souvent cez dittes compagnes priès de Paris, ung autre

jour viers Orliiens, l’autre fois vers Chartres. Et ne demoura à

painne ne ville ne fortrèche, s’elle ne fu trop bien gardée, qui ne

fust adonc toutte robée et courue, à savoir: Saint Ernoul, Gallardon,

Bonneu, Cloies, Estampes, C[h]astres, Montleheri, Peviers en Gastinois,

Larchant, Milly, Castiel Landon, Montargies et tant d’autres grosses

villes que merveilles seroit à recorder. Et chevauchoient aval le pays

par tropiaux chà vingt, chà trente, chà quarante, et ne trouvoient qui

les encontrast ne destournast.

D’autre part, ou pays de Normendie, sus le marinne, ravoit une autre

plus grant compaignie de pilleurs et de robeurs, dont Robers Canolles

estoit mestre et cappittainne, qui en telle mannierre conqueroient

villes et castiaux et roboient tout le pays, et ne trouvoient qui

lors destourbast. Sachiés que chilx Robiers Canollez dont je parolle,

s’amonta par telz hardies emprises tellement qu’il avoit bien le fin

de deux cens mil viés escus, et tenoit grant fuison de saudoiiers à

ses gaiges, et bien les paioit tant que chacuns le sieuwoit et servoit

vollentiers. Fº 109.

P. 94, l. 23: aller.--_Le ms. A 29 ajoute_: fors en grants routes, s’il

ne vouloit estre mort ou durement rançonné.

P. 94, l. 25: Montargies.--_Mss. A 8, 9_: Montargis.--_Mss. A 20 à 22_:

Mortaigne.

P. 94, l. 26: demorer.--_Le ms. A 29 ajoute_: Et ensi toute celle

marche demouroit sans labourer, car les gens du plat pays s’estoyent

tous retraicts à Paris ou à Orleans ou à Vendosme; car très petit

d’autres villes en celle province se tenoyent contre ces routtiers.

P. 94, l. 28: d’un Gallois.--_Mss. A 2, 11 à 14, 18, 19_: d’un Anglois

Galois.--_Ms. A 29_: de un hardi et outrageux homme de Galles.

P. 95, l. 8: Gallardon.--_Ms. A 29_: Galandon.

P. 95, l. 8: Bonivaus.--_Mss. A 8, 9_: Bonneval.--_Mss. A 11 à 14_:

Bonnaux.--_Mss. A 23 à 29_: Bonniaux.

P. 95, l. 9: Chastres.--_Mss. A 1 à 6, 11 à 14, 18, 19_: Chartres.

P. 95, l. 9: Peuviers.--_Ms. A 29_: Pluviers.

P. 95, l. 10: Chastiel Landon.--_Mss. A 8, 9_: Chasteau Landon.--_Mss.

A 23 à 29_: Chastillon.

P. 95, l. 10: Yzières.--_Mss. A 8, 9_: Yèvre.--_Mss. A 2, 7, 11 à 14,

18, 19_: Yrières.

P. 95, l. 14: les.--_Mss. A 8, 9_: leur.

P. 95, l. 19 et 20: en tel manière.--_Ms. A 29_: par emblée d’eschelle

ou par assaults.

P. 95, l. 20: conqueroient.--_Mss. A 8, 9_: conqueroit.

P. 95, l. 21: devant.--_Le ms. A 29 ajoute_: Et quand il estoit

rapporté au duc de Normandie et regent de France, par les plaintes

qui journellement luy venoient jusques en son hostel à Paris où il se

tenoit, il respondoit qu’en brief terme il y pourverroit de remède. Et

autre chose il ne respondoit, et aussi à grand peine il y eust pour le

present remedié, tant estoyent les besongnes du royaume entouillées.

