d'Angleterre, qui est icy résident, a esté visitter les ambassadeurs
polonois, despuis quelques jours en çà, comme en ayant charge de la
part de sa Maistresse; leur ayant faict entendre qu'elle ne desiroit
rien plus que de conserver et entrettenir la bonne amitié et
intelligence qui estoit entre le royaulme de Poulogne et l'Angleterre,
encores que moy, qui estois esleu Roy de Poulogne, n'eusse pas faict
grand compte d'une lettre qu'il m'avoit présentée, il y a quelque
temps, de la part de la dicte Dame, par laquelle elle se conjouissoit
avecque moy de mon heureuse élection. Lequel a eu grand tort de faire
ainsi entendre aux dictz ambassadeurs; car je vous puis dire que,
quand je receus de luy la dicte lettre, ce feust avec tout l'honneur
et honneste respect que je sçaurois jamais faire à lettre venant de la
part d'une princesse, de laquelle je fais si grand compte et estime
que je fais d'elle. Il est bien vray que je ne luy en baillay pas si
tost la responce que j'en avois vollonté, à cause que, en mesmes
temps, ou peu après, qu'il me l'eût présentée, je feus contrainct,
pour prévenir une maladie qui me menassoit, de prendre quelque
purgation et apozèmes, qui me tindrent trois jours empeschés de
pouvoir vacquer à aulcuns affaires; qui feust cause que je ne signay
si tost la dicte lettre, qui demeura un jour, après avoir esté signée,
sans estre baillée au dict sieur ambassadeur, à cause que l'on ne le
peut pas trouver chez luy à propos; estant toute l'occasion de sa
plaincte, laquelle je vous laisse à juger si elle est bien fondée ou
non. Et, si vous apercevés qu'il en ayt escript quelque chose à sa
dicte Maistresse, je vous prie luy en faire entendre la vérité telle
qu'elle est escripte cy dessus; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, ce Ier jour de septembre 1573.
Vostre bon ami.
HENRY.
CLVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de septembre 1573.--
Satisfaction de l'accueil promis au maréchal de Retz en
Angleterre.--Serment prêté par le roi de Pologne.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz dépesches du XXVe et
dernier du passé, et IVe du présent[151], par lesquelles, à ce que
j'ay peu comprendre, la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a esté
bien fort aise de la résolution que j'ay prinse d'envoyer par delà mon
cousin le mareschal de Retz, que vous avés sagement faict de luy
conforter estre pour l'estime que je fais d'elle et de son amitié, et
l'honnorer en toutes choses aultant qu'il m'est possible; me
promettant bien que j'ay aultant d'occasion d'attendre et espérer un
bon fruict du voyage de mon dict cousin, en ce que je desire, que
d'aulcun aultre ministre que j'eusse sceu envoyer par delà; et que, à
son retour, toutes choses me seront bien amplement esclercies de
l'intention de ma dicte bonne sœur; envers laquelle et les gens de
son conseil vous m'avés faict servisse fort agréable de faire une bien
vive instance des pilleries et déprédations qui se font ordinairement
sur mes subjectz, et vous prie ne vous en lasser en sorte du monde,
mais y incister si obstinément qu'il y soit par elle mis un bon ordre,
ainsi qu'il est très requis pour le bien commun de nos deux royaulmes.
[151] Voyez CCCXXXVIIe, CCCXXXVIIIe et CCCXXXIXe dép, tom. V,
pag. 396, 398 et 401.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous veux bien dire
comme, après avoir esté négotié, par quelques jours, avec les
ambassadeurs de Poulogne par mon frère leur Roy, enfin toutes choses
concernant ce faict ont esté unaniment conclues et accordées avec tout
le plus grand contantement d'un chascun que l'on eût sceu desirer, de
sorte que, hier, feurent faictz les sermentz solennelz par moy et mon
frère, le Roy esleu de Poulogne, des choses conclues et ratifiées et
confirmées, en la grande esglise de Nostre Dame, après que la messe y
eût esté chantée; où assistèrent tous les ambassadeurs de Poulogne et
les ambassadeurs des princes estrangers: sçavoir; le nonce,
l'ambassadeur d'Espaigne, celluy d'Escosse et de Venise, mes cousins
les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise et d'Est, avec tous
les princes et seigneurs qui sont près de moy; et se passa ceste
cérémonie avec le plus grand contentement et allégresse d'un chascun
qu'il se puisse dire. Dimanche, se faira la présentation du décret au
palais, qui est le principal acte de ce qui concerne le faict du dict
royaume de Poulogne; qui est tout ce que je vous puis dire, en priant
Dieu, etc.
