à la profondeur de trois hauteurs d’homme ; mais, disent les habitants,
pour y arriver on a à percer une couche de roche très-dure, difficulté
devant laquelle on recule pour augmenter le nombre des puits. D’ailleurs
à quoi bon ? La nature du sol environnant, imprégné d’alun et de sel,
n’est pas favorable à la culture, et son infertilité ne sollicite pas à
entreprendre des travaux pénibles pour le féconder.
L’eau de la source, comme celle des puits, est excellente. L’une et
l’autre sont employées aux irrigations. Les puits son particulièrement
affectés à l’arrosage des palmiers.
A 4 kilomètres au Nord-Ouest, avant d’arriver au château de Serdélès, on
trouve la source de l’alun, _Tîn-Azârif_, près de laquelle, en effet, de
beaux affleurements d’alun blanc[62] me permettent d’en faire provision.
B. — _Désert de Tâyta._
Dès la sortie du bassin de l’Ouâdi-Serdélès, on entre sur un terrain
plus élevé, à gradins successifs, le tout de la plus grande aridité et
recouvert de grès noirâtres. Bientôt on atteint une plaine unie, de
gravier solide ; c’est le commencement du désert de Tâyta qui présente
une formation géologique nouvelle ; ici, de grandes parties calcaires
qui m’ont paru dolomitiques, sur et dans une pâte de grès avec laquelle
elles forment corps ; là, des pierres détachées, d’un calcaire gris
compact à grain très-fin[63] ; ailleurs, des rognons d’un conglomérat
composé de grains quartzeux blancs réunis par une pâte rouge
complétement siliceuse[64] ; à droite, du gravier pur ; à gauche, une
terre rougeâtre tendre, avec ou sans gravier ; enfin, une roche composée
de divers éléments : dolomies, quartz, silex, agglomérés ou plutôt
fondus les uns dans les autres.
Le désert de Tâyta occupe l’espace compris entre les chaînes de
l’Akâkoûs et de l’Amsâk, les oasis de l’Ouâdi-Lajâl, les dunes d’Edeyen
et la plaine des Igharghâren.
Sur toute son étendue la végétation est nulle.
Sa largeur, entre l’Akâkoûs et l’Amsâk, c’est-à-dire de l’Ouest à l’Est,
est de 65 kilomètres, et sa longueur, du Nord au Sud, est de 160.
Ma route coupe ce désert dans sa plus grande largeur, en me rapprochant
du coude de l’Amsâk et en m’éloignant des dunes d’Edeyen.
J’aperçois de loin, dans le Sud-Est, la coupure de l’Amsâk, que M. le
docteur Barth a traversée pour passer de l’Ouâdi-Aberdjoûch dans le
désert de Tâyta. Elle est appelée _Aghelâd_ par les Arabes et _Alfao_
par les Touâreg[65].
« Des deux côtés de l’étroit passage, dit le célèbre voyageur,
s’élevaient à une hauteur de cent pieds, des murailles de rochers à pic,
composées d’énormes couches de marne et de grès, qui se rapprochaient
quelquefois au point de ne plus laisser entre elles qu’un espace de six
pieds. »
A sa sortie du défilé, M. le docteur Barth a trouvé le sol du désert
aride, couvert de grès et de pierres calcaires.
Sous le même méridien, à 33 kilomètres dans le Nord, le sol se présenta
à moi sous forme d’une terre rougeâtre et tendre, mais toujours
recouvert de graviers et de pierres.
Plus on se rapproche de l’Amsâk, plus le plateau, tout en conservant ses
caractères généraux, est jonché de pierres détachées, de grès ordinaire.
Au pied d’un des nombreux caps de l’Amsâk, apparaît une profonde
caverne, avec une ouverture assez large pour donner passage à un
chameau ; cette caverne est une ancienne carrière de pierres meulières,
appelée _Ouiderêren_ (les meules).
Sur un autre point, nommé Tîn-Aboûnda, surgissent des affleurements de
calcaire blanc détérioré.
