soir_ : Coups de tonnerre prolongés, lointains, au S. magnétique.
_Observations de 3 heures_ : Bar. aner. 694.40. — Therm. fr. 34°. — Ciel
couvert. — Vent O. faible.
_Observation de 3 heures 45_ : Une trombe de sable importante, rouge
comme les précédentes, passe au S.-E. Sa marche est vers l’E. Quelques
gouttes de pluie.
_Observations de 7 heures 30_ : Bar. aner. 700.00. — Therm. fr. 27°5. —
Ciel couvert. — Vent du S.-S.-O. modéré. — Quelques gouttes de pluie.
D’où provenaient les sables dont ces trombes étaient chargées ? où sont-
ils allés se fixer ? Je l’ignore. En reproduisant ces observations, j’ai
voulu constater leur fréquence et préciser les conditions dans
lesquelles elles se produisent.
J’ai choisi à dessein la période de février à mai, parce qu’alors je me
trouvais à la ligne de partage des bassins méditerranéen et océanien, et
sous le vent des plateaux alimentateurs des dunes.
Si les vents soulèvent les sables sur les plateaux, les réunissent en
trombes pour les transporter à de grandes distances, ce sont
incontestablement les courants d’eau qui les fixent dans les bassins où
nous les trouvons. Du moins, cela est exact pour le bassin de l’’Erg que
j’ai plus particulièrement observé et étudié. L’hydrographie de cette
immense cuvette nous la représente, en effet, comme l’aboutissant des
eaux de toutes les montagnes environnantes.
En est-il de même ailleurs ? C’est probable, mais je ne puis l’affirmer.
On jugera de l’action des eaux par les faits suivants :
Au printemps de 1862, une pluie d’orage tombée sur le versant Ouest du
Ahaggâr amena de telles quantités d’eau dans les vallées d’Idjeloûdjâl
et de Tarhît qu’elles entraînèrent une partie de la montagne. L’action
des eaux fut assez prompte pour qu’une nezla (tribu) entière, campée au
débouché des deux vallées, pérît corps et biens. Trente-quatre personnes
et un grand nombre de chameaux furent noyés. Une chamelle qui paissait
tranquillement sur la portion de la montagne emportée par les eaux, fut
retrouvée saine et sauve, trois jours après l’événement, à une très-
grande distance, sur le terrain même où elle avait été surprise et qui,
après une longue navigation, était venu échouer sur une des berges de
l’ouâdi.
Avant 1856, sur la rive gauche de l’Ouâdi-Tîterhsîn, existait une ligne
de dunes, du nom d’Azekka-n-Bôdelkha, assez hautes pour que les chameaux
ne pussent les franchir. Advint alors une crue accidentelle dans
l’ouâdi, et elle eut la puissance de faire disparaître toute la masse de
sable qui composait ces dunes.
La force motrice des eaux, dans le Sahara, n’est pas seulement démontrée
par les déblais qu’elles produisent sur certains points ; elle l’est
aussi par les immenses barrages que leurs alluvions créent sur d’autres
et qui, de siècle en siècle, modifient les cours des ouâdi.
Le bassin de l’Igharghar offre de nombreux exemples de ces barrages.
Jadis il communiquait avec la mer par le golfe de Gâbès et y portait les
sables qu’il charriait. Aujourd’hui une barre de terre et de sable de
dix-huit kilomètres sépare le Chott du Nefzâoua de la mer. C’est à peine
si on reconnaît dans la ligne de bas-fonds de l’Ouâdi-Akarît l’amorce de
l’ancienne communication.