Le XIe jour de septembre 1573.
CHARLES. BRULART.
CLVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XVe et XVIIe jours de septembre 1573.--
Présentation faite au roi de Pologne du décret contenant son
élection.--Fêtes données aux ambassadeurs polonais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, craignant que mon cousin le mareschal de
Retz soit parti pour retourner de deçà, lorsque la lettre que je luy
escripts présentement luy sera rendue, j'ay bien voullu vous faire
ceste cy de pareille substance; et vous dire que, dimanche dernier,
XIIIe de ce moys, toutes choses ayant esté, ces jours passés,
accordées et résollues avec les ambassadeurs polonois, qui sont icy
pour le faict de l'élection du Roy de Poulogne, Monsieur mon frère,
iceulx ambassadeurs nous vindrent trouver sur les trois heures après
midy, dedans la grande salle de mon palais, en ceste ville, où nous
estions assemblés avec ordre et cérémonie. Là, ilz nous déclarèrent
publiquement, fort révéremment et honnorablement, la dicte élection,
et en présentèrent le décret, très autentiquement faict en l'assemblée
de leurs Estatz, à mon dict frère; lequel, après la lecture d'icelluy,
accepta la dicte élection, le tout avec tant de belles et grandes
cérémonies qu'il ne feust jamais faict acte en mon royaulme, ni peut
estre en la Chrestienté, plus célèbre. Et le lendemain, qui feust
hier, se fit l'entrée de mon dict frère en ceste ville, au meilleur
ordre et avec telle magnificence qu'il ne seroit possible de voir rien
de plus beau; et se fit, le soir, le festin royal en la dicte salle de
mon palais, ainsi que de coustume, comme vous entendrés plus
particullièrement par un discours que je vous envoyeray de ce qui a
esté observé ez dictes cérémonies. Cependant vous le fairés entendre
avec occasion à la Royne d'Angleterre, si mon dict cousin le maréchal
de Retz estoit en chemin pour s'en venir, et vous en réjouirés avec
elle de nos parts; estants asseurés qu'elle participe au contentement
que nous en recevons pour la parfaicte amitié d'entre elle et nous; et
luy dirés, par mesme moyen, que le plus grand desir, que nous ayons
maintenant, est de voir réheussir à l'heureuse fin la négotiation pour
laquelle mon dict cousin est allé par delà, affin que la dicte Royne
puisse, avec plus d'occasion et comme sœur, participer davantage avec
nous au contentement et honneur que ce nous est de la dicte élection
de Poulogne et des prospérités qu'il plaict à Dieu nous donner,
adjoustant à cella les plus honnestes parolles que vous pourrés.
M'asseurant que vous n'y oublierés rien, je ne vous en diray
davantage, priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XVe jour de septembre 1573.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ceste dépesche feut partie, dès avant
hier au matin, mais j'ay différé jusques à cejourdhuy pour ce que,
avant hier au soir, la Royne, Madame et Mère, fist son festin en son
palais, où les seigneurs polonois feurent si honnorablement traictés,
et y receurent tant de plaisir qu'ilz disent bien n'avoir jamais rien
veu de plus beau ni de si bien ordonné, demeurants très contents de
l'honneur qu'ilz reçoivent par deçà.
A Paris, le XVIIe jour de septembre 1573.
CHARLES. PINART.
CLVIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIe jour de septembre 1573.--
Retour du maréchal de Retz.--Satisfaction au sujet de la réponse
qu'il a rapportée sur la négociation du mariage.--Remerciemens
du roi pour les bons offices de Leicester et de Burleigh.