Avant l’arrivée à Tîn-Aboûnda, le désert perd son aspect désolé : à un
sol nu, aride, sans végétation, sans eau, succède une forêt de gommiers,
celle dite d’Oubâri, qui sépare le désert de Tâyta des nombreuses oasis
de l’Ouâdi-Lajâl.
Deux puits, celui d’Essâniet et d’In-Tafarat, peu éloignés l’un de
l’autre, témoignent aussi que la nature du sol a changé.
Le puits d’In-Tafarat, d’une profondeur de 4m 50, est creusé dans une
terre ocreuse.
La pente générale du désert de Tâyta est du Sud-Est au Nord-Ouest.
Toutes les eaux des versants de l’Amsâk, après avoir traversé la plaine
de Tâyta dans des dépressions à peine marquées, vont se perdre dans les
dunes d’Edeyen.
Le plateau sur lequel s’élève la forêt de gommiers est le point de
partage des eaux entre le bassin de Tâyta et celui de l’Ouâdi-Lajâl.
C. — _Ouâdi-Lajâl._
On donne le nom commun d’Ouâdi-Lajâl à une vallée de 190 kilomètres de
longueur dans sa partie habitée et cultivée, et d’une largeur moyenne de
8 kilomètres.
Cette longue vallée, dont la direction et la pente générale sont de
l’Ouest à l’Est, est bornée au Nord par le bourrelet méridional des
dunes d’Edeyen et au Sud par la prolongation de la chaîne de l’Amsâk.
Au Nord, les dunes forment une ligne à peu près droite, tandis qu’au Sud
la chaîne de l’Amsâk offre de nombreux caps et de nombreux golfes,
sortants et rentrants, qui découpent inégalement ce côté de l’ouâdi.
La partie Ouest de cette vallée porte le nom de Ouâdi-el-Gharbi (vallée
de l’Ouest) ; la partie Est, celui de Ouâdi-ech-Chergui (vallée de
l’Est) ; elles sont séparées l’une de l’autre par deux promontoires :
l’un de dunes, du côté du Nord ; l’autre de rochers, du côté du Sud.
Mais géologiquement, ces deux vallées n’en font qu’une ; car elles ont
la même pente à l’Est, la même nature d’eau et de sol.
Le sol, à la superficie, est un terrain de _heycha_, c’est-à-dire une
terre alluvionnaire, légère, saturée de sel et boursouflée par l’action
combinée des eaux et de la chaleur.
Ce terrain de heycha, on le retrouvera, plus au Sud, dans l’Ouâdi-’Otba,
dans la Hofra ou dépression de Mourzouk, et dans la Cherguîya, autour de
Zouîla.
Cette nature de terrain est aussi celle des oasis septentrionales du
Nefzâoua, d’El-Faïdh, de l’Ouâd-Rîgh, du bassin de Ouarglâ et même du
Touât.
Le sous-sol est un terrain d’alluvion jaunâtre, calcaire, mélangé de
petits grains quartzeux très-roulés[66].
Dans cette grande vallée de l’Ouâdi-Lajâl, il n’y a pas de lit de
rivière proprement dit ; mais, sur toute l’étendue de la vallée, on
trouve, à une profondeur moyenne de 3m 60, une couche aquifère dont
l’eau est amenée à la surface du sol au moyen de puits et d’appareils
en charpente qui ne sont pas sans quelque analogie avec ceux usités
en Égypte pour l’arrosage des terres. J’en donne un dessin ci-contre.
Toute la vallée est couverte de villages et de forêts de palmiers, à
l’ombre desquels on cultive des plantes maraîchères et des arbres à
fruits de diverses espèces.
