III

Isabeau de Grailly était retournée auprès de la duchesse d'Orléans,

qui se réjouissait de n'avoir plus à craindre que son mari n'allât à

la guerre, lorsqu'un son de trompette retentit, clair et vibrant, à si

peu de distance, que la duchesse en tressaillit sur son siége et

laissa tomber la tapisserie qu'elle brodait à l'aiguille.

C'était le signal ordinaire pour demander entrée dans un château fort.

Isabeau courut à la fenêtre, dont les vitraux peints n'interceptaient

pas complètement la vue des objets en changeant leur couleur.

Dès qu'elle aperçut au bord du fossé plusieurs cavaliers, parlementant

avec le capitaine du pont-levis, elle poussa un cri de joie et se mit

à bondir, comme une chevrette, autour de sa maîtresse, en frappant des

mains.

--C'est lui, madame! dit-elle avec transport; c'est mon fiancé! c'est

messire Philippe de Boulainvilliers, qui s'en revient de

Blois!--J'espère qu'on ne lui permettra pas d'entrer dans le châtel,

reprit la princesse d'un air et d'un ton d'autorité.--Eh! pourquoi? ma

très-vénérée dame! reprit Isabeau tout attristée. M. de

Boulainvilliers n'est-il pas de vos domestiques?--J'ai fait

commandement exprès, sous telle peine qu'il appartiendra, de

n'introduire céans nul homme et nulle femme, sans mon bon

plaisir.--Aussi, je pense bien que vous ne ferez pas difficulté

d'ordonner... Mais votre ordre était donné d'avance, ajouta-t-elle en

regardant par la verrière; voici que le pont-levis s'abaisse et que le

sieur de Boulainvilliers entre avec ses compagnons.--Notre Dame nous

soit en aide! Je punirai bien celui qui a si mal tenu compte de mes

ordres! Va-t'en dire de ma part, Isabeau, que le sire de

Boulainvilliers et les autres nouveaux venus ne parlent à personne

avant d'avoir parlé à moi.--Je les avertirai bien de se taire, madame,

et ils seront muets comme s'ils avaient la langue coupée, je vous

jure.

La damoiselle de Grailly, en descendant l'escalier, rencontra une de

ses compagnes, Hermine de Lahern, qui le montait rapidement; elles

passèrent l'une à côté de l'autre sans même s'adresser un regard.

Elles n'avaient pas entre elles le moindre rapport de caractère ni de

sympathie, et elles étaient restées à peu près étrangères, en se

voyant sans cesse et en se trouvant réunies dans la familiarité de la

duchesse d'Orléans. Elles ne se ressemblaient pas plus au physique

qu'au moral.

Isabeau, originaire du Périgord, avait l'humeur vive, légère et gaie

de ses compatriotes; elle joignait à un esprit fin et délié une naïve

et douce candeur; elle était d'une bonté angélique avec tout le monde,

et d'un dévouement sans bornes à l'égard de ses supérieurs.

Sa famille, aussi riche que noble, l'avait placée toute jeune dans la

maison de Bonne d'Armagnac, pour qu'elle apprît de bonne heure les

usages de la noblesse et pour qu'elle se formât à l'école de la cour

la plus polie qui fût alors en Europe.

La duchesse d'Orléans l'avait prise en affection, et pour ne jamais se

séparer d'elle, avait voulu la fiancer à Philippe de Boulainvilliers,

que le duc d'Orléans aimait plus que tous ses autres officiers.

Isabeau semblait plus âgée qu'elle ne l'était en réalité: sa taille

svelte et toute formée, sa démarche élégante, sa physionomie

expressive, ne disaient pas qu'elle eût moins de quinze ans; ses beaux

yeux noirs, ses lèvres vermeilles et son teint éclatant de fraîcheur,

étaient les traits saillants de sa beauté méridionale.

Hermine de Lahern, au contraire, avait les yeux d'un bleu verdâtre, le

visage pâle et les cheveux blonds; elle était petite et maigre,

tellement que rien chez elle ne dénotait ses vingt ans, excepté le

timbre de sa voix mâle et l'assurance de son regard.

