1859, à El-Mogherreb, au N.-O. d’El-’Alîya. Reconnu en cinq stations,
dans la région de l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès. Commun aux environs
de Ghadâmès.
Cette plante ligneuse, quoique peu riche en matière alimentaire, est
mangée par les chameaux.
Les Sahariens prétendent qu’on peut creuser des puits avec sécurité
partout où croît le _belbâl_, parce qu’on est certain de trouver l’eau à
peu de profondeur.
Ainsi, entre El-Ouâd et Ghadâmès, au milieu des dunes de l’’Erg, mes
guides et le Cheïkh-’Othmân ont été unanimes à me signaler Haoudh-el-
Belbâlât comme un point d’élection pour doter cette route de l’eau qui
lui manque.
La disposition de la localité m’a paru correspondre aux indications des
khebîr.
CORNULACA MONACANTHA Delile.
El-Hâdh (_arabe_) ; Tâhara (_temâhaq_).
Récolté à Chaábet-Lekkâz, le 21 novembre 1859. Reconnu en cinq stations,
entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en trois stations, de Ghadâmès à Rhât ; en
deux, de Tîterhsîn à la Cherguîya. Indiqué comme étant commun dans les
plaines au pied du Ahaggâr.
Cette plante sous-frutescente couvre de très-grands espaces sur les
versants Sud des montagnes des Touâreg. Elle constitue un des fourrages
recherchés des chameaux, malgré ses épines.
AMARANTACÉES.
AERVA JAVANICA L.
Tamakerkaït, Timekerkest (_temâhaq_).
Récolté à Aghelâd, le 8 février 1861. Signalé dans les montagnes entre
Rhât et In-Sâlah.
SALVADORACÉES.
SALVADORA PERSICA L.
Siouâk (_arabe vulgaire_) ; Irâk (_arabe littéral_) ; Têhaq (_temâhaq du
Nord_) ; Abezgui (_dialecte d’Aïr_) ; Teguî, Tijat (_dialecte de
Timbouktou_).
Récolté en fleurs et en fruits à Afara-n-Wechcherân, le 1er janvier
1861. Commun partout au delà de la région de l’’Erg.
Cet arbre de la région tropicale, très-répandu dans le bassin du Niger,
vient cependant en troisième ligne comme importance de la végétation
ligneuse de la partie du territoire des Touâreg que j’ai visitée.
Toutefois on ne l’y trouve que dans les vallées abritées et de
préférence dans celles où les alluvions sablonneuses abondent.
C’est un bel arbre, de deuxième grandeur, dont le feuillage d’un beau
vert tendre repose agréablement la vue fatiguée de la couleur sombre du
pays.
Son fruit, d’un goût délectable, est employé comme aliment et comme
médicament.
Ce fruit consiste en petites baies, semblables aux raisins de Corinthe,
dit M. le docteur Barth, lesquels offrent un léger supplément au frugal
menu du désert ; frais, il a un goût de poivre assez prononcé.
Comme l’illustre voyageur, j’ai mangé ce fruit, et mes impressions sur
son mérite sont les mêmes.
Son bois odorant et solide, susceptible de se diviser en fibres très-
fines, fournit les cure-dents et les brosses à dents si recherchés par
les musulmans pour l’entretien de leur bouche. On sait que pour tous les
peuples d’Orient la question du cure-dents est une grave affaire pour
laquelle il est fait d’importantes recommandations dans les ouvrages de
religion et de jurisprudence.
L’écorce de l’arbre, légèrement épispastique, est appliquée par les
indigènes sur les blessures d’animaux venimeux.
Les chameaux mangent volontiers les feuilles fraîches de cet arbre, mais
mélangées avec celles d’autres plantes à cause de leur goût d’amertume
prononcé.
Dans toute la région où croît ce _Salvadora_, ses feuilles sont
employées comme antisiphylitiques. A cet effet, on les réduit en poudre
avec les épices connues sous le nom de _râs-el-hânout_ (tête de la
boutique), et chaque matin on en prend une dose en breuvage.
CALLIGONUM COMOSUM L’Hérit.
