CHAPITRE LXXX.

1357, 8 NOVEMBRE-1358, 31 JUILLET, DOMINATION DE LA COMMUNE DE

PARIS ET D’ÉTIENNE MARCEL, PRÉVÔT DES MARCHANDS.--DÉLIVRANCE DU

ROI DE NAVARRE ET POPULARITÉ DE CE ROI A PARIS.--ASSASSINAT DES

MARÉCHAUX DE CHAMPAGNE ET DE NORMANDIE PAR LES PARISIENS.--LE

DAUPHIN, LIEUTENANT DU ROI, PREND LE TITRE DE RÉGENT ET

S’ÉCHAPPE DE PARIS.--JACQUERIE.--ATTAQUE DU MARCHÉ DE MEAUX PAR

LES JACQUES AIDÉS DES PARISIENS.--LE RÉGENT VIENT CAMPER AU

PONT DE CHARENTON ET ASSIÉGE PARIS; IL TRAITE AVEC LE ROI DE

NAVARRE ÉTABLI A SAINT-DENIS.--RIXES ENTRE LES PARISIENS ET LES

ANGLO-NAVARRAIS; DÉFAITE DES BOURGEOIS PAR LA GARNISON ANGLAISE

DE SAINT-CLOUD.--MORT D’ÉTIENNE MARCEL ET RENTRÉE DU RÉGENT A

PARIS[76] (§§ 410 à 421).

[76] Cf. Jean le Bel, _Chroniques_, t. II, chap. XCIX à CII,

p. 216 à 229.

Les États généraux ne dirigent que de nom l’administration; tout se

fait en réalité sous l’influence d’Étienne Marcel[77], prévôt des

marchands et d’un certain nombre de bourgeois de Paris. Le prévôt fait

porter à ses partisans, pour les distinguer des autres, des chaperons

d’une certaine couleur[78]; un jour il envahit à la tête d’une

multitude armée la chambre du duc de Normandie: Robert de Clermont,

maréchal de Normandie, Jean de Conflans, maréchal de Champagne[79],

et un avocat nommé Regnault d’Acy[80] sont massacrés en présence du

dauphin. P. 95 à 97, 313 à 314.

[77] Quoi qu’en dise Froissart, qui reproduit ici

littéralement le texte de Jean le Bel, l’homme qui

gouvernait alors la France n’était pas Marcel, mais bien

Robert le Coq, évêque de Laon, l’âme damnée de Charles le

Mauvais, dont ce prélat avait fait réclamer la délivrance

par les États généraux, dès leur première session, en

octobre 1356. Exilé dans son évêché par le dauphin qu’il

trahissait, vers le 15 août 1357 (_Gr. Chron._, t. VI, p.

60), l’évêque de Laon était parvenu à rentrer en grâce

dans les premiers jours d’octobre, et il fit réunir de

nouveau à Paris les États le mardi 7 novembre (_Ibid._,

p. 61 et 62). Le lendemain, le roi de Navarre était

arraché par surprise de sa prison d’Arleux; et bientôt

l’on forçait le dauphin à délivrer à l’ennemi mortel de

son père et du royaume un sauf-conduit pour venir à Paris.

L’âme de toute cette intrigue avait été Robert le Coq, qui

avait pris pour instruments Jean de Picquigny et Étienne

Marcel. Les Grandes Chroniques de France, écrites pour

cette époque sous l’inspiration de Charles V, le disent

expressément: «Et lors au conseil du dit monseigneur le duc

estoit _principal et souverain maistre_ le dit evesque de

Laon, qui les choses dessus dites avoit toutes preparées

et faites...» Cf. _Ibid._, p. 66. Vers la Chandeleur (2

février) 1358, Robert le Coq avait essayé de profiter de

sa haute position dans les conseils du dauphin, au moment

même où il trahissait le plus ce jeune prince au profit du

roi de Navarre, pour obtenir le chapeau de cardinal; et le

duc de Normandie avait député à Avignon un clerc nommé Jean

d’Aubeviller, dit Toussaint, né à Montdidier, compatriote

et l’un des serviteurs de l’évêque de Laon, pour négocier

cette affaire auprès de la cour pontificale. JJ90, nº 17.