Elle appartenait à une ancienne famille de Bretagne, qui ne lui avait

laissé que son nom pour héritage, et ce nom, illustré par les hauts

faits de ses ancêtres, était plus précieux pour elle que la fortune et

les honneurs. Son sexe ne l'empêchait pas d'avoir les qualités qu'on

admire chez les hommes: la fierté, le courage, la force d'âme, la

générosité, la loyauté; elle se rappelait toujours que son père et ses

deux frères étaient morts dans les guerres contre les Anglais, et elle

sentait croître au fond de son coeur un implacable désir de

vengeance.

Elle soupirait en voyant briller des armes, en entendant sonner les

clairons; elle s'indignait de n'être qu'une femme et de ne pouvoir

devenir un héros sur un champ de bataille.

--Madame, dit la damoiselle de Lahern en abordant la duchesse, j'ai

autorisé, en votre nom, le capitaine du pont-levis à introduire le

sire de Boulainvilliers et sa suite, parmi laquelle se trouvait maître

Fredet, le secrétaire de monseigneur.--En vérité, je vous blâme fort

d'être allée à l'encontre de mon commandement et je vous en ferai

repentir.--Fredet, le sire de Boulainvilliers et les autres ne sont

pas gens étrangers, madame, et ils ont droit, comme vos domestiques,

d'être reçus en votre maison. D'ailleurs, maître Fredet apporte une

lettre du roi à monseigneur.--Une lettre du roi! J'entends qu'elle

soit remise entre mes mains, et je chasserai de ma présence quiconque

serait assez audacieux pour me désobéir!--Donc, madame, il faut se

résigner plutôt à désobéir au roi notre souverain et révéré

sire...--Le roi commande en sa cour, ainsi que moi en la mienne... Çà,

appelez Fredet, ma fille; qu'il se garde de rendre la lettre à autre

qu'à moi! Sais-tu bien que si monseigneur avait maintenant cette

lettre, il se ferait armer tout à l'heure et partirait avec sa

bannière?--Et ce serait agir en vrai duc d'Orléans, madame, ne vous

déplaise; car l'armée du roi s'assemble partout contre celle des

Anglais.--Ne dis pas un mot en plus, Hermine, si tu veux demeurer ma

petite servante!... Souviens-toi que, le monde entier fût-il en

guerre, le châtel de Coucy doit rester en paix.--Votre volonté soit

faite, madame; mais, sur ma vie, si j'étais femme d'un fils de France

et duc d'Orléans, je voudrais...--Aller guerroyer avec les capitaines,

à la manière de ces vaillantes dames, Judith, Débora et autres? Nenni,

ma fille, je ne suis pas sortie du sang de ces héroïnes, et je me

contente de n'être qu'une femme, ayant les moeurs et les devoirs

d'une femme, sans envier le rôle des hommes. Chacun en ce monde tienne

son état, s'il vous plaît: aux hommes, il appartient de faire des

prouesses d'armes...--Or donc, madame, souffrez que monseigneur tienne

aussi son état et s'en aille avec sa bannière à la poursuite des

Anglais!--Hermine, je vous renverrai en Bretagne, où vous vous ferez

nonnain dans un couvent, si vous continuez de me fâcher si

obstinément!... Tu veux donc, ma fille, ajouta-t-elle d'une voix émue,

que je perde l'époux que tant j'aime et sans lequel je mourrais

d'amertume? Ne t'ai-je pas conté ce vilain songe que j'ai fait et qui

m'avertit de grands maux, si monseigneur me quitte?--Je donnerais mon

sang et ma vie, chère et honorée dame, pour vous ôter une angoisse,

mais tous les songes du monde ne feront pas que j'ajoute foi à leurs

pronostics. La Providence est trop sage et trop juste, ce pensé-je,

pour que le démon, qui crée et invente les illusions du sommeil,

puisse avoir autorité sur l'avenir qui n'est point encore et que Dieu

seul pressent.--Certes, le diable qui est malin esprit, au dire des

doctes théologiens, s'empare quelquefois de notre sommeil; mais plus

souvent notre ange gardien, tandis que nous sommes endormis, vient à

nous très-amoureusement et nous entretient des choses futures. Enfin,