Arta, Resoû, Ezâl (_arabe_) ; Aresoû, Isaredj (_temâhaq_).
Récolté dans l’Ouâdi-Sa’adâna, le 21 août 1859 ; sur l’Ouâdi-Izêkra, le
5 février ; à Tîn-Têrdja, le 2 mars ; à Ouarâret, le 11 mars 1861.
Reconnu en treize stations dans l’’Erg, entre El-Ouâd et Ghadâmès ; en
onze stations, de Ghadâmès à Rhât ; en trois, de Tîterhsîn à la
Cherguîya ; en plusieurs stations, de Methlîli à El-Golêa’a. Signalé
dans les montagnes entre Rhât et In-Sâlah, ainsi que dans tout le Touât.
Le _Calligonum comosum_ forme d’épais buissons auxquels les chameaux
donnent toujours un coup de dent en passant. Le bois de cette
broussaille est souvent la seule ressource des caravanes pour cuire les
aliments. Dans l’’Erg, cet arbuste devient un véritable arbre.
POLYGONÉES.
POLYGONUM EQUISETIFORME Sibth. et Sm.
Récolté dans la Djefâra, 16 octobre 1860.
RUMEX VESICARIUS L.
El-Hommîz (_arabe_) ; Tânesmîm (_temâhaq_).
Récolté au Rhedîr de Sâghen, dans l’Ouâdi-Tikhâmmalt, le 3 janvier, et
dans l’Ouâdi-Alloûn, le 19 février 1861.
Plante comestible dont le goût rappelle celui de l’oseille.
THYMÉLÉACÉES.
THYMELÆA HIRSUTA Endl. _Passerina hirsuta_. L.
Methenân (_arabe_).
Récolté dans l’Ouâd-Biskra, en janvier 1860.
Croît dans les sables. Commune sur le littoral de la Syrte.
EUPHORBIACÉES.
EUPHORBIA CALYPTRATA Coss. et DR. in _Bull. Soc. bot._
Oumm-el-leben (_arabe_) ; Tellâkh (_temâhaq_).
Récolté le 3 janvier 1861, à Sâghen.
EUPHORBIA GUYONIANA Boiss. et Reut.
Lebbîn (_arabe_).
Récolté dans les sables du Soûf, entre El-Ouâd et Sahên, le 5 mars 1860.
EUPHORBIA PARALIAS L.
Lebbîn, Lebeïna (_arabe_).
Récolté près de Gâbès, les 17 et 21 mars 1860.
Le suc de ces diverses Euphorbiacées est employé contre les morsures des
vipères.
CANNABINÉES.
CANNABIS SATIVA L.
Kerneb, Tekroûri, Hachîcha (_arabe_).
Cultivé dans quelques oasis, notamment dans le Fezzân, à Trâghen.
Les sommités fleuries de ce chanvre sont fumées dans des pipes ou
mangées en confitures en vue de déterminer une sorte d’extase que les
amateurs de hachîch (_hachchâchîn_) appellent _kîf_.
L’hébétude résulte souvent de ces pratiques qui heureusement ne sortent
guère du cercle des fainéants ou de ceux qui ont voyagé en Orient. Les
Touâreg entre autres ne font jamais usage du hachîch.
MORÉES.
FICUS CARICA L.
Kerma (_arabe_) ; Ahar, Tâhart (_temâhaq_).
Après le dattier, le figuier est l’arbre le plus cultivé chez les
Touâreg. Non-seulement on en trouve quelques pieds dans chaque jardin
des oasis, mais encore on compte çà et là, dans les montagnes, quelques
vergers exclusivement peuplés de figuiers.
Les figues provenant de ces cultures sont généralement mangées fraîches.
Les figues sèches sont principalement tirées du littoral : cependant, on
m’en a donné provenant de Mîherô.
SALICINÉES.
POPULUS ALBA L.
Safsaf (_arabe_).
Signalé sur un point du plateau de Tâdemâyt, à Hamâd-el-’Atchân, près de
Tîn-Fedjaouîn.
Le peuplier blanc, très-commun dans le Tell, est une exception unique à
cette latitude.
CONIFÈRES.
EPHEDRA ALATA Dcne.