[78] Le prévôt des marchands fit prendre à ses partisans

des chaperons mi-partis de rouge et de _pers_ (bleu),

qui étaient les couleurs de la commune de Paris, dans

la première semaine de janvier 1358 (_Gr. Chron._, t.

VI, p. 73). A l’instigation de Robert le Coq, originaire

de Montdidier, et de Jean de Picquigny, les bourgeois

d’Amiens, de Laon et de quelques autres villes, qui prirent

parti pour les Parisiens, endossèrent aussi des chaperons

à ces couleurs. La livrée du roi de Navarre était de drap

vert et _camelin_ (couleur de chameau, gris-roux); celle du

prévôt, de drap vermeil et azur. JJ86, nº 266, fº 89.

[79] Robert de Clermont et le Baudrain de la Heuse, tous

les deux maréchaux de Normandie, avaient livré en novembre

1356 le combat où périt Godefroi de Harcourt. Robert avait

été nommé gardien des trêves en Normandie le 23 mars 1357

(Rymer, vol. III, p. 349, 350). Le 20 août 1357, le dauphin

établit Robert de Clermont son capitaine ès bailliages de

Caen et de Cotentin; le 11 septembre suivant, Robert était

au Pont-Audemer avec le Baudrain de la Heuse (la Roque,

_Hist. de la maison de Harcourt_, t. IV, p. 1882), et il

prit part au siége de Honfleur sous le gouvernement de

Louis de Harcourt, vicomte de Châtellerault (Anselme, t.

VI, p. 54 et 55). Le 24 janvier 1358, Robert de Clermont

avait arraché de l’église Saint-Merry, où il s’était

réfugié, Perrin Marc, meurtrier de Jean Baillet trésorier

du duc de Normandie (_Gr. Chron._, t. VI, p. 82).--Jean de

Conflans, maréchal de Champagne, avait quitté le parti des

États généraux après avoir été un de leurs commissaires

élus. Depuis le mois de septembre 1357 jusqu’au 22 février

1358, jour où il fut massacré, Jean de Conflans figure

parmi les principaux conseillers du dauphin (JJ86, nº 42;

JJ87, nºs 34, 35).

[80] La substitution de Regnault d’Acy à Simon de Bucy

est une heureuse correction apportée au texte primitif

par les mss. A 8, 9, 15 à 17, 20 à 22, qui contiennent

l’interpolation relative au rôle de Pépin des Essarts

dans la révolution du 31 juillet 1358 (cf. p. 97, 314).

Regnault d’Acy, qui avait passé le détroit avec maître

Étienne de Paris et Jean de Champeaux à la fin d’août 1357

(Rymer, vol. III, p. 368), était sans doute un de ceux qui

rapportèrent d’Angleterre, le 27 janvier 1358, les bases

d’un traité de paix projeté entre Jean et Édouard.

Jean de Picquigny enlève par surprise le roi de Navarre de sa prison

d’Arleux[81] et l’amène à Paris, où ce roi fait des discours[82] en

plein air aux habitants et jouit bientôt d’une grande popularité au

détriment du duc de Normandie. P. 97 à 99, 344 à 317.

[81] Arleux ou Arleux-du-Nord, Nord, arr. Douai. Froissart a

reproduit une erreur de Jean le Bel (_Chron._, t. II, p. 217) en

plaçant la délivrance du roi de Navarre après l’assassinat des

maréchaux. Le roi de Navarre sortit de sa prison d’Arleux dans la

nuit du mardi 7 au mercredi 8 novembre 1357 (_Gr. Chron._, t. VI,

p. 63; JJ86, nº 331; JJ89, nº 289), tandis que Regnault d’Acy et

les maréchaux de Champagne et de Normandie furent massacrés trois

mois plus tard, le jeudi 22 février 1358 (_Gr. Chron._, t. VI, p.

86 à 88; JJ86, nº 203).