depuis ce songe fatal qui m'a montré monseigneur couvert de sang et

de blessures, étouffé quasi sous une montagne de morts qui

s'aggravait sans cesse, j'ai au coeur cette idée, que je serai veuve

et en habits de deuil, ainsi que j'étais en rêvant, si le duc, mon

mari, s'éloigne de moi!--Las! madame, le garderez-vous mieux quand les

Anglais auront mis en déroute l'armée royale et usurpé la noble

couronne de France!

En ce moment, Philippe de Boulainvilliers et Fredet arrivèrent, encore

poudreux de la route qu'ils avaient faite à cheval. Les gens de leur

suite étaient restés dans un petit préau où Isabeau de Grailly les

avait fait enfermer, pour qu'ils ne communiquassent pas avec les

habitants du château avant d'avoir reçu les instructions précises de

la duchesse d'Orléans.

C'était Isabeau qui précédait, en rougissant, son fiancé et le

secrétaire du duc, honteux de se présenter en costume de voyage devant

la princesse.

--Ma très-révérée dame, dit-elle, voici messire de Boulainvilliers et

maître Fredet, qui n'ont encore parlé à personne céans.

Philippe de Boulainvilliers était un beau jeune homme, de grande

taille, aux traits réguliers et fins, à la physionomie douce et

souriante; il portait, par-dessus son armure, une casaque de poil de

chèvre, brune, décorée de ses armoiries sur la poitrine, sans manches,

et flottant autour des reins; il n'avait pas encore déposé son

bassinet ou casque de fer battu, sans ornements, pour mettre sur sa

tête un chaperon d'étoffe à huppe et à queue, comme on les portait à

cette époque.

Quant à Fredet, c'était un petit homme, dont la figure commune, mais

malicieuse et narquoise, dénotait la basse extraction; son esprit

naturel avait été l'origine de sa fortune.

Fils d'un mercier ambulant, il était devenu l'élève des moines dans

une abbaye de bénédictins, et ses bienfaiteurs, en espoir de gagner à

leur ordre un néophyte éminent, l'avaient fait admettre comme boursier

dans un collége de Paris. Fredet avait répondu aux espérances des bons

pères en faisant de fortes et brillantes études; mais il avait

d'ailleurs tourné le dos à la vocation qu'on attendait de lui: au lieu

de se faire moine, il s'était fait poëte, et comme tous les poëtes de

son temps, il avait vivement attaqué les moines.

Le duc d'Orléans, dans les mains de qui le hasard fit tomber un jour

des poésies satiriques de Fredet, voulut absolument le connaître

lui-même et se l'attacha en qualité de secrétaire.

Fredet, dans sa nouvelle position, n'avait pourtant pas renoncé à la

satire, et sa langue mordante, qui n'épargnait pas même son maître,

était redoutée de tous.

Hermine de Lahern était peut-être la seule personne au monde qui eût

un empire réel sur ce railleur effronté, qu'elle avait osé une fois

provoquer et vaincre avec les mêmes armes: non-seulement Fredet se

gardait bien de la blesser par des sarcasmes, mais encore il avait

pour elle une admiration et un dévouement qui ne manquaient aucune

occasion de se produire à tous les yeux.

Il ne pouvait pourtant se promettre, lui qui n'avait pas d'autre

noblesse que celle de l'intelligence, d'épouser une noble damoiselle

de Bretagne, et de se faire aimer d'une jeune et charmante fille, lui

vieux et infirme. Ce qu'il admirait en elle, c'était un caractère fier

et indépendant, c'était une grandeur et une force d'âme devant

lesquelles il se sentait affaibli et abaissé, malgré sa verve piquante

et hardie qui ne s'était jamais imposé de retenue.

Fredet portait une longue robe de velours noir, bordée de fourrure,

avec un chaperon pareillement noir, dont la huppe dentelée s'agitait

sur son front, et dont la queue flottante s'attachait sur son épaule

gauche; la couleur et l'étoffe de ce costume étaient, ainsi qu'une

grosse chaîne d'or à plusieurs rangs, les insignes de sa charge de

secrétaire.