J’ai à signaler comme dérogeant à l’uniformité générale de la vallée les
objets suivants :
1o Une carrière d’argile à poterie, encore exploitée aujourd’hui, au
pied du Djebel-Tîndé, l’un des caps de l’Amsâk qui dominent Oubâri ;
2o A Djerma, les grandes pierres de taille du monument romain, extraites
des carrières de l’Amsâk, en grès rose, analogue à ceux des édifices de
l’ancienne Égypte ;
3o Une mine de sel, de qualité inférieure à cause de son mélange avec
une terre rousse, et située au milieu de l’Ouâdi-El-Gharbi, entre la
chaîne de l’Amsâk et les dunes ;
Un système de puits à galeries, _fogârât_, creusé sur le flanc du
versant Sud de l’Amsâk dans un golfe vis-à-vis l’ancienne Garama.
Me trouvant à Djerma, je ne pus m’empêcher de penser aux émeraudes
garamantiques jadis si célèbres à Rome. Sur les lieux, on ne m’a donné
que des renseignements négatifs ; mais les Arabes nomades de l’Ouâdi-
ech-Chiati, à 120 kilomètres au Nord de Djerma, m’assurèrent que l’on
trouvait chez eux de ces émeraudes enchâssées dans des bagues provenant
des fouilles des anciens tombeaux. D’autre part, on sait que des
émeraudes ont été découvertes dans le Touât, qui devait être compris
dans le pays des Garamantes, dont la domination s’étendait dans l’Ouest
jusqu’à l’oasis du Tafilelt, l’ancienne Sedjelmâssa. Il est donc
possible que les émeraudes de l’antiquité aient été trouvées ailleurs
qu’aux environs de Djerma.
Le nombre des villages de l’Ouâdi-El-Gharbi est de onze, savoir :
Oubâri, Ghoreyfa, Touech, Djerma, Teouîoua, Berêg, El-Fogâr, Tekertîba,
El-Kharâig, Garâgara, El-Fejîj.
Je ne puis indiquer ceux de l’Ouâdi-Ech-Chergui, n’ayant pas visité
cette partie de la vallée.
Pl. IV. Page 68. Fig. 9.
[Illustration : APPAREIL A ÉLEVER L’EAU DANS LES OASIS DU FEZZÂN.
D’après un dessin de M. H. Duveyrier.]
D. — _Dunes d’Édeyen._
_Edeyen_, en langue temâhaq, signifie _dunes_. Je donne ce nom à toute
une région de sables, courant de l’Ouest à l’Est, que j’ai traversée
entre les plateaux de Tînghert et d’Eguélé, puis longée dans la
traversée du désert de Tâyta, et que je retrouve au Nord de l’Ouâdi-el-
Gharbi en visitant les lacs de Gabráoûn et de Mandara. M. le docteur
Barth l’a parcourue dans sa plus grande largeur entre l’Ouâdi-ech-Chiati
et l’Ouâdi-el-Gharbi, en se rendant directement de Tripoli à Mourzouk.
La longueur de cette zone de sables, de l’Est à l’Ouest, est de 800
kilomètres environ.
Sa largeur moyenne est de 80.
Dans mon itinéraire géologique de Ghadâmès à Rhât, j’ai indiqué la
nature de cette zone entre Ohânet et Abrîha.
Un itinéraire de Ghadâmès à Rhât, recueilli par renseignements, me donne
sa largeur entre Tâghma et Tidjedakkannin, avec un puits au milieu,
celui d’El-Mîsla.
J’extrais de l’itinéraire du docteur Barth, entre l’Ouâdi-ech-Chiati et
l’Ouâdi-el-Gharbi, les renseignements suivants :
« Notre route, extrêmement pénible, nous conduisit presque sans cesse
entre de hautes et roides collines de sable. Il s’élevait encore dans
certains endroits des groupes de palmiers. Le plus important est
l’Ouâdi-ech-Chiouch, enseveli entre deux hautes dunes de sable blanc
mouvant.
« Dans notre seconde journée de marche, les collines de sable étaient si
escarpées qu’il nous fallait, de nos mains, en aplanir les côtés pour
que nos chameaux pussent y avoir pied ; l’un de nos chameliers me dit
que cette zone de sable s’étendait, du Sud-Ouest au Nord-Est, depuis
Douessa jusqu’à Foukka. »
J’ignore quelle est la position de Douessa, mais je connais celle de
Fogha, à l’Est de ma route de retour par Sôkna, et je crois devoir ne
pas prolonger jusque-là la zone de ces dunes, bien qu’en effet les
sables s’y montrent encore, mais non plus sous la forme de dunes
compactes et pressées les unes sur les autres.
