de la Royne d'Angleterre, me vint trouver avant hier, après disner, et
la Royne, Madame et Mère, aussy, avec lettres de croyance qu'il nous
présenta de la part de la dicte Dame Royne, et visitta aussy la Royne,
ma femme. Son propos ne fut que de la bonne et syncère affection que
icelle Dame, sa Maistresse, porte à l'entrettènement de nostre
mutuelle amitié, selon nostre dernier traicté. Sur quoy je n'oubliay à
luy déclarer bien expressément combien j'y avois de bonne et droicte
intention. Par mesme moyen, le Sr de Walsingam qui y estoit aussy,
print congé de moy, et, en ce faisant, me dict qu'il avoit une
vollonté très parfaicte de faire tous bons offices non seullement pour
voir continuer l'amitié d'entre icelle Dame Royne et moy, mais aussy
pour l'augmenter aultant qu'il sera possible; et me promit qu'il
tiendra la main, de tout son pouvoir, à ce que les propos du mariage
d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, puissent réheussir à
l'heureuse fin que nous desirons; voyant le dict Sr de Walsingam,
comme il nous a déclaré, qu'il n'y a point de meilleur et plus certain
moyen pour estreindre l'amitié et l'union entre ces deux couronnes et
rendre noz amitiés parfaictes et indissolubles, que le dict mariage.
Ce que nous luy avons bien confirmé pour estre cella très véritable,
et, sur ce, faict fort expresse démonstration de la droicte intention
que nous y avons, affin qu'il en asseure la dicte Dame Royne, sa
Maistresse, quand il sera par delà, comme, de luy mesmes, il s'y est
offert; disant à ma dicte Dame et Mère qu'il espère bientôt revenir
avec une bonne occasion, en ce royaulme, de nous faire un bon
servisse: qui s'entend pour le faict du dict mariage et entretènement
de nostre dict dernier traicté.
Nous avons baillé au dict Sr de Walsingam la responce que nous faisons
aux lettres que nous avons receues d'elle, desquelles je vous envoye
les doubles, enclos avec la présente. Le dict Sr de Walsingam s'en
retourne fort content et bien affectionné, comme il démonstre, à
faire, quand il sera par delà, tous bons offices. Aussy en a il toutes
les occasions qu'il est possible; car il a receu, pendant sa
résidence, toutes les honnestes faveurs qu'il pouvoit desirer par
deçà, et, à son partement, il luy a esté faict présent d'une fort
belle chaine de mil escus, oultre les deux présents qu'il a eus à la
conclusion et fermement de nostre dict traicté.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray comme le
comte de Montgomery arriva près de la Rochelle dès dimanche dernier,
sur les quatre heures du soir, où il pareust avec environ cinquante
vaisseaux, et mouilla l'ancre à la portée du canon de mon armée
navalle et de la terre, du costé du dict lieu de la Rochelle, pour
essayer de secourir la ville; mais, à ce que m'escript mon frère, le
Duc d'Anjou, j'espère qu'il n'en rapportera que la honte; mes gallères
et vaysseaulx estant fort bien pourveus d'hommes, et de tout ce qui
leur est nécessaire, et attiltrés à la faveur de deux forts, que mon
frère a faict édiffier aux deux costés de l'embouscheure du hâvre de
la dicte Rochelle; de sorte que je ne redoubte pas beaucoup le dict
Montgomery. Mais l'occasion, pour laquelle j'ay advisé vous faire
incontinent ceste dépesche, est pour ce que je sçay entièrement que Me
Hacquins et pleusieurs anglois sont avecque luy, ayants la Prime Rose
et plusieurs aultres vaisseaulx appartenants, ou qui ont appartenu à
la Royne d'Angleterre; et davantage que tous les dictz vaysseaulx ont
arboré et portent les croix rouges droictes, comme ont accoutumé les
gens de guerre de la dicte Royne d'Angleterre, chose dont je croy bien
qu'elle désavouera le dict de Montgomery, et les anglois qui sont
avecque lui. Toutesfois cela luy touche grandement, et ne puis que je
n'en demeure fort mal édiffié, comme estant cella directement contre
nostre dernier traicté, la foy et promesse que nous nous sommes jurée,
et expressément promise l'un à l'aultre, et qu'elle et ses ministres
vous ont, ces jours icy, si souvent encores réittérée.