Monsieur de La Mothe Fénélon, il ne seroit possible d'avoir plus de
contentement que celluy que j'ay eu au retour de mon cousin le
mareschal de Retz, ayant entendu par luy les honnestes démonstrations
de parfaicte amitié de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et
cousine, envers moy et tout ce qui me touche, et aussy la bonne
vollonté en laquelle il l'a laissée, et les principaux seigneurs de
son conseil, de prendre bientost, à présent que son parlement sera
assemblé, une bonne résollution sur le faict de la négotiation pour
laquelle mondict cousin le mareschal de Retz estoit allé par delà,
affin de vous en envoyer advertir par quelque honnorable seigneur ou
gentilhomme des siens, comme icelle Royne a promis: ce que nous
attandons avec très grand desir. Et cependant ayant le dict mareschal
de Retz receu une lettre d'icelle Royne et une aultre du Sr de Smyt,
par lesquelles il est prié d'escrire de quelle façon nous aurons prins
la response qu'il nous a rapportée d'elle, qui est en la meilleure
part qu'il est possible, comme aussy il leur mande, asseurant, comme
nous avons veu par sa lettre, qu'il ne seroit possible d' estre plus
contents que nous sommes, comme il est vray, pour l'espérance que nous
avons de voir bientost qu'elle aura prins une bonne et heureuse
résollution du mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, qui
se porte à présent très bien; estant, Dieu mercy, entièrement guéry et
aultant affectionné serviteur qui se peut desirer, ayant toute bonne
vollonté de continuer à honnorer et servir d'affection, toute sa vie,
icelle Royne, s'il plaict à Dieu, comme nous l'en prions tous, que les
propos commencés puissent réheussir à une heureuse fin pour un grand
bien à la Chrestienté, principallement à noz trois royaulmes et
alliés, ainsi que la Royne, Madame et Mère, et moy, et aussy le Roy de
Poulogne, Monsieur mon frère, et pareillement mon dict frère le Duc
luy escrivons, de nos mains, par un des gens du Sr Smith qu'il a
envoyé devers mon dict cousin le mareschal de Retz, lequel vous
escript aussy de sa part bien amplement pour vous rendre capable du
contenu en ses lettres à ce que vous puissiés, avec plus
d'intelligence, continuer à faire, selon cella et le contenu cy
dessus, tout ce qu'il vous sera possible pour persuader tousjours à
icelle Royne et à ses dicts principaux ministres, avec tant de bonnes
et grandes raisons que luy scaurés bien représenter, pour se résoudre
au dict mariage: car aussy sera ce, s'il se faict, un bien indicible,
profitable et honnorable pour elle et pour nous, aussy pour noz
royaulmes, et beaucoup plus, à présent que ce grand royaulme de
Poulogne y est adjoinct, et qui le seroit aussy à elle. Vous estes si
capable de mes droictes intentions, non seulement en cest affaire,
mais en toutes les aultres choses qui concernent mes affaires et
service par delà, qu'il n'est jà besoin vous en escrire pour ceste
heure davantage; aussy n'estendray je ceste cy que pour vous prier
m'advertir souvent de l'estat de cest affaire et de toutes aultres
occurrences; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1573.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier vous dire que, par ce
que j'ay entendu de mon dict cousin le comte de Retz, nous avons bien
occasion de nous louer des seigneurs du conseil de la dicte Dame
Royne, pour les bons offices qu'ilz ont faict par delà, pendant que
mon dict cousin y a esté, l'assistantz d'affection, ainsi qu'il m'a
asseuré, en cest affaire; principallement Mr le comte de Lecestre et
le milord grand thrésorier, lesquels je vous prie remercier de ma
part, de celle de la Royne, Madame et Mère, et de mon dict frère
d'Alençon, les asseurant, principallement le dict Sr comte de Lestre,
que j'ay un extrême desir de m'en revancher en son endroict, et aussy
du dict milord grand thrésorier, par si bons effaictz que je m'asseure
qu'ilz demeureront très contentz et se loueront grandement de moy,
aussy de ma dicte Dame et Mère et de mon dict frère d'Alençon.
CHARLES. PINART.
CLIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIe jour de septembre 1573.--
Négociation du mariage.--Regret témoigné par le roi de ce que
Quillegrey a été désigné pour passer en France.--Nécessité où
se trouve le roi de laisser encore La Mothe Fénélon en
Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous achevasmes hier une despesche que
la Royne, Madame et Mère, le Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, mon
frère le Duc d'Alençon et moy faisons à la Royne d'Angleterre et à
vous, laquelle estoit preste à partir, quand Vassal est arrivé avec la
vostre bien ample du XXe de ce moys[152]; par où j'ay veu fort
particullièrement comme mon cousin le comte de Retz s'est dignement
comporté de delà, et acquité de sa légation, et aussy les grandes
correspondances et démonstrations de bonne amitié envers nous que la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et tous les siens ont
monstré, et faict cognoistre vous porter, et comme ilz ont eu très
agréable que telle et si importante légation ait esté par nous
commise. J'ay aussy veu ce qui s'est passé de delà, despuis le despart
du dict comte, et comme icelle Royne a résollue d'envoyer de deçà
Quillegrey. Sur quoy, après avoir considéré les mauvais offices que
vous sçavés qu'il a faictz, j'ay advisé de vous escrire encores ceste
cy pour vous respondre seullement à ce que vous discourés du dict
Quillegrey et vous prier de faire dextrement, comme je m'asseure que
vous sçavés bien faire, en sorte, s'il est possible, que ce soit
quelque aultre que icelluy Quillegrey qui vienne par deçà pour
l'effaict que mon dict cousin le comte de Retz résollut avec la dicte
Royne, et qu'il luy escript présentement fort sagement, ainsi que nous
avons avisé. Mais, si icelle Royne demeure résollue fermement au dict
Quillegrey, après avoyr veu la lettre d'icelluy sieur comte, ne
monstrés pas davantage que nous en eussions desiré un aultre, affin
que, s'il venoit de par deçà, il n'ait aulcune occasion que de bien
faire et rapporter, à son retour, la vérité de ce qu'il verra pour
effacer les impostures que l'on a dittes, de delà, de mon dict frère
d'Alençon; lequel, au contraire de ce qu'on a publié, est beaucoup
amandé de ceste maladie dernière qui l'a purgé, luy ayant osté
beaucoup de rougeurs que la petite vérolle luy avoit laissées au
visage; estant maintenant, avec la barbe qui luy vient fort, beaucoup
plus agréable qu'ilz n'ont dict de delà. Il a bien creû, et tant s'en
fault qu'il soit bossu, comme l'on a dict à la dicte Royne, qu'au
contraire il est aussy droict et gaillard prince et d'aussy belle
taille qu'il y en ait en la Chrestienté. Et pour ce que, par nostre
dicte dépesche d'hier, que vous rendra ce porteur, il vous sera
entièrement satisfaict au reste de la vostre qu'a apportée le dict
Vassal, me remettant aussy à ce que vous a escript encores mon dict
cousin le mareschal de Retz, je n'estendray ceste cy que pour prier
Dieu, etc.
Escript à Paris, ce XXVIe jour de septembre 1573.
[152] Voyez CCCXLe, dép., tom. V, pag. 403.
_Par postille à la lettre précédente._
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons ouï tout ce que nous a dict
le dict Sr comte de Retz pour obtenir vostre congé, et veu aussy ce
que m'en escrivés; mais il n'y a encores occasion de pouvoir vous
l'accorder, jusques à ce que ceste négociation ait prins fin. C'est
pourquoy je vous prie prendre résollution de demeurer de dellà jusques
à ce que cella soit faict ou failly, continuant à y faire tout ce que
pourrés pour y voir clair, et vous asseure que vos servisses, que nous
avons très agréables, seront, à vostre retour par deçà, fort
vollontiers et de bon cœur recognus envers vous et les vostres, aux
premières occasions qui se présenteront. Ne croyés pas que je ne
cognoisse bien la peyne que vous avés prinse et que vous prenés
chasque jour. Je sçay le grand soin que vous avés prins pour conserver
la vie à la Royne d'Escosse, et le travail que vous avés eu pour
rettenir tous les orages qui menassoient, de vostre costé, mon
royaulme, pendant les désordres qui y ont esté, et comme vous vous
estes dignement acquitté en l'un et en l'aultre. Il fault que je vous
prie que vous ayés patience pour voir quelle fin prendra ce traicté de
mariage; car, à vous dire vray, si je vous ay rettenu longtemps de
delà, c'est parce que je ne trouvois personne qui feût capable de m'y
servir si bien que vous faisiés, pour le mettre en vostre place. Je
suis encores dans la mesme peyne pour le faict de mon dict frère
d'Alençon; je vous prie donc de ne vous impatienter pas.
CHARLES. PINART.
