CHAPEAUX DE BOIS.

Les chapeaux en bois se font de deux manières: par la première on

opère avec des tresses faites avec des brins de bois plus ou moins

fins, et à l'instar de ceux de paille: une qualité de ces chapeaux

193 est connue sous le nom de _paille de riz_; la seconde se pratique

au moyen d'un tissage très fin, comme pour les paniers et les

chapeaux grossiers de sparterie. On emploie à cette fabrication les

bois blancs, sans noeuds, très lians et très souples, au moment où

ils viennent d'être coupés. On donne la préférence aux bois

d'osier, de peuplier, de saule, de tilleul, etc. Le procédé

consiste à les diviser en lames très minces à l'instar des balais

de saule qui nous sont annuellement portés par les Alsaciennes. On

connaît plusieurs procédés, celui qui nous a paru le plus simple et

le meilleur consiste en une sorte de varlope à deux fers, dont l'un

est à dents tranchantes dans le sens vertical; celui-ci est suivi

de l'autre fer qui est ordinaire: par cette disposition le copeau

que celui-ci enlève est divisé en autant de lames ou filets, plus

un, que le premier a de dents. Il est bon d'ajouter qu'afin que

chaque dent repasse toujours au même endroit, la varlope doit

constamment glisser entre deux guides.

On peut teindre ces brins de bois comme la paille; le procédé ne

diffère en rien. Si l'on veut les obtenir blancs, on trempe ces

brins ou les chapeaux faits dans une eau de savon froide, contenant

un peu de solution d'indigo, et on les étend pendant quelques jours

dans une prairie, en ayant soin dès qu'ils commencent à se sécher

de les arroser avec de l'eau pure.

_Chapeaux d'osier._

On cultive trois espèces principales d'osier en France:

1º L'osier rouge, _salix purpurea_. LIN.

2º L'osier jaune, _salix vitellina_.

3º L'osier blanc, _salix viminalis_.

L'osier rouge a les rameaux plus lians que ceux des deux autres,

mais il acquiert moins de longueur et de grosseur; le jaune est un

peu moins liant, mais ses rameaux sont un peu plus longs et plus

194 gros; enfin le blanc est encore plus gros, plus long et moins

liant. Il paraîtrait d'après cela que l'osier rouge mériterait la

préférence pour la confection des chapeaux.

_Chapeaux de bois de_ BERNARDIÈRE.

M. Achille de Bernardière, par suite de ses études particulières,

est parvenu à fabriquer de très beaux chapeaux et schakos en osier

teint. Pour la division des brins d'osier, il fait usage de la

machine que les Anglais emploient pour celle des brins de paille,

et qu'ils nomment _bric-à-brac_. Cette machine ou instrument[54]

est un cylindre en ivoire, en fer ou en acier, de 5 à 6 millimètres

de diamètre, de 55 à 60 de longueur, qui se trouve surmonté d'un

cône de 5 millimètres de hauteur. Lorsqu'on se propose de tirer

douze brins d'une paille, on divise la base du cône en douze

parties égales, et au moyen d'une lime triangulaire on enfonce la

division jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la pointe du cône, mais

sans la dépasser est évident que le cône doit présenter douze

arêtes égales et tranchantes. Quand on veut diviser la paille, on

présente la pointe du cône dans son tuyau, et l'on pousse

l'instrument qui tranche la paille en douze brins égaux. Les

_bric-à-brac_ ont depuis trois jusqu'à quarante divisions, suivant

la finesse qu'on veut donner aux brins de paille et la grosseur de

celle-ci.

[Note 54: Voyez Dictionnaire technologique.]

M. de Bernardière, au moyen d'un instrument qui diffère peu du

_bric-à-brac_, réduit l'osier en lames très minces, qu'il rend bien

plus minces et plus étroites encore en les faisant passer dans des

sortes de filières tranchantes et si serrées que ces lanières

d'osier ont à peine un demi-millimètre de largeur; c'est ce qui

constitue, pour ainsi dire, la trame de l'étoffe. La chaîne ou

195 charpente, ajoute M. L., est partie en osier, partie en baleine;

c'est-à-dire alternativement deux brins d'osier et un brin de

baleine, approprié à cet effet comme l'osier.

Ces chapeaux sont ensuite teints, comme ceux de paille; ils ne

doivent pas être confondus avec les suivans. Nous allons joindre

ici le rapport qui a été fait à ce sujet par M. Bouriat à la

Société d'encouragement pour l'industrie nationale.

_Rapport fait_ par M. BOURIAT, _au nom du comité des arts

économiques, sur les chapeaux d'osier de _M. de BERNARDIÈRE.

Le conseil a chargé son comité des arts économiques de visiter la

manufacture de chapeaux d'osier de M. de Bernardière, située dans

la maison de correction de Poissy, et de lui rendre compte des

produits de cette manufacture. Le comité, ne pouvant point se

transporter en masse à cette distance, m'a chargé d'aller prendre

tous les renseignemens qu'il désirait, et de lui en faire part

avant de vous soumettre son opinion sur ce nouveau genre

d'industrie. J'ai visité cet atelier et plusieurs autres qui

existent dans la même maison. J'aurai l'honneur de vous en donner

un aperçu, après avoir parlé de celui de M. de Bernardière, qui

fait l'objet principal de ce rapport.

J'ai suivi dans les moindres détails les travaux qui s'y exécutent;

j'ai vu que les mains les plus inhabiles pouvaient préparer l'osier

qui sert à la confection des chapeaux. D'abord cet osier, fendu en

cinq ou six, suivant la grosseur du brin, est aminci par des

espèces de filières tranchantes à travers lesquelles on le fait

passer, et qui sont graduées de manière à ce que l'ouverture de la

dernière ne peut plus laisser passer qu'une lanière très mince et

étroite. Ce sont ces lanières qui, suivant leur degré d'épaisseur,

196 forment la trame ou la chaîne, car on peut se passer de baleine

effilée pour soutenir le corps du chapeau, dont le tissu est fait

par des mains plus habiles que les premières. Ces chapeaux,

confectionnés, sont portés à la teinture pour recevoir diverses

couleurs, suivant le goût du marchand qui les achète. Ce n'est pas

sans difficulté qu'on fixe la couleur sur l'osier; aussi cette

partie de la fabrique mérite-t-elle encore quelques recherches de

la part de M. de Bernardière et des teinturiers.

La solidité de ces chapeaux est bien supérieure à ceux faits avec

la paille; aussi M. de Bernardière a-t-il eu l'intention de

fabriquer pour les troupes légères, et en temps de paix, des

schakos d'osier, beaucoup plus légers que ceux de feutre. Je remets

sur le bureau un échantillon de ces schakos, teint en noir, et

revêtu d'une plaque pour désigner le régiment.

Le prix de ces chapeaux, quoique inférieur à ceux de feutre, n'a

pas paru à votre comité dans les proportions qu'on pouvait désirer;

aussi a-t-il conseillé à M. de Bernardière d'employer des moyens

mécaniques pour amincir l'osier. Si, comme nous n'en doutons pas,

il peut parvenir à se passer de bras pour cette préparation, la

plus longue et la plus dispendieuse, il pourra diminuer

sensiblement le prix de ses chapeaux.

Votre comité a vu, dans ce genre d'industrie, un objet assez

intéressant, puisqu'il tend à diminuer considérablement l'emploi du

poil de lièvre qu'on tire de l'étranger, pour faire les légers

chapeaux de feutre que les personnes riches portent pendant l'été.