[82] Le roi de Navarre avait eu soin de se préparer un auditoire

favorable en arrachant à la faiblesse du dauphin, le 9 et le 15

décembre 1357, la mise en liberté de tous les criminels détenus

tant au Châtelet que dans les autres prisons de Paris, y compris

celles de l’abbé de Saint-Germain des Prés. JJ89, nºs 254 et 288;

Secousse, _Preuves_, p. 64, 65, 68 à 70.

Les paysans[83], nommés Jacques Bonshommes, se soulèvent dans le

Beauvaisis, l’Ile-de-France, la Brie et les évêchés de Laon, de Noyon

et de Soissons; ils mettent à leur tête comme roi un paysan originaire

de Clermont[84] en Beauvaisis, et commettent toute sorte d’excès contre

les nobles.--Les duchesses de Normandie, d’Orléans et une foule de

nobles dames se réfugient dans la forteresse du marché de Meaux pour

échapper à la fureur des Jacques. P. 99 à 101, 317 à 322.

[83] Froissart s’est trompé (p. 99) en plaçant la Jacquerie peu

après la délivrance du roi de Navarre, qui, comme nous venons de

le voir, sortit de prison dans la nuit du 8 au 9 novembre 1357,

tandis que la Jacquerie éclata six mois plus tard, le lundi après

la Pentecôte, 21 mai 1358, selon les Grandes Chroniques de France

et la Chronique de Jean le Bel (t. II, p. 219 à 223); Froissart

a emprunté à ce dernier chroniqueur presque tout ce qu’il dit de

la Jacquerie. V. notre _Histoire de la Jacquerie_, Paris, 1859, 1

vol. in-8.

[84] Guillaume Cale, roi des Jacques, n’était pas de Clermont,

mais de Mello (Oise, arr. Senlis, c. Creil).

Les gentilshommes du Beauvaisis, du Vermandois et du Valois réunissent

leurs forces pour tenir tête à l’ennemi commun; ils font la chasse aux

Jacques et les exterminent sans pitié ni merci; le roi de Navarre en

tue un jour plus de trois mille aux environs de Clermont[85].--Le duc

de Normandie quitte alors Paris[86] et rassemble une armée pour faire

la guerre aux Parisiens et à leur allié le roi de Navarre[87]. Étienne

Marcel, prévôt des marchands, se prépare à soutenir un siége et emploie

trois mille ouvriers aux fortifications de Paris[88]. P. 101 à 103, 322

à 324.

[85] Cet engagement, qui est décrit fort au long dans une

chronique que nous avons publiée (_Chronique des quatre premiers

Valois_, Paris, 1862, in-8, p. 73 à 75), se livra dès la fin de

mai si, comme l’affirme la chronique déjà citée (p. 76), et celle

de Jean de Venette (éd. de Geraud, t. II, p. 265 et 267), il

est antérieur à l’attaque de Senlis par les nobles qui eut lieu

«le jour de la beneisçon derrain passée» (dimanche, fête de la

Trinité, 27 mai 1358). JJ86, nº 421.

[86] Le dauphin, qui prit le titre de régent le mercredi 14

mars 1358, quitta Paris deux mois avant le commencement de

la Jacquerie; le dernier acte daté de cette ville que nous

connaissions, est du 21 mars (JJ86, nº 8). Le 25 (_Gr. Chron._,

t. VI, p. 99) et le 28 mars (JJ86, nº 58), il était à Senlis.

[87] Il est probable, quoique les chroniqueurs du temps n’en

aient rien dit, que le régent et le roi de Navarre eurent

ensemble un rendez-vous en vue d’une entente commune pour

combattre les Jacques, car nous avons découvert trois actes

émanés du régent en personne et datés de _Clermont en Beauvaisis,

en mai_ 1358 (JJ86, nºs 44, 528 et 529).

[88] V. sur ces travaux de fortification ce que dit Jean de

Venette, éd. de Geraud, t. II, p. 257, 258.

