Échantillon du Sahara algérien, récolté entre ’Oglat-Setîl et Merhayyer,

le 3 juin 1860. Reconnu en six stations entre Tîterhsîn et le Cherguîya,

principalement entre Mourzouk et Zouïla, où il dispute le sol à

l’_Alhagi Maurorum_.

« Le fruit de cet arbrisseau, _damouch_, est une baie rougeâtre, dit M.

le consul Pélissier, d’un goût exquis, mélange de ceux de la fraise, de

la framboise et de la groseille. L’effet de ce fruit sur l’organisme,

ajoute-t-il, est une fraîcheur vivifiante, disposant l’esprit à la

gaieté et laissant dans la mémoire de l’estomac une forte appétence pour

cet aliment suave et presque aérien. »

M. Pélissier, auquel j’emprunte cette appréciation, estime que c’est là

le véritable _Lotus_ des anciens, attendu qu’il croît en abondance dans

l’île de Djerba, l’ancienne _Lotophagitis_.

_Adhuc sub judice lis est._

OMBELLIFÈRES.

APIUM GRAVEOLENS L.

Kerâfes (_arabe_).

Récolté sous les palmiers de Sîdi-Khelîl.

Plante sans importance.

DEVERRA SCOPARIA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._

Gouzzah (_arabe_).

Trouvé et récolté le 14 novembre 1860, dans l’Ouâdi-Tirhît, du plateau

de Tînghert. Reconnu sur la Chebka des Benî-Mezâb. Signalé sur le

plateau de Tâdemâyt.

Petite plante, très-odorante, très-commune dans les stations qu’elle

affectionne.

SCANDIX PECTEN-VENERIS L.

Sennârt-el-Behâïm (_arabe_).

Récolté dans les environs du Chott-Melghîgh.

Plante sans importance.

DAUCUS CAROTA L.

Zeroûdïa (_arabe_) ; Ezzeroûdîet (_temâhaq_).

La carotte est cultivée dans les oasis, mais en très-petite quantité.

CUMINUM CYMINUM L.

Kerouïa (_arabe_).

Cultivé dans les jardins des oasis comme épice. On mêle sa graine avec

le sel et le poivre pour saupoudrer les aliments.

Dans les embarras gastriques, on en avale une pincée matin et soir.

Dans quelques villes du littoral méditerranéen, on distille la graine et

on en obtient une liqueur, _mâ-kerouïa_, qui est considérée comme un

spécifique des douleurs intestinales.

CORIANDRUM SATIVUM L.

Gouzbîr (_arabe_).

Cette Ombellifère aromatique est cultivée dans les jardins pour sa

graine connue sous le nom de _tabel_.

Le tabel est employé avec le sel et le poivre pour conserver les viandes

sèches à l’usage des caravanes. On s’en sert aussi dans les ragoûts.

La médecine indigène préconise un sirop de graine de coriandre dans les

affections chroniques de poitrine.

COMPOSÉES (CORYMBIFÈRES).

FRANCŒURIA CRISPA Cass.

Récolté le 20 septembre 1860 à la Gueráa de Ben-’Aggiou.

PULICARIA UNDULATA DC.

Ameo (_temâhaq_).

Trouvé et récolté en une station unique sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février

1861.

ASTERICUS GRAVEOLENS DC.

Nogued (_arabe_) ; Akatkat (_temâhaq_).

Récolté sur le sommet de la Gâra de Tisfîn le 16 septembre 1860 et à

Aghelâd le 8 février 1861.

Reconnu dans les environs de Ghadâmès, en sept stations entre Ghadâmès

et Rhât. Signalé dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que

sur le plateau de Tâdemâyt.

Plante sans importance, au point de vue de l’utilité.

ANVILLEA RADIATA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._

Chedjret-edh-dhobb, ’Arfej (_arabe_) ; Tehetit (_temâhaq_).

Reconnu dans l’’Erg, à Tîterhsîn, et à Serdelès.

Récolté le 20 septembre entre Gueráa-ben-’Aggiou et l’Ouâdi-Gober-Sâlah.

Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah.

Cette plante frutescente, qui croît en vastes touffes blanchâtres,

couvertes de fleurs jaunes au printemps, embrasse souvent de grands

espaces auxquels elle donne un aspect tout particulier.

CYRTOLEPIS ALEXANDRINA DC.

