Tînghert ; sa pente générale est légèrement inclinée vers le Sud.
Isaouan est le nom donné à la partie de la plaine des Igharghâren dans
laquelle se trouvent les grands rhedîr de Sâghen, alimentés par l’Ouâdi
Tikhâmmalt.
Le rebord méridional du plateau de Timozzoudjên termine la série des
calcaires sur lesquels est assise la route de ce point à Ghadâmès.
D. — _Plaine des Igharghâren._
La plaine des Igharghâren est une grande vallée de 320 kilomètres de
l’Est à l’Ouest, et d’une largeur moyenne de 35, formée au Nord par le
rebord méridional du plateau de Timozzoudjên et au Sud par les versants
septentrionaux des montagnes du Tasîli. Sa principale largeur est dans
l’Est.
Cette grande vallée d’alluvions sablonneuses est découpée du Sud au Nord
en forme de larges plates-bandes par les nombreux ouâdi du Tasîli, qui
tous viennent se réunir au pied du plateau d’Eguélé en un lit unique
prenant le nom de son principal affluent, l’Ouâdi-Tikhâmmalt, et qui,
après avoir suivi une direction générale Sud et Nord, du sommet du
Tasîli à Sâghen, tourne brusquement à l’Ouest pour aller se jeter dans
l’Ouâdi-Igharghar à El-Bîr, au Sud-Ouest de Timâssanîn.
Cette grande vallée, couverte d’arbres dans toutes ses lignes de bas-
fonds, fait un contraste très-remarquable entre l’aspect monotone des
plateaux du Nord et de ceux du Sud.
Elle pourrait être facilement transformée en une série d’oasis, avec des
eaux courantes, si les forages artésiens y réussissent, ainsi que tout
l’indique. Dans tous les cas, avec des puits ordinaires, on y aurait
l’eau à peu de profondeur, surtout dans les lits des principaux ouâdi.
Je reviens à mon itinéraire.
Les rhedîr de Sâghen ne sont ordinairement pleins qu’après les grandes
pluies, mais à environ un mètre du sol on trouve toujours l’eau
nécessaire à tous les besoins.
Au milieu des alluvions qui entourent les rhedîr, on remarque des
laves[41] noires, poreuses et légères, charriées, du sommet de l’Adrâr,
point le plus élevé du Tasîli, par les eaux de débordement de l’Ouâdi-
Tikhâmmalt.
Les Touâreg trempent quelquefois ces laves dans l’huile, qu’elles
absorbent comme le ferait une éponge ; après quoi ils y mettent le feu ;
l’huile brûle. Ce fait mal expliqué a fait croire à l’existence de la
houille dans les montagnes des Touâreg. Lorsqu’on leur demandait :
« Avez-vous dans votre pays des pierres noires qui brûlent ? » ils
répondaient : « Oui, nous en avons, » mais sans ajouter : « Nous les
imprégnons d’huile pour qu’elles puissent brûler. »
Déjà M. Isma’yl-Boû-Derba avait trouvé dans l’Ouâdi-Igharghar, mais
provenant du Ahaggâr, des laves de même nature.
Ces deux constatations, confirmatives d’autres indications données par
les Touâreg, ne laissent aucun doute sur la formation volcanique des
points culminants du Ahaggâr et du Tasîli.
Plus loin, j’aurai l’occasion de constater la présence de pierres de
même nature dans le Djebel-es-Sôda (la montagne noire) que j’ai pu
étudier avec plus de soin, mon itinéraire traversant ce massif de
montagnes.
Le fond du sol de Sâghen est un composé de sables et d’argile apportés
par les eaux d’inondations ; dans les sables, on trouve une grande
quantité de mica. Les pierres roulées par les eaux sont des grès ou des
détritus de roches plus grossières, formés de grains de quartz
agglomérés.
