négociation vostre vous est le mieulx cogneu, n'en sera besoin en
faire aulcune reditte, ains seullement vous faire entendre ce que
les seigneurs du conseil de Sa Majesté ont advisé estre
convenable d'estre considéré en cest affaire, premier que Sa
Majesté faira délivrer telles asseurances pour la veneue du dict
Duc, qu'il seroit requiz, au cas qu'il debvroit venir; dont Sa
Majesté estant informée par son dict conseil, a donné
commandement à trois ou quattre de nous de vous en faire le
rapport: ne se doubtant poinct que ne trouviez raisonnable que Sa
Majesté en ceste matière, ait demandé l'advis de son conseil,
comme il appert que le Roy a usé de la mesme considération de sa
part.
Donques il vous plairra entendre que l'on loue bien et estime
digne d'estre prins en fort bonne part que le Roy, la Royne Mère
et le Duc mesme sy affectueusement poursuivent ce propos de
mariage avec la Royne; et n'y a chose, que traictons, plus
souhaittée, que Sa Majesté, par la direction de Dieu, se pût
marier avec quelque prince tel qu'estimons Monseigneur le Duc
estre quand à son sang, et encores pour aultant que, si les
aultres choses y requises peussent convenir, sommes d'opinion que
le mariage pourroit estre occasion d'acroissement de l'amitié
entre les princes, leurs couronnes et peuple. Et comme y a des
choses qui avancent beaucoup ce mariage et le facent apparoistre
expédiant pour Sa Majesté, nommément la grandeur de la maison
dont est issu le Duc, l'amitié du Roy et de la couronne de
France, qui se debvroit acquérir par ceste alliance, et les
bonnes parties du dict Duc, ses vertus renommées, sa courtoisie,
son esprit, et singulièrement le fervent amour qu'il semble
porter à Sa Majesté, aussy a il beaucoup de choses, qui ont
quelque apparence de raison, pour empescher le dict mariage, dont
aulcunes sont de plus grande conséquence que les aultres, et les
aultres sont plus proprement à considérer et y penser à Sa
Majesté, pour l'esgard de son particullier même, qu'à nous qui
sommes ses conseillers; le debvoir desquels, néantmoins, est
d'avoyr esgard aussy bien à l'estat du royaulme comme à sa
personne.
Et quand aux empeschementz qui concernent Sa Majesté
particulièrement, pour l'esgard de sa personne et du contentement
réciproque, nous n'y avons que faire, ni de la diversité de son
âge, ni d'aultres choses appartenantes à sa personne; et les
laissons à Sa Majesté qui desjà a pesé l'inconvénient de son âge,
et toutesfois, pour la nécessité qu'elle voit que le royaulme a
qu'elle se mariât, s'est passé de ce point de difficulté. Au
reste, touchant sa personne, il ne se pourra déterminer sinon par
une entreveue.
Mais, quand aulx choses qui debvront estre considérées par nous
comme conseillers d'estat, tant pour l'expédiant du dict mariage,
lequel desirons estre vuide de toutes difficultés, que pour sa
venue, le temps estant, comme il est, et comme l'on a proposé,
c'est à dire, après que la Rochelle aura esté recouverte, ne
pouvons que directement juger, les choses demeurans ez termes
qu'elles sont pour le présent, ce temps cy estre plus propre pour
le Duc de venir sans qu'aulcunes choses en France feussent
altérées en mieulx; et ainsi cuidons que vous mesmes, Monsieur
l'Ambassadeur, et tous aultres indifférans en jugerés, après
qu'aurés considéré les choses comme nous les avons considérées.
Il est bien cogneu qu'estant le premier propos de mariage faict
pour Monseigneur le Duc d'Anjou, n'avoit empeschement si grand
comme la différance de sa religion d'avec celle de la Royne. Vray
est qu'il y avoit quelque scrupulle touchant son âge, mais que la
difficulté, à cause de la religion, avoit esté grande, il est
bien prouvé; car, pour avoyr refusé de se conformer à la
religion, Sa Majesté continuant son zèle et voulloir qu'il s'y
déclarât conforme, le traicté print fin, comme vous sçavés fort
bien.