Récolté dans des lieux incultes à Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.

Sans utilité.

ARTEMISIA HERBA-ALBA Asso.

Chîh (_arabe_) ; Azezzeré (_temâhaq_).

Reconnu de Methlîli à El-Golêa’a.

Signalé commun entre Rhât et In-Sâlah.

Les sommités fleuries de cette plante sont récoltées, séchées, réduites

en poudre et prises comme digestives.

Quand les Touâreg sont venus en France, ils avaient leur provision de

cette poudre et en faisaient souvent usage.

Une décoction de feuilles et de fleurs est donnée aux enfants atteints

de vers intestinaux.

ARTEMISIA CAMPESTRIS L.

Chîh (_arabe_) ; Tiheredjdjelé (_temâhaq_).

Commun dans le Ahaggâr.

Cette espèce, plus grande que la précédente, sert aux mêmes usages.

TANACETUM CINEREUM DC.

Robîta (_arabe_) ; Tâkkilt (_temâhaq_).

Récolté le 9 février 1861 sur l’Ouâdi-Tarât. Reconnu en six stations

entre Ghadâmès et Rhât.

CHLAMYDOPHORA PUBESCENS Coss. et DR. _Cotula pubescens_ Desf.

Gartoûfa (_arabe_), syn. Coss.

Récolté le 7 mars 1860 entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-

Allah et le 8 février 1861 à Aghelâd.

Affectionne les terres alluvionnaires salines de heycha. Plante sans

importance.

SENECIO CORONOPIFOLIUS Desf.

Beddâna (_arabe_) ; Temasâsoui (_temâhaq_).

Récolté entre Guettâra-Ahmed-ben-’Amâra et Gâret-Djâb-Allah le 7 mars

1860 et à Sâghen le 1er janvier 1861.

Croît dans les terrains de heycha.

COMPOSÉES (CHICORACÉES).

SPITZELIA SAHARÆ Coss. et Kral.

Tasoûyé (_temâhaq_).

Récolté sur l’Ouâdi-Alloûn le 29 février 1861.

LOMATOLEPIS GLOMERATA Cass.

Harchâïa (_arabe_), syn. Coss. ; Rhardélé (_temâhaq_).

Récolté le 29 février 1861 sur l’Ouâdi-Alloûn.

SONCHUS MARITIMUS L.

Sîf-el-Ghorâb (_arabe_).

Récolté aux environs de Nafta le 8 mars 1860.

Sans importance.

TOURNEUXIA VARIIFOLIA Coss. in _Bull. Soc. bot._

Récolté entre Hâssi-Dhomrân et Cháabet-Timedaqsin le 9 septembre 1859.

ZOLLIKOFERIA QUERCIFOLIA Coss. et Kral. _Sonchus quercifolius_ Desf.

Récolté le 12 mars 1860 dans les montagnes de Kerîz.

Petite plante sans importance.

ZOLLIKOFERIA ANGUSTIFOLIA Coss. et DR. _Sonchus angustifolius_ Desf.

Récolté sur la Hamâda de Tînghert près de la Gâra de Tîsfîn (environs de

Ghadâmès), le 16 septembre 1860.

ZOLLIKOFERIA RESEDIFOLIA Coss. _Sonchus chondrilloides_ Desf.

’Adhîdh (_arabe_).

Récolté sur l’Ouâd-Mezâb le 18 juillet 1859 et sur le rivage de la mer à

Gâbès les 17 et 21 mars 1860. Commun dans la partie septentrionale du

Sahara algérien et tunisien.

Recherché par les chameaux.

PRIMULACÉES.

ANAGALLIS ARVENSIS L.

Récolté, le 13 mars 1860, dans les terrains humides aux environs du

Chott-Melghîgh.

Aime les terrains humides.

SAMOLUS VALERANDI L.

Récolté à Tânout-Tîrekîn, près de Djâdo, le 7 novembre 1860.

OLÉACÉES.

OLEA EUROPÆA L.

Zitoûna (_arabe_) ; Tahatimt (_temâhaq_).

L’olivier croît spontanément dans toutes les parties de la péninsule

atlantique réputées appartenir au Tell (_Tellus_ des Romains), mais,

dans le Sahara, il est toujours une conquête de la culture.