Voilà pourquoy je vous prie aller incontinent trouver la dicte Royne
et le luy faire entendre, taschant, aultant qu'il vous sera possible,
à vous esclercir sur ce avec elle, et apprendre le plus que vous
pourrés de ses délibérations pour m'en donner incontinent advis par ce
porteur; et pour ce que, tout ainsy que l'on vous a par delà tousjours
asseuré que icelle Royne ne se mesloit poinct des entreprinses du
dict Montgomery, mais au contraire qu'elle avoit, suivant la bonne
amitié d'entre elle et moy, faict tout ce qu'elle a peu pour luy
traverser et nuire, ayant empesché ses subjects de se mettre avec luy
pour me venir faire la guerre, le dict Walsingam m'en a, de mesme,
tousjours ainsy parlé et à la Royne Ma dicte Dame et Mère, et fort
affirmativement asseuré.
Au surplus, encore qu'il ait prins congé de moy, et que je luy aye
faict faire le présent de mille escus, ainsi que je vous ay escript,
je luy ay escript, et au docteur Dale son successeur, la lettre de
laquelle je vous envoye le double, espérant qu'il sera icy demain, et
que je parleray à luy de tout cessy, affin qu'il le puisse faire
entendre, de ma part, à icelle Royne, sa Mestresse; dont cepandant je
vous ay bien vouleu advertir par ce porteur exprès, affin que, s'il en
escrivoit quelque chose par delà qu'il pensât que je le voulleusse
rettenir, que vous, asseuriés bien qu'il est en toute liberté, et que,
aussytost que j'auray parlé à luy de cest affaire, il pourra, quand il
voudra, s'acheminer en Angleterre, sans qu'il luy soit faict aulcun
tort ny desplaisir, ni donné davantage de retardement.
J'ay veu l'ordre qu'avés donné pour faire advertir mon frère, le Duc
d'Anjou, des délibérations du comte de Montgomery; mais ce n'est pas
assés que cella. Je desire et vous prie de n'espagner deux ni trois
cens escus, pour envoyer gens aux ports et hâvres, où s'assemblent les
vaisseaux qui doivent aller avec le dict Montgomery, et en y ayés
plusieurs qui ne sçachent rien les uns des autres, comme je vous ay cy
devant escript; affin que soyez mieux et plus seurement adverty et que
me puissiés donner advis de tout. Il en faudra aussy envoyer au lieu
où s'arment les dictz grands vaisseaux d'icelle Royne, et seroit bon
que en eussiés pareillement du costé de Varwich pour voir quel
équipage il s'y faict pour l'entreprise d'Escosse; où je desire bien
que Vérac s'achemine pour le bien de mon servisse, ou, si la dicte
Royne ne veut qu'il y aille, d'en estre résolleu pour y en envoyer
quelque aultre. Et cependant je desirerois que y fissiés passer Sabran
bien instruict de vous et du dict Vérac, affin qu'il y fist le mieux
qu'il pourroit pour le bien de mon servisse, sellon les dépesches que
nous vous avons cy devant faictes et la charge qu'avons donnée au dict
Vérac; priant Dieu, etc.
Escript à Fontainebleau, le XXIIIe jour d'apvril 1573.
Il est très nécessaire que vous fassiés toute la plus grande
dilligence que pourrés pour envoyer Vérac ou Sabran en Escosse, car il
importe grandement, pour le bien de mon service, que je y aye
quelqu'un, affin d'entrettenir tousjours ceux qui me sont bien
affectionnés de la bonne vollonté qu'ilz ont aux affaires qui me
concernent, et à tout ce qui dépend des traictés et alliances d'entre
les Escossois mes prédécesseurs et moy.
CHARLES. PINART.
CXLVIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVe jour de may 1573.--
Nouvelle de l'élection du duc d'Anjou comme roi de Pologne.
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons présentement eu advis que mon
filz, le Duc d'Anjou, a esté esleu Roy de Poloigne, les Ve et VIe de
ce moys, par la commune voix et vœux par escript de trois parts, dont
les quatre font le tout, de tous les évesques, palatins et noblesse
du dict royaulme, de sorte qu'il ne restoit plus que les vœux à
publier, comme il se debvoit faire dedans trois jours après. Et, ainsi
que l'on nous escript, il n'y a poinct de difficulté que la dicte
élection ne soit publiée et résolue, dont je vous ay bien voullu
advertir en dilligence, affin que, si cella peut servir, comme je ne
doubte pas qu'il ne fasse, à l'affaire de mon fils le Duc, et pour
nous faire avoir la bonne responce de la Royne d'Angleterre que nous
espérons pour le faict du mariage, vous usiés de ces bonnes nouvelles
envers la dicte Royne et ses principaux ministres, comme vous verrés
qu'il sera à propos, pour leur représenter la grandeur et moyen qu'ont
ceux de ceste maison de la maintenir et assister, vous estendant sur
ce subject, comme je m'asseure que sçaurés très bien faire, ainsi que
verrés qu'il sera à propos: et de tout je vous prie nous escripre le
plus tôt que vous pourrés de bonnes nouvelles que nous attandons aussy
de ce costé là en bonne dévotion; priant Dieu, etc.