P. 95, l. 22: maintenu.--_Mss. A 8, 9_: tenu.

P. 95, l. 23: très donc.--_Mss. A 8, 9_: dès lors.

P. 95, l. 25: sievoient.--_Mss. A 8, 9_: suivoit.

§ =410=. P. 95, l. 26: En ce tempore.--_Ms. d’Amiens_: En ce tempore

que chil troy estat resgnoient, se coummenchièrent à lever tels

manierres de gens qui s’appelaient Compaingnes, et avoient guerre à

touttes gens qui portoient malètes. Or vous di que li prelat de Sainte

Eglise et li noble se commenchièrent à naisir et tanner de l’emprise

et ordounnanche dez trois estas; si en laissièrent le prouvost dez

marchans couvenir et aucuns des bourgois de Paris, pour ce que chil

s’en entremetoient plus avant qu’il ne vosissent.

Si avint, ung jour que li dus de Normendie estoit ou pallais à Paris à

tout grant fuison de chevaliers et de prelas, li prevos des marchans

assambla grant fuison des coummuns de Paris qui estoient de sa secte

et de son accord, et portoient chil caperons tous sannablez, affin

que mieux se reconneuissent. Si s’en vint li dis prevos ou pallais,

envirounnés de ses hommes, et entra en le cambre dou duc et li requist

mout aigrement qu’il volsist emprendre le fait dez besoingnes dou

royaumme et mettre y consseil, par tant que li royaummes, qui à lui

devoit parvenir, fust si bien gardés que telx mannierres de Compaignes

qui regnoient, n’alaissent mies gastant ne robant le pays. Li dus

respondi qu’il le feroit vollentiers, se il avoit le mise par quoy il

le pewist faire; mais qui fesoit lever les prouffis et lez droitures

appertenant au roy, le devoit faire: si le fesist.

Je ne say pourquoy ne coumment che fu, mès lez parolles montèrent

si hault que là endroit furent, en le presence del duc, ochis trois

dez plus grans de son consseil, si priès de lui que sa robe en fu

ensanglentée. Et en fu il meysmes en grant peril; mès on li dounna

uns des capperons à porter, et couvint que il pardonnaist là celle

mort de ses trois chevaliers, les deux d’armes, et l’autre de lois.

Si appelloit on l’un monseigneur Robert de Cleremont, gentil homme

durement, et l’autre le seigneur d’Esconflans, marescal de Campaingne,

et le canonne monseigneur Simon de Bussi: dont che fu grans pités,

quant, pour bien dire et bien conseillier leur seigneur, il furent là

enssi ochis. Fº 109.

P. 95, l. 26: tempore.--_Mss. A 8, 9_: temps.

P. 95, l. 26: regnoient.--_Mss. A 8, 9_: gouvernoient.

P. 95, l. 28: Compagnes.--_Mss. A 8, 9_: Compaignes.

P. 95, l. 27 à 29: gens.... malettes.--_Ms. A 29_: de toutes nations,

et par especial Angloys, Bretons, Navarroys et Gascons, lesquels

s’appeloyent Compagnies, en plus grand nombre que jamais n’avoyent

esté, et avoyent guerre à toutes gens qui portoyent malettes ou bons

fardeaux.

P. 95, l. 31: et.--_Le ms. A 29 ajoute_: nouvelle.

P. 96, l. 1: estas.--_Le ms. A 29 ajoute_: Et leur estoit avis que les

besongnes du royaume n’en amendoyent pas, ains empiroyent de jour en

jour, tant par le fait des Compagnies qui toujours croissoyent et dont

journellement les plaintes venoyent à Paris de tous lés; et si n’y

avoyt quelque provision ne resistance: pourquoy le plat pays, dont les

pourveances venoyent et dont les cités et bonnes villes se vivoyent,

estoit destruit, et brief en sourdroit grand famine.

P. 96, l. 4: volsissent.--_Le ms. A 29 ajoute_: en moult d’affaires.

P. 96, l. 9: secte.--_Mss. A 11 à 14, 20 à 22_: sorte.

P. 96, l. 10: tous sannables.--_Mss. A_: semblables.--_Ms. A 7_, fº 193

vº:.