Despuis ce temps là, comment les choses ont esté altérées en
France par les massacres perpétrés à Paris et aultres endroictz
du royaulme, pour augmenter encores la difficulté à cause de la
religion, il n'est que trop apparent, et à le raconter trop
lamentable? car qu'ont ils faict, tout l'an passé, en France,
sinon meurtrir et persécuter toutes sortes de peuple qui
favorisent la religion approvée en Angleterre? et bien que cecy
ne nous appartient proprement à nous y mesler, n'ayant à
révocquer les actes du Roy en dispute, si est ce que le Roy,
offrant Monseigneur le Duc, son frère, pour devenir le mary de
nostre Royne, et, quand et quand, nostre chef et gouverneur,
auquel ne voyons aultre marque de son intention au faict de la
religion, ains qu'il seconde son frère, le Duc d'Anjou, en armes,
et persécute tous ceux qui favorisent la mesme religion qu'a la
Royne;
Et puisque le Roy mesme et tout son conseil y persévèrent si
obstinément qu'ilz mettent en péril les vies de leurs meilleurs
subjectz et serviteurs pour respandre le sang d'une grande partie
du peuple de mesme royaulme, sans se souvenir qu'ilz
affoiblissent et diminuent la force de ce royaulme, laquelle
consiste en la multitude des subjectz, qu'est ce qu'on doibt
espérer de la venue du Duc en ce royaulme, en ce temps cy
principallement, venant de la victoire et l'effusion du sang à la
Rochelle de ceux qui, pour le regard de leur religion, sont bons
amis de la Majesté de la Royne et de ce royaulme; et combien que
l'on se peût, avec quelque probabilité, persuader que, quand à la
personne du dict Duc, rien ne seroit ni attenté contre Sa
Majesté, ni son estât, toutesfois il ne se peut faire, le Roy
continuant la guerre contre ses naturelz subjectz, seullement
pour s'avoir mis en deffence et n'avoir voulleu abandonner leur
religion, dont les édictz et ordonnances du royaulme leur ont
permis et garanti la profession et exercisse, que les estatz et
peuple de ce royaulme ne se mescontentent fort de la venue du
Duc, considéré le temps, jusques à ce que le Roy fasse modérer ou
bien cesser ceste persécution en France.
Par ainsy n'a rien plus à desirer pour l'avancement de ce mariage
et de la venue du dict Duc que si luy mesmes voulloit désister
d'estre acteur en ceste guerre et déclarer une vollonté de se
conformer à la religion de Sa Majesté, ou que Dieu en fasse la
grâce au Roy qu'il puisse recouvrer l'obéissance de ses subjectz
sans guerre et effusion de sang, en leur laissant l'exercisse de
leur religion suivant ses édictz précédents, ses sermens et
promesses, affin qu'ilz luy rendent obéissance comme à leur
souverain.
En quoy, s'il plaist au Roy, estimons qu'il n'y a prince en la
Chrestienté qui puisse plus avancer ceste bonne œuvre que la
Majesté de la Royne, à quoy aussy nous, qui sommes ses
conseillers, y donnerons fort vollontiers nostre advis et
prendrons la peyne à le parfaire, à l'honneur du Roy et bien de
son royaulme, ce qu'estant effectué alors, la difficulté que, de
présent, nous trouvons empescher la venue du Duc, seroit vuidée,
et si, par après, il arrivoit, ce seroit avec plus de grâce et
faveur, là où, pour le présent, il ne le pourroit faire, sans
attandre asseurément un général mescontentement du royaulme, et
conséquemment un mauvais et final empeschement de l'intention du
mariage.
Ce que laissons considérer à vous, Monsieur l'Ambassadeur, et
remettons au meilleur advis du Roy et de la Royne Mère.