’Alenda (_arabe_) ; Tîmatart (_temâhaq_).
Reconnu en douze stations, entre El-Ouâd et Ghadâmès.
Les chameaux mangent ses jeunes pousses, à défaut d’autre nourriture.
Ses tiges et ses sommités, douées de propriétés astringentes, sont
employées dans la matière médicale indigène.
Ses fruits sont comestibles.
Les branches de cet arbuste atteignent quelquefois trois mètres de
hauteur. Près d’El-Arba-Tahtanîya, M. le docteur Cosson en a découvert
« un magnifique pied dont le tronc, jusqu’aux ramifications principales,
mesurait au-dessus du sol près d’un demi-mètre et dont la circonférence,
prise au niveau du sol, atteignait 48 centimètres. »
Il y en a de plus grands encore sur l’Ouâd-el-’Alenda, dans le Soûf.
POTAMÉES.
POTAMOGETON PECTINATUS L.
Récolté dans la source de Tagotta.
Plante aquatique submergée.
PALMIERS.
PHŒNIX DACTYLIFERA L.
Nakhla (_arabe_) ; Tâzzeït (_temâhaq_).
Le palmier dattier est, sans contredit, le roi de la végétation
saharienne, non-seulement par le nombre des _ghâbâ_ qu’il constitue,
mais encore par l’importance des services directs ou indirects qu’il
rend à l’habitant de la région désertique.
On donne, dans tout le Sahara, le nom de _ghâbâ_ ou forêt à toute
plantation de dattiers, quel que soit le nombre des arbres.
Généralement, les plantations sont agglomérées, autour ou à peu de
distance des habitations. Leur ensemble forme ce qu’on appelle une
oasis.
Dans la partie du Sahara, objet de cette étude, quatre principaux
groupes d’oasis appellent l’attention : celui de Ghadâmès, celui de
Rhât, celui du Fezzân, celui du Touât.
A Ghadâmès, on compte, m’a-t-on dit, 63,000 palmiers ; à Rhât, y compris
les plantations des villages voisins, le nombre de ces arbres n’est pas
moins considérable ; quant à ceux innombrés et presque innombrables du
Fezzân et du Touât, ils atteignent peut-être le chiffre de deux millions
de pieds, car, dans ces contrées favorisées, les oasis se succèdent les
unes aux autres sur d’immenses étendues : cent lieues du Nord au Sud
pour le Touât, quarante lieues de l’Est à l’Ouest pour le Fezzân.
En dehors de ces massifs principaux, il y a encore une dizaine de
petites oasis dans les montagnes des Touâreg : à Djânet, à Idelès, et
autres points arrosés par des sources, mais elles ne peuvent pas être
comparées aux premières, car toutes ces plantations ne donneraient peut-
être pas un total de 6,000 palmiers.
Les produits directs du dattier sont les suivants :
La datte, _themer_ des Arabes, _teïni_ des Touâreg, aliment farineux et
sucré, d’une conservation et d’un transport faciles, immense ressource
pour des populations nomades et voyageuses ;
La palme, _djerîda_ en arabe, _taratta_ en temâhaq, comprenant le
pétiole, _ahebêr_, et la feuille, _takôla_ des Touâreg, employés, l’un
sous forme de lattes, dans les constructions et les clayonnages, l’autre
comme matière textile, à la fabrication de nattes, de paniers, de sacs,
de cordes, en un mot, à la confection de ces mille petits riens connus
sous le nom d’articles de sparterie exécutés ailleurs avec le palmier
nain et le halfâ ;
La bourre, _sa’af_, provenant des feuilles radicales ou du tronc, et
avec laquelle on fait des tissus, des rembourrages de bâts, etc. ;
Le noyau de la datte, _a’lef_, que l’on écrase et que l’on donne à
manger aux animaux : chameaux, chèvres et moutons ;
La sève, _lâgmi_, obtenue par incision et de laquelle on retire :
A l’état frais, le _lait_ de palmier, boisson fade, quoique sucrée ;
Fermentée, le _vin_ de palmier, dont le goût rappelle celui d’une jeune
bière ;
Distillée, un _alcool_ très-inférieur ;
Les fleurs, _nouâr_, réputées aphrodisiaques ;
L’involucre des fleurs, _kemmamîn_, aussi employé en médecine ;
Enfin, la tige du palmier, _khechba_, débitée comme le bois des autres
arbres, et qu’à raison de ses services on a appelée _sapin du Sahara_.