P. 96, l. 13: emprendre.--_Mss. A 8, 9_: entreprendre.

P. 96, l. 21: fesist.--_Le ms. A 29 ajoute_: Adonc le prevost, qui

celle responce avoit ouye, pensa bien qu’il le disoit pour lui, car à

son avis le duc le regardoit moult sus et plusieurs chevaliers qui là

estoyent.

P. 96, l. 23: hault.--_Le ms. A 29 ajoute_: que le duc et ses nobles

furent fort indignés sur le dict prevost qu’il estoit là venu, ainsi

accompagné de ses communes et à main armée.

P. 96, l. 32: d’Esconflans.--_Mss. A 8, 9_: de Conflans.

P. 97, l. 1 et 2: monsigneur Symon de Bussi.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20

à 22_: maistre Regnault d’Acy, avocat.--_Le ms. A 29 ajoute_: qui moult

fut de tous plaint et regretté.

§ =411=. P. 97, l. 5: Apriès ceste avenue.--_Ms. d’Amiens_: Apriès

avint que aucun chevalier, messires Jehans de Pikegny et autre

vinrent, sus le comfort dou prouvost des marchans et des conssaux des

aucunnes bonnes villes, au castiel que on dist de Alues en Pailloeil,

qui est uns des fors castiaux du monde, où li roys Carles de Navare

estoit pour le tamps emprisounnet et en le garde de monseigneur

Tristran dou Bos. Si apportèrent telx enssaignes, et si bien espiièrent

que messires Tristrans n’y estoit point, fors ungs castellains ses

lieutenans: si fu delivrés hors de prison et amenés à Amiens où on

li fist grant feste, et ciés ung chanonne grandement son amy, que

on clammoit monseigneur Gui Kierés. Là fu li roys de Navare environ

quinze jours, tant que on li eut appareilliet tout son arroi et qu’il

fu tous aseghurés dou duc de Normendie, et que li prevos des marchans

li eut pourcachiet et fait sa pès enviers le dit duc. Si fu amennés à

Paris par monseigneur Jehan de Pikegny et aucuns bourgois d’Ammiens,

et y fu rechups adonc à grant joie; et le virent moult vollentiers

touttez mannièrez de gens. Et meysmement li dus de Normendie le festia

grandement, mès faire li couvenoit, car li prouvos des marçans et chil

de Paris li enhortoient affaire: si le couvenoit obeir, volsist ou non,

à touttez leurs devises. Fº 109.

P. 97, l. 5: Apriès ceste avenue.--_Ms. A 29_: Après la mort des troys

chevaliers dessus nommés, environ quinze jours.

P. 97, l. 9: Allues.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: Arleux.--_Mss. A

1 à 6, 11 à 14, 18, 19, 23 à 29_: Alluez, Arlues.

P. 97, l. 11 et 12: Tristran dou Bos.--_Mss. A 8, 9_: Tristan Dubois.

P. 97, l. 10: Kieret.--_Mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22_: Quieret.--_Mss.

A 11 à 14_: Quiert.

P. 97, l. 23: pourcas.--_Mss. A 8, 9_: pourchas.

P. 97, l. 28: de la cité d’Amiens.--_Ms. A 29_: des bourgeois de la

bonne ville de Paris et aucuns aussi de la bonne ville d’Amiens.

P. 97, l. 29: gens.--_Le ms. A 29 ajoute_: car chacun esperoit que sa

venue à Paris seroit cause du bien et honneur de tout le royaume.

P. 98, l. 3: secte.--_Mss. A 8, 9_: accort.

P. 98, l. 5: Paris.--_Le ms. A 29 ajoute_: combien que voulentiers s’en

fust passé, mais il estoit fort atempré, sage et souffrant.