Déjà M. de Bernardière a fabriqué cette année une grande quantité

de chapeaux d'osier; mais il n'a pu, malgré son zèle, fournir qu'à

une partie des commandes qui lui ont été faites. Il va travailler

sans relâche cet hiver pour être à même de satisfaire l'été

prochain tous les demandeurs.

Après vous avoir fait connaître la fabrique de M. de Bernardière,

197 vous n'apprendrez peut-être pas sans intérêt l'activité qui règne

dans la maison de correction de Poissy, et les avantages qu'en

retirent la maison et les ouvriers. Chaque détenu y trouve un genre

d'occupation suivant ses facultés morales et physiques: l'enfant

comme le vieillard se livrent à un travail doux et facile. Pour

cela, on a établi des ateliers de diverses espèces; on y compte

ceux de tisserand, de bijoutier, de passementier, d'ébéniste, de

fabricant de cardes, de cordonnier, de tailleur, enfin une filature

de colon et la fabrique de chapeaux dont je viens de vous

entretenir. C'est avec de pareilles occupations qu'on est souvent

parvenu à changer ou modifier le penchant de plusieurs criminels

qui auraient peut-être passé le temps de leur détention à méditer

les projets les plus sinistres s'ils fussent demeurés dans

l'oisiveté.

Ces résultats sont dus au zèle et à la capacité de M. Poizel,

directeur de l'établissement, qui a trouvé un excellent auxiliaire

dans M. Picard, entrepreneur des travaux de la maison.

Le tarif des prix à accorder aux détenus est arrêté chaque année

par M. le Préfet du département de Seine-et-Oise. Ce salaire se

divise en trois parties: l'une pour l'entretien de la maison,

l'autre distribuée aux ouvriers tous les samedis, et la troisième

est mise en réserve pour leur être donnée à leur sortie. Il en est

déjà beaucoup qui ont reçu 300 fr. au moment de leur libération,

malgré le peu de temps que ce régime est établi, car il ne l'a été

qu'au mois de mars 1821. le produit des ouvrages confectionnés

pendant les douze premiers mois a été de 48,000 fr., et cette

année, comme le nombre des détenus a augmenté, M. le directeur

pense qu'il ne sera pas au-dessous de 80,000 fr.

Je reviens maintenant à la fabrique de M. de Bernardière, sur

laquelle votre comité a pris tous les renseignemens convenables. Il

vous propose, par mon organe, de remercier ce fabricant de la

198 communication qu'il vous a faite de son nouveau genre d'industrie,

et de tous les procédés qu'il emploie dans sa manufacture, digne

d'être connue du public par la voie du Bulletin.

Adopté en séance, le 21 août 1822.

_Signé_ BOURIAT, _rapporteur_.

A ce rapport nous allons joindre celui qui fut fait sur les

chapeaux de madame veuve Reyne.

_Rapport fait_ par M. SILVESTRE, _au nom des comités d'agriculture

et des arts mécaniques réunis, sur la manufacture de chapeaux de

paille et l'instar de ceux d'Italie, établi_ par madame veuve

REYNE, à Valence, département de la Drôme.

Messieurs, le 28 novembre dernier, vos comités des arts mécaniques

et d'agriculture réunis ont obtenu votre approbation pour un

rapport provisoire qu'ils ont eu l'honneur de vous présenter,

concernant les demandes que madame veuve Reyne vous avait

adressées, à l'occasion de sa fabrique de chapeaux de paille

d'Italie, établie en ce moment à Valence, département de la Drôme.

Vos commissaires ont dès lors rendu justice au zèle de madame

Reyne, qui, après avoir étudié avec soin, en Italie, les procédés

de production des matières premières et ceux de leur fabrication,

avait importé en France un genre d'industrie qui n'avait pu y être

encore naturalisé avant elle; ils avaient aussi exprimé le regret

que le défaut de plusieurs documens essentiels les empêchât

d'émetttre une opinion définitive sur le succès d'une semblable

entreprise; ils espéraient obtenir de nouveaux renseignemens

importans, et de la correspondance dès long-temps suivie au

ministère de l'intérieur, à ce sujet, et de celle qui pourrait

ultérieurement être entretenue avec madame Reyne elle-même.

199

Le ministre a bien voulu vous confier le dossier qui concerne cette

affaire. Madame Reyne a répondu à plusieurs de vos demandes, elle

exprime surtout le désir que le rapport vous soit promptement

soumis; en conséquence nous allons mettre sous vos yeux les

résultats des principaux documens que nous avons recueillis.

Mais avant de nous occuper de cet exposé, et pour ne plus ensuite

détourner votre attention de ce qui concerne spécialement madame

Reyne, nous croyons devoir placer ici quelques considérations

générales sur l'importance et sur la difficulté d'une semblable

entreprise; sur sa nouveauté et sur la probabilité du succès.

L'importance d'une fabrique de chapeaux de paille d'Italie est

assez notable pour notre commerce; elle aurait pour objet de nous

affranchir de l'exportation annuelle de la valeur d'un million et

demi environ, que nous donnons à la seule Italie pour l'acquisition

des objets de ce genre: il est vrai que cette soulte ne s'opère pas

en numéraire. En échange des chapeaux de paille et des autres

objets que nous procure l'Italie, nous fournissons des draps, des

vins, de la mercerie, des bijoux, de la porcelaine, des livres, des

modes, etc., etc., etc.; et il est à remarquer que les tableaux

dressés officiellement pour la balance du commerce établissent, en

notre faveur, un bénéfice annuel de plus de huit millions sur les

échanges réciproques. Quoi qu'il en soit; ces bases ne sont pas

immuables, l'industrie étrangère cherche toujours à se les rendre

plus favorables, et nous devons sans doute accueillir avec intérêt

tout ce qui peut tendre; soit à consolider nos avantages, soit à

trouver chez nous-mêmes ce que notre sol et notre industrie peuvent

fournir (à prix égal à ceux de l'étranger) aux consommateurs.

Cette dernière considération nous ramène à la fabrique de madame

Reyne et aux circonstances qui ont précédé son entreprise; la

200 correspondance du ministre de l'intérieur nous fournit à cet égard

d'utiles documens. Il paraît que des tentatives pareilles à la

sienne ont été faites; que des brevets d'invention semblables au

sien ont été délivrés. Vous connaissez trop bien, messieurs, le

principe de ces brevets pour être étonnés de notre assertion: le

brevet ne prouve nullement que le possesseur ait inventé ou qu'il

ait importé, mais il prouve seulement qu'à une époque déterminée il

a déclaré qu'il avait inventé ou importé, sauf à lui à prouver s'il

y a lieu, et devant qui de droit, la réalité de ses assertions ou

l'antériorité de sa demande.

Quelques essais ont donc été faits avant madame Reyne pour

fabriquer en France des chapeaux de paille d'Italie; il est à la

connaissance des marchands d'objets de ce genre, à Paris, que

plusieurs de ces essais ont été infructueux. En 1814, un brevet

d'importation a été gratuitement délivré à M. Bastier, qui se

proposait d'élever une fabrique du même genre que celle de madame

Reyne.

Vers 1815, M. Pierre Couyère a établi à Sainte-Melaine, département

du Calvados, une fabrique de chapeaux de paille à l'instar de ceux

d'Italie, avec des tiges de graminées indigènes. Il paraît que

c'est le _phleum pratense_ qu'il employait à cet usage. Il a obtenu

en 1819 un brevet d'invention pour dix ans; il correspond avec une

fabrique de couture et d'apprêt établie à Paris par son frère et

qui fournit au commerce pour plus de 40,000 fr. par année. Dès

1808, M. de Bernardière avait aussi obtenu un brevet de cinq ans

pour la fabrication de chapeaux semblables à ceux d'Italie, avec

les tiges des céréales indigènes; il parait que c'était aussi le

_phleum pratense_ qu'il employait le plus ordinairement.