A Tessâoua, capitale de l’Ouâdi-’Otba, ancien centre de civilisation

nègre et l’une des premières villes conquises par les Arabes, on en

trouve d’énormes, à gros fruits, aussi remarquables par leur

développement que les plus beaux sujets de la même espèce sur le

littoral méditerranéen.

Tant à Tessâoua que dans le reste du Fezzân, on en compte une vingtaine

de pieds, tous cultivés pour olives de table. Que je sache, ces oliviers

doivent être les plus méridionaux de ceux connus sur le continent

africain.

On constate facilement, dans cette localité, qu’on est sur le terrain

d’une zone de transition, car, à côté de cultures soudaniennes, coton et

indigo, croissent l’olivier, le pêcher, le pommier et le citronnier, qui

appartiennent aux zones plus tempérées du Nord.

ASCLÉPIADÉES.

PERIPLOCA ANGUSTIFOLIA Labill.

Hallâb (_arabe_).

Récolté dans les ouâdi de la Djefâra, près de Tripoli, les 18 octobre et

12 novembre 1860.

En 1859, j’avais rencontré cette plante sur l’Ouâd-Mâssek, entre

Methlîli et El-Golêa’a.

Cette broussaille est mangée par les chameaux.

CALOTROPIS PROCERA R. Br.

Korounka (_arabe_) ; Tôreha (_temâhaq_).

Récolté à Methlîli en juillet et août 1859. Déjà trouvé, en 1858, sur le

même point, par M. le docteur Cosson. Reconnu en quatre stations entre

Ghadâmès et Rhât. Signalé au Touât.

La limite Nord de cette plante tropicale est à Methlîli, au Sud de

l’Algérie, et dans la Djefâra, plaine au Sud de Tripoli.

La forme et la couleur de cet arbuste rappellent celles du chou

domestique. Sa fleur est blanche à la base et violette au sommet. Sa

tige atteint 2m de hauteur.

Les graines que j’avais envoyées, en 1859, au Jardin d’acclimatation

d’Alger, n’ont pas levé, probablement parce qu’elles n’étaient pas en

parfaite mâturité. Depuis, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer cette

espèce en graine.

Les Touâreg utilisent la tige de cette plante dans la confection des

selles et des cages de voyage pour les femmes. Au Touât, on l’emploie

exclusivement, convertie en charbon, pour la préparation de la poudre.

Pl. VII. Page 180. Fig. 14 et 15.

[Illustration : Fig. 1. — VUE DE TESSÂOUA, PRISE DU CÔTÉ NORD.

D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]

[Illustration : Fig. 2. — INSCRIPTION COUFIQUE SUR UNE TOMBE DE L’ANCIEN

CIMETIÈRE DE TESSÂOUA.

D’après un estampage de M. H. Duveyrier.]

Les Arabes de la Tripolitaine, dit-on, s’en servent comme purgatif.

DÆMIA CORDATA R. Br.

Oumm-el-leben (_arabe_) ; Tellâkh (_temâhaq_).

Récolté le 24 août 1861 sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn dans la Sôda. Reconnu en

deux points de ma route entre Ghadâmès et Rhât.

GENTIANÉES.

ERYTHRÆA PULCHELLA Fries _var._ ?

Tifechkan (_temâhaq_).

Récolté près de la source de Serdélès, le 3 mai 1861.

CONVOLVULACÉES.

CRESSA CRETICA L.

’Achbet-el-mâ (_arabe_).

Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl le 17 septembre 1860.

BORRAGINÉES.

HELIOTROPIUM EUROPÆUM L.

Dhaharet-ech-chems (_arabe_).

Récolté dans l’Ouâd-Mezâb, pendant l’été 1859.

ECHIOCHILON FRUTICOSUM Desf.

Ras-hamrâ (_arabe_).

Récolté le 7 mars 1860, entre El-Ouâd et Nafta.

Commun dans les terres de heycha.

Sans importance.

LITHOSPERMUM CALLOSUM Vahl.

Ralma (_arabe_).

Récolté dans la plaine d’El-Bâla entre Methlîli et El-Golêa’a le 8

septembre 1859.

Plante des sables, sans importance.

TRICHODESMA AFRICANUM R. Br.

Tâlkaït (_temâhaq_).

Récolté le 1er mars 1861 à Tîn-Arrây.

SOLANÉES.

PHYSALIS SOMNIFERA L.