On l’emploie dans les constructions, dans les coffrages des puits, sous
forme de planches, de poutres ou de madriers. Dans la région saharienne,
le dattier est la seule essence qui donne des bois droits et de
longueur.
En présence de tant de produits fournis par le dattier, on ne peut
s’empêcher de reconnaître que, si la Providence a été avare envers les
Sahariens, en limitant à un petit nombre les arbres utiles de leur pays,
elle a tellement prodigué ses faveurs au dattier, qu’à lui seul il peut
remplacer tous les autres arbres.
Mais le dattier n’est pas seulement utile par les produits directs dont
il comble l’habitant des oasis, il l’est encore, au même degré, par les
produits indirects qu’il permet d’obtenir à l’ombre de sa cime
parasolaire qu’on peut comparer, contre la chaleur, à l’effet des serres
contre le froid.
Les extrêmes se touchent en tout : dans nos climats tempérés, les
plantes tropicales ne peuvent germer, croître, fructifier, qu’à l’aide
d’une chaleur factice ; dans le Sahara, les plantes des climats tempérés
ne peuvent prospérer qu’à l’abri d’une chaleur excessive et d’une
lumière intense ; et cet abri, le dattier le donne en permettant à l’air
de circuler, à la lumière et à la chaleur de pénétrer dans les
proportions réclamées par la végétation sous-palméenne.
Que, dans les oasis, les palmiers soient décapités, le sol qu’ils
couvrent de leur ombre rentre dans les conditions climatériques des
terres voisines frappées de mort, de juin à septembre, par l’excès de la
chaleur, comme ailleurs, de novembre à mars, par l’excès du froid.
Sous l’abri protecteur des palmiers, l’Oasien peut cultiver une
cinquantaine de plantes alimentaires ou industrielles dont il serait
complétement privé sans l’auxiliaire que la Providence a mis si
libéralement à sa disposition : j’ai donc raison de dire que le dattier
rend à l’habitant du Sahara autant de services par ses produits
indirects que par ses produits directs, si nombreux qu’ils soient.
On ne sera donc pas étonné d’apprendre que le dattier, dans le Sahara,
soit l’objet de soins qui ne sont donnés à aucun arbre, dans aucun autre
pays du monde.
J’estime à l’égal des plus grandes conquêtes de l’homme sur la nature
les travaux exécutés par les Sahariens pour assurer à cet arbre les
conditions nécessaires à son existence.
Dans l’Ouâd-Rîgh et le bassin d’Ouarglâ, des puits artésiens creusés à
bras d’homme jusqu’à la couche d’eau jaillissante ; dans l’Ouâd-Mezâb,
d’immenses barrages jetés en travers des torrents ; dans le Fezzân et
dans le Touât, des puits à galeries souterraines pour créer des rivières
artificielles ; dans le Soûf et dans les autres oasis de l’’Erg, la
lutte de tous les instants contre les envahissements des sables,
constituent des efforts de géants que tout homme impartial compare, avec
la différence des moyens, aux plus beaux résultats obtenus par la
science et l’industrie dans nos États civilisés.
Le dattier, disent les Sahariens, doit, pour produire de bons fruits,
avoir la tête dans le feu et les pieds dans l’eau.
Le soleil africain pourvoit suffisamment aux besoins de sa cime ;
l’homme doit procurer à ses racines l’eau qu’elles réclament. Ce n’est
pas toujours facile, mais, partout où il y a des dattiers, on leur sert,
d’une manière ou de l’autre, l’eau nécessaire.
Dans les oasis pourvues de puits artésiens, de puits à galeries, de
fontaines aménagées, l’irrigation est facile et se pratique à eau
courante ; mais là où il n’y a que des puits ordinaires, l’eau doit être
élevée par des machines ou à bras d’hommes, et l’arrosage, dans ce cas,
impose des peines considérables.