« Notre troisième journée de marche, ajoute M. le docteur Barth,
continua à travers des collines de sable. Après avoir traversé l’Ouâdi-
Djemmal, nous arrivâmes à la pente la plus escarpée de ce désert de
sable.
« Nous campâmes dans l’Ouâdi-Tiguidéfa, près de deux palmiers plantés
l’un à côté de l’autre et d’une source abondamment pourvue de fort bonne
eau.
« Après douze heures de marche dans les dunes de sable, nous arrivâmes,
le quatrième jour, dans l’Ouâdi-el-Gharbi. »
En allant visiter les lacs de Mandara, de Gabráoûn, de Bahar-ed-Doûd et
autres, situés dans ces dunes, au Nord de l’Ouâdi-el-Gharbi, j’eus
l’occasion de les reconnaître de nouveau. Je les trouvai dépourvues de
végétation, d’un accès difficile, tantôt formant des chaînes, tantôt
s’élevant, à de grandes hauteurs, en pitons isolés taillés presque à
pic.
Un des caractères distinctifs de cette région est d’être abondamment
pourvue d’eau, car indépendamment des dix lacs salés ou d’eau douce dont
il a été question au chapitre précédent, il en est encore d’autres que
je n’ai pas cru utile d’aller visiter, parce qu’ils m’ont paru tous de
même nature.
M. le docteur Barth constate aussi la présence de l’eau en plusieurs
points.
On dirait donc que cette immense région de sable a pour mission de
conserver les eaux des hauteurs qui les bordent.
E. — _Hamâda de Mourzouk._
Entre l’Ouâdi-el-Gharbi et Mourzouk s’étend un plateau que les indigènes
appellent hamâda, sans le différencier par un nom particulier des autres
hamâd, mais auquel je donne le nom de la capitale du Fezzân, afin de le
distinguer de ses homonymes.
En sortant de l’Ouâdi-el-Gharbi, on doit traverser la chaîne de l’Amsâk
par un col étroit, difficile à gravir, à cause des pierres glissantes
qui obstruent le passage ; puis on entre dans la hamâda, dont le sol,
dépourvu de végétation, est couvert d’un gravier mélangé de terre
formant un tout solide. Cette contrée me rappelle, malgré moi, la hamâda
entre Laghouât et le pays des Beni-Mezâb, avec cette différence que les
pistachiers du Sahara algérien sont remplacés dans le Fezzân par des
gommiers.
On me signale à peu de distance, dans l’Ouest de la route, un puits de
45 mètres de profondeur ; plus loin, je trouve dans le lit de l’Ouâdi-
er-Resiou un autre puits qui n’a plus que 18 mètres ; il s’appelle
Bîr-’Amrân. La hamâda conserve toujours l’aspect d’un désert sec et
aride jusqu’à l’Ouâdi-’Otba.
L’Ouâdi-’Otba est une longue vallée qui prend son origine dans la chaîne
de l’Amsâk et se prolonge dans l’Est jusqu’au delà de la route de
Mourzouk à Sôkna. Il ne forme oasis que dans sa partie centrale, là où
des alluvions sablonneuses permettent la culture des palmiers et des
autres arbres.
On y compte cinq villages, savoir :
Tessâoua, Agâr, Tiggerourtîn, Marhaba, Doûjâl, tous rapprochés les uns
des autres et réunis ensemble par des plantations de palmiers.
Grâce à l’altitude du plateau, on trouve dans cette oasis des végétaux
des zones les plus différentes, entre autres l’olivier à côté du
palmier, le pommier et le pêcher à côté du gommier et d’autres arbres de
l’Afrique centrale.
