_Chapeaux de paille._
L'Italie a été long-temps en possession de fournir à l'Europe ces
beaux chapeaux de paille qui sont si recherchés par les dames, et
dont le prix s'élève encore jusqu'à 1200 fr. pour les belles
qualités fabriquées aux environs de Florence. Depuis que
l'industrie a pris un si grand essor en France, on s'est attaché à
ce genre de fabrication, afin de nous affranchir de ce tribut que
le luxe paye à l'Italie. Déjà en 1819 on vit figurer à l'exposition
des produits de l'industrie française des chapeaux de paille dus à
nos fabriques, dont la beauté était remarquable. Parmi ces
fabricans on distingue:
1º M. Clairvaux, à Troyes (Aube), pour de très jolis échantillons
de tissus de paille pour chapeaux, imitant assez bien les chapeaux
d'Italie.
2º M. Thibault, du même lieu, pour ses chapeaux de paille jaune et
blanche, de toute qualité, très bien confectionnés.
3º M. N., à Saint-Loup (Haute-Saône), pour des chapeaux de paille à
la fabrication desquels il employait environ 350 enfans.
4º M. N., à Ban-de-la-Roche (Vosges), de jolis échantillons de
chapeaux de paille exécutés par de jeunes filles.
L'exposition de 1823 donna des résultats encore plus satisfaisans;
enfin celle de 1827 a réalisé en grande partie les espérances que
celle de 1823 avait fait concevoir. En effet, les départemens de
172 l'Ain et de l'Isère semblent avoir rivalisé d'efforts pour
l'importation de ce genre d'industrie que des essais, en général
peu satisfaisans, tendaient à faire regarder comme n'étant pas
susceptible de prospérer en France.
MM. Héricart de Thury et Migneron, dans leur rapport sur les
produits de l'industrie française de 1827, présenté au nom du jury
central au ministre du commerce et des manufactures, et M. Ad.
Blanqui dans son histoire des produits de l'exposition de 1827, ont
signalé les fabricans de ces chapeaux qui ont obtenu les plus
heureux résultats. Les voici:
M. Dupré, à Lagnieux (Ain), qui fut mentionné honorablement en
1823, a obtenu une _médaille d'argent_. Il a exposé une suite de
chapeaux de paille, façon d'Italie, dans des qualités très
diverses: les plus communs sont de 2 fr. chacun et les plus fins de
200 fr. Chaque sorte a un degré de finesse et de moelleux
correspondant à son prix, et toutes sont remarquables par une
confection soignée. Ce fabricant occupait, en 1827, quinze cents
ouvriers, au lieu de cinq cents qu'il en occupait en 1823. Sa
fabrication, qui n'était que de huit à dix mille chapeaux, a été
portée de cinquante à soixante mille. On peut juger par là du
développement et des progrès de son industrie.
M. Dupré a exposé aussi des échantillons de la paille qu'il emploie
pour en obtenir la quantité nécessaire pour le _maximum_ de
fabrication indiqué ci-dessus; il a fallu semer treize cent
soixante boisseaux de blé, ce qui revient à deux boisseaux un
dixième pour chaque cent de chapeaux.
MM. Pecherand, Dubois et Cie, à Moirans (Isère), ont obtenu une
_médaille de bronze_. C'est à Moirans, près de Grenoble, qu'ils ont
naturalisé la fabrication des chapeaux de paille d'Italie. Ceux
qu'ils ont exposés au Louvre n'ont reçu aucun apprêt; ils sortent
des mains de l'ouvrière, et peuvent soutenir la comparaison avec ce
que l'Italie nous envoie de plus beau.
173
Toutes les pailles, bien s'en faut, ne sont pas propres à la
fabrication des chapeaux; celles qui sont les plus fines, les plus
souples, les plus longues, c'est-à-dire les noeuds les plus écartés
les uns des autres, et qui ne sont ni tachées ni rouillées, sont
les plus propres à celle fabrication; celles de seigle, du moins
les plus belles de cette céréale, sont employées pour la
fabrication de certaines qualités de chapeaux. Pour les beaux
chapeaux d'Italie, on emploie une qualité de froment qui est une
variété d'épeautre, _triticum spelta_, dite blé de mars, _marzola_
ou _marzolo_, dont on fait avorter la fructification. MM. Guy et
Harisson ont obtenu à Londres une patente pour un procédé y
relatif, qui consiste à arracher le blé avec la racine, dès que les
épis sont formés, à le réunir en gerbes d'environ cent cinquante
brins, et à faire dessécher celles-ci avec beaucoup de soin, au
soleil, en évitant par des abris les rosées et les pluies. La
paille acquiert ainsi une belle couleur jaune et très propre à la
fabrication des chapeaux tressés. On fait aussi des chapeaux avec
la paille préparée d'ivraie, de riz et de seigle. Indépendamment de
ce que nous venons d'exposer, il est encore d'autres soins à donner
aux pailles: on doit semer le blé qui doit les produire dans des
sols qui ne soient point exposés aux brouillards ou aux pluies du
printemps, parce que les pailles de ces localités sont parsemées de
taches indélébiles. Cette céréale peut être cultivée dans les
terrains montagneux; on doit donc visiter le champ et ne choisir
que les plus belles pailles. Après en avoir séparé les feuilles,
dans plusieurs fabriques, on coupe les pailles au-dessus et
au-dessous de chaque noeud; on rejette ces noeuds ainsi que
l'extrémité des pailles: on classe alors ces tuyaux d'après leur
longueur dans des boîtes à compartimens; les plus beaux ont de 15 à
20 centimètres de longueur; les plus estimés sont ceux qui sont
minces, non tachés, et qui sont de la grosseur d'une plume à écrire
174 ordinaire. Il est de ces tuyaux qui n'ont que 5 à 6 centimètres de
longueur: on en trouve l'emploi. Avant cette opération, on blanchit
ordinairement les pailles de la manière suivante.