Jadis, à l’époque de Ptolémée, le Chott-el-Kebîr du Nefzâoua, sous le
nom de _lac Triton_, le Chott-el-Djerîd, sous celui de _Pallas_, le
Chott-Melghîgh, sous celui de _Libye_, communiquaient entre eux, ou ne
formaient, comme à l’époque d’Hérodote, qu’un seul lac, sous le nom de
_Triton_ ; aujourd’hui ces anciens lacs, sans affluents, ne sont même
plus des lacs, mais des bas-fonds de chott, submergés en hiver,
desséchés en été. Toutefois, il ne serait pas prudent de s’aventurer à
les parcourir sans guide, car sur certains points, notamment dans le
Chott-Melghîgh, on disparaîtrait sans laisser trace de son passage.
Jadis, la tête orientale de l’Igharghar, formée de l’Ouâdi-Serdélès, de
l’Ouâdi-Tânezzoûft, de l’Ouâdi-Ouarâret, de l’Ouâdi-Tîterhsîn et de
l’Ouâdi-Tikhâmmalt qui les réunissait tous, communiquait avec la tête
occidentale venant du Ahaggâr ; aujourd’hui, chaque affluent de la tête
orientale forme un ouâdi distinct, aboutissant à des sables qui
absorbent leurs eaux et les rendent souterrainement à l’ancien lit.
La fantaisie de l’Igharghar de couler, tantôt à ciel ouvert en rompant
les barres qu’il s’était formées, tantôt souterrainement en se creusant
un lit sous les sables, ne date ni d’aujourd’hui ni d’hier, car déjà, du
temps du roi Juba, au commencement de notre ère, le grand fleuve
saharien avait de pareils caprices, à ce qu’il paraît.
D’après les _Libyques_ du roi Juba citées par Pline, le grand fleuve de
la Libye, « indigné de couler à travers des sables et des lieux
immondes, se cache l’espace de quelques journées. Absorbé de nouveau par
les sables, il se cache encore une fois dans un espace de vingt journées
de désert. »
Cette citation, que j’emprunte au grand ouvrage de M. Vivien de Saint-
Martin, _le Nord de l’Afrique dans l’antiquité_, me permet de constater,
tout d’abord, combien le savant géographe a été heureusement inspiré en
assimilant le Niger de Juba et de Pline avec l’Igharghar[24] moderne des
Touâreg, le Ouâdi-es-Sâoudy des Arabes.
Au fur et à mesure que cette étude se complétera, on retrouvera les
poissons du Nil et les crocodiles dont l’existence faisait croire au roi
Juba que le grand fleuve d’Égypte avait une de ses origines dans ses
états.
Quoi qu’il en soit, par ce témoignage de Juba, confirmé par Pline et par
d’autres encore, il devient évident que la partie du Sahara dont je
m’occupe était déjà, il y a dix-huit cents ans, sinon sous le rapport de
la quantité des eaux, du moins sous le rapport des sables et de leur
circulation, telle qu’elle s’est présentée à mon observation.
Si, depuis cette époque, une partie du Sahara a pu être protégée contre
les influences atmosphériques qui désagrégent les roches même les plus
solides, c’est incontestablement celle qui est abritée contre le froid,
la chaleur, la lumière, l’électricité, par une couche épaisse de sables.
Sans doute, dans l’’Erg, avant l’invasion des sables, quelle que soit la
date éloignée du commencement, les parties solides de cette contrée
avaient, comme celles de l’universalité du plateau central du Sahara,
subi les influences destructives de l’atmosphère, et tout indique qu’il
y avait de nombreuses goûr en décomposition comme partout ailleurs. Ces
goûr, plus ou moins nombreuses, sont restées en place, devenant le noyau
de dunes, à côté de ghourd exclusivement composés de sable de la base au
sommet. Mais ces noyaux solides de quelques dunes, constatés par M.
Vatonne, n’infirment pas la loi générale de l’amoncellement des débris
des roches des plateaux supérieurs dans les bassins qui leur servent de
réceptacle. Partout, sur la surface du globe, les alluvions, qu’elles
soient de sables ou de terres, qu’elles soient charriées par les vents
ou par les eaux, obéissent aux lois de la pesanteur.