De Sâghen à Tâdjenoût, la route suit la vallée de l’Ouâdi-Tikhâmmalt,
tantôt sur une rive, tantôt sur une autre. En remontant le lit de cette
rivière, on remarque sur le sol des affleurements d’un grès grisâtre,
noirci à la surface.
A Tâdjenoût, pour la première fois depuis mon départ de Ghadâmès, je
rencontre des sources d’eau vive et je dois faire observer que, des
puits de Timelloûlen jusqu’à Tâdjenoût, sur un parcours de 310
kilomètres, l’eau ne se trouve qu’accidentellement dans les rhedîr ; ce
qui rend cette route difficile en dehors des années de grandes pluies.
La route orientale, celle des caravanes, est plus riche en eau, car en
tout temps on est certain d’en trouver dans les puits sur six points
différents.
De Ghadâmès à Tâdjenoût, mon itinéraire avait suivi une direction
générale Nord et Sud. Tout à coup, il tourne à l’Est et longe le versant
Nord du Tasîli jusqu’à l’Ouâdi-Izêkra.
Entre Tâdjenoût et l’Ouâdi-Izêkra, la distance est de 46 kilomètres. Au
Nord de la route, le terrain conserve les caractères généraux de la
plaine des Igharghâren ; au Sud, apparaissent en affleurements les grès
siliceux, fins, très-durs, gris jaunâtres du Tasîli[42].
Au point où l’Ouâdi-Izêkra sort du Tasîli pour déboucher dans la plaine,
le sol est recouvert par une couche de sable, en mélange avec de la
terre végétale.
Il n’y a d’eau dans cette rivière qu’après les grandes pluies. En temps
ordinaire il faut aller s’abreuver au puits d’In-Hemoûl, à 4 kilomètres
en aval dans le lit de l’ouâdi.
De l’Ouâdi-Izêkra à l’Ouâdi-Târat (30 kilomètres), la route continue,
comme la précédente, à suivre le pied du Tasîli en conservant les mêmes
caractères.
La vallée de Târat forme une large coupure dans la montagne ; à l’Est et
à l’Ouest, elle est bordée de pics de grès noir. La largeur de l’ouâdi
est de 800 mètres environ ; la hauteur des berges est de 90 à 100
mètres. Cette sorte de col porte le nom d’_Aghelâd_ (passage).
Dans l’Est, sur la rive droite de l’ouâdi, apparaît le haut pic de
Mârhet, qui domine le niveau moyen du plateau du Tasîli dans lequel on
va entrer. Dans le bas de la vallée, est une ligne de hautes dunes de
sables qui se prolongent dans l’Est jusqu’à Tânit-Mellet.
Sur la rive gauche de Târat, on trouve un énorme tamarix appelé Azhel-
en-Bangou.
Près de ce point, dans le fond de la vallée, je remarque des grès
ferrugineux sensibles à l’aimant[43], pierres détachées provenant de la
partie supérieure de l’ouâdi. Plusieurs de ces pierres me paraissent
avoir été soumises à l’action du feu ; j’en demande l’explication aux
Touâreg qui me répondent avoir l’habitude de les faire rougir et de les
jeter ensuite dans le lait afin d’en assurer la conservation.
Sans s’en douter, les Touâreg préparent ainsi un lait ferrugineux et
devancent, sous ce rapport, les peuples civilisés qui, jusqu’à ce jour,
se sont bornés à l’usage de l’eau ferrugineuse.
E. — _Tasîli des Azdjer._
Le Tasîli du Nord ou des Azdjer, dont il est ici question, est un
immense gradin de 500 kilomètres de longueur et de 130 kilomètres de
largeur moyenne, orienté du Sud-Est au Nord-Ouest, et dont le point le
plus élevé porte le nom d’Adrâr.
Ce plateau, à l’exception des vallées, est complétement dénudé ; on n’y
trouve pas même d’herbe.