_Blanchiment de la paille._
Si toutes les pailles offraient la même nuance de couleur, cette
opération deviendrait inutile; mais comme il n'en est pas ainsi, on
est obligé d'y recourir, surtout quand on veut les teindre et leur
donner des couleurs délicates. Pour leur faire acquérir un beau
blanc, on les plonge dans la chlorure de chaux liquide.
Mais comme on ne cherche pas ce blanc pour la fabrication des
chapeaux, on recourt au soufrage, qu'on pratique de la manière
suivante: On prend un tonneau d'environ 4 à 5 pieds de hauteur et
défoncé des deux bouts, sur les parois internes duquel on colle du
papier, afin de boucher soigneusement toutes les issues qui
pourraient livrer passage au gaz acide sulfureux; on le dresse sur
l'une de ses extrémités, et à 15 ou 16 centimètres de la partie
supérieure on fixe quatre taquets destinés à soutenir un cercle sur
lequel est tendu un filet en fil dont les mailles ont une dimension
de 3 centimètres, et sur lequel on arrange les pailles par petites
poignées en croisant les couches; on ferme hermétiquement ce
tonneau au moyen d'un couvercle entouré de lisières; enfin l'on
recouvre d'une couverture de laine. Tout étant ainsi disposé, on
introduit dans le tonneau un réchaud rempli de charbons allumés sur
lequel on place un vase en tôle contenant du soufre en poudre,
étendu dans ce vase en une couche très mince pour éviter qu'il
s'agglomère; car dans ce cas le soufre brûle avec trop de flamme et
noircit la paille. Le gaz acide sulfureux, qui est le produit de la
combustion du soufre sous le tonneau et remplit toute la capacité,
agit sur la partie colorante de la paille qui est détruite en
175 grande partie dans environ dix à douze heures. On arrange alors la
paille blanchie entre des toiles mouillées pour la rendre plus
souple, et on l'en retire dans trois ou quatre heures. C'est après
que la paille est blanchie qu'ordinairement on en coupe les noeuds
et qu'on en divise les brins longitudinalement. Nous y reviendrons.
_Teinture de la paille._
_Préparation préliminaire._
L'expérience a démontré qu'on ne peut donner certaines couleurs à
la paille, si on ne l'a préalablement ouverte. Pour y parvenir il
ne faut point qu'elle soit dans un état de siccité parfaite, parce
qu'alors elle se brise; il faut donc la laisser toute une nuit dans
un lieu bas et un peu humide; il est alors facile de l'inciser,
l'aplatir et la dresser. Pour cela on employait jadis une espèce de
fuseau en bois A, _fig. 47_; on tenait le tuyau de paille de la
main gauche, on faisait entrer le fuseau dans un des bouts, et en
l'inclinant et le poussant dans la direction de la fente on
prolongeait celle-ci jusqu'à l'autre bout: après cela la paille
était étendue sur le fuseau, en la frottant avec le polissoir,
_fig. 48_. Pour finir de l'aplatir on la frottait également sur son
poli avec une planche épaisse très unie de noyer ou de pommier. Le
polissoir est vu de profil en B et de face en C. Cette opération,
qui était d'autant plus longue qu'on était obligé de la renouveler
pour chaque tuyau, a été abrégée et perfectionnée par M. L. Voici
le procédé qu'il a inventé et décrit dans le Dictionnaire
technologique; nous allons lui emprunter cette description.
La _fig. 49_ représente le laminoir à fendre, ouvrir et lisser la
paille. Sur une planche rectangle de bois de pommier A, de 20 sur
15 centimètres, on assemble à tenons et mortaises deux fortes
jumelles B B, recouvertes par une traverse supérieure C, ajustée à
176 fourche sur l'extrémité des jumelles; c'est entre les jumelles que
sont placés les deux cylindres D, E, qu'on voit parfaitement dans
la _fig. 50_ qui montre le laminoir par-derrière. La _fig. 51_
montre de profil l'une des jumelles, afin qu'on y distingue la
saillie _a_, sur laquelle repose la traverse _b_, sur laquelle est
fixée, par deux vis, la pièce importante qui sert à ouvrir la
paille et à la diriger entre les cylindres du laminoir. Cette
traverse est placée par ses deux extrémités sur les saillies des
deux jumelles, et y est fixée par deux vis en bois, comme on le
voit en B, _fig. 49_. On voit dans les jumelles, _fig. 51_, une
entaille _c_ longitudinale qui reçoit les deux tourillons des
cylindres, dont l'inférieur repose sur une entaille arrondie, et
est surmonté par un coussinet _d_, qui est pressé par la vis _f_,
afin que le cylindre supérieur comprime suffisamment la paille pour
l'étendre. On voit ces deux vis dans la _fig. 49_.