Mais une entreprise plus semblable encore à celle de madame Reyne a

lieu depuis trois ans dans le département de la Haute-Garonne, et

par les soins des directeurs des hospices de Toulouse; on y emploie

la paille du même blé qui sert à cet usage en Toscane, et qui est

201 cultivé avec succès aux environs de Toulouse. La fabrique y a un

avantage d'autant plus assuré, que son excellence le ministre de

l'intérieur a bien voulu envoyer aux hospices une des machines à

apprêter inventées par M. Meigné et mentionnées dans le n° CXCIX,

page 6, de vos Bulletins 1821. Cette machine sert à donner, sans

inconvénient pour la santé des ouvriers, l'apprêt convenable à cent

vingt-six chapeaux par jour, tandis que les hommes qui faisaient ce

travail pénible à la main ne pouvaient en apprêter que dix-huit.

On peut ajouter que tous les détails sur la culture du blé qui

fournit la paille propre à ce travail et les procédés qui

concernent l'art de préparer cette paille et de fabriquer les

chapeaux, ont été décrits avec détail en vers italiens, par M.

Lastri, Toscan. Enfin, dès 1805, M. le comte de Lasteyrie avait

rapporté d'Italie la graine de blé qui sert à y fabriquer les

chapeaux de paille: cette graine a depuis été cultivée tous les ans

au Jardin du roi par les soins de M. Thouin. M. Yvart avait aussi,

en 1812, rapporté d'Italie des graines de cette céréale, et les

avait cultivées avec succès. On connaissait donc depuis long-temps

la substance première et tous les moyens de la mettre en oeuvre;

mais un obstacle, qui tient à la nature de ce travail, s'est

toujours opposé à de bien grands succès. Cet obstacle se présente

de même pour tous les travaux qui ne sont pas susceptibles de

l'emploi des machines, et qu'on doit faire à bras dans les pays où

la main-d'oeuvre est plus élevée que dans les lieux où la fabrique

est originaire. C'est sur les moyens d'égaliser ce prix du premier

travail manuel que nous aurions désiré avoir plus de renseignemens

positifs pour pouvoir apprécier la probabilité des succès dont

madame Reyne conçoit l'espérance.

Ce fut vers la fin de 1817 que madame Reyne revint de Florence;

pendant les trois années de séjour qu'elle avait fait dans cette

202 ville, elle y avait formé le projet d'établir en France une

fabrique de chapeaux de paille d'Italie; elle avait étudié avec

soin tous les procédés de culture du blé qui fournit la paille

propre à ce travail, et ceux de sa préparation et de son emploi

dans cette fabrication.

Elle s'établit d'abord dans la ville de Bourg Saint-Andéol,

département de l'Ardèche; alors elle avait encore son mari qui la

secondait dans son travail: ils s'adressèrent pour la première fois

au ministre de l'intérieur, en février 1818; ils annonçaient alors

avoir dans leurs ateliers trente jeunes personnes qui s'occupaient

à confectionner des chapeaux de paille, égaux en qualité à ceux

d'Italie. Ils exposaient qu'ils avaient semé en France des grains

de blé dit marzole, qu'ils avaient rapportés d'Italie; que ces

grains y avaient bien réussi, et que d'ailleurs ils avaient trouvé

en France même des céréales dont la tige avait la même propriété.

Ils espéraient pouvoir fournir, sous peu de temps, la quantité de

chapeaux nécessaire pour la consommation du royaume, et ils

demandaient la délivrance gratuite d'un brevet d'importation: le

préfet de l'Ardèche appuyait leur pétition. Le ministre demanda des

renseignemens et des échantillons qui lui furent adressés; alors il

consulta le comité consultatif des arts et manufactures, ce comité

fut d'avis que M. et madame Reyne mériteraient d'être encouragés,

lorsqu'il aurait été constaté que leur manufacture fournissait au

commerce des chapeaux de paille de même qualité et finesse que ceux

d'Italie. Il ajournait à cette époque le jugement à porter sur le

degré d'intérêt que le gouvernement devait prendre à leurs travaux.

En conséquence le ministre refusa d'accorder gratuitement le brevet

demandé; mais il laissa l'espérance qu'il pourrait encourager les

efforts de ces manufacturiers, lorsqu'il serait constant qu'ils

auraient fourni au commerce des chapeaux de paille de même qualité

que ceux d'Italie.

Il se passa environ quinze mois entre cette décision et les

203 nouvelles demandes qui furent faites. En février 1820, madame Reyne

écrivit au ministre qu'elle avait perdu son mari, et transporté sa

manufacture à Valence, département de la Drôme; elle annonçait

alors que sa fabrique fournissait au commerce, et en assez grande

quantité, des chapeaux de paille de même qualité et finesse que

ceux qui viennent d'Italie. Cette pétition était appuyée par le

maire de Valence, qui regrettait de n'avoir pu donner qu'un faible

encouragement, et par le préfet de la Drôme, qui sollicitait des

secours pour madame Reyne. Le ministre accorda 600 francs, et

demanda au préfet des renseignemens sur l'activité de

l'établissement, le nombre des ouvrières employées, la quantité de

chapeaux livrés annuellement au commerce, et leur prix comparé avec

celui des chapeaux analogues venant d'Italie; enfin quelle serait

la somme nécessaire pour donner aux travaux toute l'extension

convenable. Le préfet répondit à ces questions que la fabrique

occupait soixante-dix ouvrières, qu'elle pouvait fournir

annuellement huit cents à mille chapeaux, que le prix de ces

chapeaux était à peu près le même que ceux d'Italie, qu'ils

égalaient en qualité; il annonçait aussi que ces prix baisseraient

d'un sixième si madame Reyne avait des fonds suffisans pour monter

son établissement; il demandait pour elle une somme de 12,000 fr.

Le 12 avril 1820, le ministre consentit à accorder 2,400 fr. pour

être employés à donner plus d'étendue aux travaux de madame Reyne.

Il paraît qu'en effet une partie de cette somme a servi à

l'acquisition d'une presse pour l'apprêtage des chapeaux de paille.

Mais bientôt après madame Reyne éprouva de nouveaux besoins; elle

s'adressa à vous, messieurs, par une lettre qui était appuyée par

le préfet de la Drôme et par le maire de Valence, et qui, renvoyée

à l'examen de vos comités des arts mécaniques et d'agriculture, a

été l'objet du rapport provisoire qui vous a été présenté le 28

204 novembre dernier, et d'après lequel, suivant vos intentions, vos

comités ont dû s'occuper de recherches et de vérifications

nouvelles.

Deux ordres de renseignemens principaux nous sont parvenus depuis

cette époque. Les uns ont été puisés dans un dossier volumineux,

relatif à cette affaire, qui vous a été communiqué par son

excellence le ministre de l'intérieur et dont nous venons de vous

présenter l'analyse; les autres proviennent de la correspondance

directe que nous avons entretenue avec madame Reyne ou avec son

commettant à Paris. Nous ne pouvons présenter ces derniers que

comme de simples assertions, le mémoire principal qui en fait

partie n'ayant été vu que par le maire de Valence, comme certifiant

que la fabrication des chapeaux envoyés avait eu lieu dans ladite

ville, et vu par le préfet pour la légalisation de la signature du

maire.