Escript à Fontainebleau, le dimanche, XXVe jour de may 1573.
CATERINE. PINART.
CXLIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIXe jour de may 1573.--
Négociation du mariage.--Espoir de la prochaine réduction de la
Rochelle.--Affaires d'Écosse.--Méfiance du roi contre sir
Arthus Chambernon.
Monsieur de La Mothe Fénélon, il n'est pas possible de desirer propos
plus honnestes que ceux que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et
cousine, vous a tenus en la dernière audience qu'elle vous a donnée,
comme j'ay veu par vostre dépesche du XXIIIe de ce moys[147], sur le
faict de l'entrevue de mon frère le Duc d'Alençon et d'elle.
Toutesfois elle a différé d'acorder la dicte entrevue que premièrement
elle ne feust satisfaicte et esclercie des deux doubtes où elle est,
comme particulièrement vous avés entendu en la dicte audience, et que
vous m'avez bien amplement discouru par vostre dicte dépesche, ainsi
que nous avons veu aussi par les lettres qu'elle en a escriptes à
ceste fin à la Royne, Madame et Mère; laquelle luy faict si claire
responce, et a, oultre cella, si expressément faict entendre à son
ambassadeur, en l'audience qu'elle luy a donnée, ceste après dînée,
nostre droicte intention, comme vous verrés par le double que je vous
envoye de la lettre de ma dicte Dame et Mère, que j'estime que, si
icelle Royne a aussy bonne vollonté à la dicte entreveue et au dict
mariage que nous avons tous, qu'il n'y aura plus de difficulté qui
empesche qu'elle ne se fasse, et que, s'il plaict à Dieu qu'ilz se
soient agréables l'un à l'aultre, comme je le desire, que bientost
après nous ne voïons une heureuse fin de ceste négociation par la
résollution du dict mariage; pour lequel vous la pouvés tousjours
fermement asseurer que nous procédons avec toute syncérité, et sans
que la poursuitte qu'en faisons soit à aultre intention (et Dieu en
est le tesmoing), que pour fortiffier et rendre parfaicte l'amitié
d'entre elle et nous et nos communs subjectz, et qu'elle se puisse si
bien establir par le moyen du dict mariage, comme aussy n'y a il rien
qui y soit plus propre qu'elle demeure perdurable, nette et entière,
et que les deffiences, qui naissent entre elle et moy depuis quelque
temps, puissent estre du tout déracinées et amorties, ayant advisé de
vous renvoyer Vassal expressément en la meilleure dilligence qu'il
pourra; d'aultant que son dict ambassadeur a asseuré Ma dicte Dame et
Mère que, pour estre bien certain que icelle Royne, sa Maistresse,
aura ces nouvelles bien agréables, il les luy escript dès aujourdhuy
par courrier exprès. Et il sera bien à propos qu'incontinent après
vous luy présentiés la lettre de Ma dicte Dame et Mère pour, par mesme
moyen, résouldre les seurretés du voyage et passage de mon dict frère,
que je desire que vous obteniés les meilleures que pourrés, et que
vous m'en advertissiés incontinant, affin que, quand nous en serons
d'accord, vous en rettiriés les expéditions;
Espérant cepandant que la Rochelle se réduira bientost en mon
obéissance, car estant les Suisses arrivés dans mon armée et ceux de
dedans la dicte ville se trouvans en très grande nécessité et hors
d'espérance de secours, j'estime que bientost ils seront forcés, s'ilz
ne sont si sages que d'accepter les raisonnables conditions qui leur
sont offertes pour évitter leur ruine et la désolation qui se peut
attandre d'un assault, que mon frère, le Roy esleu de Pouloigne, faira
donner le plus tard qu'il pourra, suivant mon intention, pour le desir
qu'il a, comme aussy ay je de ma part, de les conserver; et estant
pour ceste occasion bien d'advis, suivant ce que nous avés escript par
le dict Vassal que, si le cappitaine Franchotti a de si bons et grands
moyens qu'il vous a dict, et accès parmi ceux de la religion, pour
composer les troubles, qu'il vienne, le plus tost qu'il pourra,
suivant le passeport que je vous ay dernièrement envoyé pour luy, et
il se peut assurer que je luy donneray toute favorable audience et
telle qu'il la peut desirer. Et encores, s'il veut, pour le plus
court, s'acheminer par mer, comme il me semble que sera bien à propos,
droict en ma dicte armée, et s'adresser à mon dict frère, auquel j'en
ay escript présentement, je m'asseure qu'il luy donnera aussy toute
favorable audience, et les moyens d'exécuter sa bonne vollonté, car il
a tout pouvoir général et particullier de moy pour cest effaict.