La traverse _b_ porte dans son milieu une pièce _g_, qui lui est
fixée par deux vis à bois, et qui porte le bec de bécasse saillant
_h_, que l'on voit sur ses deux faces, _fig. 52_ et _53_. La _fig.
52_ le montre par-dessus, tel que le présente la _fig. 49_; la
_fig. 53_ le montre par-dessous, afin qu'on en puisse concevoir la
construction. Le bec _h_ saillant est tranchant par-dessus, il est
arrondi par-dessous, et va toujours en s'élargissant, afin de
diriger la paille au fur et à mesure qu'elle s'aplatit, afin de la
mettre en prise, tout étendue, entre les cylindres. Voici la
manière d'opérer. On prend la paille moite de la main gauche, on
fait entrer le _bec de bécasse_ dans le tuyau et l'on pousse; la
paille se fend, et l'on continue à pousser jusqu'à ce qu'en faisant
tourner la manivelle G, on sente qu'elle est prise entre les
cylindres: on lâche alors la paille; on continue de tourner la
manivelle jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait passée; elle tombe
alors tout ouverte et plate par-derrière le laminoir. On prépare
ainsi dix mille pailles dans un jour, tandis que par l'ancien
procédé on n'en préparait que cent. Ces pailles sont ainsi
disposées pour la teinture.
177
_Teinture de la paille en bleu._
Indigo guatimala en poudre
première qualité. 30 gram. (1 once).
Acide sulfurique à 66 (huile de
vitriol). 60 (2 onces).
Potasse première qualité. 15 (1/2 once).
On introduit l'indigo et l'acide sulfurique dans un petit matras ou
une fiole à médecine qu'on fait chauffer au bain de sable; dès
qu'on s'aperçoit qu'il n'existe plus d'effervescence, on y ajoute
la potasse, et on laisse digérer pendant un jour et une nuit. La
solution d'indigo ainsi préparée, on fait bouillir dans une bassine
de l'eau en quantité suffisante pour que les pailles puissent y
prendre un bain; on y ajoute alors peu à peu de sulfate d'indigo
avec une cuillère de bois à très long manche jusqu'à ce qu'on ait
la couleur qu'on désire. On retire alors la bassine du feu, on
immerge dans la liqueur les pailles non ouvertes, et quand elles
ont contracté la couleur que l'on désire, on les lave à l'eau
fraîche et pure, et on les fait sécher à l'abri de la poussière.
Pour le _bleu de ciel_ ou _azur_ on met beaucoup moins de sulfate
d'indigo, et les pailles doivent être ouvertes.
_Couleur jaune._
On fait bouillir du curcuma en poudre (_terra merita_) en plus ou
moins grande quantité, suivant la nuance jaune qu'on veut obtenir;
on passe à travers une toile, on remet la liqueur sur le feu, on y
plonge les pailles non ouvertes, et l'on fait bouillir jusqu'à ce
qu'elles aient acquis la couleur voulue; alors on les retire, on
les lave et on les fait sécher. La teinture de curcuma n'est point
épuisée après cette opération; on en fait usage pour obtenir des
couleurs jaunes plus faibles.
_Couleur noire._
178 Pour teindre les pailles en noir, on commence d'abord par les
engaller, c'est-à-dire à les immerger dans une décoction de noix de
galle; de là on plonge dans un bain de pyrolignite de fer, et en
définitive dans une décoction ou bain de bois de campêche. On lave
et l'on fait sécher.
Nous passerons sous silence les couleurs rouge, rose, verte, brune,
etc., attendu que jusqu'à présent on ne fait point usage de
chapeaux de cette couleur.
Il est bon de faire observer que les pailles, quoique immergées
dans le même bain, n'ont pas toutes la même nuance de couleur; il
faut donc les trier et les assortir. Après cela, soit qu'elles
soient de couleur naturelle, soufrées, blanchies ou teintes, on
doit les régler, les lisser et les soumettre à la presse dans du
papier placé entre deux planchettes, afin que les brins se
réduisent en rubans plus ou moins fins.
Nous avons déjà dit qu'après avoir coupé les noeuds de la paille on
incise les tuyaux longitudinalement en deux ou quatre rubans,
suivant le degré de finesse du chapeau: on se sert pour cela d'un
petit bistouri ou canif à lame à pointe courbe. Tous ces brins sont
ensuite rassemblés et placés par couches entre des toiles mouillées
pendant environ trois heures, pour les rendre plus souples et
propres à être tressés: sans cette opération ils se briseraient à
chaque instant.
_Tressage des pailles._
Les pailles destinées à la fabrication des chapeaux doivent être
tressées, et la grosseur de ces tresses est relative à la grosseur
des brins des pailles, suivant la qualité des chapeaux, qu'on
divise en deux classes:
1º Les chapeaux fins sont ceux qu'on fait avec des tresses ou
nattes dont quatorze et au-delà même, cousues ensemble, n'offrent
qu'un décimètre (47 lignes) de longueur.