Quoi qu'il en soit, il résulte de cette correspondance, 1° que le

chapeau dont vous avez distingué la confection est bien de la

fabrique de madame Reyne; 2° que cette dame et son commettant

déclarent qu'elle continue à se servir de la paille de l'espèce de

blé qu'elle a rapporté d'Italie, et dont la culture réussit

parfaitement bien dans les environs de Valence; que le bénéfice des

ouvrières qu'elle emploie dépend de leur habileté; que ce sont

ordinairement des enfans qui tressent; que le n° 30, pris pour

exemple, coûte 15 centimes l'aune à coudre et à tresser; qu'une

tresseuse fait par jour sept à huit aunes, et une couturière en

coud toujours le double. La main-d'oeuvre d'un chapeau de ce numéro

revient à 8 francs; savoir, 6 francs 75 centimes pour tressage et

couture, 75 centimes pour la paille et 50 centimes pour l'apprêt.

Les numéros supérieurs deviennent plus chers, savoir: le n° 40 à 16

fr. 70 cent.; le 50 à 27 fr. 50 cent., enfin le n° 60 qui est à peu

près pareil à celui qui est exposé sous vos yeux, revient à 52

francs.

205 Quant au nombre de chapeaux fabriqués annuellement, madame Reyne

fait observer que cette fabrication n'a de limites qu'à raison du

peu de capitaux qu'elle peut y consacrer: elle cite plusieurs

villes du midi et surtout la foire de Baucaire, comme ses

principaux débouchés.

Elle n'a pu répondre à la demande d'envoi de chapeaux de paille

supérieure à celui qu'elle avait précédemment adressé à la société;

elle a seulement envoyé quelques chapeaux d'hommes, dont la qualité

est insignifiante pour prouver la supériorité de sa fabrication;

elle fait remarquer que sa situation actuelle, dans une ville peu

populeuse et qui fournit trop peu d'ouvrières à bas prix, n'est pas

très favorable; elle se propose de changer encore de domicile; elle

voudrait qu'à défaut de la Société d'encouragement même, le

gouvernement ou des capitalistes la missent à même de donner tout

l'essor désirable à sa manufacture.

Après vous avoir exposé l'état actuel des choses, votre commission

ne doit pas vous laisser ignorer qu'elle s'est trouvée embarrassée

de vous présenter des conclusions dans l'affaire de madame Reyne.

Sa fabrication est bonne et intéressante; ses produits sont très

remarquables dans les parties les plus importantes et les plus

difficiles de ce genre de travail; elle trouvera les

perfectionnemens à faire à sa manutention ici même, où l'on sait,

aussi bien et même mieux qu'en Italie, réunir les tresses bout à

bout, blanchir la paille et apprêter les chapeaux; ainsi on ne fait

aucun doute qu'elle ne puisse atteindre par la suite la perfection

en ce genre. Nous ne doutons pas non plus que des capitaux plus

considérables que ceux qu'elle a pu se procurer jusqu'à ce jour, ne

soient très nécessaires pour donner une impulsion convenable à sa

fabrique; mais vos règlemens ne vous permettent pas de consacrer

des fonds à vivifier des manufactures particulières. D'une autre

part, le ministre de l'intérieur, en donnant 3,000 fr. à madame

206 Reyne, a sagement exprimé qu'il n'entendait pas monter sa

manufacture, mais seulement lui fournir quelques encouragemens.

Ruinée, ainsi qu'elle l'expose, par différentes circonstances qui

lui sont étrangères, elle ne peut attendre des moyens suffisans

d'actions que des capitalistes qui pourraient prendre intérêt à son

travail.

Vous ne pouvez donner à madame Reyne que des conseils et des

témoignages d'estime.

Sous le premier rapport, vous pouvez lui recommander de soigner

particulièrement la réunion de ses tresses bout à bout, le

blanchiment et l'apprêt de ses chapeaux; vous pouvez l'inviter à

placer s'il est possible son établissement dans un hospice

d'orphelins ou dans une maison de détention, dans un lieu enfin où

la main-d'oeuvre soit au plus bas prix possible.

Sous le second rapport, et considérant que madame Reyne paraît être

la première qui ait introduit, en grand, la culture de la plante

qui sert à fabriquer les chapeaux de paille en Italie; considérant

que ce qui manque à son travail s'exécute d'ailleurs ici avec une

grande perfection et peut facilement être introduit dans sa propre

fabrique, nous avons l'honneur de vous proposer de lui décerner une

médaille d'argent dans votre prochaine séance publique.

_Signé_ SILVESTRE, rapporteur.

Adopté en séance, le 20 février 1822.

Cette proposition fut adoptée, et dans sa séance publique, M.

Charbonnel, fondé de pouvoir de cette dame, reçut la médaille

d'argent qui lui était destinée.

_Chapeaux en bois de_ M. BERNARD.

Ces chapeaux-ci diffèrent des précédens en ce que ce n'est que la

carcasse qui est formée en bois léger, coupé en lames minces et

207 étroites par des procédés mécaniques qu'il a inventés. Ces lames

sont collées à côté l'une de l'autre sur un tissu qui réunit la

solidité à la légèreté; le dessus et le bord du chapeau sont

préparés de la même manière; et quand il a donné à ces trois pièces

la forme convenable et qu'il les a réunies, il couvre le tout d'un

vernis imperméable. Quand il est sec, le chapeau est recouvert

d'une étoffe de soie peluchée, qui imite très bien les poils qu'on

nomme dorure dans les chapeaux de feutre ordinaire; enfin l'auteur

passe sur la peluche une espèce de vernis qui entoure chaque brin

de soie, ne retient pas la poussière et empêche l'eau de pénétrer.

Ces chapeaux ont l'avantage de conserver toujours leur brillant et

de ne se déformer jamais. Pour plus de détails, nous renvoyons aux

Annales de l'industrie nationale et étrangère, août 1825.

_Chapeaux de sparterie._

Tous les genêts peuvent servir à la fabrication des chapeaux

communs, dits de sparterie; mais c'est principalement le genêt

d'Espagne, _spartium junceum_, qui sert à cette fabrication. On

emploie pour cela les joncs les plus fins pour en faire des tissus,

non en tresses distinctes. On connaît trois sortes de ces chapeaux:

_blancs_, _couleur de paille_, _mélangés de diverses couleurs_. Le

tissu de sparterie se vend en pièces carrées, dont chacune suffit

pour faire un chapeau. Leur prix est depuis 2 fr. jusqu'à 10 fr. la

pièce, suivant leur beauté.

_Chapeaux de copeaux._

Cette invention patentée de chapeaux d'été, faits de copeaux

tissus, peints en noir et vernis, est due à Joseph Lantenhammer de

Vienne. (_Archiv. fur gesch, stat, liter, und kunst_, juillet 1824,

nº 89 et 90.)

208 Ces chapeaux, dit le rédacteur du journal cité, se recommandent par

leur forme, leur grande légèreté, et même par la durée qu'on peut

espérer de leur service. Ils méritent surtout, ajoute-t-il, la

préférence sur les chapeaux de paille, auxquels le public a eu le

bon esprit de n'accorder jusqu'ici sa faveur qu'avec réserve.

_Chapeaux de tresses autres que celles de paille._

Nous allons consacrer cet article à la fabrication des chapeaux

formés avec des tresses de soie, de coton, de lin et de crin. Les

premiers sont parvenus à un tel degré de supériorité, qu'ils

semblent le disputer aux plus beaux chapeaux de paille d'Italie.