[147] Voyez CCCXVIIIe dép., tom. V, pag. 330.
J'ay veu ce que me mandés pour le faict d'Escosse, et comme, à la fin,
la dicte Royne a laissé passer Vérac et Sabran, mais je n'ay pas
opinion qu'il leur soit permis, ny à l'un ni à l'aultre, d'entrer en
Escosse; car il se voit bien clairement que icelle Royne a faict tout
ce qu'elle a peu, despuis quelques moys, pour nous amuser et esblouir
les yeux, affin que cepandant elle peût faire ses affaires en Escosse,
ce que je m'asseure vous aurés bien cogneu; et suivant ce que je vous
ay si souvant escript et comme vous me mandés avoir faict, vous aurés
si bien et si souvent adverti ceux du chasteau de Lislebourg, qu'ilz
auront courage; et quelque batterie que l'on fasse, ilz tiendront pour
le moins jusques en septembre, ainsi que j'ay entendu d'aulcuns de
deçà qui sçavent leurs intentions. Voilà pourquoy je desire que vous
me mandiés en quel estat ilz se trouvent à présent, s'il vous est
possible de le sçavoir, comme j'estime qu'il vous a et sera tousjours
aisé, et si vous n'aurés pas moyen de leur faire tenir ce que je vous
ay ces jours icy escript, car, encores que je sçache bien que les
Escossois soient fort légers et que aulcuns de ceux, qui sont dans le
dict chasteau, soient soubçonnés d'estre de ceste condition, si
m'asseurai je principallement au lair de Granges, que je croy,
l'ayant tousjours si bien traicté comme j'ay faict et veux faire,
qu'il ne permettra poinct que les anciennes alliances que mes
prédécesseurs et moy avons en Escosse, et les moyens que j'ay
accoustumé d'y avoir aussy, soient diminués comme sans doubte ilz
seroient, si le dict comte de Morthon, qui ne faict rien qu'en faveur
et pour la Royne d'Angletere, s'impatronisoit du dict chasteau de
Lislebourg. Et, pour ceste cause, en les confortant tousjours
secrettement, et en l'affection qu'ilz ont jusques icy déclarée me
porter pour le bien de leur patrie et de leur souveraine, il fault
aussy que vous continuiés à faire instance, envers la dicte Royne
d'Angleterre et ceux de son conseil, à ce que, suivant nostre dernier
traicté, il ne se poursuive ni fasse aulcune chose qu'avec le
consentement des Srs de Vérac ou Sabran, s'ilz y peuvent passer.
Autrement j'auray juste occasion de m'en sentir.
Quand aux onze premiers articles de l'instruction que vous avez baillé
à Vassal, je desire que vous ayés tousjours l'œil aux poinctz
contenus par iceulx, et que journellement vous me teniés adverti de ce
qui se faira et tramera en cella, y donnant par vous, soubz main,
comme sçaurés très bien faire, toutes les traverses que vous pourrés,
affin que, surtout, le Prince d'Escosse ne puisse estre transporté
comme il est déclaré par les dictz articles que l'on propose.
J'ay veu aussy ce que vous a dict le Sr Chambernon, visadmiral
d'Angleterre. Tout ce qu'il vous a faict entendre n'est qu'artifice:
voylà pourquoy il n'y eschet aulcune responce, si ce n'est que, quand
les effectz suivront ses parolles, je les auray bien agréables, et
cependant je vous diray que, comme vous verrés par un extraict que je
vous envoye, aulcuns des anglois qui estoient avec Montgomery, son
beau frère, ont esté bien battus, ayans perdu quattre des meilleurs
vaisseaux qu'ilz eussent, et esté contrainctz de quitter et abandonner
l'isle de Belle Isle. J'espère que, si le dict Montgomery se peut
rencontrer et descouvrir en mer, qu'il sera par les miens, qui sont
allés après, battu et traicté comme il mérite.