179 2º Les _chapeaux grossiers_ ou _communs_ sont ceux dont les nattes,
dans une largeur d'un décimètre, sont composées de moins de
quatorze tresses; de ce nombre sont ceux de paille de riz,
d'ivraie, ou de froment entière.
Quant à ceux de sparterie ou d'écorce, cette même largeur se
compose de moins de dix tresses; à cela près, même mode de
fabrication.
Il est bon de faire observer que pour les chapeaux de paille très
fins, la division du tuyau en deux ou quatre brins au moyen du
canif est insuffisante, et que, comme cette division doit être bien
plus grande, on ne saurait y parvenir au moyen du canif; aussi
emploie-t-on un moyen plus convenable. Il consiste à fixer des
aiguilles à broder la mousseline à égale distance les unes des
autres et sur une même ligne; pour cela on implante les têtes dans
de la résine; ces aiguilles ainsi disposées forment une espèce de
peigne sur lequel on place l'extrémité du brin de paille, humide et
préalablement fendu dans sa longueur; il est évident qu'en tirant
ensuite ce ruban de paille jusqu'à l'autre extrémité on le divise
en autant de petits rubans qu'il y a d'épingles. On assortit ces
brins de paille, suivant leur longueur et largeur, et on les
emploie suivant les divers degrés de beauté des chapeaux.
Ce sont des femmes qui font ensuite les tresses avec les pailles
ainsi préparées et humides. Nonobstant cela, elles doivent avoir
toujours les doigts un peu mouillés, afin de conserver à la paille
sa flexibilité en s'opposant à son dessèchement. Il est bien
évident qu'on doit avoir des ouvrières intelligentes pour bien
recorder les brins de paille et surtout pour les tresser d'une
manière égale et serrée de manière à ce que les tresses soient
unies et point bosselées sur les côtés. Dès qu'on a fabriqué une
suffisante quantité de ces tresses et qu'on leur a donné la largeur
et la longueur relative à la qualité des chapeaux à la fabrication
desquels elles sont destinées, elles passent dans un autre atelier.
180 Là, d'autres femmes les cousent d'une manière presque imperceptible
en les roulant à plat en spirale sur elles-mêmes, soit bord à bord
dans le même plan, soit à recouvrement. Mais pour la beauté de
l'ouvrage, il est essentiel que cette couture ne soit point
apparente. C'est en cet état, ou même à celui de tresse, qu'on
livre les chapeaux de paille aux marchands qui les façonnent ou
mieux leur donnent la forme à la mode[49] et l'apprêt convenable.
[Note 49: Dans cet ouvrage, nous ne nous sommes proposé que de
décrire la fabrication première des chapeaux; pour leur préparation
secondaire, nous renvoyons aux Manuels des demoiselles, des dames,
etc.]
_Apprêt des chapeaux de paille._
Quelle que soit l'habileté des ouvrières, la beauté et l'uniformité
des brins de paille; quel que soit le soin et l'adresse avec
laquelle les tresses ont été faites, il faut pour que cette étoffe
en paille soit bien unie, et ait de la consistance et du brillant,
qu'elle reçoive un apprêt au moyen de la presse ou du repassage.
Voici comme on pratique ces deux moyens.
1º _Apprêt par la pression_. On commence d'abord par bien mouiller
les chapeaux avec de l'eau de riz, d'amidon ou de gomme arabique;
dès qu'ils sont secs, on les entasse les uns sur les autres, en
plaçant entre chacun des plateaux de bois bien chauffés; en cet
état, on les soumet pendant vingt-quatre heures à l'action d'une
forte pression d'abord sur les bords, ensuite sur le contour et le
dessus des calottes.
2º _Apprêt par le repassage_. Ce moyen a fait abandonner en grande
partie le précédent, depuis que M. Mégnié a imaginé et construit
deux machines qui facilitent singulièrement ce repassage. Ce sont,
181 dit M. E. M.[50], des espèces de tours en l'air, dont une est
destinée au repassage des rebords, et l'autre du contour et du
dessus des calottes. Dans ces deux tours, le chapeau, imbibé du
même apprêt que pour le procédé de la presse, est placé dans une
forme de bois qui le remplit exactement, et qui, tournant sur
elle-même lentement, à l'aide d'un engrenage d'angle que l'ouvrier
chapelier met lui même en action, l'entraîne dans son mouvement de
rotation, et lui fait présenter successivement tous les points de
sa surface extérieure à l'action du fer chaud et immobile,
fortement pressé par-dessus par un levier disposé convenablement à
cet effet. Ce procédé, qui ne laisse rien à désirer pour la
perfection du travail, l'a tellement abrégé, qu'un ouvrier repasse
dans sa journée cent vingt chapeaux, au lieu de vingt-quatre qu'il
avait de la peine à repasser en faisant agir le fer à la main sur
le chapeau immobile. Nous ajouterons à cela que le poli et le
luisant que prennent les chapeaux ainsi lissés est bien supérieur à
celui qu'ils acquièrent par la pression. Nous avons représenté,
_fig. 54_, la presse dont on fait usage, et _fig. 55_, _56_ et
_57_, d'autres instrumens pour fendre les pailles.
[Note 50: Dict. technolog.]