CLI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIIIe jour de juillet 1573.--
Ferme volonté du roi de faire observer la paix qui vient d'être
conclue avec les habitans de la Rochelle.--Préparatifs pour le
départ du roi de Pologne.--Satisfaction du roi de l'offre faite
par Élisabeth de protéger le voyage par mer.--Plaintes contre
des prises faites par les Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vostre lettre du XIIe de ce
moys[148], par laquelle j'ay veu les honnestes propos que vous avés
eus avec la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et les
responses de bonne espérance qu'elle vous a faites pour l'entreveue
d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, dont néantmoins elle veut
avoir l'advis de milord thrésorier, qu'elle a envoyé quérir pour
ceste occasion; ce qui viendra fort à propos, puisque le Sr d'Orsey
estoit arrivé au mesme instant, et Sabran aussy qui vous apporte, sur
l'occasion de son voyage et de toutes les aultres particullarités
concernant mes affaires et servisse, une si ample et claire
résollution de mon intention, que m'en remettant à ce que aurés
entendu de luy, je n'estendray ceste cy que pour vous dire que vous
avés bien faict d'avoir asseuré la dicte Royne et ses principaux
ministres de la ferme délibération où je suis de faire observer et
garder inviolablement les articles de la paix qui a esté faite devant
la Rochelle; où l'intention d'iceulx est desjà bien commencée à
exécuter: et se peut on asseurer que je les fairay de ma part
entièrement entretenir, non seullement de ce costé là, mais aussy par
tout le reste de mon royaulme. Et pour ceste occasion j'ay faict
cesser en Guienne, Languedoc et Daufiné, toutes choses d'hostilité,
ayant mandé que l'on rettire mes forces d'autour de Montauban et
Nismes, et que l'on cesse le gast que j'avois escript que l'on fît
autour des villes que mes subjectz de la nouvelle opinion occupoient,
affin que, de leur part, ilz fissent selon qu'il est porté par les
articles de la paix et édict qui a esté dressé sur iceulx. Je n'en ay
poinct encores sceu de nouvelles, mais j'ay bonne espérance que mon
dict édict s'exécuttera et observera partout.
[148] Voyez CCCXXIXe dép., tom. V, pag. 370.
Je fais acheminer mes six mille Suisses, prenant le chemin de la
Guienne et par le bout du Languedoc, droict du costé du Lyonnois, pour
les licentier, si toutes choses s'establissent comme j'espère, suyvant
icelluy dernier édict de la paix; estant ma droicte et sincère
intention de la garder entièrement et de ne permettre qu'il soit
contrevenu, en quelle façon que ce soit, comme vous pourrés asseurer
ceux de mes subjectz qui sont par delà, et qu'ilz reviennent
hardiment, qu'ilz jouiront du bénéfice d'icelluy édict, sans aulcun
doubte ni difficulté.
J'espère que mes frères, le Roy de Pouloigne, le Duc d'Alençon et le
Roy de Navarre, seront bientost de retour par deçà, estants, dès avant
hier, arrivés à Blois. Et les ambassadeurs de Pouloigne et le Sr de
Valence sont à mon advis, à présant, tous arrivés à Metz. Incontinent
que mon dict frère, le Roy de Pouloigne, sera arrivé, nous les fairons
venir; et cependant il ne se pert poinct de temps pour les préparatifs
nécessaires pour son partement, et je regarderay, après avoir
communiqué avec mon dict frère, le Roy de Pouloigne, pour les affaires
d'Escosse, ce qui se debvra faire de ce costé là, et me résoudray
avecque luy et avec mon dict frère d'Alençon du personnage que je y
devray envoyer. Cependant ayés tousjours l'œil de ce costé là, le
mieux que vous pourrés, et y faictes ce qui vous sera possible pour le
bien de mon servisse.
L'ambassadeur de la Royne d'Angleterre a parlé à la Royne, Madame et
Mère, et à moy, nous ayant faict entendre que sa Maistresse luy avoit
commandé s'aller conjouir avecque le Roy de Pouloigne, mon frère, de
son heureuse élection, dont elle est infiniment aise; et nous a
proposé et offert toutes les honnestes assistances qui se peuvent
desirer de la part de la Royne, sa Maistresse, pour le passage de mon
dict frère, nous déclarant que, s'il s'y trouvoit difficulté par
l'Allemaigne, qu'il estoit fort aisé par la mer et par les costes, en
quoy elle ne voulloit rien espargner pour honnorer le passage de mon
dict frère; et qu'estant la bonne intelligence entre les trois
royaulmes, comme, de sa part, elle la desiroit, ce seroit un grand
bien pour noz subjectz, et à nous mesmes une fort grande commodité
pour noz affaires. Car il estoit si aisé et commode d'aller d'un
royaulme à l'aultre qu'il ne se pouvoit trouver jamais un plus court
et meilleur chemin, et que le commerce de nos dictz trois royaulmes en
sera beaucoup plus grand; dont j'ay monstré au dict ambassadeur
d'estre fort aise, comme, à vous dire vray, serois je, si ses
déportements se trouvent semblables.