A partir de Târat, pendant l’ascension, ma boussole perd momentanément
sa direction vers le Nord. Ne pouvant attribuer cet affolement aux grès
ferrugineux d’Azhel-en-Bangou, j’interroge les Touâreg sur l’importance
et l’étendue des gisements de fer dans leurs montagnes, et j’apprends
que je devais en trouver sur plusieurs points de mon itinéraire jusqu’à
Rhât.
Le ravin de l’Ouâdi-Alloûn me conduit sur les hauteurs du Tasîli.
Les berges de cet ouâdi constituent de chaque côté des murailles de
grès, noircis à la surface, dont la hauteur augmente à mesure qu’on
monte.
L’assise inférieure de ces murailles présente, au niveau du lit, un
sable jaune grisâtre, légèrement concret[44], au milieu duquel je trouve
des veines spathtiques[45] qui se prolongent en affleurements dans le
lit. La masse, jusqu’au sommet de la berge, est un grès siliceux[46],
compact, très-dur, dont la couleur varie suivant les minéraux dont il
est imprégné.
Sur la rive droite de l’Ouâdi-Alloûn, au fond d’un ravin affluent,
jaillit la source de Ahêr, dans un bassin à fleur de sol, d’un mètre
carré à peu près, mais dont le réservoir est couvert par un rocher sous
lequel résonne l’écho quand on plonge les seaux dans la source.
Sa température est de 19° 8, celle de l’air étant de 26°.
Le sol, autour de la source, porte des traces de dépôts salins.
Les rochers des environs forment des blocs anguleux détachés, des
grottes ou abris sous lesquels vivent des pigeons et autres oiseaux.
Dans une de ces grottes, et sur un des rochers voisins, je trouve douze
inscriptions en langue temâhaq que je copie.
A la sortie du ravin par lequel la source d’Ahêr débouche dans le lit de
l’Ouâdi-Alloûn, je rencontre, sur la route, des traces de constructions
régulières dont je lève le plan et qui me paraissent appartenir à la
civilisation berbère. Les Touâreg, que j’interroge sur l’origine de ces
constructions, me disent que ce sont les tombeaux des gens d’autrefois
qu’on appelait _Jabbâren_ ou géants. Il existe dans le pays un certain
nombre de ces tombeaux.
Après le ravin desséché de l’Ouâdi-Alloûn, le plateau est hérissé de
rocs énormes, séparés les uns des autres par de grandes crevasses. Ces
rocs ont souvent une forme curieuse qui rappelle les pierres levées des
anciens Druides ; mais, ici, l’origine de ces pierres étranges est toute
géologique.
Ce sont d’immenses blocs aplatis[47] dans leur partie supérieure et
tenus en équilibre sur une base étroite comme le pied d’une coupe, mais
assez haute pour qu’un cheval et son cavalier puissent circuler sous le
plateau supérieur. (Voir page 35.)
Ces formations bizarres sont dues à l’action des eaux diluviennes qui,
en respectant la partie supérieure et la plus dure de la roche, ont
rongé la partie la plus tendre du piédestal.
Le point du plateau qui supporte ces témoins géologiques, en nombre
assez considérable, s’appelle Takarâhet. Plus loin, dans l’Est, le même
plateau prend le nom significatif de Teroûrit (le dos), parce qu’il
devient le point de partage des eaux qui se rendent du côté de l’Ouest
dans le bassin de l’Igharghar, et dans l’Est, vers Tîterhsîn, d’où elles
vont se perdre dans le bassin des dunes d’Edeyen.
Entre Takarâhet et Teroûrit, la route traverse successivement trois
basses dépressions : celle de l’Ouâdi-Tîn-Array, de l’Ouâdi-Tîn-Têrdja,
de Tîn-Tâkelît, qui portent les eaux du plateau aux sables de Tânit-
Mellet, d’où elles vont rejoindre l’Ouâdi-Târat.
Les rochers nus qui séparent ces trois dépressions sont tellement
hérissés et distribués sans ordre, qu’un excellent guide est nécessaire
pour ne pas perdre la route. Ces rochers sont toujours de grès siliceux,
dur, compact, noir à la surface, gris cendré à l’intérieur[48].