Il avait autour de la taille une ceinture de _cordouan_ ou cuir de

Cordoue, à laquelle étaient suspendus une _escarcelle_ en forme de

portefeuille, et un _galimard_ ou écritoire, dans un étui de corne;

ses souliers à demi _poulaine_, c'est-à-dire allongés en pointe,

avaient à peu près deux fois la dimension de son pied et ne

ressemblaient pas mal à des patins hollandais. Il était complétement

chauve, et il avait la barbe rasée; la malice et la raillerie

brillaient dans son regard clignotant et animaient son sourire

immobile.

--Qui de vous deux a la lettre du roi? demanda la duchesse d'Orléans.

Elle étendait la main pour la prendre, avant qu'on la lui eût

présentée.

--Le roi notre sire m'a chargé de remettre une lettre aux propres

mains de monseigneur, répondit Fredet, et je me suis engagé sur

serment...--Oui bien, maître, je me ferai un solennel devoir de tenir

votre serment en temps et lieu. Çà, donnez-nous cette lettre, et n'en

parlez pas à notre seigneur le duc, d'autant qu'il est en pauvre et

chétive santé et ne s'occupe point d'affaires en ce moment.--Maître

Fredet, dit la demoiselle de Lahern voyant que le secrétaire faisait

la grimace et hésitait à obéir, n'auriez-vous pas, tout à l'instant,

égaré cette lettre par les montées? J'ai vu tomber sur le degré

certain papier fermé de lacs de soie...--Que ne l'avez-vous ramassée

aussitôt, ma fille? interrompit la duchesse avec vivacité. Vrai Dieu!

si quelqu'un rencontrait cette lettre et s'en allait vitement la

rendre à monseigneur! Fredet, courez voir à l'endroit où elle peut

être...--Bien volontiers, ma très-excellente dame; mais cette

honorable damoiselle me conduira, s'il vous plaît, là où a chu la

lettre, une précieuse lettre, par ma foi! Ses yeux viendront au

secours des miens pour la retrouver...--Dieu fasse que vous la

retrouviez! dit sévèrement la duchesse. Je ne vous pardonnerais jamais

une telle négligence; car j'entends que monseigneur ne voie cette

lettre qu'après la paix faite avec les Anglais.--Je m'en lave les

mains, ma très-haute et puissante dame, et je prie Dieu qu'il inspire

vos intentions. Mais si vous attendez la paix pour remettre l'épître

du roi à monseigneur, monseigneur aura barbe blanche auparavant, et le

roi, notre sire, ne recevra de réponse qu'en son tombeau.

Le secrétaire sortit avec Hermine de Lahern, qui l'entraînait et qui

le retint dans un vestibule pour lui expliquer l'usage qu'elle voulait

faire de la lettre du roi.

Quant à la duchesse d'Orléans, elle n'eut aucun soupçon sur la

véracité de Fredet qui avait accepté le faux-fuyant que lui suggérait

la damoiselle de Lahern, au moment où il s'apprêtait à résister en

face à une prétention exorbitante de la part de la princesse.

Celle-ci était seulement très-émue de la perte de la lettre, et

pendant l'interrogatoire qu'elle fit subir à Philippe de

Boulainvilliers, elle tournait les yeux sans cesse vers la porte par

laquelle était sorti Fredet avec Hermine de Lahern.

--Eh bien! messire, avez-vous aussi égaré les lettres que vous

apportiez à monseigneur? dit-elle avec impatience et dépit.--Dieu soit

loué! les voici! reprit le jeune homme.

Il retira de sa casaque un paquet de papiers qu'il avait caché dans

son sein.

La duchesse s'en empara si brusquement, qu'il n'eut pas le temps de

les défendre ni de protester contre cette violence.

Elle brisa les cachets et ouvrit les correspondances adressées au duc

d'Orléans, en les parcourant d'un oeil inquiet et voilé de larmes,

tandis que le sire de Boulainvilliers balbutiait quelques phrases

inachevées et communiquait du regard son embarras à Isabeau de

Grailly.