Farhaorhao (_temâhaq_).

Récolté le 17 mai et le 24 juin à Oubâri et à Mourzouk. Commun dans

toutes les oasis du Fezzân.

Grande plante ; narcotique comme les autres Solanées vireuses.

LYCIUM MEDITERRANEUM Dunal.

Aoused (_arabe_).

Récolté dans les rochers de Djâdo, le 28 octobre 1860, et à Qaçar-el-

Hâdj, le 18 octobre 1861.

Les Arabes font avec une décoction concentrée de _Lycium_ et le blanc

d’Espagne (_Biodh-el-Ouedj_) une pâte dont on couvre les yeux, dans la

petite-vérole, pour éviter qu’ils soient atteints.

La même pâte est employée dans les ophtalmies graves.

HYOSCYAMUS FALEZLEZ Coss. sp. nova.

Goungot (_arabe tripolitain_) ; Falezlez (_arabe saharien_) ; Afahlêhlé

(_temâhaq_).

Récolté sur l’Ouâdi-Aouâl, le 17 septembre, et sur la Gueráa-

ben-’Aggiou, le 20 septembre 1860 ; commun entre Ghadâmès et Rhât, dans

tout le pays des Touâreg ainsi qu’au Fezzân.

Plusieurs localités, sur le versant nigritien du plateau central du

Sahara, portent le nom de cette plante, _Falezlez_ ou _In-Afahlêhlé_,

notamment sur les routes de Rhât à Agadez et d’In-Sâlah à Timbouktou.

Le désert de Tânezroûft en est aussi empoisonné, mais elle ne croît plus

au Sud. Cette plante nouvelle paraît exclusivement saharienne.

Le falezlez est un poison très-actif pour tous les animaux autres que

les ruminants. Il engraisse les chameaux, les chèvres et les moutons, et

donne la mort, en quelques heures, à l’homme, au cheval, à l’âne et au

chien.

J’ai apprécié les qualités vénéneuses de cette plante dans des

circonstances qui doivent être relatées.

Un jour, mon cheval qui, pour la première fois dans le Sahara,

rencontrait des feuilles vertes et tendres, se jeta avec avidité sur cet

_Hyoscyamus_. Les Touâreg témoins de son inexpérience m’annoncèrent la

mort très-prochaine de la pauvre bête.

Comme on exagérait toujours à mes yeux les dangers du voyage d’un

chrétien dans le Sahara, je ne voulus pas m’en rapporter au pronostic de

mes compagnons indigènes, et, malgré leurs prières de m’abstenir, je

goûtai une feuille de cette maudite herbe et je reconnus bientôt que les

Touâreg avaient raison.

Mon cheval mourut en peu de temps et je fus assez gravement indisposé.

Peu après l’expérience, je fus pris d’un engourdissement et d’un froid

général, avec la vue voilée, tendance et disposition au sommeil. Je me

remis d’abord en prenant quelques gouttes de rhum, mais, pendant

plusieurs jours, je ressentis les effets de mon imprudence.

Mon cheval, qui avait été moins réservé que moi, commença à se coucher

sur le flanc et à donner, de temps à autre, des ruades et des coups de

tête convulsifs. L’œil devint terne tout de suite.

En vain je lui administrai de l’ammoniaque et de l’alcool étendu d’eau,

puis, sur le conseil des Touâreg, une boisson faite avec du poivre rouge

et des dattes : rien n’y fit. En quelques heures, l’animal était

ballonné, il n’ouvrait plus les yeux et respirait difficilement. Dans la

nuit il mourut gonflé comme une outre.

Qui le croirait ? malgré les dangers de l’usage de cette plante, les

indigènes l’emploient comme aliment et comme médicament ! Ses feuilles

récoltées sont transportées, vendues et recherchées sur le marché de

Timbouktou.

Je ferai connaître le mode d’emploi du falezlez en passant en revue les

pratiques médicales des Touâreg.

D’après les indigènes, les propriétés toxiques de cette Solanée, comme

celles de beaucoup de plantes, seraient en raison directe de l’altitude

des lieux où elle croît. Presque inoffensive aux environs de Tripoli,

déjà dangereuse sur les plateaux du Fezzân, elle devient poison actif

dans les montagnes des Touâreg. J’ignore si mes informateurs ne

confondent pas des espèces voisines, mais jouissant de propriétés

différentes.