§ =412=. P. 98, l. 6: Quant li rois.--_Ms. d’Amiens_: Quant li roys

de Navarre eult estet une espasse à Paris, il fist ung jour assambler

touttes mannierres de gens, prelas, chevaliers, clers de l’université

et tous chiaux qui y vorent estre, et là precha et remoustra

premierement en latin moult bellement et moult sagement, present le

duc de Normendie, en lui plaindant dez griés et des villounnies que

on li avoit fait à grant tort et sans raison, et dist que nuls ne se

volsist de lui doubter, car il volloit vivre et morir en deffendant le

royaumme de Franche. Et le devoit bien faire, car il en estoit extrais

de père et de mère et de tous d’ancisserie, et dounna assés à entendre

que, se il volloit callengier le courounne, il mousteroit bien par

droit qu’il estoit plus prochains que li roys d’Engleterre ne fust. Et

sachiés que ses sermons et ses langages fu vollentiers oys, et petit à

petit descendi et entra si en l’amour de chiaux de Paris, qu’il avoient

plus grant fiance et plus d’amour en lui que il n’ewissent ou regent

le duc de Normendie, ossi enssuiwant de chiaux de Roem, d’Ammiens et

de Biauvais et dez autres bonnes villes. Mès quel samblant que li

prevos des marchans moustrast au roy de Navarre, ne ossi chil de Paris,

messires Phelippes de Navarre ne s’i vot oncques affiiier ne entrer

dedens Paris, mès se tenoit en le conté d’Ewrues qui estoit de leur

hiretaige et senefioit bien au roy son frère que en communes il n’ewist

nulle fiance, car il n’estoient boin, fors que pour tout hounnir. Fº

109.

P. 98, l. 6 et 7: une espasse.--_Mss. A 8, 9_: une pièce.

P. 98, l. 10: bellement.--_Mss. A 8, 9_: courtoisement.

P. 98, l. 7 à 15: il fist.... France.--_Ms. A 29_: Il fut averti par

aucuns de la ville, ses amis, qu’il estoit moult bien en la grace de

tout le peuple et qu’il se devroit plus monstrer qu’il ne faisoit,

pour acquerir l’amour des gros et des menus. Si s’avisa qu’un jour

il feroit assembler toutes manières de gens, prelats, chevaliers,

clercs de l’université, bourgeoys et le menu peuple sur le cimetière

de Saint Germain, comme il fit, car il estoit moult grant clerc; et là

il prescha et remonstra sagement et bien en beau latin et en françoys,

present le duc de Normandie regent et presens tous les autres dessus

dicts, la complainte des griefs et grands villennies, qu’en maintes

manières on lui avoit faits. Et bien dict que nul ne se vousist doubter

de riens; car il vouloit vivre et mourir, en gardant et defendant le

règne de France.

P. 98, l. 17: ancisserie.--_Mss. A 8, 9_: ancestre.

P. 98, l. 20: rois.--_Le ms. A 29 ajoute_: Edouart.

P. 98, l. 21: sachiés.--_Le ms. A 29 ajoute_: fermement.

P. 98, l. 22: recommendés.--_Le ms. A 29 ajoute_: de toutes gens et par

especial des menus.

P. 98, l. 25: n’euissent.--_Mss. A 8, 9_: n’avoient.

P. 99, l. 1: s’i.--_Mss. A 8, 9_: se.

P. 99, l. 2: communauté.--_Le ms. A 29 ajoute_: de villains.

§ =413=. P. 99, l. 4: Assés tost.--_Ms. d’Amiens_: Assés tost apriès le

delivranche dou roy de Navare, avint une mervilleuse grande tribulation

en pluisseurs parties dou royaumme de Franche, si comme en Biauvesis,

en Brie, sus le rivierre de Marne, en Laonnois, en Valois et tout

jusques à Soissons; car aucunes gens de villes campestres sans chief

s’asamblèrent en Biauvesis, et ne furent mies cent homme ly premier,

et dissent que tout li noble del royaumme de Franche, chevalier et

escuier, hounnissoient et traïssoient le royaumme, et que ce seroit

grans biens qui tous les destruiroit. Chacun d’iaux dist: «Il dist

voirs: hounis soit par qui ce demourra qu’il ne soient tout destruit.»