Après de nombreux détours au milieu de ces rochers, le chemin atteint la
tête de l’Ouâdi-In-Ezzân, affluent du bassin de Tîterhsîn.
Le ravin assez large de cet ouâdi est bordé de chaque côté de hautes
murailles formées de deux assises bien distinctes : la supérieure,
composée d’un grès-quartzite[49], compact, blanchâtre à l’intérieur,
avec coloration brune ferrugineuse à la surface ; l’inférieure, composée
d’un grès grossier, siliceux, de couleur jaune sale[50].
Ce ravin conduit directement à Titerhsîn. Dans sa partie haute, il porte
le nom d’In-Akhkh ; dans sa partie basse, celui de Timsennanîn.
Au confluent de l’Ouâdi-Tiferghasîn dans Timsennanîn, je trouve une
pierre roulée[51], noire, à grain très-fin, lourde, qui, à l’examen, a
été reconnue être du fer oligiste de la plus grande richesse.
Timsennanîn est séparé du bas de la vallée par une dépression du nom de
Takhôba, au delà de laquelle on entre sur un terrain plus élevé, couvert
de blocs de grès de formes accidentées ; après quoi on descend par une
pente insensible dans le fond de la vallée.
Sur la rive gauche de l’ouâdi, à peu de distance de la route, est une
petite ligne de sable, encore appelée Azekka-n-Bôdelkha, dernier vestige
d’une chaîne de dunes dont j’ai déjà parlé (voir page 42) et qui tend à
se reconstituer.
La vallée de Tîterhsîn, à fond alluvionnaire, est à l’extrémité
orientale du Tasîli ce que la vallée des Igharghâren est à son versant
Nord, c’est-à-dire le réceptacle des eaux pluviales qui, avec celles
venant de l’Ouest de la plaine de Tâyta, vont se perdre dans les dunes
d’Edeyen. Avant l’obstacle apporté par les sables, toutes ces eaux se
réunissaient à celles des Igharghâren pour aller grossir l’Igharghar.
Elles doivent s’y rendre encore, mais souterrainement.
La vallée de Tîterhsîn cesse d’avoir un bassin tracé à partir de sa
sortie des montagnes ; de là jusqu’aux dunes, elle offre l’aspect d’une
vaste plaine de sable.
Malgré le rôle hydraulique qu’elle joue, on n’y trouve de puits qu’à
Tâdjenoût, au pied des dunes et à Tarz-Oûlli, dans la vallée. Ce dernier
est comblé. Après les grandes pluies, il est vrai, il existe dans le lit
de la rivière un endroit appelé Amezzien, où l’eau s’accumule et forme
un rhedîr qui persiste pendant deux ans.
En tout temps, les sources de Tihôbar, dans l’Ouâdi-Taouezzak, affluent
de Tîterhsîn, suffisent aux besoins des voyageurs.
Près de ces sources sont des cultures de blé.
Sur les rives desséchées du rhedîr d’Amezzien, je trouve des coquilles
d’eau stagnante, mortes depuis longtemps, et qui ont été reconnues par
M. Deshayes pour être la _physa contorta_ (Michaud) et la _bithinia
dupotetiana_ (Forbes).
F. — _Vallée d’Ouarâret._
Cette vallée porte communément et indistinctement les deux noms
d’Ouarâret et d’Aghelâd.
Ouarâret est le nom particulier du principal ouâdi de la vallée.
_Aghelâd_ signifie _passage_. En effet, la vallée est un vaste couloir
entre le Tasîli et l’Idînen, par lequel passe la grande route de
Ghadâmès à Rhât.
A 7 kilomètres de Tarz-Oûllî, on remarque sur le rebord rocheux du
Tasîli le mont Têlout, entièrement isolé aujourd’hui, mais dont la
constitution est tout à fait semblable à celle du Tasîli dont il semble
détaché.