Nous allons maintenant exposer quelques procédés mis en usage par
plusieurs fabricans français ou étrangers; ils contiennent
certaines notions que, pour éviter les répétitions, nous avons cru
devoir passer sous silence. En Angleterre on se livre aussi avec
succès à ce genre de fabrication, si l'on en juge du moins par
l'article suivant du _Galignani's Messenger_[51].
[Note 51: En Angleterre on emploie principalement à cette
fabrication la paille de l'orge à deux rangs, dit paumelle,
_hordeum distycum_.]
La Société royale de Dublin adjugea dernièrement, pour cette
branche d'industrie, quatre prix de 20, 15, 10 et 5 livres. Un
182 rapport lu à cette occasion contient les dispositions suivantes:
Les progrès extraordinaires qui ont eu lieu depuis trois ans dans
ce genre d'industrie, et le degré de perfectionnement auquel il est
aujourd'hui parvenu, donnent lieu de croire que cette fabrication,
si elle est poussée avec toute la persévérance et l'activité
convenables, mettra bientôt l'Irlande complètement en état de
rivaliser avec l'Italie, pour ce produit. Des marchands de Dublin,
qui font ce genre de commerce, invités à donner leur avis sur la
qualité des six chapeaux de paille qui ont obtenu le premier prix,
ont déclaré que si les chapeaux mêmes de Livourne de la première
qualité, tels que ceux qui s'importent dans ces pays-ci, étaient
mêlés avec ceux-ci, il n'est personne, au fait de cet article, qui
pût faire une distinction entre les uns et les autres. Ces
marchands ont déclaré, en outre, à l'égard d'un autre chapeau qui
n'avait remporté que le troisième prix, qu'un tel chapeau ne
rendrait à Londres, suivant le cours actuel, pas moins de cinq
guinées. Le comité fit de plus observer que le _cynosurus
cristatus_ n'est pas la meilleure des matières premières propres à
cette espèce de fabrication, attendu que cette substance est de sa
nature trop dure et trop fibreuse, et en général d'une couleur
inégale. Dans l'opinion du comité, la paille de seigle (_secale
cereale_) est de beaucoup préférable; et il ajouta que l'un des
chapeaux qui a obtenu le premier prix, chapeau fait de l'herbe
printanière odorante (_anthoxanthum odoratum_) paraissait d'une
qualité supérieure à celle de tous les autres faisant partie du
même concours. (_Dublin, correspondant_.)
183
_Fabrication des chapeaux de paille à la manière italienne_; par M.
WEBER. (_Verhandl. des Vereins zur Befoerderung des Gewerbfl. in
Preussen_; janv. et fév. 1826. p. 45[52].)
[Note 52: La Société d'encouragement de Berlin a proposé un prix
pour cette fabrication.]
Les chapeaux de paille les plus beaux et les plus solides sont
fabriqués en Italie. On en distingue deux sortes: 1º Les chapeaux
de Florence, qui réunissent au plus haut degré la solidité à la
perfection du travail, mais qui sont aussi les plus chers; 2º Ceux
de Venise, qui ne sont pas tout-à-fait aussi fins et aussi solides
que les premiers, mais qui sont proportionnellement moins chers.
Les nattes et les chapeaux de paille les plus renommés se
fabriquent en Italie, dans les Sept-Communes (_Sette Communi_). Ce
travail est l'industrie principale et la première ressource de
cette petite contrée, dont l'étendue est à peu près de quatre
lieues carrées d'Allemagne, et la population de dix mille âmes.
Le rapport annuel de cette fabrication, y compris le prix de la
paille, s'élève à trois millions de livres vénitiennes. C'est dans
les communes de Lusiana et de Giacomo que cette industrie a le plus
d'importance; c'est aussi là que croît surtout l'espèce de froment
propre à ce genre de travail. La paille est récoltée et assortie
avec soin, et les chalumeaux, coupés à égales longueurs, sont
réunis et vendus par bottes aux fabricans de nattes, à raison de 8
fr. la livre de douze onces. Ceux-ci vendent leurs nattes aux
fabricans de chapeaux.
Des prix ont été décernés pour cet objet par la société
d'encouragement de Londres à M. Wells, de Weatherfield, et à M.
Cobbet, qui se sont occupés avec succès de cette fabrication.
184
La graminée employée par madame Wells est le _poa pratensis_, qui
croît partout en Allemagne dans les pâturages et les prairies
basses. Quant à M. Cobbet, il a fait des essais, non seulement sur
ce même _poa pratensis_, mais encore sur plusieurs autres graminées
indigènes de l'Angleterre, telles sont: la _melica cærulea_,
l'_agrostis stolonifera_, le _solium perenne_, l'_avena
flavescens_, le _cynosurus cristatus_, l'_anthoxanthum odoratum_,
et l'_agrostis canina_. Toutes ces plantes lui ont fourni des
nattes susceptibles d'être employées.
Leurs procédés pour préparer la paille varient. Madame Wells fait
la récolte de la plante depuis l'époque de la floraison jusqu'aux
approches de la maturité de la graine: elle n'emploie que la partie
qui se trouve entre le noeud supérieur et le sommet; elle verse
dessus de l'eau bouillante, et fait ensuite sécher au soleil; elle
réitère cette opération une ou deux fois, ou jusqu'à ce que les
feuilles, qui entourent la tige sous forme de gaine, se détachent.