Des gens d’armes parisiens, réunis aux Jacques, viennent au nombre

de neuf mille attaquer la forteresse du marché de Meaux[89] où le

duc d’Orléans, les duchesses de Normandie et d’Orléans auraient

couru un grand danger, si le comte de Foix[90] et le captal de

Buch[91], de passage à Châlons au retour d’une expédition en Prusse,

n’étaient accourus avec quarante lances, à la faveur de la trêve entre

l’Angleterre et la France, au secours des assiégés; ces chevaliers

repoussent les agresseurs dont ils font une horrible boucherie, puis

ils mettent le feu aux faubourgs de Meaux.--Enguerrand, le jeune

seigneur de Coucy, à la tête des gentilshommes de sa baronnie, consomme

l’extermination des Jacques. P. 103 à 106, 324 à 327.

[89] L’attaque du Marché de Meaux eut lieu le samedi 9 juin

(JJ86, nºs 211, 274; _Gr. Chron._, t. VI, p. 113 à 115), le jour

même où le régent, qui avait quitté Meaux au commencement de

ce mois, arriva a Sens (_Gr. Chron._, t. VI, p. 112; JJ86, nºs

264, 463), après avoir passé le 7 à Montereau-Faut-Yonne (JJ86,

nº 128). Les Parisiens étaient commandés par Pierre Gilles,

épicier à Paris en la grande rue Saint-Denis, mais originaire de

Saint-Guilhem-le-Désert (Hérault, arr. Montpellier, c. Aniane):

«un trahidor que avia nom Peyre Gili, de San Guilhem del Desert,

que era de la part del dich rey de Navarra, devia aver los bens

dels marchans de Montpellier e dels autres de Lengua d’Oc». _Le

petit thalamus de Montpellier_, 1840, in-4º, p. 353.

[90] Gaston, III du nom, comte de Foix, vicomte de Béarn,

surnommé _Phœbus_, succéda à Gaston II, son père, en 1343, et

mourut en octobre 1391. Anselme, t. III, p. 349.

[91] Jean de Grailly, III du nom, captal de Buch, fils de Jean de

Grailly, II du nom, et de Blanche de Foix, cousin germain, par

sa mère, de Gaston Phœbus (Anselme, t. III, p. 370). Le comte

de Foix et le captal étaient tous les deux attachés au parti de

l’Angleterre (Rymer, vol. III, p. 278, 305). Le captal s’était

distingué à Poitiers; mais la trêve conclue à Bordeaux le 23 mars

1357, avait fait aux partisans ou alliés de l’Angleterre des

loisirs que le comte et le captal employaient, selon la mode du

temps, à guerroyer contre les païens de la Prusse.

Peu après l’attaque du marché de Meaux, le régent, duc de Normandie,

vient avec une armée de trois mille lances assiéger Paris du côté de la

porte Saint-Antoine[92]; le duc se tient tantôt au pont de Charenton,

tantôt à Saint-Maur-des-Fossés. Maître du cours de la Marne et du

cours de la Seine, il empêche tous vivres d’entrer à Paris, et ses

gens d’armes brûlent et saccagent tous les villages des environs.--Le

prévôt des marchands s’attache de plus en plus au roi de Navarre[93]

dont il a besoin et prend à la solde de la commune des soudoyers

anglo-navarrais; mais déjà il se forme secrètement dans Paris tout un

parti, dont Jean et Simon Maillart sont les chefs, qui désire faire la

paix avec le régent.--Le roi de Navarre, trop clairvoyant pour que les

agissements et les progrès de ce parti lui échappent, quitte Paris et

vient tenir garnison au bourg de Saint-Denis[94] dont ses gens d’armes

pillent et ravagent les environs. P. 106 à 108, 327 à 329.

[92] Le régent, après avoir séjourné à Sens du samedi 9 au

vendredi 15 juin, quitta cette ville dans la journée du 15

pour aller à Provins, d’où il se rendit à Château-Thierry, à

la Ferté-Milon, à Gandelu (Aisne, arr. Château-Thierry, c.