Si les alluvions sablonneuses des dunes n’ont pas obéi à la loi
ordinaire des nivellements des autres alluvions, la cause très-complexe
de ce phénomène n’est pas encore sur le point de recevoir sa solution,
car ce n’est pas en Afrique seulement que la circulation et la fixation
des sables déjouent la sagacité des plus habiles ingénieurs.
Quoi qu’il en soit, les excellentes et minutieuses observations de M.
Vatonne conservent toute leur valeur et contribueront, avec celles qui
pourront être faites ultérieurement, à la solution du problème.
Dans ma collection géologique sont indiqués comme étant de la provenance
de l’’Erg :
1o Un échantillon de sulfate de chaux très-pur[25] ;
2o Un échantillon de terre blanche, fine, calcaire, donnant une très-
forte effervescence à l’acide chlorhydrique[26].
Cette terre, trouvée sous les sables à Ghourd-Maámmer, contient, en
grande quantité, une espèce de coquille fossile nouvelle[27], que M.
Deshayes a décrite et à laquelle il a bien voulu donner mon nom.
« M. Duveyrier, écrit M. Deshayes, mérite bien l’honneur d’être signalé
à la reconnaissance des naturalistes, car pendant toute la durée d’un
périlleux voyage dans une région de l’Afrique que personne n’avait
visitée avant lui, il n’a cessé de recueillir des matériaux propres à
enrichir les diverses branches de l’histoire naturelle. Il nous a donc
paru équitable d’attacher le nom de l’intrépide et savant explorateur à
une espèce de mollusque qui nous paraît entièrement nouvelle. »
Pl. III. Page 45. Fig. 7 et 8.
[Illustration : Fig. 1. — PLANORBIS DUVEYRIERI.
Dessiné d’après nature, par M. Delahaye, sur les coquilles rapportées
par M. H. Duveyrier.]
[Illustration : Fig. 2. — DUNES DANS L’’ERG.
D’après un croquis de M. H. Duveyrier.]
Voici la description de cette coquille, telle que M. Deshayes a bien
voulu la rédiger :
PLANORBIS DUVEYRIERI. (_Desh._)
Pl. testa orbiculato-discoidea, crassiuscula, utroque latere inæqualiter
umbilicata, supra profundiore ; anfractibus quaternis, rapide
crescentibus, convexis, involventibus, sutura profunda junctis, interne,
ad peripheriam umbilici obtusissime angulatis, tenue et irregulariter
striatis ; ultimo anfractu majore, cylindraceo, crasso, ad aperturam
dilatato ; apertura magna, dilatata, lunari, paulo obliqua ; marginibus
tenuibus, acutis disjunctis.
« Le planorbe de Duveyrier est d’une taille médiocre, discoïde assez
épais et rapproché par sa taille et l’ensemble de ses caractères d’une
variété petite du _planorbis Dufourii_ de Graels. Discoïde
suborbiculaire assez épaisse, elle est ombiliquée de chaque côté, mais
plus profondément en dessus qu’en dessous. Elle est formée de quatre
tours de spire, dont les deux premiers sont fort étroits, les deux
autres s’élargissent rapidement. Ils sont en partie enveloppés les uns
par les autres, mais le dernier est très-grand, épais et s’accroît
rapidement, il est même un peu dilaté vers l’ouverture. Les tours sont
convexes de chaque côté et réunis par une suture simple et assez
profonde ; du côté inférieur, l’ombilic est circonscrit par un angle
très-obtus. Toute la surface est chargée de fines stries irrégulières
d’accroissement, et l’on remarque, de plus, à des distances inégales des
temps d’arrêt dans l’accroissement qui ont produit des angles obtus.
L’ouverture est assez grande, dilatée, peu oblique et suborbiculaire,
modifiée par l’avant-dernier tour dont elle embrasse le diamètre.
« Le plus grand échantillon a 7 millimètres de diamètre et 3
d’épaisseur. » (Voir la planche ci-contre.)