CLX
LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de novembre 1573.--
Protestation d'amitié.--Recommandation faite par le roi de
Pologne à l'ambassadeur de veiller à ses intérêts auprès
d'Élisabeth.--Assurance donnée par le roi de son attachement à
la reine d'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous sçavés comme il a pleu à Dieu, de
sa divine grâce et bonté, que, entre pleusieurs princes chrestiens,
j'ay esté esleu Roy de Poulogne. Aussy recevant cest heur et honneur
de sa main, je luy en rends grâces et louanges comme à celluy à qui
elles sont deues; et bien que le contantement que j'en ay, et la
grandeur et dignité que j'en espère, soyent les plus grands que je
puisse avoir, si est ce que la longue et douce nourriture que j'ay
prinse du Roy, Mon Sieur et frère, qui m'a tant estimé et honnoré que
de me communiquer et se reposer sur moy et ma fidélité de toutz ses
plus grands et importants affaires, et davantage de me faire son
lieutenant général en ce dict royaulme et terres de son obéissance, le
singullier amour et affection qu'il a pleu aussi à la Royne, Madame et
Mère, me tesmoigner, dès mes jeunes ans, et la bonne institution que
j'ay receue d'elle me laissent beaucoup de regret de la séparation que
je fais maintenant d'avec eulx, partant présentement pour m'acheminer
en mon royaulme de Poulogne.
Le regret est commun à tous de porter avec desplaisir l'absance de
ceulx auxquelz ilz ont tant d'obligation, et qu'ilz ont tant aymés et
honnorés comme j'ay faict, et fais, le Roy, Mon dict Sieur et frère,
et la Royne, Ma dicte Dame et Mère, encore est il suivy d'un aultre
qui est que, laissant pleusieurs bons et affectionnés serviteurs du
Roy, Mon dict Sieur et frère, qui m'ont, en considération de ma
qualité de son frère et lieutenant général, porté beaucoup de respect
et recognoissance, accompaignée d'une singullière bonne vollonté, en
tout ce que je leur ay commandé pour le servisse de ceste couronne; et
en quoy je ne veux céler que je n'aye esté de toute affection si bien
obéy d'eux, comme aussi l'ay je bien particullièrement tesmoigné,
toutes et quantes fois que les occasions se sont présentées, que j'ay
aussy regret qu'il faille que le peu de temps, que j'ay à séjourner
icy, me prive du grand desir que j'avois de les voir, auparavant que
m'en aller. Et pour ce, que vous estes au nombre de ceux là, et qu'il
ne me reste aultre moyen de me satisfaire en cest endroit que par
lettre, j'ay bien voullu vous faire ceste cy pour vous rendre certain
tesmoignage de l'amitié que je vous ay tousjours portée, comme à
personnage d'honneur et de vertu que vous estes; vous priant, comme
vous m'avés cy devant porté bonne et vraye affection, que vous me la
réserviés encores, quand je seray hors de ce royaulme, et, au
demeurant, continuer tousjours, en tout ce qui concerne le service du
Roy, Mon dict Sieur et frère, ainsi et avec tel soin qu'avés
accoustumé, et selon la parfaicte-fiance qu'il a en vous: qui vous
asseurerés d'avoir aussy tousjours en moy un vray et bon amy, quelque
part que je sois, bien prest à m'employer, en tout ce qui s'offrira,
pour vostre bien et contentement, d'aussy bonne vollonté que je vous
prye aussy que, pendant que serés encores en vostre légation, vous
ayés en recommandation les choses qui me concerneront et les affaires
de mon dict royaulme, et d'asseurer, de ma part, la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, qu'en toute syncérité et
affection je luy suis et seray tousjours bon frère et cousin, et
parfaict ami, et qu'en toutes occasions je le luy fairay de bon cœur
paroistre, la priant que, de sa part, elle en veuille faire de mesme
en mon endroict.
J'espère, incontinent après que je seray arrivé en mon dict royaulme,
lui escrire par homme exprès pour confirmer les confédérations d'entre
mes prédécesseurs, Roys de Poulogne, elle et les siens, et les
estreindre encore aultant qu'il sera possible; desirant aussy, de
toute affection, que le voyage du Sr Randolphe, qui doibt bientost
arriver par deçà, puisse réheussir à l'heureuse fin que je desire,
tant pour le contentement que je sçay que ce seroit au Roy, Mon dict
Sieur et frère, et à la Royne, Ma dicte Dame et Mère, et aussy à mon
frère, Monsieur le Duc d'Alençon, duquel je desire la grandeur aultant
que de moy mesme; qui prie Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous
avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Vitry le François, le XIe jour de novembre 1573.
Monsieur de la Mothe Fénélon, je vous prie suivre, pour le contenu en
ceste lettre, ce que le Roy, Monsieur mon frère, vous escript par le
post script de la sienne.