A quelques kilomètres, à gauche, en entrant dans la vallée, au sortir de
Tîterhsîn, on aperçoit un petit plateau allant de l’Ouest à l’Est, du
nom de Tizoûl (même racine que _tazôli_, fer). La couleur de la roche me
paraît, de loin, noirâtre avec des nuances jaunes. Je ne tarde pas à
être fixé sur la nature de sa formation.
En effet, à 20 kilomètres de Tarz-Oûllî, je trouve les puits artésiens
d’Ihanâren, nouvellement curés, et, autour de ces puits, provenant des
déblais, des dépôts de sables ocreux, contenant des débris végétaux,
mais surtout remarquables par la quantité de fer qu’ils renferment[52].
Ces puits, au nombre d’une dizaine environ, ont été creusés à la façon
de ceux de l’Ouâd-Rîgh et, comme eux, donnent des eaux jaillissantes
servant à l’irrigation des terres voisines, au moyen de canaux et de
réservoirs en maçonnerie.
Le 12 mars 1861, jour où je rencontrai ces puits, la température des
eaux était de 24° 4 au fond des bassins, celle de l’air extérieur étant
de 8°. Je dois ajouter que les outres contenant nos provisions d’eau
avaient gelé dans la nuit du 11 au 12 et dans les deux précédentes.
La profondeur moyenne des puits est de 1m 50 à 2 mètres environ. Leurs
orifices sont entourés de branchages pour éviter que les animaux y
puissent tomber ; c’est pourquoi, sans doute, les déblais provenant du
curage contiennent des matières végétales.
La vallée qui conduit à Rhât a 44 kilomètres de longueur, sur une
largeur moyenne de 7. Sa direction générale est Nord et Sud.
Dans la vallée est une source, celle de Tinoûhaouen, appartenant à une
dame de Rhât et exploitée pour l’irrigation.
Cette source, connue des anciens Touâreg, avait depuis longtemps disparu
sous des masses de sables ; on l’avait déblayée en 1858.
Le sol de cette vallée, là où il n’est pas recouvert par des sables, est
composé d’argiles roses, micacées, tantôt terreuses[53], tantôt
schisteuses[54], qui se montrent sous forme de veines.
Les parties les plus basses de ces veines sont sillonnées
d’affleurements d’alun qu’on exploite[55].
Sous les grès quartzites des berges de la vallée, sont des grès
micacés[56], rougeâtres, très-fins et très-compacts, lamellés, se
détachant en couches de 8 à 9 millimètres d’épaisseur.
Le mont Idînen, qui marque le côté oriental de la vallée d’Ouarâret, est
réputé par les indigènes être le séjour mystérieux d’esprits
surnaturels, _Idînen_, d’où lui est venu son nom.
La forme d’Idînen est celle d’un fer à cheval, du centre duquel part un
ravin aboutissant au Tanezzoûft. M. le docteur Barth, qui a visité ce
mont, s’exprime ainsi sur sa nature : « J’atteignis enfin la crête qui
s’élève semblable à une muraille au sommet de la côte. Je constatai que
ce massif se composait généralement de couches horizontales de marne
reposant sur un lit de pierres calcaires ; sur le versant, je découvris
un vaste chaos de blocs de rochers tombés du haut de la montagne. »
Rhât est adossée à une chaîne de collines peu importantes qui portent le
nom de Koukkoûmen.
Autour de Rhât, on retrouve la terre végétale des oasis, légèrement
sablonneuse et arrosée par de nombreuses sources qui sourdent de tous
les points.
IIIe SECTION.
DE TÎTERHSÎN A ZOUÎLA.