IIe SECTION.
DE GHADÂMÈS À RHÂT[28].
Cette section comprendra :
_A._ — Le plateau de Tînghert, de Ghadâmès à Ohânet ;
_B._ — La traversée des dunes d’Edeyen, entre Ohânet et la Hamâda
d’Eguélé ;
_C._ — La Hamâda d’Eguélé, des dunes d’Edeyen à la plaine des
Igharghâren ;
_D._ — La plaine des Igharghâren, de Sâghen à Tâdjenoût ;
_E._ — Le Tasîli des Azdjer, de Tâdjenoût à Tîterhsîn ;
_F._ — La vallée d’Ouarâret, de Tîterhsîn à Rhât.
A. — _Plateau de Tînghert._
Le plateau de Tînghert commence vers le Nord-Est au Djebel-Nefoûsa ;
dans le Sud-Est il vient se confondre avec la grande Hamâda-el-Homra,
dont il n’est séparé par aucun relief apparent ; dans le Sud, sa limite
est marquée par un rebord sous lequel sont les points d’El-Hesî, de
Tambalout et d’Ohânet qui le séparent des dunes d’Edeyen ; dans l’Ouest,
un rebord, assez caractérisé en quelques endroits, le sépare de la
région de l’’Erg. La ville de Ghadâmès est bâtie sur ce rebord.
Ce plateau a 185 kilomètres du Nord au Sud ; son étendue de l’Ouest à
l’Est ne peut être précisée, car nul ne connaît le point de séparation
entre la Hamâda de Tînghert et celle d’El-Homra. On sait seulement
qu’entre l’’Erg à l’Ouest et le Djebel-es-Sôda à l’Est, il y a 600
kilomètres sans eau et sans végétation ; ce qui interdit à qui que ce
soit d’aller faire la reconnaissance de cette immense solitude. Entre
Ghadâmès et Ohânet, ce plateau s’appelle Hamâda de Tînghert ; entre
Ghariân et El-Hesî, il s’appelle Hamâda-el-Homra, noms différents, l’un
berbère, l’autre arabe.
Les Sahariens appellent Hamâda tout plateau élevé, uni, pierreux, sans
végétation, sans eau, quelle que soit sa formation géologique.
Du Djebel-Nefoûsa aux environs de Ghadâmès, le calcaire est de couleur
grise ; aux environs de Ghadâmès, la coloration, du moins à la surface
du sol, devient plus uniformément sombre ; au delà de Ghadâmès, les
dolomies prennent les différentes couleurs des minéraux qui se trouvent
dans le voisinage.
Les environs immédiats de Ghadâmès offrent à l’observation du géologue :
Le sol même de l’oasis, léger, sablonneux et calcaire, fécondé par les
nombreux engrais de sa propre végétation ;
Les eaux de la source, dont j’ai fait connaître la température et
l’analyse au chapitre précédent, et sur laquelle je reviendrai au
paragraphe spécial à Ghadâmès, du Livre IIIe ;
Une carrière de plâtre exploitée près du cimetière du Dhâhara et qui
fournit un sulfate de chaux cristallisé, blanc, presque pur, quoique
mélangé à un peu de sable[29] ;
La roche du plateau qui entoure la ville ;
Enfin la gâra (témoin) de Tîsfîn, à sept kilomètres E. de la ville.
La roche du plateau de Ghadâmès[30], est un calcaire crétacé, de
formation marine, jaunâtre, avec grands fragments d’_inocerames_ et
quelques petites bivalves indéterminables, identiques comme aspect aux
calcaires jaunâtres coquilliers de la Chebka du Mezâb. Ce calcaire donne
une effervescence bien marquée à l’acide chlorhydrique, mais paraît
contenir une quantité assez notable de magnésie, comme la plupart des
roches du Mezâb.
La gâra de Tîsfîn a 90 mètres de hauteur environ.