Quoi qu’il en soit, dans les cas où cette plante vireuse agit avec le

moins de gravité, elle détermine des accidents cérébraux qui sont

qualifiés de folie par les gens du pays.

L’_Hyoscyamus Falezlez_ s’élève à 1/2 mètre de hauteur et met deux

années pour atteindre tout son développement. Il vit pendant 5 ou 6 ans,

montrant ses grandes feuilles vertes au-dessus des herbes sèches de la

végétation annuelle.

En attendant la description de cette plante par M. le docteur Cosson,

voici comment elle est définie dans mon journal de voyage :

Racine simple, s’enfonçant verticalement à une certaine profondeur.

Feuilles larges, charnues, succulentes, d’un vert peu foncé, avec larges

nervures presque blanches ;

Calice grand, vert, charnu, à cinq sépales ou échancrures au sommet ;

Fleur violette ;

SOLANUM MELONGENA L.

Badindjâl (_arabe_).

L’aubergine est encore un des fruits cultivés et estimés dans les oasis.

LYCOPERSICUM ESCULENTUM Dunal.

Tomâtich (_arabe_).

La tomate, plus encore que l’aubergine, est commune dans les jardins des

oasis.

CAPSICUM ANNUUM L.

Felfel-el-ahmar (_arabe_) ; Chitta (_temâhaq_).

Le piment est le condiment de la plupart des mets africains. On en

cultive plusieurs variétés et en grande quantité, non-seulement pour

l’approvisionnement des citadins, mais encore pour celui des nomades.

NICOTIANA RUSTICA L.

Doukhkhân (_arabe_) ; Tâba, Tâberha (_temâhaq_).

La seule variété cultivée dans les oasis est le tabac rustique, qui est

très-fort et dont l’odeur est très-piquante.

C’est au Soûf et au Touât que les cultures sont les plus étendues.

L’usage du tabac est plus général parmi les indigènes du Sahara que dans

le Tell, et on le prend sous toutes les formes, _per fas et nefas_.

Chez les Touâreg, hommes et femmes fument, et, quoique la fumée du tabac

rustique soit très-âcre, hommes et femmes la rendent par le nez.

Le tabac en poudre est pilé très-fin et mêlé à un huitième de natron

pour lui donner plus de montant. En cet état on le prend par le nez et

par la bouche.

Les femmes arabes, mariées à onze ans, mères à douze, vieilles à vingt,

employent le tabac comme aphrodisiaque en s’en saupoudrant certain

organe.

Pour l’honneur de l’humanité, je m’empresse de dire que cet usage

exceptionnel et impudique, inconnu des Touâreg, est circonscrit dans le

Sud-Est du Sahara algérien, de Laghouât au Soûf, particulièrement chez

les arabes Nemêmcha. Là, ce mode d’emploi semble si naturel que la femme

n’attend pas, dit-on, d’être hors de la vue de l’homme pour utiliser la

prise qui lui a été offerte.

En raison de ces nombreux usages, le tabac est l’objet d’un grand

commerce dans le Sud.

SCROFULARINÉES.

LINARIA FRUTICOSA Desf.

Tâzeret (_temâhaq_).

Récolté le 1er mars 1861, à Tîn-Arrây.

Plante presque ligneuse.

LINARIA LAXIFLORA Desf.

Récolté le 1er mars 1860 à Mouï-el-Ferdjân, entre l’Ouâd-Rîgh et le

Soûf.

Commun dans les terres de heycha.

Petite plante sans importance.

OROBANCHACÉES.

PHELIPÆA VIOLACEA Desf.

Dhânoûn (_arabe_) ; Ahêliwen, Timzhellitîn, Fetekchên (_temâhaq_).

Récolté sur le littoral de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860. Signalé en

plusieurs stations, dans les montagnes, entre Rhât et In-Sâlah.

Cette plante remarquable, à tige unique, sans branches ni feuilles,

haute de 60 centimètres, n’apparaissant que dans les sables, est mangée

dans les temps de disette. A cet effet, disent les indigènes, on la fait

bouillir, puis sécher au soleil, afin de pouvoir la réduire en farine.

La fécule ainsi obtenue est mélangée à d’autres substances alimentaires.

LABIÉES.

LAVANDULA MULTIFIDA L.