L’Ouâdi-’Otba, comme l’Ouâdi-el-Gharbi, n’est alimenté d’eau que par des
puits. La nature du sol est la même, mais moins saline.
Entre l’Ouâdi-’Otba et la dépression de Mourzouk, on traverse la suite
de la hamâda, couverte de gravier en tout semblable à celui qu’on a
rencontré dans la partie Nord ; quelques petites dunes de sable viennent
de temps en temps atténuer la monotonie du paysage.
La distance entre l’Ouâdi-el-Gharbi et l’Ouâdi-’Otba est de 55
kilomètres, celle de l’Ouâdi-’Otba à Mourzouk est de 45 ; ensemble 100
kilomètres.
Ce plateau, que j’ai traversé obliquement, est limité au Nord et dans
l’Ouest par la chaîne de l’Amsâk ; mais dans le Sud et dans l’Est, il se
prolonge indéfiniment jusque dans le pays des Teboû ; ce qui rend les
routes méridionales de ce côté si pauvres en eau.
F. — _Dépression de la Hofra._
La dépression dans laquelle se trouve Mourzouk, et que les indigènes
appellent Hofra (bas-fond), est une surface unie de 110 kilomètres de
long sur 15 de large environ, divisée en deux parties inégales, l’une de
30 kilomètres à l’Ouest, l’autre de 80 à l’Est de la capitale du Fezzân.
Son fond est par excellence une terre de heycha, c’est-à-dire un terrain
alluvionnaire salin, à couches aquifères à peu de profondeur.
Les alluvions de la Hofra sont de sable mêlé d’argile, formant un tout
assez solide, mais facile à travailler.
La terre est tellement saline que les briques, avec lesquelles la ville
de Mourzouk est construite, se fondent à la pluie comme le sel lui-même.
La profondeur moyenne des puits est de quelques mètres ; l’eau qu’ils
fournissent est un peu saline comme le sol et d’une digestion difficile.
Aux environs de Trâghen, existe une source, celle de Ganderma, l’une des
plus belles qu’on puisse trouver dans la région saharienne.
La fontaine est entourée d’une muraille d’enceinte assez vaste, mais
très-mal conservée. Cette construction est défendue, sur toute sa
circonférence, par un fossé qui porte le nom de _gandô_. Il servait
autrefois de réservoir, d’où les eaux se rendaient par trois canaux aux
plantations de palmiers jusqu’à Ghoddoua, à 2 kilomètres de la source.
Ces canaux, dont on peut encore suivre le tracé, avaient de 0m 70 à 1
mètre de largeur ; ce qui témoigne d’un débit considérable.
Au moment de la conquête arabe, la source fut, dit-on, bouchée avec des
coins en pierre ; seul moyen que trouvèrent les conquérants pour réduire
à leur discrétion la ville païenne de Trâghen. Depuis cette époque, la
plus grande partie des eaux se perd dans le sol.
Toute l’étendue de la dépression de la Hofra est couverte, de l’Ouest à
l’Est, de villages, de plantations de palmiers et de cultures de toute
nature.
Au Sud-Ouest de Trâghen, à 2 kilomètres environ, s’étend une sebkha
autour de laquelle on rencontre des pierres bizarres appelées _merch_ ou
_fordogh_.
Ces pierres, de nature calcaire, ont subi une sorte de cristallisation,
mais, au lieu de prendre des facettes régulières comme celles des
cristaux, elles montrent les formes les plus étranges, cependant
toujours terminées par des lignes courbes ; ce sont probablement des
concrétions accidentelles des particules calcaires dont les terrains
voisins des sebkha sont comme imprégnés. Les produits naturels auxquels
on peut le mieux les comparer sont les stalactites.
Touîla est dans l’Est le dernier village de la Hofra ; il est bâti au
pied d’un petit plateau pierreux qui forme la limite orientale du
bassin. Sur l’un de ses versants, on a construit un puits à galerie ou
fogâr, qui amène l’eau dans les réservoirs échelonnés servant à
l’arrosage.