Dans l’oasis du Soûf, où l’eau se trouve au-dessous du sol à des
profondeurs variables de 0m 85 à 2m 55 et 4m 10, on plante le dattier de
manière à ce que ses racines plongent dans l’eau. Là, du moins, le
planteur est exonéré de l’obligation d’irriguer, mais cet avantage est
chèrement acheté par la nécessité de lutter continuellement contre
l’envahissement des sables et de féconder ces sables par de nombreux
engrais.
La charge d’engrais de crottin de chameaux (150 kilos) coûte, dans le
Soûf, 10 francs, et on n’hésite pas à donner, à un seul palmier, douze
charges d’engrais, d’une valeur de 120 francs, ce qui, à raison d’une
fumure tous les huit ou dix ans, porte à 12 et à 15 fr. par an la
dépense d’engrais de chaque palmier. Mais, il faut le dire, les dattes
de cette oasis sont de qualité très-supérieure.
Généralement, dans tout le Sahara, on préfère les plantations par
boutures à celles par noyaux, parce que la bouture produit le même fruit
que le pied de l’arbre d’où elle a été extraite, tandis qu’avec le noyau
on n’est jamais certain de la qualité du fruit.
Cependant, c’est par les semis de noyaux qu’on a obtenu les nombreuses
variétés de dattes du Sahara. On n’en compte guère moins de quarante. Il
est vrai de dire qu’elles ne sont pas toutes également bonnes.
Les boutures provenant d’arbres faibles et maladifs paraissent mieux
reprendre ; on leur donne le nom de _arhedd_.
On a remarqué aussi que les boutures tirées de pays lointains acquièrent
en voyage plus d’aptitude à la reprise. Il suffit, pour les conserver en
bon état, de leur enlever leurs feuilles.
Certaines boutures sont obtenues du tronc mère avec des racines ; elles
portent le nom de _zalloûch_. On se borne à éviter de blesser les
racines en les détachant du tronc. De même, pour les boutures sans
racines, on a soin de faire des incisions nettes, sans mâchures ni
déchirures.
On plante les boutures à l’automne, et, pour cette opération, on
reconnaît plusieurs procédés.
Le plus sûr est celui appelé _mechtoûla_ : il consiste à planter les
boutures auprès d’un puits qui en permet l’arrosage. Au bout de six
mois, elles ont pris racine et on les transporte dans des terrains
défoncés, nommés _toloûa’_.
Au Soûf, on emploie un procédé appelé _hachchâna_ : à cet effet, on met
de suite en place les boutures dans les trous qui leur sont destinés et
qu’on a préalablement creusés jusqu’à apparition de l’eau. La bouture
est plantée de manière à ce qu’elle ait le pied dans l’humidité. Quand
elle a réussi, au bout de six mois, elle a poussé trois petites
branches, _djerîdât_, et, au bout de trois ans, l’arbre est assez
développé pour qu’il puisse être fécondé. Alors on creuse la terre tout
autour pour mettre du fumier de chèvre sous ses racines.
Au Soûf, on a aussi, pour rajeunir les vieux dattiers, un procédé qui
n’est pas usité dans les autres oasis.
Quand un sujet, atteint de vieillesse, ne produit plus, on creuse le sol
sous ses racines, on supporte le tronc pendant l’opération et, sans le
faire changer de place, on lui donne un nouveau lit de sable, de fumier
et d’eau, qui ne tarde pas à lui faire recouvrer sa jeunesse. Les
palmiers ainsi restaurés sont appelés _meseggueta_.
En toute plantation, on distingue les dattiers mâles, _dhokkâra_, des
dattiers femelles, _nakhla_. Il suffit de quelques mâles pour féconder
une plantation entière de femelles.
On distingue deux sortes de dattiers mâles : le _sersâr_, dont les
spathes renferment une semence peu abondante, peu active et qui tombe
dès qu’on la touche ; cette espèce ne féconde pas toujours et
quelquefois même, après la fécondation, on ne récolte que des dattes
avortées, _sîch_. L’autre espèce, appelée _khowwâr_, produit des spathes
d’une farine abondante, tenace et conservant ses propriétés fécondantes
pendant deux années. Cette variété est, de beaucoup, la préférée.