Kammoûn-el-djemel, Kerouïet-el-djemel (_arabe_) ; Djey (_temâhaq_).

Récolté sur l’Ouâdi-Arhlân, près de Djâdo, le 28 octobre 1860 ; dans le

pays des Harâba, le 12 novembre 1860 ; à Tîn-Arrây, le 1er mars 1861.

Signalé comme étant commun dans les montagnes du Ahaggâr.

Cette plante est recherchée par les chameaux à raison de ses propriétés

aromatiques.

THYMUS HIRTUS Willd.

Za’ater (_arabe_).

Récolté entre Hâmma et Gâbès, le 18 mars 1860.

Tous les thyms auxquels les indigènes donnent le nom de _za’ater_ sont

récoltés et employés pour aromatiser les aliments. Les habitants des

pays où ils croissent les échangent dans les oasis contre des dattes.

Dans la médecine arabe, les thyms sont employés comme stomachiques.

THYMUS CAPITATUS Link et Hoffm.

Za’ater (_arabe_).

Récolté sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18 novembre 1860.

En général, dans le Sahara, les thyms marquent les lignes des bas-fonds

par lesquelles s’écoulent les eaux pluviales.

SALVIA ÆGYPTIACA L.

Récolté sur les berges de l’Ouâd-Mezâb, le 18 juillet 1859.

Les feuilles et les sommités fleuries de toutes les sauges sont

employées par les indigènes en infusion théiforme, comme excitant

digestif.

Beaucoup d’entre eux mettent volontiers des feuilles de sauge dans leurs

fosses nasales pour y maintenir la fraîcheur.

ROSMARINUS OFFICINALIS L.

Kelîl (_arabe_) ; Ouzbîr (_berbère_).

Récolté dans le pays des Harâba, le 12, et sur l’Ouâdi-Tirhît, le 18

novembre 1860.

Les feuilles de romarin, récoltées dans le Sahara, sont transportées par

les caravanes dans l’Afrique centrale comme article d’échange.

On s’en sert pour aromatiser les aliments.

La médecine arabe leur attribue des propriétés vulnéraires : aussi

toutes les plaies récentes sont-elles couvertes de poudre de romarin.

GLOBULARIÉES.

GLOBULARIA ALYPUM L.

Tâselrha (_arabe_ et _temâhaq_).

Reconnu entre Ghadâmès et Rhât.

Dans toutes les contrées où pousse cette plante, ses branches et ses

feuilles sont employées en tisane concentrée, et avec succès, contre les

fièvres intermittentes et les éruptions furonculeuses.

PLOMBAGINÉES.

STATICE BONDUELLII Lestib.

Châchîet-edh-dhobb (_arabe_).

Récolté sur l’Ouâd-Mezâb, dans l’été 1859.

STATICE GLOBULARIÆFOLIA Desf.

Messâs (_arabe_).

Récolté dans l’Ouâdi-Tagotta, le 18 novembre 1860.

STATICE PRUINOSA L.

Guedhâm-el-ghozâl (_arabe_).

Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859.

En général, toutes les _Statice_ sont recherchées par les animaux comme

plantes salées.

LIMONIASTRUM GUYONIANUM DR.

Zeïta (_arabe_) ; Tafonfela (_temâhaq_).

Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; à El-Faïdh, le

31 mai 1860 ; signalé comme étant commun dans les oasis du Touât et dans

les montagnes du Ahaggâr.

Cet arbuste atteint quelquefois les proportions d’un petit arbre et

couvre d’assez grands espaces pour former des bosquets.

BUBANIA FEEI de Girard.

Melhafet-el-khâdem, Râs-el-khâdem (_arabe_).

Reconnu en 1859, entre Methlîli et El-Golêa’a.

L’herbier de cette course, ainsi que d’autres parties de mon bagage, a

été confisqué par les habitants de la ville alors inhospitalière d’El-

Golêa’a.

PLANTAGINÉES.

PLANTAGO OVATA Forsk.

Halma (_arabe_).

Reconnu en quatre stations de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès, du 26

juillet au 12 août 1860.

PLANTAGO ALBICANS L.

Inem (_arabe_).

Récolté le 7 mars 1860, aux environs de Nakhlet-el-Mengoûb.

Affectionne les terrains de heycha.

PLANTAGO PSYLLIUM L.

Récolté le 13 mars 1860, aux environs du Chott-Melghîgh.