Elle repose sur une roche siliceuse, grisâtre, homogène, ne donnant
aucune trace d’effervescence à l’acide[31].
Elle est couronnée, à son sommet, par une roche superficielle, calcaire,
rougeâtre, composée de fragments très-brisés de coquilles, dans
lesquelles on distingue quelques petites _limnées_ et des traces
nombreuses de _zoophytes_. Cette roche, très-compacte, rend un son
semblable à celui de la poterie cuite[32].
Entre les deux, l’intérieur de la gâra est formé d’un calcaire tendre,
jaune, blanc, marneux, d’une pâte très-homogène[33].
Ce dernier calcaire apparaît aussi dans les ravins des environs de la
gâra.
La gâra de Tîsfîn est entièrement isolée, mais à peu de distance on
voit, dans différentes directions, des goûr d’une élévation beaucoup
moindre et qui doivent appartenir à la même formation.
A 4 kilomètres au Sud de Ghadâmès, on entre dans la petite dépression de
Kaboû, formée par un lit d’alluvions sablonneuses et terreuses, au
milieu duquel on trouve des sables et du carbonate de chaux agrégés à la
façon des grès de Fontainebleau. Ces agrégations sont évidemment une
création des eaux.
Les bords de cette basse dépression sont d’un calcaire spathique,
rougeâtre, très-compact[34], dans lequel on trouve accidentellement de
la chaux cristallisée ; dans le lit même sont des concrétions composées
d’éléments calcaires en mélange avec le sable.
A 15 kilomètres de Kaboû, on traverse l’Ouâdi-Mâreksân dont la direction
est Est-Ouest. Son lit est de sable, graveleux à la surface, caillouteux
au fond. Sous le sable apparaissent des couches de sable marneux,
contenant de petits fragments de plâtre[35]. Les berges latérales, qui
ont 8 mètres de hauteur au-dessus de l’ouâdi, sont d’un calcaire
semblable à la roche du plateau de Ghadâmès.
Entre l’Ouâdi-Mâreksân et la dépression d’El-Gafgâf (48 kilom.), le
plateau se présente sous forme d’un chaos monotone de pierres calcaires
anguleuses, tantôt amoncelées sur le roc calcaire, tantôt enchâssées
dans des filons de terre sablonneuse.
De distance en distance, apparaissent dans l’Ouest, à 16 kilomètres
environ, les rebords d’un gradin plus élevé sur lequel se dressent des
goûrs calcaires indiquant l’ancien niveau du sol primitif ; eu égard à
leur distance, ces goûr doivent atteindre à une altitude assez grande.
Avant d’arriver à El-Gafgâf, pendant toute une journée de marche, le sol
est couvert de petites pierres noires qui donnent au paysage une teinte
funèbre.
Entre Mâreksân et El-Gafgâf on rencontre les lits des Ouâdi-Amâli et
Imoûlay qui vont se perdre dans l’’Erg.
El-Gafgâf est une petite dépression circulaire, à fond alluvionnaire,
d’un kilomètre environ. Du côté du Sud, ce bas-fond reçoit les petites
ravines d’Imozzelaouen (c’est-à-dire, _petites ravines étroites_) qui
traversent un sol calcaire à affleurements plus ou moins détériorés.
Au delà de ces ravines, la surface du plateau se nivelle et présente une
formation de graviers et de petites pierres.
Entre El-Gafgâf et Tifôchayen, la distance est de 34 kilomètres ; peu
avant ce dernier point, le plateau est couvert de pierres détachées.
Tifôchayen est une large vallée dont la direction générale est du Sud-
Est au Nord-Ouest. Le sol de cette vallée est sablonneux ; il provient
des sables de l’’Erg que les vents y ont apportés.
Entre Tifôchayen et Timelloûlen (12 kilomètres), le plateau reprend son
caractère précédent. La vallée de Timelloûlen consiste en un large ouâdi
dont le sol, comme celui de Tifôchayen, est formé de sables de l’’Erg
apportés par les vents. On y trouve l’eau à 1m 50 de profondeur.