Lors se queillirent et s’en allèrent sans autre consseil et sans nulle

armure, fors que de bastons fierés et de coutiaux, premiers à le maison

d’un chevalier qui priès de là demouroit. Si brisièrent le maison

et tuèrent le chevalier, la damme et les enfans, petis et grans, et

ardirent le maison. En apriès, il allèrent à un autre fort castiel et

fissent pis assés; car il prissent le chevalier et le loiièrent à une

estache bien fort, et viollèrent le damme et le fille li pluisseur, li

ungs apriès l’autre, voyant le chevalier; puis tuèrent le damme, qui

estoit enchainte, et le fille apriès et tous les enffans et puis le

chevalier, et ardirent et habatirent le castiel.

Enssi fissent il en pluisseurs castiaux et bonnes maisons, et

montepliièrent tant qu’il furent bien six mil. Et partout là où il

venoient, leurs nonbres croissoit, car chacuns de leur samblanche les

sieuvoit: si ques chacuns chevaliers, dammes, escuiers et leurs femmes

enfuioient et emportoient lors petis enfans à lors [cols] diis lieuwes

ou vint lieuwes loing, là où il se pooient garandir, et laissoient

leurs maisons touttes quittes et leur avoir. Et ces meschans gens,

assamblés sans cief et sans armures, roboient et ardoient tout, et

tuoient tous gentils hommes qu’il trouvoient, et efforchoient et

violoient touttes dammes et pucelles sans pité et sans merchy, enssi

comme chiens esragiés. Certes, oncques n’avint entre crestiiens ne

Sarrazins telle forsenerie que ces meschans gens faisoient; car qui

plus faisoit de maux ou de villains fais, telz fais que creature

hummainne [ne deveroit] oser pensser ne regarder, chilz estoit li plus

prisiés entre yaux et li plus grans mestrez. Je n’oseroie escripre

ne racompter les horiblez fais et incouvenables qu’il faisoient as

dammes, mès entre les autres desordounnés et villains fais, il tuèrent

un chevalier et boutèrent en un hastier et le tournèrent au feu et le

rostirent, voyant le damme et ses enfans, apriès ce que dix ou douze

eurent le damme efforcie et violée, et les en vorent faire mengier

par force; et puis les tuèrent et les fissent morir de malle mort. Et

avoient fait un roy entr’iaux qui estoit, si comme on disoit adonc,

de Cleremont en Biauvesis, et le eslisirent le pieur des pieurs. Et

l’appelloient le roy Jake Bon Homme.

Il ardirent ou abatirent bien, ou pais de Biauvoisis et environ Corbie

et Amiens et Mondidier, plus de soissante bonnez maisons et fors

castiaux. Et, se Dieux n’y ewist mis remède par se grasce, li meschiefs

fuist si montepliiés que touttes coumunautéz ewissent destruit gentilz

hommez, sainte eglise après, et touttez rices gens par tous pays. Car

tout en telle mannierre si faittes gens faisoient ens ou pays de Brie

et de Partois; et couvint touttez les dammes et les dammoiselles dou

pais, et lez chevaliers et escuiers qui escapper leur pooient, afuir à

Miaux en Brie, l’un apriès l’autre, en pur lor cottez, enssi que elles

pooient, ossi bien la duçoise de Normendie, et fuisson de hautez dammes

comme autrez, se elles se volloient garder de y estre viollées et

efforchies et puis apriès tuées et mourdries.