Alors elle blanchit de la manière suivante: elle commence par
préparer une eau de savon, à laquelle elle ajoute de la potasse
perlasse jusqu'à ce que celle-ci domine; elle humecte la plante
avec cette solution, et la place toute droite dans une caisse; elle
y brûle du soufre, et elle couvre la caisse de linges pour y
renfermer la vapeur sulfureuse; elle continue de brûler ainsi du
soufre jusqu'à ce que la plante humectée par l'eau de savon soit
sèche: ce qui exige environ deux heures. Pendant cette opération le
soufre est renouvelé une ou deux fois. La plante est alors propre à
être tressée. Cette préparation est, comme on le voit, très simple;
elle n'exige pas d'instrumens spéciaux, et toutes les paysannes
peuvent la faire elles-mêmes sans difficulté.
M. Cobbet exécute autrement le blanchiment. Il place les tiges de
la plante, réunies en bottes, dans une petite cuve, et il les
submerge d'eau bouillante; il les y laisse pendant dix minutes,
185 puis il les retire, et les étend sur du gazon bien ras. Au bout de
sept jours, le blanchiment est terminé. Le mois de juin est celui
qui convient le mieux pour la récolte et la préparation de la
plante.
Aidé par les travaux des étrangers, je me suis occupé de cette
fabrication, dit M. Weber, et j'ai fait des essais comparatifs,
dont voici les résultats:
1º Le _poa pratensis_ est très propre à la confection des chapeaux
de paille. Ses chalumeaux sont au moins aussi fins que ceux
d'Italie; mais ceux-ci paraissent plus solides.
2º Les graminées sauvages de la Prusse peuvent être employées au
même usage.
3º La couleur de la paille dépend du mode de blanchiment; on doit
surtout faire cette opération par un beau temps et avec un grand
soleil. Aussi le procédé de M. Cobbet est-il bien préférable à
celui de madame Wells.
4º La paille ainsi préparée se laisse très bien tresser et coudre.
Sur la demande de M. Weber, la Société d'encouragement, pour la
culture des jardins, s'est chargée de multiplier les graminées
indigènes qui peuvent servir à la fabrication des chapeaux de
paille, et de faire venir d'Italie assez de semences de la plante
qui y est employée pour chercher à la propager en Prusse. Cette
plante, d'après l'opinion des membres les plus instruits de cette
Société, est le _tricticum æstivum_, qui, semé dans un terrain
maigre et non fumé, fournit un chaume mince. Il est vraisemblable
que, dans le cours de l'été prochain, les fabricans qui voudront
faire des chapeaux de paille à la manière italienne auront à leur
disposition de la paille d'Italie et de la paille des graminées
indigènes, et pourront employer comparativement ces deux matières
premières à la confection des chapeaux.
186
_Chapeaux fabriqués avec des pailles indigènes, imitant ceux de
paille d'Italie_, par M. de BERNARDIÈRE, à Paris. (Brevet
d'invention de cinq ans.)
Les pailles employées à la confection de ces chapeaux indigènes
sont tirées du Cotentin et des environs de Paris; les plus fines se
trouvent plus généralement dans les prairies que partout ailleurs.
D'autres pailles, d'une moins belle qualité, se trouvent plutôt
dans des seigles semés légèrement que dans tout autre endroit.
L'une et l'autre de ces pailles ont besoin d'une préparation pour
devenir de la couleur de la paille d'Italie. Cette préparation
consiste à mettre le plus promptement possible, après les avoir
récoltés, les fétus non encore mûrs dans l'eau froide, que l'on
fait arriver peu à peu à l'état d'ébullition; après quoi, on les
retire et les expose à la chaleur du soleil pour les faire sécher,
ayant soin de les arroser jusqu'à ce que la paille devienne d'un
jaune convenable et très liante, sans quoi elle casse, et ne vaut
rien pour tresser et encore moins pour être cousue.
La tresse se fait avec treize brins de paille; pour la coudre on
dispose les tresses l'une dans l'autre avec un fil passé dans
l'intérieur de la maille, et de telle façon que, pour arriver à
faire un chapeau entier, il doit parcourir toutes les mailles d'une
extrémité à l'autre.
_Chapeaux de paille de la forêt Noire._
Autrefois on ne faisait dans la forêt Noire que des tresses de
paille très grossières; les chapeaux qu'on en fabriquait n'étaient
portés que par les habitans de la campagne, et se vendaient presque
tous en France. Le gouvernement français voulant encourager cette
branche d'industrie dans les Vosges, doubla les droits d'entrée des
chapeaux de paille, en les fixant à 8 francs la douzaine[53]. Cette
187 augmentation d'impôt fit cesser ce trafic lucratif avec la France.
M. Huber, bailli de Triberg, ayant eu connaissance des procédés
employés par les Italiens pour la fabrication des chapeaux de
paille fins, engagea ses concitoyens à donner plus de finesse à
leurs tissus, qui étaient encore très grossiers. En 1804, il fit
fabriquer des instrumens au moyen desquels on pouvait diviser en
dix parties le brin de paille le plus fin; il fit couper la paille
avant la parfaite maturité, la fit blanchir et distribuer parmi les
ouvriers les plus habiles. Si bien qu'en 1813, on était déjà
parvenu à donner aux chapeaux de paille un tel degré de finesse et
de perfection, et un si bel apprêt, qu'ils sont généralement
recherchés non seulement dans le pays, mais encore en France, en
Hollande, en Belgique, et même en Russie, où il s'en fait de
grandes expéditions. Dans le seul bailliage de Triberg, quinze
cents personnes s'occupent de cette branche d'industrie et
fabriquent annuellement cent vingt mille de tissus de paille.