J'ay pareillement veu ce que me mandés des recherches et impositions
excessives qui se font et que l'on a mis sur les marchandises qui
arrivent à Calais. C'est chose que j'ay remise à ceux de mon conseil
pour y adviser. Quand la résolution en sera prinse, je vous en
advertiray; priant Dieu, etc.
Escript à Fonteinebleau, le XXIXe jour de may 1573.
CHARLES. PINART.
CL
LA ROYNE MÈRE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
--du XXIXe jour de may 1573.--
Consentement donné à l'entrevue sous les conditions proposées par
Élisabeth.--Déclaration que le duc d'Alençon pourra se rendre
en Angleterre aussitôt après la réduction de la
Rochelle.--Communication de l'élection du roi de
Pologne.--_Réponse des seigneurs du conseil d'Angleterre_ sur
la négociation du mariage et la proposition de l'entrevue.
Madame ma bonne sœur, le Roy, Monsieur mon filz, et moy avons veu,
par l'honneste lettre que m'avés dernièrement escripte, faisant
responce à la mienne précédente, comme vous estes en quelque doubte
sur la difficulté que nous fismes, quand, en ce lieu, j'ay parlé avec
le Sr de Walsingam de l'entrevue de vous et de mon fils, le Duc
d'Alençon; en quoy nous demeurasmes, comme vous dites par vostre dicte
lettre, lors, en quelque considération, et non sans cause, pour les
raisons qu'avés entendues et déclarées par vostre dicte lettre mesme,
qui estoient qu'il ne seroit pas honnorable, mais comme sçavés bien
considérer, à grande desfaveur et à quelque occasion de risée, parmi
ceux qui ne desirent et au contraire veullent traverser le dict
mariage, si, après que mon dict filz vous aura faict voir et offrir
son servisse, de si bonne et grande affection, comme je sçay qu'il se
délibère faire, pour avoir cest heur de mériter voz bonnes grâces et
vous espouser, il falloit qu'il s'en revînt sans avoir l'honneur et la
faveur que j'espère, avec l'ayde de Dieu, qu'il aura de vous en cella.
Nous creignions aussy lors, qu'après le dict voyage, si le dict
mariage ne se feisoit, qu'il n'en demeurât quelque regret, que cella
feust cause de diminuer l'amitié d'entre vous et nous, qui ne desirons
rien plus que de l'accroistre, et procédons syncèrement pour la rendre
perdurable. Mais despuis, le Roy, Mon dict Seigneur et filz, et moy,
voyant que mon dict filz d'Alençon ne s'arrestoit aulcunement sur la
dicte difficulté, au contraire prenoit ce qui en pourra advenir sur
luy, et persévéroit tousjours de vous voulloir aller luy mesme baiser
les mains; dont je luy en sçay fort bon gré, de faire son debvoir de
vous honnorer en vostre royaulme, et présenter son service, sans
crainte que le voyage luy retourne à aulcune desfaveur, quand bien le
dict propos de mariage ne réheussira, selon son grand desir et le
nostre, nous nous sommes, le Roy, Mon dict Seigneur et fils, et moy
fort vollontiers et de bon cueur consentis à la dicte entreveue, et y
persistons encore, comme l'avés entendu, et que je vous escrivis
dernièrement; vous priant croire, et vous asseurer en vérité, que
nulle aultre occasion que ce que dessus ne nous fit former, du
commencement, la dicte difficulté, et que c'est ce qui nous y a
despuis faict donner consentement, après avoyr considéré la bonne
affection et intention de mon dict filz d'Alençon et les raisons que
vous avés quelquefois dictes au Sr de La Mothe Fénélon, comme il nous
a escript, lesquelles le dict Sr de Walsingam n'oublia pas de nous
bien représenter comme elles sont en mesmes parolles desduictes par
vostre dicte lettre, et lesquelles nous trouvons fort raisonnables;
vous confessant qu'en telles affaires la présence et l'œil des deux
personnes, à qui le faict touche comme à vous deux, est très
nécessaire pour leur satisfaction, premier que de se bien résoudre à
s'espouser. Aussy, pour ces considérations, le Roy, Mon dict Seigneur
et filz, et moy avons trouvé bon et consenti, comme encores consentons