Toutte enssamble mannierre de si faittez geus se maintenoient entre

Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons, et entre Soissons et Hen,

en Vermendois, et par toute le terre de Couchi. Là estoient li grant

maufeteur, et essilièrent, que en le terre de Couchy, que en le terre

de Vallois, que en l’evesquet de Laon, de Soissons et de Senlis, plus

de cent castiaux et bonnes maisons de chevaliers et d’escuiers, et

tuoient et roboient quanqu’il trouvoient. Mais Dieux, par sa grasce,

mist telle remède de quoy on le doit bien regraciier, si comme vous

orés chy apriès. Fº 109 vº.

P. 99, l. 4 et 5: Assés.... Navare.--_Ms. A 29_: En celui temps que le

roy de France estoit prisonnier en Angleterre.

P. 99, l. 5: une.... tribulations.--_Ms. A 29_: une grant raige

et forcenerie de villains du plat pais.--_Mss. A 8, 9_: une grant

merveilleuse tribulacion.--_Ms. B 6_: une grant tribulacion et

pestilenche. Fº 567.

P. 99, l. 9: aucunes gens.--_Ms. A 17_: plusieurs vilains tuffes et

giveliers.

P. 99, l. 13: escuier.--_Les mss. A 8, 9 ajoutent_: honnissoient et.

P. 99, l. 13 à 15: trahissoient.... voir.--_Ms. A 29_: gastoient et

honnissoient tout le royaume de France et qu’ils avoient faulsement

et mauvaisement laissié prendre et emmener leur roy en Angleterre au

prince de Galles, qui n’avoit que une poingnée de gens au regard des

François, et que ils ne faisoient que destruire et manger tout le menu

commun, qui moult avoit de povretés et de tribulations, tant d’eulx

comme des guerres qui estoient par tout le royaume ausquelles nul ne

remedioit, et que, par leur foy, moult grant aumosne seroit qui tous

les destruiroit, sans nul en laissier. Et à cellui qui ainsi parloit,

chascun disoit: «il dit voir.»

P. 99, l. 17: soient.--_Ms. A 29 ajoute_: brievement.

P. 99, l. 17: destruit.--_Le ms. A 29 ajoute_: autant qu’on en pourra

trouver.

P. 99, l. 18: cueillièrent.--_Mss. A 8, 9_: se assemblèrent.

P. 99, l. 19: bastons fierés.--_Ms. A 29_: d’espées.

P. 99, l. 20: coutiaus.--_Le ms. A 29 ajoute_: au bout d’une virolle,

et les aucuns d’une pointe en manière d’un bourdon et de longs

cousteaux à clou, et s’en alèrent une routte.

P. 99, l. 23: maison.--_Le ms. A 29 ajoute_: quand ils en eurent osté

ce que bon leur sembla.

P. 99, l. 23: secondement.--_Ms. A 29_: quand ils eurent faict ceste

mauditte rèse.

P. 99, l. 24 à 29: chastiel.... chastiel.--_Ms. A 29_: et boutèrent la

maison oultre et prindrent le chevalier qu’ils trouvèrent en son lict:

si le tirèrent en la court et le lièrent à une estache de cordes par

les jambes, par le corps et par le col, les mains loyées derrière moult

estroittement. Et en sa presence, les plusieurs violèrent sa femme et

sa fille, et puis ils occirent la dame et sa fille et tous les enfans,

et puis ils tuèrent le bon chevalier à grant martire. Et bouttèrent le

feu au chastel et tout l’ardirent et les pourveances et l’avoir qui

dedans estoit, puis abatirent les murailles du chastel. Et puis firent

le dit chevalier bouter en une broche et rostir au feu et illec mourir

à grant martire.

P. 100, l. 1 et 2: bonnes maisons.--_Ms. A 29_: bonnes villes

champestres.

P. 100, l. 2 à 4: montepliièrent.... sievoit.--_Ms. B 6_: Tantost, en

mal faisant, il montepelièrent et furent deux cens et puis cinq cens et

puis mille et puis cinq mille. Fº 568.