_Chapeaux tressés en soie._

Les premiers chapeaux en tresses de soie ont été fabriqués à

Florence; depuis, mesdames Manceau, de Paris, sont parvenues à

porter ce genre de fabrication à un tel degré de perfectionnement

que leurs chapeaux tresses de soie imitent les plus beaux chapeaux

de paille d'Italie, en produisant une illusion complète par la

nuance, ainsi que par la finesse et la confection du tissu. Déjà en

1823, mesdames Manceau avaient obtenu à l'exposition des produits

de l'industrie française une médaille d'argent qui a été confirmée

à celle de 1827. Elles emploient à cette fabrication la soie de

première qualité, en trame et tressée suivant le degré de finesse

qu'on désire obtenir. La régularité des tresses exige le plus grand

soin; elles se font au moyen de mécaniques qui mettent les matières

en mouvement; elles sont ensuite apprêtées, assemblées en forme de

chapeaux et soumises au cylindre. Ces chapeaux réunissent à la

légèreté la solidité et sont très facile à nettoyer; ajoutez à cela

qu'ils sont deux fois moins chers que ceux de paille d'Italie,

comme on va le voir ci-après.

209 1º Ceux du numéro 70, portant soixante-dix pailles de bord, peuvent

être vendus à 200 francs, tandis que ceux de Florence coûteraient

plus de 2,000 francs.

2° Les qualités ordinaires depuis le numéro 34 jusqu'à celui de 50

varient entre 28 et 56 francs.

Afin de mieux faire connaître le mode de fabrication employé par

les dames Manceau, nous allons rapporter le brevet d'invention que

l'une d'elles a pris à ce sujet.

_Procédé propre à faire avec la soie écrue des chapeaux imitant

les chapeaux de paille d'Italie_, par mademoiselle Julie MANCEAU, à

Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)

On fait d'abord des tissus formés de soie écrue de la plus belle

qualité et du meilleur choix possible, que l'on dépose dans la

teinture; le teinturier apprête ces tissus de manière à ce qu'ils

conservent une certaine raideur qui les rapproche de l'état de

consistance de la paille ou de l'écorce; puis, au moyen d'une

mécanique à tresser, on convertit les soies en tresses plus ou

moins fines et plus ou moins serrées, suivant la finesse des

chapeaux que l'on veut faire; les bandes tressées sont

soigneusement vérifiées dans toute leur longueur, afin d'élaguer

les parties qui seraient défectueuses et qui nuiraient à l'identité

du tissu.

Ces tresses préparées sont aunées, mises en pelotes en quantité

convenable, et données aux ouvrières chargées de l'assemblage;

cette opération s'exécute à l'aiguille avec du cordonnet en soie à

trois brins retors de la nuance du tissu.

La couture perdue s'obtient en engageant la partie gauche de la

tresse avec la partie droite de celle à laquelle elle doit

s'assembler, de manière que la couture, prenant en zigzag autant

210 d'un côté que de l'autre, se trouve cachée à tous les points de

contact. Ces chapeaux se construisent en deux pièces, la calotte et

le devant.

On commence la première pièce par son centre, les points

d'assemblage sont combinés de manière qu'à mesure que les

circonférences s'agrandissent, la spirale que forme la couture a la

facilité de se développer et de s'assembler sans gripper; celle

calotte doit être faite d'une bande d'une seule pièce.

Le devant du chapeau s'exécute d'après les mêmes procédés, le coup

d'oeil et l'habitude de la couture déterminent dans ce travail les

formes et la grâce des contours. Cette pièce également faite d'un

seul morceau est assemblée à la calotte pour être ensuite apprêtée

et former l'ensemble du chapeau.

Cet apprêt consiste en dix parties de gomme adragant, une partie

d'alun et dix-neuf parties d'eau. Ces matières étant arrivées à

l'état de mélange par l'action du calorique, on y plonge le tissu

jusqu'à saturation, et on le laisse ensuite, non pas entièrement

sécher, mais perdre l'excédant de son humidité, pour pouvoir être

mis à la presse et repassé à chaud.

On emploie pour cet objet, suivant la forme que l'on veut donner à

la calotte, un cylindre ou tout autre solide en bois, composé de

plusieurs morceaux percés ensemble dans le centre d'un trou destiné

à recevoir un morceau de bois conique. Ce cylindre étant placé dans

l'intérieur de la coiffe, la pression sur le morceau conique,

passant par le centre de la forme, détermine la tension du tissu,

qui dès lors est repassé avec un fer chaud, dont la grosseur et la

forme sont celles de l'objet sur lequel il doit passer.

Si, au lieu d'employer des soies écrues, on voulait se servir de

cheveux, les chapeaux se confectionneraient de la même manière.

211 Ces nouveaux chapeaux sont plus légers que ceux de paille d'Italie,

on peut les laver et les reteindre, à volonté, en diverses

couleurs.

_Certificat d'additions._

Les matières premières qui étaient de soie écrue ordinaire, sont

remplacées par le poil d'alès, qui a l'avantage de rendre le tissu

plus fin, de ne pas produire d'inégalités, et de donner aux nuances

des teintes plus agréables.

Les chapeaux qui étaient formés de deux pièces, sont maintenant

d'un seul morceau par la continuité d'une seule tresse.

Le premier apprêt avait l'inconvénient de laisser des taches en

séchant, ce qu'on évite en employant la gomme adragant préparée,

et, pour second apprêt, un vernis composé de mastic en larmes, afin

de les rendre imperméables.

On cylindre au moyen d'une presse mécanique, qui, en même temps

qu'elle presse les chapeaux, leur donne une fraîcheur qu'ils ne

pouvaient obtenir avec le fer.

On fait des chapeaux d'homme par le même procédé.

Madame Milcent-Scherckenbick avait obtenu, en 1823, une mention

honorable pour des chapeaux dits imperméables, tressés en soie et

en lin, de diverses couleurs. La même distinction lui a été

accordée à l'exposition de 1827. Ces chapeaux sont d'un tissu très

fin, légers, élastiques, et peuvent aisément être mis à neuf quand

ils ont été déformés ou tachés. Nous allons faire connaître le

brevet d'invention que madame Milcent a pris pour cette

fabrication, on y verra la recette du vernis imperméable qu'elle

emploie à cet effet.

212

_Fabrication de chapeaux formés de ganses de coton, de fil et de

soie_, par madame MILCENT-SCHERCKENBICK, à Rouen. (Brevet

d'invention de cinq ans.)

Les ganses de coton, de fil et de soie, se font à l'aide de

mécaniques composées de neuf à treize fuseaux ou bobines de quatre

à huit fils chaque et même plus, selon la finesse. Ces ganses

s'ajoutent ensemble à l'aiguille comme un tricot; on leur fait

prendre la figure de chapeaux sur une forme en bois, à mesure qu'on

les tricote.

Les chapeaux formés sont apprêtés avec la composition suivante,

suffisante pour une douzaine de chapeaux:

Quatre onces, colle de poisson;

Deux onces, gomme arabique;

Quatre onces d'amidon de pomme de terre;

Une demi-pinte d'esprit de vin et environ un pot d'eau.

Pour rendre ces chapeaux imperméables, on applique dessus, avec un

pinceau, du vernis de Venise pour les chapeaux blancs, et du vernis

à la gomme copal pour ceux de couleur.

Le vernis appliqué sur les chapeaux, ils sont passés au cylindre

chaud.

Madame Milcent a également pris un autre brevet d'invention pour la

confection de diverses sortes de chapeaux en tresses de différens

213 tissus: le voici.

_Diverses sortes de chapeaux à l'usage des hommes et des femmes, et

confectionnés en tresses de différens tissus_. (Brevet d'invention

de cinq ans accordé, le 26 août 1820, à madame

MILCENT-SCHERCKENBICK, à Paris.)