de bon cueur, droictement et sincèrement, sans aulcun scrupulle, la
dicte entreveue, et vous asseurons et déclarons que, quand bien mon
dict filz s'en reviendra de deçà sans que le dict mariage s'effectue,
que cella ne sera aulcunement cause de diminuer nostre amitié; au
contraire ayant veu, mon dict filz le Duc, et sceu la bonne vollonté
et affection qu'il a en vostre endroict, et veu aussy par expériance
comme nous procédons de nostre part en cessy droictement, en toute
rondeur et sincérité, le dict voyage sera cause d'augmenter plustot
nostre amitié que de la diminuer, ainsi que j'ay dict, ceste après
disnée, à vostre ambassadeur pour le vous faire entendre, et que nous
l'escrivons aussy au dict Sr de La Mothe Fénélon, affin qu'il rettire
de vous et de ceux de vostre conseil les seurretés nécessaires pour le
voyage et passage de mon dict fils d'Alençon, auquel j'ay envoyé les
lettres que luy escrivés et l'ay adverti de ceste résollution, dont je
sçay certainement qu'il sera très aise; et se disposera bientost de
vous aller trouver, incontinent après que la Rochelle sera réduicte
en l'obéissance du Roy, Mon dict Seigneur et fils, m'asseurant bien
que vous croyés que, s'il partoit plus tost du camp, il ne luy seroit
pas honnorable pour sa réputation, pour le servisse qu'il doibt au
Roy, son frère, ainsi que vous vous estes vous mesme laissée entendre,
il y a quelque temps, au dict Sr de La Mothe Fénélon. Qui sera cause
que je ne vous fairay, quand à ce faict là, qui est aussy déclaré par
vostre lettre, aulcune aultre scrupulle, si n'est vous prier de croire
et vous asseurer, que, quand et quand, après avoir receu les dictes
seuretés, telles qu'elles se peuvent honnestement bailler, il partira
pour vous aller trouver avec aultant de desir et d'affection de vous
servir et honnorer que prince qui soit en la Chrestienté; priant Dieu
cependant que le souhait que je fais à ce propos, qui est de voir
bientost que le dict mariage réheussisse à son honneur et gloire, au
bien de ces deux royaulmes, et au contentement de tous deux et de nous
tous, comme vous entendrés aussy plus amplement du dict Sr de La Mothe
Fénélon, selon la charge et commandement qu'il en a du Roy, Mon dict
Seigneur et filz. Et à tant je prie Dieu, Madame ma bonne sœur, vous
avoir en sa saincte et digne garde.
Escript à Fonteinebleau, le XXIXe jour de may 1573.
Madame ma bonne sœur, je n'ay voulleu faillir de vous advertir de la
grâce qu'il a pleu à Dieu de faire à mon filz de l'avoir faict eslire
Roy de Pouloigne, m'asseurant que serés bien aise de toutes les
augmentations de ceste couronne, car ce sera tousjours augmentation de
nostre amitié avecque vous; et, si Dieu favorise aultant mon filz le
Duc en vostre endroict, comme il a le Rov de Pouloigne vers les
Poulognois, je m'estimerois la plus heureuse princesse qui feust
jamais née de me pouvoir dire mère de la plus grande Royne et plus
valleureuse que l'on puisse voir; ce que je le supplie me faire la
grâce et Vous, Madame ma bonne sœur, vous asseurer que jamais prince
ni princesse ne marcheront oncques avec plus de franchise que faict le
Roy mon filz et moy en vostre endroict.
Vostre bonne sœur et cousine.
CATERINE.
DISCOURS DES SEIGNEURS DU CONSEIL D'ANGLETERRE
à Mr de La Mothe Fénélon.
--du IIe jour de juing 1573.--
Il sera dict à l'Ambassadeur de France par quelques uns du
conseil de Sa Majesté ce qui s'en suyt:
La Majesté de la Royne a communicqué avec tous les seigneurs de
son conseil le contenu des lettres dernièrement envoyées, de la
part de la Royne Mère, et aussy vostre dernière négociation avec
Sa Majesté, au nom du Roy, de la Royne Mère et Monseigneur le Duc
d'Alençon, touchant le voyage du dict Duc en ce royaulme, pour
poursuivre son honnorable intention, et requérir Sa Majesté en
mariage, après que la Rochelle aura esté recouvrée à l'obéissance
du Roy.