P. 100, l. 4: sievoit.--_Ms. A 29 ajoute_: c’est à dire ceux qui

avoyent voulenté de mal faire.

P. 100, l. 5 et p. 101, l. 24 et 25: si ques.... trouvoient.--_Ms.

A 29_: Quant les chevaliers et nobles hommes de celle marche virent

que celle maudicte gent multiplioyent ainsi et qu’il n’y avoit autre

remède que de les fuir et eslongner, ils troussoyent leurs meilleurs

meubles et leurs femmes et enfans, et en abandonnant le remanant ils se

retrayoient à tout charrettes et chevaux ou ce qu’ils pouvoient avoir,

les uns à Meaux en Brie, à Paris, à Corbeil ou ailleurs. Et quant ces

ribaux venoyent en ces bonnes maisons qu’ils trouvoyent vagues et

pleines de tous biens, certes ils en roboyent ce que bon leur sembloit,

puis boutoyent les feux partout; et, sans nuls espargner, ils occioyent

tous chevaliers ou gentilshommes qu’ils trouvoyent et forçoyent toutes

dames, damoiselles et pucelles, qu’ils povoient attraper. Et celui

d’eux aultres, qui commettoit plus de maux et de vilains faits et

oultrageux et si horribles et cruels que creature humaine ne devroit

oser penser ne remembrer, estoit le plus prisé et le plus grand

maistre. Et au contraire, ceux qui ne s’entremettoyent de boutter feus,

de violer pucelles, de occire gentilshommes ou marchans, se ils les

rencontroyent, ils estoyent escharnis et debouttés.

Je n’oseroy descrire les horribles faicts inhumains et inconvenables

qu’ils faisoyent aux dames. Entre autres horribles et desordonnés

faicts, ils occirent un moult gentil et bon chevalier de Soissonnoys,

puis l’enfilèrent en un hastier et le tournèrent et rostirent à un

feu ardent, voyant la dame son espeuse et ses enfans. Et après, quant

dix ou douze de ces ribaux eurent la dame efforcée, ils lui voulurent

par force faire manger de la chair de son propre mari, puis le firent

mourir et tous ses enfants de malle mort. Et avoyent faict un roy entre

eulx, qui estoit de Clairmont en Beauvoisis, et l’esleurent pour le

plus cruel et le plus inhumain d’eux tous; et estoit ce roy appellé

Jacques Bonhomme.

Que vous en feroy je long comte? Ces maudictes gens ardirent et

abatirent, au pais de Beauvoisis et environ Corbie, Amiens et

Montdidier, plus de soixante bonnes maisons et forts chasteaulx. En

semblable manière regnoyent et couroyent telle ribaudaille au pais de

Brie et de Parthoys. Et convint toutes les dames et damoiselles du pais

et tous les chevaliers et escuyers, qui eschapper leur povoyent, affuir

à Meaux en Brie, l’un après l’autre, en purs leurs cottes simples ou

surcots, ainsi qu’elles povoient, et leurs maris pareillement, aussi

bien la duchesse de Normandie et la duchesse d’Orleans, qui lors se

tenoyent là entours en leurs manoirs, comme plusieurs hautes dames,

s’elles se vouloyent garder d’estre violées et en après ce tantost

meurtries.

En semblable manière, couroyent pais et desoloyent pareille

larronaille, entre Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons, et entre

Soissons et Hem en Vermandoys, et par toute la terre de Couci. Là

estoyent les grants violeurs et malfaiteurs, et essillièrent entre la

terre de Couci, entre le conté de Valoys et entre l’evesché de Laon,

de Noyon et de Soissons, plus de cent chasteaux et bonnes maisons de

chevaliers et escuyers. Et avec ce ils occioyent les nobles hommes,

femmes et enfans, et roboyent et emportoyent ce que bon sembloit.

Chroniques de J. Froissart, tome 05/13 · 第 31 / 50 题