Les chapeaux de femmes se font en tresses et même en tricot de

cachemire, en tresses ou bien en tricot de mérinos, en tresses ou

en tricot de laine, et enfin en tresses ou en tricot de poil de

chameau ou de chèvre.

Tous les chapeaux faits avec de la tresse s'emmaillent à l'aiguille

comme les chapeaux de paille d'Italie; ceux en tricot, étant faits

comme de coutume, sont tirés à poil par le moyen du chardon et de

la carde. On les apprête ensuite avec de la colle de poisson

dissoute dans l'esprit de vin, que l'on mêle avec une dissolution

de gomme arabique, gomme de Sénégal et d'amidon: après cette

opération on les cylindre au fer chaud.

Tous ces chapeaux qui sont très solides se nettoient et se teignent

en toutes sortes de couleurs.

D'autres chapeaux se font en satin blanc gauffré ou pressé, ou en

toutes espèces d'étoffes de soie, de laine, de coton, etc., de

toutes couleurs et de divers dessins.

On grave le dessin sur une planche de cuivre ou de bois; on colle

l'étoffe avec la composition ci-dessus, et on soumet cette planche

à l'action d'une forte presse pour obtenir le dessin.

Il y a encore des chapeaux qui se composent en sparterie formée de

soie écrue couleur paille, de soie et coton, de coton blanc, de fil

blanc, et de fil et coton.

Pour fabriquer cette sparterie, on trempe les matières filées dans

la dissolution indiquée plus haut; on laisse sécher ces fils, et on

tisse au métier, comme on le fait pour toute autre étoffe, ensuite

on cylindre à chaud.

214

Les dames Manceau confectionnent également des chapeaux en tresses

de coton, qui par leur blancheur imitent parfaitement la paille de

riz.

L'on fabrique également des chapeaux en tresses de crin. Nous

allons en faire connaître les procédés, d'après les brevets

d'invention mêmes pris par leurs auteurs.

_Fabrication de chapeaux de crin_, par J. REINS. (Brevet

d'invention et de perfectionnement de cinq ans.)

Ce procédé consiste à tresser les crins par trois ou cinq mèches,

et à les coudre en observant d'augmenter ou diminuer, suivant les

diverses formes ou grandeurs qu'on veut donner aux chapeaux; on

applique ensuite un apprêt qui résiste à l'humidité et à la pluie,

et qui fait prendre aux chapeaux la forme convenable tout en leur

donnant plus de consistance.

On a appliqué aussi ce mode de fabrication aux bonnets à l'usage

des troupes; voici le procédé de M. Cavillon, d'après son brevet

d'invention.

_Fabrication de bonnets en crin tissé, à l'usage des troupes, et

destinés à remplacer ceux en peaux d'ours_, par M. CAVILLON,

fourreur à Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)

Jusqu'à présent on a fabriqué ces bonnets avec des peaux d'ours de

la Louisiane, des bancs de Terre-Neuve, de la Virginie et du

Canada, et non de Russie, comme bien des personnes le pensent. Les

ours de Russie ne sont pas propres à cet emploi, en ce qu'ils ont

le cuir et le poil trop fin, qui serait d'un mauvais usage, et qui

215 deviendrait quatre fois plus cher encore que ceux du Canada; c'est

donc de ces derniers que l'on emploie pour la coiffure des troupes.

On peut compter que les Anglais font passer en France vingt mille

peaux d'ours par an, qui, à quarante cinq fr., forment une somme de

neuf cent mille francs; si à ce compte on ajoute celles qui passent

sur le continent, cela s'élèvera environ à quatre millions dont

nous leur sommes tributaires. Mes nouveaux procédés fourniront à la

France les moyens de s'affranchir de ce tribut.

Ces procédés consistent à former une carcasse en vache renforcée

sur sa forme, arcançonnée et refondue sur le derrière, pour adapter

une boucle à deux ardillons, maintenue par une enchapure en mouton

noir, et son contre-sanglon, aussi en mouton, pour resserrer le

bonnet à volonté.

Cette carcasse est revêtue d'une forte toile noire en fil de Laval,

posée très juste, et ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul corps

ensemble.

_Manière de faire le tissu._

Prenez du crin de collière ou de queue à brin le plus fin,

commencez par le bien peigner et étriller pour faire sortir le

suin; s'il est trop gras, il faut le faire bouillir dans de l'eau,

le retirer et le laisser sécher; après quoi, vous le coupez de

quatre pouces et demi de haut, ensuite vous le faites tresser sur

trois forts fils de soie, à la hauteur de trois pouces: les

dix-huit lignes qui restent sont pour garnir la tresse. Vous posez

ensuite votre première tresse en bas, en tournant et en observant

trois lignes de distance de l'un à l'autre. De cette manière, vous

couvrez toute la toile, en laissant à découvert les parties du

bonnet destinées à recevoir des plaques ou autres ornemens.

Lorsque le bonnet est monté, on le passe à l'eau de graine de lin

216 pour le bien nettoyer; ensuite on pose la coiffe en basane

surmontée de sa toile, et l'on met la coulisse.

Madame Celnart, dans son intéressant ouvrage[55], a consacré un

article à la fabrication des chapeaux à ganse de coton ou de soie,

imitant la paille d'Italie. Nous allons le transcrire.

[Note 55: _Manuel des demoiselles_, faisant partie de la collection

encyclopédique de M. Roret, 3e édit.]

En suivant le procédé indiqué pour faire de la ganse plate, on

prépare de petites pièces en coton et en soie qu'on monte en forme

de chapeau de la manière suivante:

L'on prend un patron de chapeau un peu grand, parce que la ganse se

resserre par le blanchissage et le travail: ce patron ou modèle se

compose de la passe et de la forme du chapeau; il faut qu'il soit

en paille ou en coton. On commence par le milieu du fond; l'on

attache le bout de la ganse au centre, et on la tourne sur

elle-même en décrivant successivement un cercle plus grand. On

bâtit ces cercles les uns aux autres, à mesure que l'on en a une

certaine quantité, et après qu'on les a attachés avec des épingles;

mais dès que ces cercles se sont un peu agrandis, il vaut mieux les

bâtir de suite, non seulement les uns aux autres, mais encore les

baguer après le modèle. On environne ainsi circulairement toute la

forme du modèle; puis enfilant une aiguille de colon fin et blanc

si la ganse est de coton, et de soie couleur de paille si la ganse

est en soie[56], vous coudrez les ganses ensemble à points de

surjet couchés, en prenant ces points dans les petites mailles du

bord de la ganse. Cette opération terminée, on ôte l'ouvrage de

dessus la forme, on le retourne, et l'on monte le devant ou la

217 passe à peu près de la même manière, sauf la différence commandée

par le modèle: on mesure la passe à la moitié, et c'est d'après

cette moitié qu'on fait partir la ganse à droite et à gauche sur le

bord de la passe, afin de voir à quel endroit il faut la couper sur

le côté pour obtenir la rondeur de la passe. On mesure, avant de

baguer chaque rangée de ganse sur la passe, afin de ne point en

trop perdre en rognant sur les bords, ou n'avoir pas à recommencer

si, par hasard, un morceau se trouvait trop court.

[Note 56: Il faut faire en sorte que la couleur de la soie employée

à coudre les ganses soit bien assortie à celle des ganses, afin que

l'oeil ne puisse point découvrir cette couture.]