Il s'est aussy fort resjoui avecque nous de la paix, nous asseurant
que sa Maistresse et tous ses ministres en estoient fort aises. Je
l'ay bien asseuré que nous la voulons inviolablement observer, comme
aussy est ce, et, je l'ay cy devant dict, ma droicte et vraye
intention; et luy ay, à ce propos, parlé des pyrateries qui se font
sur mes subjectz par les Anglois, et ceux qui se rettirent en son
royaulme, n'ayant la Royne, ma dicte mère, pas failly de luy dire ce
qu'elle vit du cappitaine Poil en sa présance, arrivant à Dieppe, qui
pilla un grand vaisseau chargé de marchandises d'un de mes subjectz,
ainsi que vous verrés par le mémoire que je vous en envoye; et que,
n'eût esté l'espérance, que nous avons, que la dicte Royne, sa
Maistresse, nous en faira faire la justice et restitution, elle eût
permis à six vaysseaux, qui estoient armés et les soldatz dessus,
prests à faire voile, d'aller recouvrer ce que le dict Poil print et
mena sur l'heure mesme en Angleterre; où je vous prie ne faillir de
faire toute instance de cella et des aultres déprédations, sellon le
mémoire que je vous en envoye. Cependant je prieray Dieu, etc.
Escript à St Germain en Laye, le XXIVe de juillet 1573.
CHARLES. PINART.
CLII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXXIe jour de juillet 1573.--
Audience accordée à l'ambassadeur d'Angleterre.--Négociation
relative à l'entrevue.
Monsieur de la Mothe Fénélon, j'ay receu voz dépesches du XIIe et XXe
du présent[149], et, avec la dernière, veu les lettres que la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, a escriptes à la Royne, Madame ma Mère,
et à mon frère, le Duc d'Alençon, auxquelles je me délibère de vous
faire, dans deux ou trois jours, bien particullière responce; et,
attandant, je vous diray comme l'ambassadeur de ma dicte bonne sœur
parla avant hier à la Royne, Ma dicte Dame et Mère, ainsi qu'il a
faict cejourdhuy à moy, nous ayant dict que la Royne, sa Mestresse, se
debvoit rendre à Douvres, le premier jour de septembre proschain, où
elle séjourneroit sept jours durant, pendant lesquelz, s'il plaizoit à
mon dict frère de l'aller voir, il le pourroit faire. Toutesfois elle
desiroit bien que l'on sceût que ce n'estoit poinct à sa réquisition
que mon dict frère iroit, mais plustost à la nostre; que si, pour
ceste veue, l'effaict du mariage ne s'ensuivoit, elle ne voudroit pas
que cella feût cause d'apporter changement en l'amitié qui est entière
entre elle et nous, et que, partant, la chose méritoit bien d'estre
meurement considérée, avant que de l'entreprendre.
[149] Voyez CCCXXIXe et CCCXXXe dép., tom. V, pag. 370 et 374.
Là dessus, Ma dicte Dame et Mère lui a respondu que ce que nous
desirions le plus, c'est de conserver et estreindre tousjours
davantage l'amitié que nous avons avec elle; mais que ma dicte sœur
sçavoit bien si elle avoit vollonté de se marier ou non; si elle
estoit du tout hors d'opinion d'espouser mon dict frère, qu'il luy
sembloit que cette veue ne serviroit de rien, et n'estoit pas grand
besoin d'y venir; si aussy elle avoit vollonté de se marier, qu'elle
ne pouvoit pas prendre un prince en la Chrestienté qui feût mieux
appuyé que mon dict frère, qui est frère de deux puissants Roys.
Là dessus, il répliqua qu'elle avoit vollonté de se marier, mais que,
pour beaucoup de considérations particullières, aulcuns la
dissuadoient de ce mariage avec mon dict frère.
La conclusion du propos feut enfin que ma dicte Dame et Mère remit à
me faire entendre ces choses; lesquelles m'ayant dict de mesmes en
l'audience que luy ay donnée aujourdhuy, après disner, je luy ay
respondu que j'en aviserois avec les gens de mon conseil, et fairois
sçavoir à vous, mon ambassadeur, ma résollution là dessus pour la luy
dire.
