DES PRINCIPALES OPÉRATIONS ET INSTRUMENS EMPLOYÉS DANS LA
FABRICATION DES CHAPEAUX.
_Acides._
Substances composées qui ont généralement une saveur acide,
rougissent la teinture de tournesol et la plupart des couleurs
bleues végétales, et forment une classe de corps connus sous le nom
de sels, en s'unissant avec les bases salifiables. Ils sont le
résultat de l'union de certains corps avec l'oxigène, et alors ils
sont appelés _oxacides_, ou bien avec l'hydrogène, et alors ils
sont connus sous le nom d'_hydracides_; enfin, ils peuvent être le
résultat de la combinaison de certains corps entre eux sans oxigène
ni hydrogène, tels que le _chlore_ avec le _bore_; acide
_chloro-borique_, etc. Nous allons indiquer les acides qui sont
employés dans la chapellerie.
_Acide acétique_. C'est le vinaigre à l'état de pureté.
_Acide citrique_. C'est l'acide des citrons.
_Acide muriatique_ ou _hydro-chlorique_, formé par le chlore et
l'hydrogène. Cet acide donne lieu aux sels muriatés ou
hydro-chlorates.
_Acide nitrique_ ou _eau forte_. Acide extrait du nitrate de
potasse (sel de nitre). Il est composé d'azote et d'oxigène.
_Acide sulfurique_ (huile de vitriol). Obtenu par la combustion du
soufre dans de grandes chambres de plomb. Il est composé d'oxigène
et de soufre.
_Acide tartrique_. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue le
sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule de potasse (crème
de tartre).
_Alcalis._
_Alcali._ Substances qui verdissent la plupart des couleurs bleues
végétales, ont une saveur âcre et urineuse, saturent les acides et
forment avec eux des sels.
_Air atmosphérique_. Fluide élastique qui, abstraction faite de
toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient, enveloppe
de toute part le globe terrestre, s'élève à une hauteur inconnue,
pénètre dans les abîmes les plus profonds, fait partie de tous les
corps, et adhère à leur surface. Il est composé de 0,79 azote et
0,21 oxigène; plus 0,01 d'acide carbonique.
_Acétate de cuivre (sous-)_. Vert-de-gris. Sel composé d'acide
acétique avec excès d'oxide de cuivre.
_Acétate de cuivre_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de
cuivre dans un état de neutralisation.
_Acétate de fer_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de fer.
_Apprêt de chapeaux._
Introduction d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa
flexibilité, en agglutine les parties feutrées, la rend plus
consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver la forme
qu'on lui donne.
_Appropriage des chapeaux._
Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable, n'ont ni
ce brillant, ni cette douceur qui en constituent la beauté. Ce sont
ces qualités qu'on leur donne par l'_appropriage_. Quant aux
feutres destinés à la coiffure, on se borne à les passer au fer ou
à les mettre en presse afin de les _catir_, comme les tissus de
laine.
_Arçon (de l')._
L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on
suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans
toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus
d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée
pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette
claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans
qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de
fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en
forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce boulon,
et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et
qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le
mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin
d'élever ou d'abaisser l'arçon.
_Agnelins._
Laine provenant des agneaux.
_Arrachage ou tirage du poil du lièvre._
Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le
pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers
elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la
peau. Cet arrachage complète l'éjarrage.
_Assortiment._
Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme semblable à
celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu
plus haute que celle du dressage à la foule, afin que la ficelle
n'occupe pas le même point que celui où elle se trouvait à la
foule, et d'éviter ainsi les compressions du feutre qui produisent
des espèces d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on
appelle baisser le lien.
_Avancer à la main._
Synonyme de marcher à la foule; cette dénomination vient de ce que
la majeure partie de ce travail se fait avec les mains nues.
_Atteint de foule._
C'est lorsque le feutre a atteint la _taille prescrite_, et qu'il
n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre foulage.
_Bassin et du bâtissage (du)._
Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle
doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne
continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant
l'arçonnage. On donne le nom de _bassin_ à un établi en bois dur et
bien uni; et celui de _feutrière_, à une forte toile d'Alençon. On
mouille alors la feutrière soit avec une brosse, soit avec une
poignée de brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de
riz; quand elle est suffisamment humide, on y place quelques carrés
de papier épais et souple, on les recouvre de la partie pendante,
et on roule le tout afin que la moiteur se distribue également. En
cet état, l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré
les papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit,
c'est-à-dire une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le
devant. Tout étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière
les pièces les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien
étendre, et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque
pièce, et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille
du papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la
moitié de la feutrière restée pendante.
On travaille les pièces jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1° qu'elles
sont devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point
s'ouvrir ou s'étendre; 2° qu'elles sont en même temps assez molles
pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de
manière à ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on
nomme _bâtir un feutre_.