Neuilly-Saint-Front) et aux environs de Meaux, pour faire la

chasse aux Jacques et les anéantir (JJ86, nº 146; _Gr. Chron._,

t. VI, p. 117, 119). Il était en marche pour venir assiéger Paris

et datait un acte _en nostre ost de Chelles_ (Seine-et-Marne,

arr. Meaux, c. Lagny) le 23 juin (JJ86, nºs 139, 140; _Gr.

Chron._, t. VI, p. 119); il arriva au pont de Charenton le jeudi

28 juin (JJ90, nº 436), et son armée, forte de trente mille

chevaux, était campée le lendemain 29 entre ce pont et le bois de

Vincennes (_Gr. Chron._, p. 119; _Mém. de la Sorbonne_, 1869, p.

237).

[93] Le roi de Navarre vint à Paris et fut élu capitaine de cette

ville le vendredi 15 juin (_Gr. Chron._, t. VI, p. 115 et 116).

[94] Le roi de Navarre, qui était parti de Paris le vendredi 22

juin pour faire une tentative contre Senlis (_Gr. Chron._, p.

118; JJ86, nº 460), s’établit à Saint-Denis au retour de cette

expédition dans les derniers jours de juin (_Gr. Chron._, p. 119,

120).

Un accord intervient entre le régent et le roi de Navarre[95]. Le

régent promet de faire grâce aux Parisiens à condition qu’on lui

livrera le prévôt des marchands et douze des principaux rebelles,

et il va rejoindre à Meaux la duchesse sa femme. L’archevêque de

Sens et l’évêque d’Auxerre le prient de venir à Paris, mais il

refuse de rentrer dans cette ville tant qu’on ne lui aura pas donné

satisfaction.--En dépit de l’accord conclu avec le régent, le roi de

Navarre continue sous main de prêter son appui aux rebelles; un jour,

il y a rixe sanglante[96] entre les soudoyers anglo-navarrais aux gages

de la commune, dont beaucoup sont restés à Paris même après le départ

du roi de Navarre pour Saint-Denis et son accord avec le régent, et les

habitants qui massacrent un certain nombre de ces soudoyers et font

enfermer les autres en prison au Louvre. Au grand mécontentement des

bourgeois, Marcel met en liberté ces prisonniers[97] qui vont rejoindre

à Saint-Denis leurs compagnons et qui, pour se venger, font à partir

de ce moment une guerre incessante aux Parisiens. P. 109 à 112, 329 à

331.

[95] Par l’entremise de la reine Jeanne d’Évreux, veuve de

Charles IV, dit le Bel, roi de France et de Navarre, dont elle

avait été la troisième femme et tante de Charles le Mauvais,

des conférences se tinrent pour la paix, l’une le dimanche 8

juillet, près de Saint-Antoine; l’autre fut entamée le samedi

14 du même mois et terminée par un accord le jeudi 19, sur un

pont de bateaux que le régent avait fait construire entre les

Carrières près Charenton où il était logé et Vitry (_Gr. Chron._,

t. VI, p. 120 à 127; _Mém. de la Sorbonne_, 1869, p. 237 à 239).

Marcel, à qui cet accord enlevait sa dernière espérance, adressa

alors aux communes de Picardie et de Flandre la fameuse lettre

en date du 11 juillet, que M. Kervyn de Lettenhove a publiée le

premier d’après l’original conservé aux Archives d’Ypres. Voy.

l’édition des Chroniques de Froissart publiée sous les auspices

de l’Académie de Belgique, t. VI, p. 466 à 472.

[96] Cette rixe eut lieu le samedi 21 juillet. Voy. _Gr. Chron._,

t. VI, p. 128 et 129.

[97] Marcel fit mettre en liberté ces prisonniers le vendredi 27

juillet, et cette mesure acheva de le ruiner dans l’esprit des

Parisiens. _Ibid._, p. 131.