La poudre de tous les plantains est employée comme astringent pour

cicatriser les ulcères.

SALSOLACÉES.

BETA VULGARIS L. _var._ CICLA.

Selk (_arabe_).

Cultivé comme plante alimentaire dans les oasis.

ATRIPLEX MOLLIS Desf.

Jell, Djell (_arabe_).

Récolté dans la heycha de Chegga, le 25 novembre 1859 ; reconnu en six

stations, de Tîterhsîn à la Cherguîya.

Les Arabes attribuent au suc de cette plante la propriété d’amener la

stérilité : aussi les femmes trop fécondes en font-elles souvent usage.

ATRIPLEX HALIMUS L.

Guetof (_arabe_) ; Aramâs (_temâhaq_).

Récolté en mai et en octobre 1860, à El-Faîdh et à Djâdo. Reconnu en

quatre stations, entre Ghadâmès et Rhât. Signalé dans les montagnes,

entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que sur le plateau de Tâdemâyt.

Cette plante est recherchée par tous les animaux à cause de la saveur

saline de ses jeunes pousses. L’homme lui-même ne la dédaigne pas comme

aliment. De plus, les Touâreg récoltent ses graines qu’ils mangent en

bouillie.

Le bois de sa racine sert de brosse à dent ; on lui attribue des vertus

antiscorbutiques.

On extrait de sa tige une soude que les indigènes appellent _melh-el-

guetof_. Cette soude, quelquefois employée en médecine, sert

principalement à la saponification de l’huile.

Cette plante frutescente, qui forme d’énormes buissons, déjà commune sur

les côtes de Provence, s’étend sur le continent africain du littoral aux

confins les plus reculés de mon exploration. Partout où le sol est un

peu salin, on est à peu près certain de la retrouver.

CHENOPODIUM MURALE L.

Lessîg (_arabe_) ; Tîbbi (_mezabite_).

Récolté à Ghardâya, en 1859, sur la lisière des jardins et sur les murs

d’enceinte.

CHENOPODINA VERA Moq.-Tand. ?

Souïd (_arabe_) ; Tirbâr (_temâhaq_).

Récolté sur l’Ouâdi-Tagotta, le 18 septembre 1860.

SUÆDA VERMICULATA Forsk.

Souïd (_arabe_) ; Tirbâr (_temâhaq_).

Récolté dans les dunes d’El-’Arefdji, près de Negoûsa, le 20 février

1860. Reconnu aux environs de Ghadâmès.

TRAGANUM NUDATUM Delile.

Dhomrân, Souïd-Ahmar (_arabe_) ; Tirehît (_temâhaq_) ; Tâsra

(_mezabite_).

Échantillons de l’Ouâdi-Saádâna (19 août 1859), entre Methlîli et El-

Golêa’a ; reconnu depuis en deux stations, autour de Ghadâmès ; en cinq,

entre Ghadâmès et Rhât ; en trois, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.

Signalé dans le Ahaggâr, plaine et montagne, ainsi qu’au Touât.

Cette plante frutescente est recherchée avec avidité par les chameaux.

CAROXYLON ARTICULATUM Moq.-Tand.

Remeth (_arabe_) ; Ouân-Ihedân (_temâhaq_).

Récolté, en 1859 et 1860, dans le Sahara algérien et tripolitain, où il

est très-commun. Reconnu en six stations, plus au Sud, entre Ghadâmès et

Rhât.

SALSOLA VERMICULATA L. _var._ MICROPHYLLA. _S. brevifolia_ Desf.

Guedhâm (_arabe_) ; Adjerwâhi (_temâhaq_).

Récolté dans les sables de Mouî-er-Robáâya, le 29 juillet 1860. Signalé

comme étant commun dans les montagnes des Touâreg et dans l’oasis du

Touât.

SALSOLA LONGIFOLIA Forsk.

Semommed (_arabe_).

Récolté, le 12 novembre 1860, sur l’Ouâdi-Tînzeght.

Par l’incinération, cette plante, comme la précédente, donne une soude

employée dans la fabrication du savon.

ANABASIS ARTICULATA Moq.-Tand. _var._ GRACILIS.

Bâguel, Belbâl, Belbâla (_arabe_) ; Abelbâl, Tâza (_temâhaq_).

Les Touâreg du nord · 第 17 / 46 段