G. — _La Cherguîya._
La Cherguîya est séparée de la Hofra par une petite hamâda, continuation
probable de celle de Mourzouk et entrecoupée de dépressions
alluvionnaires salines de même nature que la Hofra elle-même.
En quittant Touîla pour aller dans la Cherguîya, on gravit immédiatement
le petit plateau pierreux auquel cette ville est adossée.
Ce plateau est composé d’un grès[67] quartzeux, brun lie de vin,
probablement chauffé par les anciens volcans, et d’un grès grossier,
très-siliceux, blanchâtre[68] dans certaines parties, jaunâtre[69] dans
d’autres.
A l’extrémité orientale de ce plateau, on trouve Maghoua, petit village
bâti dans une dépression saline dont l’eau a un goût de sel très-
prononcé.
En continuant la route dans l’Est, le sol est recouvert de buttes de
terre couronnées de tamarix ethel qui portent à croire que ces arbres
auraient protégé de leurs racines la partie d’un terrain autrefois plus
élevé. Une inondation formidable et récente aura probablement ravagé
celles de ces terres que les tamarix ne couvraient pas.
Dès qu’on quitte ce sol végétal, on rentre dans la hamâda avec son fond
pierreux. Au milieu est bâti le petit et misérable village de Tha’aleb.
Au delà, la hamâda recommence, d’abord avec un sol de sable et de
gravier, puis avec un sol pierreux. Enfin elle finit, et on arrive à
Oumm-el-Arâneb, village encore bâti sur le plateau.
Sur la droite de la route, on a laissé une dépression légère appelée El-
Guerâra, et plus loin une haute gâra ou témoin isolé.
En quittant Oumm-el-Arâneb, une longue colline rocheuse, de 20
kilomètres environ, reste dans le Nord ; le sol devient sablonneux sans
être mouvant jusqu’au village d’El-Bedîr ; au delà on continue à voyager
sur un fond de sable mélangé à de la chaux ; après quoi on traverse un
petit plateau pour descendre dans une dépression riche de végétation
dont le village d’Oumm-es-Sougouîn occupe le centre.
Après cette dépression, couverte de palmiers sur une étendue de
plusieurs kilomètres, reparaît une hamâda sablonneuse plus élevée que
l’oasis.
Je dois faire remarquer ici que, depuis l’entrée dans la hamâda
séparative de la Hofra, des sables se montrent toujours dans le Sud,
parallèlement à la route suivie. Au delà de la hamâda d’Oumm-es-
Sougouîn, les dunes se prolongent à 2 kilomètres de la route avec une
bordure de palmiers, puis on monte un nouvel échelon de la hamâda
redevenue pierreuse, et sur ce gradin, qui permet de dominer les dunes
de droite, on aperçoit une longue ligne de hauteurs bleues à 14
kilomètres environ. Je suppose que c’est le rebord du plateau sur lequel
on trouve Gatrôn et Wao.
Le village de Medjdoûl, qui fait partie de la Cherguîya, est situé entre
la ligne des sables et celle des hauteurs bleues.
Des points élevés de la hamâda d’où je plonge mes regards vers le Sud,
on descend par une pente douce dans les terres de culture et les
plantations de Zouîla.
De Touîla à Zouîla, la distance est de 70 kilomètres. Je n’ai pu ni
entrer ni séjourner dans cette dernière ville, et j’ai dû la quitter
quelques heures après avoir atteint ses jardins.
Tout ce que j’en sais, c’est que l’oasis de ce nom est considérable
comme étendue et couvre le bas-fond d’une dépression entre une ligne de
dunes de sables au Sud et une ligne de collines rocheuses au Nord. L’eau
qui alimente la ville est fournie par des puits.
Ici se termine ma reconnaissance à l’Est des montagnes occupées par les
Touâreg.