Les Parisiens, au nombre de deux mille deux cents, font une

expédition[98] contre la garnison anglaise[99] de Saint-Cloud; ils se

forment en deux colonnes dont la première, sous les ordres d’Étienne

Marcel, rentre d’assez bonne heure à Paris par la porte Saint-Martin

sans avoir rencontré l’ennemi. La seconde colonne bat la campagne

jusque fort tard dans l’après-midi, et lorsqu’elle reprend dans le plus

grand désordre la route de la porte Saint-Honoré, elle est surprise au

fond d’un chemin creux par quatre cents Anglais qui tuent plus de sept

cents bourgeois. Le lendemain encore, les Anglais massacrent plus de

cent vingt Parisiens qui sont venus avec des charettes sur le théâtre

du combat pour emporter les restes de leurs parents ou amis morts

afin de les ensevelir.--On comprend tout ce qu’un tel échec attire

d’impopularité sur la personne et le parti du prévôt des marchands;

aussi la mésaventure des bourgeois vient-elle à point pour le régent,

sans déplaire au roi de Navarre, qui a toujours sur le cœur le massacre

de ses gens d’armes. A Paris, le nombre des mécontents va sans cesse

croissant, et l’on commence à se plaindre tout haut de l’état des

choses. P. 112 à 114, 331 à 333.

[98] Cette expédition se fit dans l’après-midi du dimanche

22 juillet, le lendemain du massacre des gens d’armes

anglo-navarrais; le roi de Navarre y prit part bien à

contre-cœur: il conduisait avec Marcel la colonne qui sortit

par la porte Saint-Denis, et fit semblant d’opérer du côté de

Montmartre.

[99] «Par un raffinement de perfidie, dit M. Perrens (_Étienne

Marcel_, 1860, p. 299), on affectait de nommer ces mercenaires

Anglais.»--Et plus loin (p. 300): «L’idée vint aux ennemis du

prévôt d’appeler Anglais des hommes d’armes qui ne l’étaient

pas.» Cette assertion est démentie, non-seulement par les

chroniques contemporaines, mais encore ce qui est plus grave, par

plusieurs actes du temps. Il est certain que des gens d’armes,

Anglais de nation, comme leurs noms l’attestent, tenaient

garnison à Creil et à Saint-Cloud dès le mois de juillet 1358.

Par acte donné à Paris le 1er septembre 1358, Charles régent

accorda des lettres de rémission à Jean de Lens, chirurgien

clerc, qui, ayant tué à Saint-Denis un soudoyer navarrais nommé

Jacquemin Vincent, aurait été mis à mort si un écuyer anglais

de la garnison de Saint-Cloud, nommé Charues Sefelc, que Jean

de Lens avait en cure, n’avait demandé au roi de Navarre le dit

chirurgien pour en faire sa volonté, et ne l’avait emmené avec

lui à Saint-Cloud, «et là trouva nostre amé et feal chevalier

et mareschal Rigaut de Fontaines, qui prison estoit d’un des

Anglois qui au dit lieu estoient en garnison, et lequel encharga

secretement au dit cirurgien à venir par devers nous pour nous

venir dire certaines nouvelles du couvine de noz ennemiz, lequel

y vint et nous trouva à Meaulz, où nous estions....» JJ86, nº

389.--Vers le 13 juillet 1358, Guillaume Chipay, Henry Houst et

Jean Travers, tous Anglais de la garnison de Creil, occupèrent

Poissy et prirent d’assaut la forteresse d’Argenteuil. JJ90, nº

351.

Étienne Marcel et ses principaux partisans, voyant que le régent

ne veut à aucun prix leur faire grâce, trament secrètement une

conspiration pour livrer Paris, à l’insu et contre la volonté de ses

habitants, au roi de Navarre.--La nuit même que ce complot doit être

mis à exécution, les deux frères Jean et Simon Maillart[100], à la tête

d’un certain nombre de bourgeois qui étaient toujours restés fidèles

au régent, entrent en lutte ouverte contre le prévôt des marchands et

le tuent un peu avant minuit à la porte Saint-Antoine avec six de ses

partisans dont soixante sont arrêtés et mis en prison. Le lendemain,

Jean Maillart réunit les Parisiens aux halles et leur rend compte de

ce qui s’est passé. Après avoir jugé sommairement et fait exécuter les

rebelles les plus compromis, on députe Simon Maillart et deux maîtres

du Parlement vers le duc de Normandie, qui se tient à Charenton[101].