_Bassin de l'apprêt._
Cette opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de
l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre
eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au
bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une
faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte
ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil et on le fait sécher à
l'étuve pour le soumettre à l'appropriage.
_Banc de foule._
Banc incliné, placé autour de la chaudière, sur lequel les ouvriers
opèrent le foulage des feutres.
_Border la peau._
C'est en retrancher la queue, les pattes, etc.
_Bourser l'étoffe._
C'est lui faire faire des poches quand le bâtissage n'est pas bien
conduit.
_Brunissure._
Synonyme de teinture.
_Cartonnage (du)._
Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier
fort, et un autre plus léger autour de la forme.
_Carrelet._
Espèce de petite carde en fer qui sert à développer le duvet des
chapeaux.
_Chapeaux mi-poils._
Le mot demi-poil annonce que cette dorure est supérieure à celle
des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons.
Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux autres. Les
deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes de
l'art, _première_ et _seconde pose_.
_Chapeaux oursons._
Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue. Le mot
ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le velu, sont comparés à
la peau de l'ours, quoiqu'il s'en faille de beaucoup que leur poil
soit aussi long.
_Chapeaux plumets._
Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne
diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que
d'un côté ou seulement sur les bords, etc.
_Chaude._
La _chaude_ est également connue sous le nom de _plongée_ ou de
_feu_; sa durée est de une heure et demie à deux heures.
_Chiquettes,_
Parties retranchées de la peau.
_Citrate de fer._
Sel composé d'acide citrique et d'oxide de fer.
_Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse (tritoxide de fer)._
Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus
fusible que le fer, indécomposable par le calorique non magnétique,
se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans l'eau. Il est
le principe colorant de la sanguine, du brun rouge, etc.
_Colle de poisson (ichtyocolle)._
Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les
fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette.
_Colle-forte, colle de Flandre._
C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et
pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes
sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou
demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a
pris de la préparation.
Cristaux de Vénus. _Voyez_ acétate de cuivre.
_Couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, vitriol de cuivre,
vitriol de Chypre, etc. (sulfate de deutoxide de cuivre)._
Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en
cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en
octaèdres et décaèdres, jouissant de la double réfraction,
légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente
d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide
qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_. Il
est composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre.
_Couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol martial, mars
vitriolé, etc. (Sulfate de fer)._
Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau
vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en
absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de
tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
douze de ce sel. Il est composé d'acide sulfurique et de fer.
_Croisée à la foule_
Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de faire pour
rouler le feutre successivement sur tous les côtés que présente sa
figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.
_Décatir._
C'est débrouiller le poil au moyen d'une carde.
_Dégalage._
Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps
étrangers dont il importe de le débarrasser: c'est ce qu'on nomme
en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen
d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_.
L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite
la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux
opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en
sorte plus de poussière.
_Dorure._
C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface des
feutres.
_Dressage._
C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner la
forme convenable.
_Ébarbage ou éjarrage._
Les poils de castor, de lapin, de lièvre, etc., sont composés de
duvet et de jarre. Les fabricans ont employé divers moyens pour
séparer ce jarre du duvet.
Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes;
cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons
déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère
moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et
vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher;
c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y
applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre dont le
jarre est plus adhérent au cuir que le duvet.
_Enficelage (l')._
Après avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les formes
convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle, on les plonge
dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger et extraire la
crème de tartre que le poil peut contenir; après les avoir tenus
quelques instans dans la chaudière couverte, on les relire et on
les pose sur des plateaux semblables à ceux de la foule, et ayant à
leur extrémité inférieure un rebord qui porte l'eau qui s'écoule
des feutres hors de la chaumière. C'est alors qu'on tire le feutre
sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien appliqué et qu'il
n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle vers le
milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant qu'on serre
médiocrement.
_Éjarrage._
Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage.
_Feutres._
Matières employées pour la fabrication des chapeaux qui ont été
converties par le bâtissage en une sorte d'étoffe qu'on nomme
feutre.
_Feutres dits poils flamands._
Cette dénomination leur vient de ce que primitivement ce mode de
préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est
le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec
le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très
long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale
beauté.
_Feutres dorés._
On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire
ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche
mince de matière ou poils plus fins.
_Feutres grigneux._
Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne;
nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après
avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant
glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces
aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut
reconnaît pour cause: 1° un bâtissage trop court donné au feutre
par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la
dimension désirée; 2° un vice du mélange qui a produit une étoffe
trop tendre pour être bâtie plus grand.
_Feutres écaillés._
Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts
comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de
consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_ ou, si l'on
veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui
est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce
défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et
se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions
demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y
réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions,
l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin
du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à
l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que
l'étoffe a lâché.