Je m’étais proposé, en m’avançant dans l’Est du Fezzân, d’aller jusqu’au
massif du Hâroûdj, sur la route de l’Égypte, pour embrasser dans son
ensemble le mouvement géologique auquel est due la formation des
montagnes de cette partie du Sahara ; mais, à la résistance que je
rencontrai à Zouîla, malgré l’appui du gouvernement turc, je reconnus
que je ne serais pas mieux accueilli chez les fanatiques des villes de
Fogha et de Zella et chez les Arabes nomades de la montagne ; je me
bornai donc à recueillir des renseignements qui, complétés par ceux du
voyageur Hornemann et de M. de Beurmann, ne laissent aucun doute ni sur
la nature volcanique de ce massif, ni sur sa position.
H. — _Massif du Hâroûdj._
Construit d’après mes renseignements combinés avec ceux du voyageur
Hornemann, le massif volcanique du Hâroûdj constitue un grand système de
montagnes entièrement isolé, de 224 kilomètres du Nord au Sud, sur une
largeur moyenne de 170 de l’Ouest à l’Est, traversé obliquement par la
route des caravanes du Fezzân en Égypte, entre Zouîla et Aoudjela, route
que Hornemann a parcourue à grandes marches en 5 jours 1/4.
Sa principale altitude, de 800 mètres environ au-dessus du niveau de la
mer, est indiquée à l’angle Nord-Est, à peu de distance de Zella ; de ce
point, la montagne s’incline graduellement vers le Sud-Ouest, de manière
à venir se confondre avec les collines de la hamâda calcaire qui
l’enveloppe, de Zella à Fogha, de Fogha à Temessa, de Temessa à Wao, ce
qui a fait distinguer un Hâroûdj noir (_el-Asoued_) au Nord et un
Hâroûdj blanc (_el-Abiod_) au Sud.
J’estime à 600 mètres l’altitude moyenne du plateau sur lequel se
développe le Hâroûdj.
D’après Hornemann, la surface générale du pays présenterait des chaînes
continues de collines courant dans diverses directions, de 8 à 12 pieds
seulement au-dessus du niveau intermédiaire, et entre ces coteaux (sur
une surface parfaitement unie) s’élèveraient des montagnes isolées à
rampes extrêmement escarpées ; l’une d’elles, le _Stres_, était fendue
depuis le haut jusqu’au milieu ; une autre, depuis le pied jusqu’au
sommet, était couverte de pierres détachées de même nature que les
collines.
Entre les collines basses et les pics surélevés, il y a de petites
vallées couvertes de sables et de végétation, dont quelques-unes de 4
kilomètres de largeur. Au milieu de ces parties planes seraient épars
des blocs de pierre, de même nature que celle des pics des montagnes.
La roche du Hâroûdj est moitié rouge, moitié noirâtre ; la partie rouge,
plus poreuse, plus spongieuse, plus légère, est moins dense que la
noire. Dans ces scories, Hornemann n’a pu découvrir aucune matière ou
substance étrangère.
La couche de terre servant d’assise à ces masses de verrues rocheuses
lui a paru des cendres sorties d’un volcan.
La stratification des pierres est horizontale, mais souvent dérangée :
une partie du premier lit s’enfonçant et se mêlant avec celles du second
et celles du second avec celles du troisième.
Quelquefois, ajoute le voyageur, il ne paraît pas du tout de _strata_ et
une suite de collines basses est formée d’une masse solide de rochers,
avec des crevasses dans la direction du Nord.
Hornemann rencontra une caverne de 9 pieds de profondeur et de 5 pieds
de largeur ; il éprouva, dit-il, des sensations telles que s’il avait vu
l’entrée des enfers.
Son interprète, Frendenburgh, en vit une autre dont les escaliers
étaient noirs jusqu’à une profondeur considérable et dont le _stratum_
était de pierre blanche.
Pour Hornemann, il n’y a pas de doute, la formation du Hâroûdj est due à
un soulèvement volcanique.
Dans sa partie occidentale, à une journée de marche dans l’intérieur du
massif, le cheïkh de Fogha indique une source sulfureuse, nouveau
témoignage de l’action volcanique.
A part cette source, impropre à l’alimentation, mes indicateurs ne me
signalent aucune eau dans toute cette région.