On pose ainsi une vingtaine de rangées à peu près, en les baguant

bien après la passe, et les bâtissant ensuite les unes après les

autres. Arrivé à ce point, il faut faire des _étrécissures_,

c'est-à-dire couper la ganse avant la fin du rang, et faire perdre

le bout de cette ganse entre la ganse de la rangée précédente et

celle de la rangée suivante, de manière qu'elle ne forme pas de

pli. On y parvient en mordant sur les deux lisières un peu

fortement. Comme on travaille à l'envers, les parties excédantes ne

paraissent pas quand les chapeaux sont retournés. Il est impossible

d'indiquer le nombre de ces étrécissures; elles dépendent de la

forme du chapeau. On doit coudre la passe comme la forme, et les

joindre ensuite ensemble. Quand le chapeau de coton ainsi fabriqué

est blanchi et apprêté, il a l'apparence d'un chapeau de bois

blanc, dit _paille de riz_; si la ganse est de soie, le chapeau a

l'aspect de ceux de paille d'Italie. Il est bon de faire observer

que le surjet des ganses doit être fait près après, de peur

qu'elles ne s'écartent et se décousent au blanchissage. On peut

donner à ces ganses de coton ou de soie diverses couleurs pour

obtenir, outre les chapeaux blancs et couleur de paille, des

chapeaux noirs, gris, etc.

Il est bien évident que par le même procédé, c'est-à-dire avec des

ganses faites avec du lin, chanvre et autres matières

filamenteuses, on peut confectionner de semblables chapeaux; comme

le mode d'opération est le même, nous ne croyons pas devoir y

revenir.

218

_Chapeaux d'hommes et de femmes, dont la chaîne est en baleine et

la trame en soie, coton, ou toute autre matière filamenteuse

retorse_. (Brevet d'invention de cinq ans accordé, le 27 septembre

1822, au sieur de BERNARDIÈRE (Achille), à Paris.)

Ces chapeaux se font à l'aide d'une forme en bois; la chaîne est en

baleine et la trame en soie, coton ou toute autre matière

filamenteuse retorse; la trame se tourne autour de la chaîne, qui

se trouve fixée sur la forme par le simple secours des doigts de la

main.

Le chapeau, au sortir des mains de l'ouvrier, est blanchi, teint et

apprêté.

Quoique les chapeaux de plumes de volaille ne soient point des

chapeaux à tresses ou à ganses, cependant, comme ils ne sont ni

feutrés ni recouverts d'aucune étoffe, nous avons cru devoir les

ranger à la suite de ceux-ci.

_Récompenses accordées depuis 1798 jusqu'en 1827, lors des

expositions des produits de l'industrie française, à la fabrication

des chapeaux._

L'exposition des produits de l'industrie française est une des plus

belles conceptions humaines; elle peut être considérée comme un

génie vivificateur des sciences et des arts chimiques et

industriels, au perfectionnement desquels elle préside, et comme un

moyen certain de connaître toutes nos ressources et tous les

progrès de l'industrie nationale. En parcourant les magnifiques

produits qui sont exposés dans les galeries du Louvre, on croit

être transporté dans ces palais enchantés dus à l'imagination, des

219 poètes, et dont on trouve de si brillantes descriptions dans les

contes orientaux: à l'aspect de tant de chefs-d'oeuvres,

l'observateur, l'esprit rempli d'admiration, reste plongé dans une

sorte d'extase de laquelle il ne sort que pour payer un culte

d'estime et de reconnaissance à ces hommes laborieux, qui, par

leurs talens, honorent et leur patrie et le siècle qui les vît

naître; c'est dans ce sanctuaire des sciences et de l'industrie

qu'on est vraiment fier d'être Français, et qu'aux yeux de l'Europe

savante, le gentillâtre ignorant est forcé de courber avec respect

son front humilié devant le génie des arts.

On ne doit point oublier que c'est à l'un des hommes les plus

illustres de nos jours, M. le comte François de Neufchâteau, alors

ministre de l'intérieur, que cette institution est due.

Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il la mit à exécution en l'an

VI (1798), au moment même où les Anglais nous fermaient les mers.

M. François de Neufchâteau, par cette exposition, fit connaître à

l'Europe entière toutes les ressources de notre belle France, et

ralluma le flambeau de notre industrie que l'Angleterre cherchait à

éteindre. Au reste, ce n'est pas l'unique service que cet homme

célèbre ait rendu aux sciences et aux arts; son ministère, comme

ceux du comte Chaptal et de Lucien Bonaparte, fera toujours époque

dans leurs annales.

La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars; elle ne dura que

trois jours.

La seconde sous le consulat, en l'an IX (1801), dans la cour du

Louvre, où, sous cent quatre portiques qui y furent élevés, on

plaça deux cent vingt-neuf exposans: sa durée fut de huit jours.

La troisième eut lieu en l'an X (1802), sous le ministère de M. le

comte Chaptal; il y eut cinq cent quarante exposans.

La quatrième, en 1806, sous le ministère de M. de Champagny: trois

220 mille quatre cent vingt-deux exposans furent placés sous cent

vingt-quatre portiques qui furent construits sur la place des

Invalides, et dans onze salles des ponts-et-chaussées. Il fut

distribué vingt-sept médailles d'or, soixante-trois d'argent, et

cinquante-trois de bronze.

La cinquième eut lieu en 1819; elle fut la plus brillante: on y vit

avec étonnement les perfectionnemens immenses que la chimie avait

produits sur presque toutes les branches de l'industrie; et l'on

n'a point oublié le témoignage flatteur que M. le comte Berthollet,

d'illustre mémoire, et M. le comte Chaptal, reçurent de Louis

XVIII, pour la part qu'ils avaient prise à ces progrès. A cette

exposition le nombre des exposans s'accrut encore, et cinquante-six

médailles en or furent distribuées, ainsi que cent quarante-huit en

argent, et cent quatorze en bronze.

La sixième s'opéra en 1823, et elle fut remarquable tant par la

variété des produits que par le grand nombre d'exposans; il faut

cependant avouer que la facilité avec laquelle on avait admis tant

de futilités, de ces jolis riens, fruits du charlatanisme et de la

cupidité, avait converti cette belle institution en une espèce de

bazar ou le rendez-vous des marchands qui venaient y distribuer

leurs adresses. C'est un abus que le jury de 1827 a eu le courage

d'attaquer; espérons qu'on finira par le déraciner complètement.

L'exposition de 1823 fut célèbre par les produits de nos filatures

en coton. C'est encore à cette exposition qu'on vit briller les

arts chimiques, qui ont placé la France à la tête de toutes les

nations.

Enfin la septième exposition a eu lieu, depuis le 1er août, sous

des salles en bois, placées dans la cour du Louvre et dans une

partie de celles de ce superbe édifice. Un concours immense

d'étrangers s'est empressé d'y venir admirer la progression,

toujours croissante, qui s'est opérée, non seulement dans la

quantité des produits, mais encore dans l'amélioration des procédés

221 et les nombreuses applications qu'on a faites aux arts d'un grand

nombre de découvertes; aussi voit-on avec transport des ouvrages

qui semblent avoir dépassé les bornes de l'esprit humain. Il faut

être témoin de la beauté de ceux qui sont soumis à cette savante

épreuve, pour pouvoir juger de leur mérite. Toutefois, nous sommes

forcés de convenir que cette exposition n'a été ni aussi nombreuse

ni aussi variée que celle de 1823, puisqu'elle n'a compté

qu'environ mille six cent cinquante exposans, dont plus de huit

cents de Paris. Devons-nous attribuer ce découragement aux malheurs

du temps, ou bien les fabricans de la province croiraient-ils que

le jury ne les juge point avec impartialité? Qu'ils se rassurent:

le talent et la loyauté de MM. Arago, Darcet, Gay-Lussac, Biot,

Thénard, Malard, Brongniart, Héron de Villefosse, Oberkampf,

Gérard, Camille, Beauvais, etc., dont la réputation est européenne,

doivent pleinement les rassurer.