[Note 53: Bulletin de la Société d'encouragement, année 1819.]
_Chapeaux de paille double, tissus à l'envers sur baguettes
d'osier, de baleine, de roseau et autres substances flexibles
analogues_, par M. BLOUET, fabricant de chapeaux de paille à la
maison centrale du mont Saint-Michel, département de la Manche.
(Brevet d'invention.)
_Procédés de fabrication._
Avant de fendre la paille, on la fait aplatir sur une règle en
bois, en la raclant sur ses deux faces avec un couteau: cette
opération lui enlève une partie du tissu spongieux qui revêt
l'intérieur du tube et la rend ainsi beaucoup plus flexible et
moins cassante; on la fend ensuite avec un nouvel outil appelé
filière, consistant tout simplement en plusieurs aiguilles fixées
188 sur un manche et écartées l'une de l'autre suivant la largeur que
l'on se propose de donner aux petites lames de paille. En appuyant
ces aiguilles ainsi disposées sur l'une des extrémités de la paille
aplatie, et en tirant à soi cette extrémité, la pointe de chaque
aiguille fend cette paille et la réduit en autant de morceaux égaux
qu'il y a d'intervalles.
C'est avec la paille ainsi préparée que se fabriquent les nouveaux
chapeaux; on la contourne sur des baguettes d'osier extrêmement
minces et auxquelles on réunit quelques fines lames de baleine pour
en augmenter la solidité.
La paille privée des soutiens spongieux par l'opération du raclage
dont on vient de parler, se trouvant très amincie, on la double
pour la mettre en oeuvre; c'est le moyen d'obtenir un tissu très
serré et en même temps très égal, attendu que l'ouvrage ne présente
pas alors ces petites aspérités et imperfections qui sont
inévitables quand on n'emploie qu'une seule paille pour former le
point du tissu; les deux pailles donnent la facilité de rajuster
d'une manière imperceptible celles qui viennent à casser. Les
chapeaux ainsi préparés sont teints par les procédés ordinaires.
_Chapeaux d'hommes et de femmes en nattes de paille, osier et
baleine, sans couture_, par M. MICHON fils aîné. (Brevet
d'invention de cinq ans.)
Ces chapeaux sont formés d'un tissu dont la chaîne est en baleine,
amincie au moyen d'une espèce de rabot, composé d'un morceau de
bois de trois pouces de longueur sur deux pouces de largeur, dans
lequel est logé un fer tranchant.
La trame ou rempli est en osier ou en paille; l'osier est fendu
suivant la forme que l'on veut donner au tissu et se prépare de la
même manière que la baleine. Quant à la paille, on la fend au moyen
d'un outil ou couteau en ivoire ou en acier.
189
Les chapeaux sont façonnés à la main sur des formes en bois, et
lorsqu'ils sont terminés, ceux qui sont destinés pour hommes sont
teints en noir ou en gris, et ceux qui sont pour femmes restent en
écru. Les chapeaux de femme sont le plus ordinairement remplis avec
de la paille ou des bouts d'épis.
On peut employer le même procédé pour confectionner les schakos à
l'usage de la troupe.
_Brevet de perfectionnement et d'addition délivré, le 28 décembre
1822_, au sieur ACHILLE DE BERNARDIÈRE, _cessionnaire du brevet du
sieur_ MICHON.
Ces perfectionnemens consistent à introduire dans le mode de
fabrication précédent le moyen de tisser l'osier en éclisses
plates, de confectionner les chapeaux en trame d'éclisses de bois
de peuplier, de saule et généralement toute espèce de bois vert ou
sec; enfin dans l'application de ces divers tissus à la confection
des schakos et autres coiffures tant pour le civil que pour le
militaire
Quant à la préparation des diverses matières premières, elle est
absolument la même que celle indiquée dans le brevet du sieur
Michon.
_Chapeaux de paille cousue, etc_.
Ces chapeaux sont inférieurs pour la qualité à ceux que nous avons
décrits; on voit les tresses cousues l'une un peu sur les bords de
l'autre et de manière que lorsqu'on coupe la paille avec les
ciseaux, elles se décousent aisément. On en fait aussi avec des
pailles plates plus ou moins larges collées sur un fond ou cousues
par bandes; quelquefois on entremêle celles-ci de tresses plus ou
moins fines. Tous ces chapeaux qu'on varie à l'infini sont d'un
prix inférieur à ceux à tresses fines.
190
Les chapeaux de paille cousue se font avec de petites nattes de
paille cousues l'une sur l'autre; ils se commencent par le milieu
de la calotte; on forme un bouton, et tournant la paille sur
elle-même on la conduit ainsi jusqu'à ce que l'on ait fait un rond
assez grand pour faire une calotte ordinaire. Les grandeurs varient
selon celles des têtes que l'on veut faire.