Sur quoy nous nous sommes despartis, ayant voulleu vous donner advis
incontinent de ce que dessus, affin que vous sçachiés ce qui est passé
en l'audience du dict ambassadeur. Jugés s'il en aura escript
conformément à sa Maistresse; priant Dieu, etc.
Escript au chasteau de Boulogne, le dernier jour de juillet 1573.
CHARLES. BRULART.
CLIII
Le ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON
--du XVIIIe jour d'aoust 1573--
Résolution du roi d'envoyer un député en Angleterre pour la
négociation du mariage.--Maladie du duc d'Alençon.--Méfiance
d'Élisabeth.--Prise de Harlem en Hollande, et du château
d'Édimbourg en Écosse.--Voyage des ambassadeurs de
Pologne.--Désignation du maréchal de Retz pour passer en
Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, oultre ce qui est contenu en mon aultre
lettre, je vous diray que j'ay pensé, si la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, est résollue de venir à Douvres au premier jour de
septembre, ainsi que vous me l'avés mandé et que son ambassadeur me
l'a dict par deçà, je suis résollu de dépescher devers elle, au mesme
temps qu'elle s'y pourra trouver, quelque gentilhomme pour la
visitter, s'approschant ainsi près de ma frontière; lequel sera bien
esclercy de la résollution que j'auray prinse sur le faict de
l'entreveue, et aultres particularités qui seront requises, pour
tousjours entrettenir une bonne et sincère amitié avec ma dicte bonne
sœur; qui est ce que je desire plus que toute aultre chose de ce
monde: dont je vous prie de l'asseurer en toutes les occasions qu'il
viendra à propos, estant infiniment marri que la maladie intervenue à
mon frère, le Duc d'Alençon, de laquelle il ne peut estre en estat de
sortir hors de son logis de quinze jours, encores qu'il soit en bon
chemin de recouvrer sa santé, nous ait empesché de nous résoudre et de
conduire si tost à bon effect ceste entreveue que nous le desirions,
ce que vous pourrés témoigner à ma dicte bonne sœur.
Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray que j'ay
receu voz dépesches des XXVIe et dernier du passé, Ve et IXe du
présent[150]; sur lesquelles je vous diray que, pour le regard des
soubçons et deffiences, ès quelles, sans aulcune occasion, l'on a
voulleu mettre la dicte Royne d'Angleterre, tant sur le voyage que a
faict en Normandie la Royne, Madame et Mère, que aussy sur les
préparatifs de l'armement des vaisseaux que j'avais advisé de faire
faire pour porter les quatre mille Gascons en Pouloigne, que l'on
commançoit dire estre destinés à aultre effaict; tout cella sera passé
et assoupi, à ceste heure, qu'ilz verront les dictz préparatifz
entièrement cessés.
[150] Voyez CCCXXXIe, CCCXXXIIe, CCCXXXIIIe et CCCXXXIVe dép.,
tom. V, pag. 380, 383, 385 et 387.
J'ay veu ce que me mandés de la réputation qu'a donné par delà aux
affaires du Roy Catholique la prinse d'Harlen, et ce qui vous a esté
rapporté de l'occasion pour laquelle est advenue si soudainement la
prise du chasteau de Lislebourg, et comme il est bien requis que
j'envoye quelque personnage d'authorité en Escosse pour y résider; à
quoy je regarderay à pourvoir cy après.
Cependant je vous diray que je loue bien fort la responce que vous
avés faicte à ma dicte bonne sœur, sur ce qu'elle vous a dict, à
propos du saufconduict que luy avés demandé, que mon cousin le
cardinal de Lorraine ayant eu la puissance de rompre le mariage de mon
frère, le Roy de Poulogne, avec elle, (qu'elle sçavoit bien que la
Royne, Madame et Mère, et luy desiroient), il pourroit bien, en chose
de moindre conséquence, et pour la faveur de la Royne d'Escosse, sa
niepce, faire destourner les forces, qui estoient destinées pour aller
en Poulogne, en quelque autre lieu.