Nous avons dit que l'exposition de 1798 n'avait duré que trois

jours; aucun fabricant de papier n'y parut; au lieu des médailles

qui furent décernées dans les autres expositions, on n'accorda à

celle-ci que des distinctions du _premier_, _second_ et _troisième_

ordre.

En 1801, on a décerné des médailles d'or, d'argent et de bronze,

ainsi que des mentions honorables. Le jury déclara en même temps

que les distinctions de _premier_ et de _second_ ordre de 1798

équivalaient à des médailles d'or et d'argent; il accorda ces

récompenses aux exposans de la première exposition, qui

réexposèrent en 1801 leurs produits perfectionnés.

En 1802, les récompenses furent les mêmes. On décida aussi que les

fabricans qui, dans cette exposition, présenteraient les produits

des expositions précédentes, dans le même état de perfectionnement,

n'auraient pas une nouvelle médaille, mais qu'un rappel de la

dernière leur serait accordé.

222

En 1806, à ces quatre récompenses, on en ajouta une cinquième sous

le nom de _citation_; celle-ci vient après la _mention_. Un fait

digne de remarque, c'est que, par une lésinerie bien mal entendue,

on n'accorda qu'une médaille à plusieurs fabricans qui furent

obligés de la tirer au sort; mais on a regardé tous les autres

comme l'ayant eue, puisqu'il a été reconnu qu'ils l'avaient

méritée.

En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des décorations

et des titres de baron et des récompenses pécuniaires.

Ainsi les récompenses sont ainsi graduées:

_Citation_: c'est la plus inférieure;

_Mention honorable_;

_Médaille en bronze_;

_Médaille en argent_;

_Médaille en or_;

_Décorations_;

_Titres honorifiques_.

On accorde aussi quelquefois des récompenses pécuniaires. Quant aux

fabricans dont les progrès se sont soutenus, sans s'être accrus, on

leur décerne la même médaille, sous le titre de _Retour de la

médaille obtenue_.

Nous allons maintenant faire connaître les fabricans qui ont obtenu

des récompenses depuis 1798 jusqu'à nos jours. En jetant un coup

d'oeil sur le tableau que nous allons présenter, il sera aisé de

juger de l'influence que les expositions ont exercée sur cette

branche de l'industrie française.

_Exposans depuis 1798 jusqu'à l'exposition de 1827._

_Exposition de 1798._

Aucun fabricant de chapeaux ne se présenta à cette exposition.

223

_Exposition de 1801._

Il en fut de même à celle-ci.

_Exposition de 1802._

C'est à dater de cette exposition que la chapellerie a commencé de

figurer parmi les produits de l'industrie française. Les fabricans

qui ont été les premiers à répondre à ce noble appel sont:

MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux;

Bellegarde (Joseph), de Gaillac, _id._;

Brouilland fils, _id._;

Viot, de Marseille, _id._;

Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux.

Aucune récompense ne fut décernée à la chapellerie.

_Exposition de 1806_.

Un grand nombre de fabricans suivirent cette année l'impulsion déjà

donnée, et cette exposition, si elle n'a pas été pour la

chapellerie la plus brillante, a été du moins la plus nombreuse. On

y vit figurer:

MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux;

Bernard aîné, de Moulins, _id._;

Berthier (François), d'Issoudun, _id._;

Beylard aîné, de Marmande, _id._;

Boulanger, de Rennes, _id._;

Bourdachon, d'Issoudun, _id._;

Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, _id._

Florentin, Couyère et Cie, pour les chapeaux de paille;

Guiffray et Cie, de Lyon, _id._;

Juhel, de Sens, _id._;

Lamaique, d'Oleron, _id._;

MM. Lamorte, pour les chapeaux;

Meissonnier, id._;

Monnereau, de Niort, id._;

Pascal (Pierre), de Marseille, id._;

Patoors, id._;

Ribolet, de Lyon, id._;

Rouliés, d'Agen, id._;

Sade, d'Anduze, id._;

Sandrot (veuve), de Grenoble, id._

224

De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent une mention

honorable. Cet insuccès refroidit tellement le zèle de ces

fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions suivantes.

_Exposition de 1819._

Cette exposition fut moins nombreuse que la précédente; on n'y vit

figurer que:

MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux:

Brouilland fils, _id._;

Chenard aîné, père et fils, _id._

Couyère, chapeaux en saule;

Delouchant, _id._;

Dormois et Cie, _id._;

Guichardière, de Paris, _id._;

Lamorte, _id._;

Lauche (Antoine), _id._;

Lantier aîné, _id._;

Masclet, _id._;

Maurisier, _id._;

Poujal, _id._

Thibault, pour chapeaux de paille;

Vian-de-Mourche, de Marseille, _id._

Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de même de M.

Guichardière, qui depuis a publié de fort bons mémoires sur la

225 fabrication des chapeaux. Il est à regretter que des encouragemens

plus grands[57] n'aient pas été accordés à la fabrique de madame

veuve Reyne, à Valence, département de la Drôme, qui, en 1822,

reçut une médaille d'argent de la Société d'encouragemens pour

l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruinée fut forcée

d'abandonner cette exploitation. Nous avons fait connaître le

rapport que fit à ce sujet M. Sylvestre.

[Note 57: Madame Reyne avait demandé au gouvernement une somme de

12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accordée par le ministre de

l'intérieur, le 12 avril 1820.]

_Exposition de 1823._

Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens exacts sur le

nombre des exposans de cette année; nous n'avons pu connaître que

ceux qui reçurent quelques récompenses. Ce furent:

Mesdames _Manceaux_, qui obtinrent une médaille d'argent pour des

chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie; et pour d'autres

chapeaux en tresses de coton, imitant la _paille de riz_.

M. Dupré, de Lagnieux, fut mentionné honorablement pour ses

chapeaux de paille façon d'Italie.

Madame _Milcent-Scherckenbick_, mention honorable pour des

chapeaux, dits imperméables, tressés en soie et en lin de diverses

couleurs.

_Exposition de 1827._

La médaille d'argent accordée aux dames Manceaux paraît avoir été

un puissant stimulant pour les autres fabricans; aussi l'exposition

de 1827 ayant été la plus brillante pour la chapellerie, le jury

a-t-il eu un bien plus grand nombre de récompenses à décerner. Nous

allons les présenter en commençant par les plus fortes, et

descendant graduellement aux plus faibles.

226

_Médailles d'argent._

Mesdames Manceaux qui l'avaient également obtenue en 1823.

M. Dupré, pour chapeaux de paille façon d'Italie.

_Médailles de bronze._

MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux de paille, imitant

ceux de Florence.

_Mentions honorables._

La maison centrale de Bicêtre de Paris, pour des chapeaux de paille.

M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en poil de veau.

M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre.

M. Lenoir (Épiphane), pour des chapeaux en laine, bien fabriqués et

à bas prix.

Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux imperméables en soie

et en lin.

_Citations._

MM. Davilla et Dabbé, pour des chapeaux imperméables.

M. Dulong-Miergue, _id._

M. Wansbroug, _id._

M. Savornin, pour des chapeaux élastiques.

[Illustration: outillage de chapellerie.]

[Illustration; outillage de chapellerie.]

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Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres · 第 29 / 33 题