Inutile d’ajouter que les Oasiens aident à la fécondation de leurs
dattiers par la caprification.
Dans le Fezzân, on trouve souvent des forêts de palmiers dattiers qui se
sont créées spontanément de graines. Venus sans culture, ne recevant
aucun soin de l’homme, au lieu de s’élever en un tronc élancé, comme le
dattier cultivé, ils se développent en broussailles, à la façon des
palmiers nains (_Chamærops humilis_) du Tell. On donne à ces palmiers le
nom de _hachchâna_. Ils produisent des fruits maigres et peu savoureux
qui sont cependant récoltés par les pauvres, quand la concurrence des
gazelles laisse les régimes intacts.
CUCIFERA THEBAICA Delile.
Doûm (_arabe_) ; Tâgaït (_temâhaq_).
Ce palmier, dont la véritable région est beaucoup plus au Sud, est
représenté par quelques pieds dans une des oasis méridionales du Fezzân,
celle de Tedjerri.
LILIACÉES.
ASPHODELUS TENUIFOLIUS Cav.
Tâzia (_arabe_) ; Iziân (_temâhaq_).
Récolté, le 9 février 1860, dans la vallée de l’Ouâdi-Târât, seule
station où je l’aie rencontré.
ALLIUM CEPA L.
Boçla (_arabe_) ; Efelêli (_temâhaq_).
Cultivé dans les oasis.
L’oignon est non moins nécessaire dans la cuisine monotone des Sahariens
que dans celle plus variée des Européens. Ici, il n’est qu’un auxiliaire
dont on se passe facilement ; là, il est souvent l’unique élément de la
digestion.
ALLIUM SATIVUM L.
Thoûm (_arabe_) ; Têskart (_temâhaq_).
Je n’ai pas pris le soin de constater si l’ail, vendu sur tous les
marchés, était cultivé dans toutes les oasis ou provenait du Nord ;
cependant je crois, sans en être certain, qu’il est le produit des
cultures locales. Pour l’oasis de Ghadâmès, je puis l’affirmer.
Toute la matière médicale, à l’usage du chameau, comme application
interne, se résume dans l’unique emploi de l’ail.
MÉLANTHACÉES.
ERYTHROSTICTUS PUNCTATUS Schlecht.
Kaïkoût (_arabe_) ; Afahlêhlé-n-ehedan (_temâhaq_).
Récolté entre les dunes d’El-’Arefdji et Hassi-Ma’ammer, le 21 février,
et dans la plaine d’Ihanâren, au pied des montagnes du Tasîli, le 1er
avril 1851.
L’oignon de cette plante répand une odeur aromatique agréable. Les ânes
fuient cette odeur, d’où son nom, _poison des ânes_, en _temâhaq_.
La fécule de cet oignon est quelquefois introduite dans le pain ou dans
le couscoussou pour l’aromatiser.
JONCÉES.
JUNCUS MARITIMUS Link.
Semâr (_arabe_) ; Talegguît (_temâhaq_).
Récolté, le 18 septembre 1860, près la source de Tagotta, et le 8 mai
1861, près de la source de Serdélès.
Commun autour des sources, mais rare comme elles.
TYPHACÉES.
TYPHA... ?
Berdi (_arabe_) ; Tahelé (_temâhaq_).
Reconnu en beaucoup de points, à peu près partout où il y a de l’eau
permanente. Commun dans les montagnes, autour des lacs et des sources.
Les chaumières des serfs des Touâreg sont presque toutes couvertes avec
la feuille de cette plante.
CYPÉRACÉES.
CYPERUS CONGLOMERATUS Rottb.
Sa’ad, Se’ad (_arabe_).
Récolté, le 29 juillet 1860, dans les sables de l’’Erg, autour du puits
de Mâleh-ben-’Aoûn, entre El-Ouâd et Berreçof ; reconnu sur d’autres
points de ma route, entre El-Ouâd et Ghadâmès et autour de Ghadâmès.
CYPERUS ROTUNDUS L.