Lorsque l'ouvrière est arrivée à ce point, elle plie deux rangées
de cette paille de manière à commencer ce que l'on appelle la
baisse de la calotte; ensuite elle coud sa paille toujours en
tournant, en faisant attention à la conduire également,
c'est-à-dire à ne pas faire _boire_ plus dans un endroit que dans
l'autre, ce qui formerait des bosses qui s'effacent difficilement
au cylindrage et reparaissent à la plus légère humidité.
La calotte achevée, c'est-à-dire arrivée à la hauteur que l'on veut
lui donner, on la plie en quatre: le devant, le derrière, et chaque
côté des oreilles, où il faut commencer la passe; on prend la
paille, on lui donne une légère cambrure, et l'on commence à partir
du pli indiquant l'oreille droite en tournant la forme jusqu'au pli
indiquant l'oreille gauche où l'on s'arrête, et l'on coupe sa
paille, ayant soin en la cousant de la faire légèrement boire afin
de forcer la passe à se lever. L'ouvrière doit avoir soin de
rayonner sa paille aux oreilles, c'est-à-dire la couvrir presque
entièrement de manière à n'en laisser passer qu'une très petite
partie afin de donner la place à tous les bouts de paille qui
doivent composer sa passe; elle doit encore observer en commençant
quelle est la longueur qu'elle veut donner à la passe de son
chapeau, car, si elle veut faire un chapeau presque rond, alors
elle ne rayonnera pas beaucoup ou pas du tout. Si sa passe doit
avoir dix pouces d'avance et quatre de derrière, alors elle coupera
ses pailles et rayonnera jusqu'à ce qu'elle ait six pouces
191 d'avance; ensuite, au lieu de couper sa paille comme elle l'a fait
jusqu'à ce moment, elle continuera à la coudre en tournant tout
autour de la calotte de façon à ce qu'elle soit arrivée à dix
pouces d'avance; le derrière devra nécessairement en avoir quatre.
Les chapeaux d'enfans se font tout ronds, c'est-à-dire que la forme
étant achevée, sans quitter sa paille, on la fait boire fortement,
ce qui la force à se relever et ainsi à commencer l'avance que l'on
continue ensuite en tournant toujours jusqu'à ce que l'on juge que
le chapeau soit assez grand. Lorsque les six premiers tours de la
passe sont achevés, l'ouvrière doit poser fréquemment son chapeau
sur une table afin de voir si son avance est bien plate, car si la
paille est trop poussée l'avance godera, chose qu'il faut éviter;
si au contraire elle ne l'est pas assez, elle tombera sur les yeux
comme un abat-jour. Chaque pièce de paille n'ayant que douze aunes
de long, on est forcé de faire de fréquentes rentrures. Plusieurs
personnes coupent la paille en biais, et laissent un brin de la
tresse à chaque bout, qui, formant le crochet, rentrent l'un dans
l'autre. Cette manière est très propre, mais peu solide. Je
conseillerais plutôt de croiser sa paille l'une sur l'autre, la
longueur d'une ligne seulement, en ayant soin de maintenir les deux
bouts par un point l'un en haut l'autre en bas; la petite bosse
formée par cette jonction s'aplatit au cylindre, et ne risque
jamais à se défaire lorsque le cylindreur force la forme du chapeau
pour lui donner une plus grande dimension que celle pour laquelle
il a été fait.
_De l'énuenchage._
La paille, quelque égale que l'on puisse la choisir, conserve
quelquefois des parties plus brunes qui ne se voient que lorsque le
chapeau est terminé; l'ouvrière doit alors couper toutes les
nuances et les remplacer par d'autre paille dont la teinte se marie
parfaitement avec le chapeau; elle réussit à cacher cette espèce de
192 raccommodage en croisant sa paille comme je viens de l'indiquer
plus haut.
L'on se sert pour fabriquer les chapeaux de paille cousue de
petites tresses faites en Suisse, mises en paquets de douze aunes,
et dont le prix varie selon la finesse ou le blanc.
Les plus estimées sont celles qui nous viennent de Fribourg. Les
paquets, pliés sur un quart de longueur, sont serrés et arrêtés des
deux bouts: cette paille est d'un grain arrondi, fort, et se
blanchit très bien.
L'Argovie au contraire se vend en paquets pliés sur une demi-aune
de longueur, arrêtés d'un seul bout; son grain est lâche, plat, et
la paille, quoique blanche lorsqu'elle est neuve, jaunit au soleil
et se blanchit mal; elle peut se coudre indistinctement des deux
côtés; le Fribourg au contraire a un envers, on le connaît aux
petits piquans que forment les brins de paille lorsque l'on fait la
tresse; à l'endroit ils sont placés tous de haut en bas, et à
l'envers de bas en haut. Si le chapeau est fait à l'envers, il est
hérissé d'une foule de petits bouts que le cylindre même ne peut
abaisser et qui forment une espèce de peluche qui nuit à l'effet et
gâte entièrement un chapeau.
J'ai indiqué plus haut la manière de cylindrer ces chapeaux. L'on
se sert aussi de paille lisse appelée paille française; la
fabrication du chapeau est la même; la mode varie les formes ainsi
que les pailles dont on se sert pour les chapeaux cousus.
Cette note nous a été communiquée par une dame que sa modestie ne
nous permet pas de nommer.