Cet itinéraire géologique comprendra les divisions suivantes :
_A._ — Passage de l’Akâkoûs, entre Tîterhsîn et Serdélès ;
_B._ — Désert de Tâyta, entre Serdélès et Oubâri ;
_C._ — Parcours de l’Ouâdi-Lajâl, entre Oubâri et le plateau de
Mourzouk ;
_D._ — Dunes d’Edeyen ;
_E._ — Hamâda de Mourzouk ;
_F._ — Dépression d’El-Hofra ;
_G._ — Cherguîya ;
_H._ — Massif du Hâroûdj.
A. — _De Tîterhsîn à Serdélès._
La distance entre ces deux points est de 80 kilomètres.
Jusqu’à l’Ouâdi-Tanezzoûft, qui vient de Rhât et dont la vallée sépare
le plateau d’Idînen de la chaîne de l’Akâkoûs, la route ne traverse
guère que des sables et quelques petits plateaux pierreux entre des
dunes de sables.
A Amarhîdet, je retrouve les argiles schisteuses[57] de la vallée
d’Ouarâret, avec des colorations qui varient du rouge lie de vin au
blanc pur en passant par les nuances intermédiaires du violet, du rose
et du jaune, suivant les diverses stratifications.
Au delà du Tanezzoûft est le passage de l’Akâkoûs, d’abord par un
plateau inégal, ensuite par un dédale de collines, de pitons et de
ravins successivement échelonnés dans le plus grand désordre.
Sur un parcours de 4 kilomètres, la roche est nue, sans végétation et
composée d’un grès fin, micacé, de couleur rosée, stratifié, très-
solide[58].
La chaîne de l’Akâkoûs est tellement abrupte, dressée en forme de
muraille, que c’est à peine si, une fois en dix années, il se rencontre
parmi les Touâreg un homme assez adroit pour pouvoir en opérer
l’ascension, par un unique escalier très-étroit, Abarqa-wân-dârren
(chemin des piétons), et qui va chaque jour en se dégradant. On cite
dans le pays les rares individus qui ont gravi ce rempart de roches
dénudées, dont les pointes, dressées vers le ciel, présentent l’aspect
le plus bizarre.
Le versant méridional de la montagne conduit, par une pente insensible,
à Serdélès.
Ce point, que les Arabes appellent aussi El-’Aouïnât, est certainement
l’un des plus remarquables du Sahara.
Si l’artiste peut, dans un seul coup d’œil, embrasser trois des grandes
horreurs de la nature : le squelette dénudé de la chaîne de l’Akâkoûs,
le désert de Tâyta, les dunes d’Edeyen ; si l’archéologue trouve dans
les ruines du château d’Aghrem matière à exercer sa sagacité ; si
l’attention du botaniste est appelée par un arbre gigantesque, l’_acacia
albida_ de Delille, unique de son espèce dans tout le pays d’Azdjer,
celle du géologue est bien plus surexcitée encore par la constatation
d’une série de faits, tous nouveaux pour lui.
D’abord, il est au point de partage des eaux entre le bassin de la
Méditerranée et celui de l’Océan ; ensuite, au lieu d’une nature aride,
sans eaux, comme celle des contrées environnantes, il trouve dans
l’enceinte du château une source remarquable par son volume et, à côté,
deux puits artésiens, alimentant de leur jet continu divers bassins
aménagés pour l’irrigation des terres ; enfin, il est là sur le terrain
le plus ancien connu sur tout le continent africain, le terrain
dévonien, immédiatement inférieur aux dépôts houillers, et ce terrain
apparaît dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur son
identification.
M. de Verneuil, celui de nos professeurs le plus versé dans l’étude des
terrains anciens, a bien voulu déterminer la nature des échantillons de
roches que j’ai rapportés de cette contrée. Voici textuellement les
notes qu’il a bien voulu rédiger à ce sujet.
« Il y a dans les échantillons de grès argileux de Serdélès soumis à mon
observation deux espèces de coquilles fossiles reconnaissables : un
_spirifer_ et le _chonotes crenulata_.