Azejmîr (_mezabite_).
Récolté à Ghardâya, dans les mares d’irrigation des dattiers (août
1859).
CYPERUS LÆVIGATUS L.
Récolté autour de la source de Tagotta, le 18 septembre 1860.
CYPERUS LÆVIGATUS L. _var._ DISTACHYUS. _Cyperus junciformis_ Cav.
Merga, _le plongeur_ (_arabe_).
Récolté dans les sources de l’Ouâd-Nafta, le 8 mars 1861.
SCIRPUS HOLOSCHŒNUS L.
Sommîd (_arabe_) ; Iregga, Ilegga (_temâhaq_).
Récolté près de la source d’Ahêr, le 28 février, et près de celle de
Serdélès, le 3 mai 1861.
SCIRPUS MARITIMUS L.
Leoulîoua (_arabe_ et _temâhaq_).
Récolté, le 1er janvier 1861, autour du Rhedîr de Sâghen. Reconnu en
trois autres stations, entre Ghadâmès et Rhât.
GRAMINÉES.
LYGEUM SPARTUM Lœfl.
Senrha, dans l’Ouest ; Halfâ, dans l’Est (_arabe_).
Récolté dans le Djebel-Nefoûsa et entre Chefî et Djâdo,le 1er novembre
1860.
Au Sud de l’Algérie, le senrha croît dans les mêmes régions que le halfâ
(_Stipa tenacissima_), et, à première vue, quand les deux plantes n’ont
pas atteint tout leur développement, on peut les confondre ; mais dès
que l’épi se montre, les deux espèces apparaissent bien distinctes.
En Algérie, on préfère le halfâ au senrha pour les travaux de sparterie,
parce que le chaume du premier est trois fois aussi long que celui du
second. En Tunisie, le senhra est plus estimé, parce qu’on le croit plus
solide.
Les chameliers, conducteurs des caravanes, qui font grand usage de
cordes en sparterie pour l’arrimage de leurs chargements, ne règlent
leur choix entre le halfâ et le senrha que par le prix de vente. La
préférence est toujours acquise au meilleur marché.
PHALARIS MINOR Retz.
Seboûs (_arabe_) ; Tanâla (_temâhaq_).
Trouvé et récolté en une station unique à Sâghen.
PANICUM TURGIDUM Forsk.
Boû-rekoûba (_arabe_) ; Afezô (_temâhaq_).
Échantillons récoltés sur l’Ouâdi-Tîn-Guezzîn et à Ouarâret, le 1er
avril 1851. Reconnu en huit stations, entre Ghadâmès et Rhât, et en six
stations, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Plante commune dans tout le Sahara central, où elle concourt à la
nourriture des chameaux. Ses graines sont récoltées par les Touâreg et
mangées comme celle du drîn (_Arthratherum pungens_).
SETARIA VERTICILLATA P.B.
Oulâffa (_mezabite_).
Récolté dans les jardins de Ghardâya (août 1859), autour des mares
formées par les canaux d’irrigation.
PENNISETUM DICHOTOMUM Delile.
Boû-roukeba (_arabe_) ; Tehaoua (_temâhaq_).
Récolté à Sâghen, le 2 janvier 1861. Reconnu entre El-Ouâd et Ghadâmès,
entre Ghadâmès et Rhât, entre Tîterhsîn et la Cherguîya.
Plante fourragère, mais en général peu recherchée par les animaux.
IMPERATA CYLINDRICA P.B.
Dîs (_arabe_) ; Bastô, Taïsest (_temâhaq_).
Récolté dans la plaine d’Ihanâren, le 1er avril 1861. Reconnu en quatre
stations, entre Ghadâmès et Rhât ; en six stations, de Tîterhsîn à la
Cherguîya. Signalé comme étant commun entre Rhât et In-Sâlah, dans la
montagne et sur le plateau de Tâdemâyt.
Comme le gueçob du Tell (_Phragmites communis_ Trin.), celui du Sahara
croît en touffes épaisses et couvre souvent de grands espaces. Ses
feuilles droites, vertes, servent également à la nourriture des
troupeaux.
ANDROPOGON LANIGER Desf.