Le plateau reparaît sur une étendue de 12 kilomètres et se montre
couvert d’affleurements de calcaire décomposé ; après quoi on arrive à
la dépression circulaire de Tahâla, qui a 5 kilomètres de diamètre et
est bordée de hautes berges à pic très-déchirées.
Du bas de la dépression, sur une épaisseur de 1m 50 à 2 mètres, la berge
consiste en assises marneuses d’un blanc légèrement verdâtre[36], avec
des veines et des noyaux de gypse blanc, pur, compact et excessivement
fin[37]. Cette roche ne contient pas de fossiles.
Le sommet de la berge est un calcaire rougeâtre, identique à celui qui
couronne la gâra de Tîsfîn.
Au centre de la dépression est une gâra à formes bizarres.
De Tahâla à Ahêdjren (20 kilomètres), le sol est alternativement un fond
de sable ou un fond de gravier solide, recouvert de petites pierres et
d’affleurements calcaires mêlés à des marnes vertes décomposées.
Avant l’arrivée à Ahêdjren, le flanc des hauteurs qui bordent la route à
l’Est est d’un calcaire blanc, exactement semblable à la craie de
Meudon, solide par endroits, friable dans d’autres.
Dans la partie friable, je détache facilement cinq échantillons de
coquilles moyennes[38] qui ont été reconnus être l’_ostrea columba_
(Desh) et appartenir au terrain _cénomanien_ de d’Orbigny et aux grès
verts supérieurs ainsi qu’à la craie chloritée du terrain crétacé.
Dans la partie compacte de la base de la roche sont d’autres coquilles
qui, à la vue, me paraissent de la même espèce que les précédentes, mais
grandes comme le creux de la main. La dureté de la gangue ne me permet
pas d’en prendre de spécimens.
Quoique le fond de cette roche soit blanc, elle est teinte de taches
brunes ou roussâtres en plusieurs endroits.
Sur toute la route, j’ai commencé à trouver des débris informes
d’ammonites au milieu des graviers.
Ahêdjren est un ouâdi à direction Sud-Est et Nord-Ouest et à lit
sablonneux. Ici, comme dans les vallées précédentes, la présence du
sable s’explique par le voisinage de l’’Erg.
De Ahêdjren à Ohânet, le plateau de Tînghert continue avec ses mêmes
caractères généraux sur une étendue de 25 kilomètres. Là, il finit et
contribue par son flanc méridional à former, avec le rebord
septentrional des dunes d’Edeyen, la longue dépression d’Ohânet dont la
direction générale est Est et Ouest.
Cette dépression d’Ohânet est appelée par les Arabes El-Djoua (le
fourreau), parce qu’elle ressemble à un couloir par lequel les eaux,
conservées comme dans un réservoir au milieu des dunes, s’écoulent dans
un lit pour aller rejoindre l’Igharghar au Sud de Timâssanîn.
La largeur de la vallée est de 12 kilomètres ; son fond est
alluvionnaire : sables et graviers mêlés.
Au centre est un _abankôr_ ou rhedîr, bassin argileux, qui, d’après les
Touâreg, conserve quelquefois l’eau pendant 2 ou 3 ans après les pluies.
Entre Ahêdjren et Ohânet, sur tout le parcours du trajet, les ammonites
continuent au milieu des pierres parsemées à la surface de ce désert.
Elles sont nombreuses, brisées en fragments. C’est avec grande peine que
je puis en trouver deux entières.
Les géologues à l’examen desquels ces ammonites ont été soumises, les
ont trouvées trop frustes pour pouvoir être sûrement déterminées[39].
Ils les croiraient volontiers nouvelles, mais se rapprochant de
l’_ammonites Mantellii_ du terrain _cénomanien_ de d’Orbigny ou des grès
verts supérieurs, de la craie tuffeau ou de la craie chloritée.