_Feutre à plume._
Les feutres dits _à plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle
on fait usage du plus beau poil de lièvre et de celui de castor. En
général, on n'applique cette dorure que lorsque le feutre a été
foulé, avec cette différence du procédé des feutres dorés, que pour
ceux à plume on applique plusieurs couches de poil ou dorure.
_Foule (de la)._
Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la
consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer
quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_,
qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre
ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort,
ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce
nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi
l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant
du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura
après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au
moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des
matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau
mode d'action.
_Flambage._
Les chapeaux à plume, de quelque genre qu'ils soient, sont
_flambés_ avant de recevoir la première pose. Pour cela, quand
l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit doit être _posé_,
il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, et fait passer
au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur
lesquelles les poses doivent être appliquées, afin de les
débarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient à
l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne après ce
flambage, un léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces
surfaces.
_Fumerette._
Toile mouillée qu'on met sur le feutre pour le ramollir.
_Gomme arabique._
Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des
abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
saveur fade, transparente, incolore, quand elle pure, jaune d'or,
ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps
étrangers.
_Grigne._
Aspérités qu'on aperçoit sur les feutres quand ils ne sont pas bien
tirés.
_Indigo._
Cette matière colorante est fournie par les feuilles de plusieurs
plantes presque toutes rangées dans le genre auquel, en raison de
cette propriété, on a donné le nom d'indigotifera. Les végétaux
d'où on le retire plus particulièrement sont:
1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en
fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
beau.
2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui
en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous.
3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
précédent.
4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
d'oxidation.
Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a
transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à
Madagascar, en Égypte, etc.
_Jarre._
Poil noirâtre et brillant qui est très gros, qui ne se feutre
point.
_La lustre._
Brosse-lustre employée pour le lustrage des chapeaux; il y a aussi
des brosses demi-lustre.
_Manicles._
Sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen duquel
l'ouvrier plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans la
chaudière à chaque roulement, et même les feutres dont le roulement
est terminé; le feutre est alors très chaud.
_Noix de Galles._
On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons
du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé
par le même naturaliste _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
_diplolepsis gallae tinctoria_. Ce chêne est très commun dans toute
l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel
jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore jusqu'en
Syrie, etc.
_Oxigène._
Gaz qui entre pour vingt-un centièmes dans la composition de l'air
atmosphérique, et qui, en s'unissant aux substances métalliques,
les fait passer à l'état d'oxides ou rouilles.
_Pelotes rouges et noires._
Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en
boule qu'on lui donne dans les balles qui servent à ce transport;
il est dû à des chèvres d'une espèce particulière de la Turquie
asiatique. Il existe une différence notable entre les pelotes
rouges et noires. Ces dernières se feutrent plus aisément, mais en
revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du
Thibet ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté
que nos chèvres ont aussi, outre leur long poil, une sorte de laine
excellente pour la chapellerie.
_Pelote._
Morceau de panne rembourrée qu'on passe sur les feutres.
_Pièce._
La _pièce_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour faire
sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le feutre.
_Plongée._
On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce que les
teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de chaque plongée ou
feu est d'une heure et demie à deux heures.
_Poucier._
C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le garantir du
tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre ce même
tranchant avec ce doigt.
_Robage (le)_
On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et ceux à plume;
quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les robe, c'est-à-dire
qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau de peau de
chien de mer, afin de produire un poil court, épais et fin.
_Schakos._
Le schako est une coiffure particulière aux troupes et qui prend
diverses formes cylindriques, tantôt décroissant légèrement à la
partie supérieure, et tantôt au contraire s'élargissant beaucoup.
Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine;
ils peuvent l'être aussi avec la peluche de soie, le coton, le
crin, le cuir, et généralement de la même manière que les divers
chapeaux que nous avons énumérés. A proprement parler les schakos
sont des chapeaux d'une forme particulière, sans rebord, ayant la
calotte en cuir et munis souvent d'une visière en cuir verni.
_Sécrétage._
Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux poils pour
augmenter leur propriété feutrante. Dès le principe on employait en
France à cet effet, mais avec un faible succès, une décoction de
racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers
1730 qu'un ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre le
procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de mercure.
_Tournesol en pain._
On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné,
etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de
ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de
leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine
à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de
putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met
alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine; c'est
alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte
et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière
préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte,
ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher.
_Violon._
Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize à dix-huit
cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont
retenues par leurs extrémités dans deux tasseaux percés d'un nombre
suffisant de trous distans de deux à trois pouces les uns aux
autres. Les cordes ainsi disposées fouettent aisément quand l'un
des tasseaux étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups
redoublés devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer
de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou
le mélange s'opère également; il continue à fouetter jusqu'à ce que
les diverses matières soient bien mélangées, ce qu'en termes de
l'art on nomme _effacées_.