Le régent, ayant à ses côtés Jean Maillart, fait son entrée dans Paris

aux applaudissements du peuple et descend au Louvre, puis il se rend à

l’hôtel Saint-Pol où la duchesse de Normandie, qui était à Meaux, vient

bientôt le rejoindre. P. 115 à 118, 334 à 339.

[100] La seconde rédaction, représentée par le manuscrit d’Amiens

(p. 334), ne nomme que Jean Maillart, qui est aussi seul cité

par Jean le Bel (_Chroniques_, t. II, p. 229). Les mss. A 8, 9,

15 à 17, 20 à 22 (p. 337, 338) substituent Pepin des Essarts

et Jean de Charny comme chefs du parti du régent à Jean et à

Simon Maillart, tout en faisant jouer un rôle très-notable à

Jean Maillart dans le mouvement populaire qui amena la chute

et la mort de Marcel. Dans un mémoire lu le 28 avril 1778, en

séance publique de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres,

Dacier s’était efforcé de prouver que la gloire de la révolution

du 31 juillet 1358 est due, non à Jean Maillart, mais aux

deux chevaliers Pepin des Essarts et Jean de Charny (_Mém. de

l’Académie des Inscriptions_, t. XLIII, p. 563). M. Lacabane

entreprit, en 1840, de réfuter Dacier (_Bibl. de l’École des

Chartes_, t. I, p. 79 à 98). La conclusion de son très-savant

travail est qu’à Jean Maillart et au peuple de Paris revient la

principale part dans la révolution du 31 juillet 1358, et que

Pepin des Essarts n’y a joué qu’un rôle secondaire (p. 97). M.

Lacabane a tout à fait raison contre Dacier en ce qui concerne

Jean de Charny; mais nous croyons que Pepin des Essarts, comme

chef du parti jusque-là plus ou moins occulte du régent, et

Jean Maillart, en se ralliant à ce parti avec éclat et en y

entraînant ses amis après avoir été l’un des principaux adhérents

de Marcel, jouèrent l’un et l’autre un rôle bien distinct, mais

également marquant, également actif dans la révolution du 31

juillet 1358. Sur cette question, aucun témoignage ne saurait

égaler l’autorité des Grandes Chroniques de France écrites sous

l’inspiration de Charles V lui-même; or, les Grandes Chroniques

(t. VI, p. 132) reconnaissent l’initiative distincte de Jean

Maillart et de Pepin des Essarts, et placent ces deux personnages

sur la même ligne. Ainsi fait le régent au lendemain même de

la révolution du 31 juillet, lorsqu’il accorde des lettres de

rémission en août 1358 à Hennequin le Flamand (JJ76, nº 196),

à Nicolas le Flamand (JJ86, nº 209), «present _messire Pepin

des Essars, Jehan Maillart_ et plusieurs autres,» à Pierre de

Lagny (JJ86, nº 206), «pour contemplacion de nos amez et feaulx

chevalier et conseillier _messire Pepin des Essars et Jehan

Maillart_», lorsqu’il avait donné avant le 28 février 1359 (n.

st.) les maisons de Robin du Castel sises à Paris «à messire

Jehan de la Rivière, à _messire Pepin des Essars_, chevaliers,

_nos chambellans_, et à Martin des Essars, escuier de cuisine du

roy» (JJ90, nº 49), lorsqu’il donne en août 1358 tous les biens

confisqués de Guillaume Lefèvre à son amé et féal Jacquet des

Essars, son huissier d’armes, «pour contemplacion de nostre amé

et feal _messire Pepin des Essars_, chevalier». JJ86, nº 197. Que

devient en présence de ces textes l’assertion suivante (p. 91)

de M. Lacabane: «Si la part que Pepin des Essars prit à cette

révolution était aussi grande que le prétend M. Dacier, _n’en

eût-il pas été récompensé par le régent_, et ne trouverions-nous

pas encore aujourd’hui dans le Trésor des Chartes ou dans les

autres collections du temps quelque pièce émanée de ce prince

et qui nous ferait connaître les motifs et la nature même de

cette récompense? _Or, toutes mes recherches à ce sujet ont été

infructueuses, et je puis presque affirmer qu’aucun témoignage

de ce genre n’a jamais existé_ NI POUR LUI ni surtout pour le

chevalier Jean de Charny....»--Que dire à plus forte raison de

ces phrases de M. Kervyn de Lettenhove: «Où retrouver messire

Pepin des Essarts, si ce n’est dans Philippe des Essarts? Le

prénom de Pepin était-il une abréviation de celui de Philippe?