Tous les ambassadeurs de Poulogne ont esté fort bien receus et
recueillis partout, en Allemagne, despuis leur partement de Leppsic,
mesmement à Francfort, et au païs de mon cousin le comte Palatin, et
arriveront en ceste ville mardy ou mècredy proschain; où je vous
asseure que j'ay bonne vollonté de leur faire faire bonne chère: ne
voulant obmettre de vous dire, en passant, que j'ay nouvelles de
Poulogne, du XVIe de juillet dernier, comme toutes choses y sont en
bon estat et pacifique, n'y estant survenu aulcune nouveauté, tant du
dedans du royaulme que des voysins, au contraire de ce qui s'en est
dict par delà, que vous debvés tenir pour chose controuvée; priant
Dieu, etc.
Escript à Paris, le XVIIIe jour d'aoust 1573.
Comme je voullois signer ceste lettre, je me suis résollu d'envoyer en
Angleterre mon cousin le maréchal de Retz, pour faire l'office dont
est faict mention au commencement de ceste lettre, au moyen de quoy je
vous prie que vous me fassiés incontinent sçavoir le lieu où il pourra
trouver ma bonne sœur. Ceux de Rouen me viennent de faire encores
plainte des pyratteries qui sont ordinairement faictes par les
Anglois: qui est cause que je vous prie d'en faire, envers ma dicte
bonne sœur, toute l'instance qui sera possible.
CHARLES. BRULART.
CLIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIe jour d'aoust 1573.--
Arrivée des ambassadeurs de Pologne à Paris.--Réception qui leur
est faite.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ceste cy sera pour vous advertir comme
les ambassadeurs polonois, qui sont douze, suivis de deux cents
gentilshommes, arrivèrent mècredi dernier en ceste ville, en assés bon
équipage, au devant desquelz feust envoyé la maison du Roy de
Poulogne, mon filz, et tous les princes et principaux seigneurs qui se
trouvèrent en ceste cour, pour les conduire jusques en leurs maisons.
Le lendemain, qui feust le jeudy, ilz désirèrent que l'on les laissât
reposer en leurs maisons, pour, le jour d'après, qui estoit vendredy,
venir salluer le Roy, Monsieur mon filz, la Royne ma belle fille, et
moy; ainsi qu'il a esté faict en meilleur ordre et équipage qu'il a
esté possible, ayant fait l'évesque de Posnanie, qui est le principal
de la dicte ambassade, une fort belle harangue sur l'occasion de leur
venue. Cejourdhuy ilz ont faict le semblable à l'endroict de mon filz,
le Roy de Poulogne, et receu la plus grande joye du monde de le voir,
comme il a faict, de sa part, de se voir salué d'une si belle
compaignie, qui se peut dire, au jugement de ceux qui l'ont veue, la
plus honnorable et mieux en ordre que aultre qui se soit jamais
trouvée en ce royaulme; ne se sentant rien que de toute courtoisie, et
monstrant beaucoup la grandeur du royaulme dont ilz sont venus et
qu'ilz apportent à mon dict filz; vous laissant juger quelle joye j'en
puis recevoir en mon cœur.
Il s'est trouvé à dire deux ambassadeurs en ceste dicte compagnie, à
sçavoir: l'un qui estoit beaucoup demeuré à partir après les aultres,
qui, ayant esté arresté en Slésie, auprès de la frontière de Pologne,
a mieux aymé s'en retourner au païs, après avoir esté mis en liberté,
pour ce qu'il cognoissoit bien qu'il arriveroit fort tard de par deçà,
que de poursuivre son chemin; l'aultre s'est mis par mer avec le Sr de
Lanssac, qui n'est encores arrivé. Dans peu de jours, nous espérons
accomplir toutes choses qui dépendront du faict de la dicte élection,
et sera faict si bon et honnorable traictement aux susdictz
ambassadeurs et à toute leur suitte, ainsi qu'il s'y est bien commencé
despuis leur arrivée en ce royaulme, qu'ilz en raporteront tout
contentement: n'ayant aultre chose à vous dire par ce petit mot que je
finiray, priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIe jour d'aoust 1573.
CATERINE. BRULART.
CLV
LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du premier jour de septembre 1573.--
Explications données par le roi de Pologne sur une plainte de
l'ambassadeur d'Angleterre.--Protestation de dévouement pour
Élisabeth.