--Tous mes beaux cousins ont juré de me réduire au désespoir! s'écria

la duchesse.

Elle froissait ces lettres qu'elle avait parcourues rapidement.

--Me voilà moult perplexe et contristé, ma très-révérée dame, dit le

sire de Boulainvilliers. Quelle sera la grosse colère de monseigneur,

en recevant de mes mains ou des vôtres ces lettres tout ouvertes, en

voyant ces cachets rompus!...--Aussi ne les verra-t-il pas, quant à

présent. Je vous recommande expressément de ne rien dire à monseigneur

de tout ce qui se passe, du siége et de la prise de Harfleur, de la

retraite des Anglais vers la Somme, de l'assemblée des seigneurs

français...--Eh! madame, ne voulez-vous pas que la bannière du duc

d'Orléans se montre entre les bannières de l'armée du roi?--Non, sur

votre vie! Voulez-vous que monseigneur meure sur un champ de bataille?

Il mourrait, je vous assure, s'il prenait part a cette guerre... Il y

a en moi comme un esprit qui me conseille et qui m'avertit de

l'avenir: cet esprit ne cesse de se lamenter sur la destinée de mon

époux, que je perdrais sans retour, si je le laissais s'éloigner.

Donc, il restera, dussent les Anglais pénétrer au coeur du

royaume.--Dieu nous en garde, madame! Mieux vaut que nous mourions

tous et le duc notre sire avec nous, plutôt que d'être témoins de

cette désolation! Mais ne pensez-vous pas, ma très-chère et

très-honorée dame, que l'absence de monseigneur sera fort remarquée et

regrettée d'autant, dans l'armée du roi? Tous les princes et tous les

gentilshommes sont déjà sur les champs, hormis monseigneur de

Bourgogne: la noblesse de France s'empresse de courir sus au roi

anglais, qui se trouve environné et harcelé de telle sorte qu'il ne

peut passer la Somme pour retourner à Calais et qu'il a fait offrir de

belles conditions pour avoir le passage libre...--Ne vous opposez pas,

messire, à la volonté de madame d'Orléans, interrompit la damoiselle

de Grailly: elle a de hautes et valables raisons pour faire ce qu'elle

fait et fera. Monseigneur est grandement malade, et le repos lui

convient mieux à cette heure que la guerre.--Monseigneur malade! Je

refusais de croire à cette fâcheuse nouvelle, que j'ai sue en arrivant

ici... Mais si le duc d'Orléans est empêché pour son propre compte, ne

faut-il pas qu'il envoie ses gens d'armes et sa bannière à l'armée du

roi?--Est-ce à dire que vous iriez en guerre, vous, messire? reprit

Isabeau avec anxiété. Nenni; madame vous le défend, et je vous prie de

demeurer.--Il serait sage, en vérité, dit la duchesse, de conter les

événements à monseigneur et de vouloir qu'il s'abstienne d'y aller

voir! Non, vous dis-je; le duc d'Orléans est malade, mais son plus

grand empêchement vient de mon côté: je ne souffrirai pas qu'il me

quitte, et pour ce faire, j'éviterai qu'il apprenne rien de ce qui est

advenu. Telle est ma volonté souveraine et inébranlable.--Ma

très-bonne et très-digne dame, dit Fredet qui revint d'un air contrit

et narquois en même temps, la lettre du roi est sans doute retournée

d'elle-même à Rouen où je l'avais prise; car nul ne l'a vue ni

ramassée, quoique la damoiselle de Lahern ait déclaré qu'elle la

trouverait bien. J'ai promis dix écus d'or à quiconque me la

rapportera, et les étrivières à votre nain Bejaune, si on ne la

rapporte.--Et moi, je vous promets votre congé, maître Fredet, si

d'aventure cette lettre du roi arrive à son adresse et tombe aux mains

de monseigneur.

Tout à coup, une voix aigre et stridente comme une cornemuse se fit

entendre.

La dette de jeu (1572) · 第 18 / 32 题