N’y a-t-il ici qu’un sobriquet que sa petite taille aurait

expliqué? Froissart parle ailleurs de messire Pepin de Werre.

Ne s’appelait-il pas aussi Philippe?» _Œuvres de Froissart,

Chroniques_, Introduction, IIe et IIIe parties (1873), p. 95.

[101] Froissart attribue la révolution du 31 juillet à

_l’inspiration divine_ (p. 115, 334, 337); le rédacteur des

Grandes Chroniques (t. VI, p. 131), «à Dieu qui tout voit, qui

vouloit la dite ville sauver.» Dans ce dernier ouvrage, dont le

témoignage a une importance exceptionnelle, comme aussi dans une

lettre confidentielle du régent au comte de Savoie, dont il sera

question plus loin, on ne dit ou on ne laisse entendre nulle

part que cette révolution eût été concertée à l’avance entre le

régent et Jean Maillart et Pepin des Essarts qui s’en firent

les chefs. Quelques jours seulement avant le 31 juillet, le duc

de Normandie traitait encore Jean Maillart comme un rebelle et

confisquait ses biens qu’il donnait au comte de Porcien (JJ86, nº

151). Si, comme on l’a prétendu, cet acte n’était qu’une fiction,

si la révolution qui renversa Marcel avait été concertée entre

ses chefs et le régent, n’est-il pas évident que celui-ci aurait

dû se tenir le plus près possible du théâtre des événements pour

en profiter? Eh bien! le duc de Normandie fit tout le contraire.

Dès le vendredi 20 juillet, il leva son camp du pont de Charenton

pour aller au Val-la-Comtesse; et le lendemain de la mort de

Marcel, c’est-à-dire le mercredi 1er août, il n’était pas au pont

de Charenton, comme Froissart le dit par erreur, mais à Meaux

d’où il a daté plusieurs actes (JJ86, nº 192; JJ90, nº 107).

Dans la lettre qu’il adressa le vendredi 31 août 1358 à Amé VI,

comte de Savoie, son beau-frère (Amé, surnommé _le Vert_, avait

épousé en août 1355 Bonne de Bourbon, sœur de Jeanne de Bourbon,

duchesse de Normandie), dans cette lettre, dis-je, publiée pour

la première fois par M. Combes (_Mémoires lus à la Sorbonne par

divers savants_, année 1869, p. 236 à 242), le régent affirme

aussi qu’il était à Meaux le jour où s’accomplit la révolution

qui renversa Marcel: «Et tantost après la dite delivrance (des

gens d’armes anglais mis en prison par les bourgeois de Paris),

_nous estans toujours à Meaulx_, fu traictié entre le dit roy

(de Navarre), le dit prevost des marchans et autres traitres

que, le mardi au soir dernier jour de juillet dernier passé (31

juillet), icelli roy et les dis Anglois entreroient en la dite

ville par nuit.... Et, ces choses faites, le dit peuple et nos

bons amis et subgiés de Paris _envoièrent par devers nous_ A

MEAULX». Le régent ne fit son entrée à Paris que le jeudi 2 août

(JJ86, nº 431; _Gr. Chron._, t. VI., p. 134). V. _Bibliothèque

de l’École des Chartes_, t. XVIII (1856-1857), p. 415 à 426; t.

XXI (1859-1860), p. 73 à 92, 241 à 282; _Revue critique_, nº du 2

août 1873, p. 82 à 87.

Chroniques de J. Froissart, tome 05/13 · 第 11 / 50 题