La pâte de ce fossile est un calcaire d’un blanc jaunâtre, compact,
légèrement saccharoïde, parsemé de quelques mouchetures de manganèse.
B. — _Dunes d’Édeyen._
Entre Ohânet et Abrîha, sur un parcours de 75 kilomètres, s’étend une
région de sables, continuation occidentale des dunes d’Edeyen, groupe
séparé de celui de l’’Erg par un prolongement du plateau de Tînghert.
A peu près à égale distance des points extrêmes de cette zone
sablonneuse, on trouve dans l’Est la ligne des goûr noires d’Ayderdjân,
au Nord de laquelle est un puits comblé, tandis qu’au Sud on trouve
accidentellement des flaques d’eau dans une dépression peu profonde à
fond d’argile.
Sur toute l’étendue de ces 75 kilomètres, les sables recouvrent le sol
qui apparaît de temps en temps, soit sous forme d’un calcaire noirâtre
ou violet, compact et solide, soit sous forme de graviers quartzeux
arrondis ; quelquefois ces graviers ont été cimentés avec le sable par
les pluies au moyen d’une substance calcaire agrégeable, et alors ils
forment un poudingue.
On rencontre aussi parfois dans ce parcours des places couvertes d’une
argile violette solide et lisse, mais fendillée par l’action du soleil ;
ces couches d’argile représentent les lits de mares desséchées, et
expliquent jusqu’à un certain point comment les graviers et le sable ont
pu se souder ensemble de manière à former la roche dont je viens de
parler.
C. — _Plateau d’Éguélé._
Je donne le nom de plateau d’Eguélé à une région mouvementée, partie
hamâda, partie dunes, qui sépare la région des dunes d’Edeyen de la
vallée des Igharghâren. Ce plateau bas a 106 kilomètres du Nord au Sud
dans la partie où je l’ai traversée. Sa longueur, de l’Est à l’Ouest,
est encore inconnue.
Entre Abrîha, point où les sables cessent, et Tâdjentoûrt, est une
hamâda plate, couverte de petites pierres.
Tâdjentoûrt, qu’il ne faut pas confondre avec l’ouâdi de ce nom situé
plus au Sud, est une dépression circulaire comme on en remarque si
souvent dans les régions sahariennes.
Au delà, sur une étendue de 9 kilomètres, ma route parcourt la
continuation du plateau au milieu de pierres calcaires et
d’affleurements de même nature. Çà et là apparaissent des sables mêlés à
du gravier et formant un terrain solide.
Eguélé est une chaîne de hauteurs de pierres calcaires noires, d’où leur
nom Eguélé (le coléoptère[40]), et dont la direction générale est du
Nord-Est au Sud-Ouest. Cette chaîne coupe la route et marque le point
culminant de cette section ; c’est pourquoi, à défaut d’un nom indigène
applicable à l’ensemble du plateau, je donne au tout le nom de sa partie
la plus remarquable.
Au Sud du point où je traverse la chaîne d’Eguélé, on rencontre l’Ouâdi-
Tâdjentoûrt, ravin sans eau qui a ses origines dans une ligne de
hauteurs que la route suit sur une étendue de 35 kilomètres ; ligne
qu’on laisse dans l’Est, et qui est la prolongation Sud de la chaîne
d’Eguélé.
Le trajet s’effectue au milieu des rochers, et on arrive à la dépression
d’Aseqqîfâf, réceptacle des eaux pluviales de la chaîne, mais à sec,
hors les temps de pluie.
Entre Aseqqîfâf et Isaouan (35 kilomètres) est le plateau calcaire de
Timozzoudjên, recouvert dans sa partie Nord, sur un parcours de 12
kilomètres, de petites dunes de sables auxquelles on donne le nom
d’Isoûlan-n-Emôhagh et vis-à-vis desquelles on voit dans l’Ouest les
sables de Tedjoûdjelt.