Vostre bon amy. HENRY.
_Post-scriptum inédit de la lettre du roi._
Monsieur de La Mothe Fénélon, il ne sera pas besoin que vous
parliez à la dicte Royne, de la part du Roy de Poulogne, Monsieur
mon frère, pour tout ce qui touche mon frère d'Alençon, pour les
raisons que pouvés bien penser; mais ce sera bien faict de luy
faire entendre les aultres choses que vous escript mon dict frère
le Roy de Poulogne.
Escript à Vitry le François, le XIe jour de novembre 1573.
CHARLES. PINART.
CLXI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIXe jour de décembre 1573.--
(_Post-scriptum inédit._)
Dénonciation faite au roi par le vidame de Chartres d'une
conspiration contre sa personne.
Le sieur vidame de Chartres monstrant bien l'affection qu'il me porte,
comme un bon et vray naturel subject et serviteur doibt aussy à son
Roy et Maistre, m'a faict advertir, par le cappitaine Masin Delbène,
présent porteur, qu'il y a une si malheureuse conspiration qui se
machine contre moy et la Royne, Madame et Mère, qu'il ne se peut fier
ni commettre cella par lettres ni à personne qui ne luy soit fort
fidelle, desirant, pour ceste occasion, que j'envoye vers luy
quelqu'un à qui il se puisse déclarer pour nous le faire entendre.
J'ay advisé de commettre ceste charge au dict cappitaine Masin, en qui
il se fie fort, et qui m'est bien affectionné; n'estant néantmoins pas
d'advis que monstriez, ni à l'un ni à l'autre, que je vous en aye rien
mandé; mais ce sera bien faict que m'en escripviez en chiffre, si en
entendés quelque chose par icelluy cappitaine, qui reviendra
incontinent, comme je luy ay commandé.
NOTA.--Voir, pour l'année 1574, les _Additions aux Mémoires de
Castelnau_, tom. III, pag. 372 à 444, nos LXXXII à CXLVII.
_Lettres du roi, Charles IX_, des 18, 20 janvier; 4, 18 février;
4, 14, 23 mars; 20, 23 et 30 mai 1574.
_Lettres du roi, Henri III_, des 15 juin; 1er, 8, 31 octobre; 10,
20 novembre; et 5 décembre 1574.
_Lettres de la reine-mère_ des 18 janvier; 5, 18 février; 23, 31
mai; 3, 11, 13, 14, 18, 20, 22, 30 juin; 5, 16, 23, 28 juillet;
5, 25, 31 août; 27 septembre; 1er, 8 octobre; 10 et 20 novembre
1574.
_Lettres du duc d'Alençon_ des -- janvier; 5 et 18 février 1574.
CLXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIe jour de mars 1574.--
Retard apporté au voyage du roi en Picardie.--Déclaration du roi
qu'il ne peut donner aucun secours aux Écossais.--Espoir
qu'Élisabeth ne parviendra pas à réaliser ses projets sur
l'Écosse.--Audience accordée à l'ambassadeur
d'Angleterre.--Avis que la reine d'Angleterre est vivement
pressée de déclarer la guerre.--Efforts que l'ambassadeur doit
faire pour l'en empêcher.--Négociation avec les protestans.
Monsieur de La Mothe Fénélon, encore que j'aye bonne espérance,
suivant ce que je vous ay escript il n'y a que trois jours, que, quand
ceux de mes subjectz qui se sont eslevés auront clairement veu et
entendu, suivant ce que je leur ay faict dire et envoyé asseurer, que
les bruictz qui ont coureu soient faux, ilz s'en retourneront en leurs
maisons jouir du repoz que je desire voir en mon royaulme, si n'est il
pas possible que je puisse estre à la frontière de Picardie, au temps
que je vous ay escript: car, quand bien tout seroit desjà appaisé, je
veux premièrement voir, avant que je parte de ces quartiers, le tout
bien rassis et rapaisé. Voylà pourquoy je vous prie qu'en faisant
entendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, comme je
suis après à appaiser tout cessy, ainsi que j'espère faire bientost,
vous puissiés prolonger le temps que je vous avois escript que je
serois devers ma frontière pour faire l'entreveue, si, suivant ce que
je vous en ay sur ce mandé, icelle Royne se délibéroit de s'approscher
aussy de la sienne.