« La plus abondante des deux espèces est un _spirifer_ strié, à sillon
lisse, appartenant au groupe des _ostiolati_ de de Buch. C’est peut-être
même le _spirifer ostiolatus_ (Schlotheim) qu’on réunit aujourd’hui
généralement au _spirifer lævicosta_ (Valencienne).
« Il y en a deux variétés, l’une plus courte, l’autre plus transverse.
Ces deux variétés s’observent dans le _spirifer lævicosta_ tel que l’a
figuré M. Schur. (_Brachiopoden von der Eifel_, pl. 32 _bis_, fig. 3
a-h.)
« Un des échantillons de Serdélès représente un _area_ assez élevé qui
pourrait le rapprocher du _spirifer subcuspidatus_ (Schnur) de
l’_Eifel_.
« Enfin on peut aussi comparer cette espèce au _spirifer medialis_
(Hall), qui est abondant dans le _Hamilton Group_ ou terrain dévonien de
l’État de New-York.
« Quelle que soit l’espèce à laquelle on rattache le _spirifer_ de
Serdélès, c’est toujours avec une espèce caractéristique du terrain
dévonien qu’il sera identifié, et c’est là le point capital.
« L’autre brachiopode que je distingue dans les deux échantillons qui
m’ont été soumis est le _chonotes crenulata_ (Römer). C’est une coquille
exclusivement dévonienne et caractéristique surtout de l’étage moyen
ainsi que la précédente. Elle a beaucoup de ressemblance avec le
_chonotes striatella_ du système silurien, mais elle a l’_area_ un peu
moins développé et sa plus grande largeur est au milieu des deux valves,
ce qui lui donne une forme légèrement arrondie.
« Le terrain dévonien est aujourd’hui connu dans le Nord de l’Afrique
sur trois points :
« 1o Dans le Maroc, où il a été découvert et décrit par M. Coquand,
professeur à Marseille (voir le _Bulletin de la Société géologique_,
vol. IV, page 1204) ;
« 2o Dans le Fezzân, où le docteur Overweg l’a trouvé en traversant
l’Amsâk à 80 kilomètres environ à l’Est de Serdélès (voir _Zeitschrift
der deutschen geologischen Gesellschaft_, IV Band. — Berlin, 1852) ;
« 3o Enfin, à Serdélès, d’où proviennent les deux échantillons soumis à
mon examen par M. Henry Duveyrier[59].
« Dans le Sud de l’Afrique, ce même terrain dévonien se représente près
du cap de Bonne-Espérance, dans la montagne de la Table.
« Le terrain silurien et le terrain carbonifère, le premier au-dessous,
le second au-dessus du dévonien, n’ont pas encore été signalés en
Afrique, que je sache au moins.
« Cependant, au Maroc, M. Coquand croit pouvoir rapporter au terrain
silurien les calcaires à _bronteus_ et à _orthoceras_ qui sont au-
dessous des grès dévoniens. (Voir le _Bulletin_, vol. IV. p. 1204.)
« Des grès argileux, assez semblables à ceux de Serdélès, se trouvent
aussi à Almaden, en Espagne, dans le terrain dévonien. Ils abondent
également en moules de _spirifer_ dont quelques-uns sont voisins de
l’espèce que nous venons de mentionner. »
Les échantillons soumis à l’examen de M. de Verneuil figurent dans ma
collection sous les nos 37 et 38. Ils proviennent d’une roche près du
château.
La même localité me fournit encore un grès ferrugineux[60] présentant
quelques traces de coquilles indéterminables paraissant se rapporter aux
grès précédents.
Mais, chose curieuse, près de la source, je retrouve le calcaire
crétacé[61], jaunâtre, avec _inocerames_ et bivalves, du plateau sur
lequel est bâti Ghadâmès.
La source du château sort d’un bassin de 3 à 4 mètres de long, sur 1
mètre 50 de large. De là, les eaux s’écoulent, par un canal profond
creusé dans la butte sur laquelle est bâti le château, pour aller
arroser des cultures de céréales dans les environs.