Mauvissière et le secrétaire Brulart, comme le vidame de Chartres, qui
s'est retiré en Angleterre, a déclairé à ma dicte sœur qu'il avoit
esté contraint d'aviser le fère, sur l'advertissement qui luy feust
donné, estant demeuré en sa maison de la Ferté, après sauvegarde que
je luy avois faict dépescher, que le Sr de Saint Léger, avec quelques
gentilshommes et gens de pied, l'estoit allé chercher pour le prandre;
l'ayant bien vouleu recepvoir, ma dicte bonne sœur, sur ce qu'il luy
a faict cognoistre que je le tenois pour bon et fidel serviteur et
innocent de la conspiration du feu Admiral, ainsi qu'il en faict
apparoir par lettres que je luy en ay escriptes; me priant ma dicte
bonne sœur en ceste considération, et pour satisfaire au dict vidame,
que j'aye agréable qu'il demeure en son royaume pour esviter là toute
occasion de suspition mauvaize que l'on pourroit avoir contre luy en
mon royaume, et que, pandant son absence, je le tienne pour bon et
fidel subject, et luy laisse la jouissance de ses biens, et luy faire
expédier toutes lettres pour ce nécessaires.
A quoy je luy ay faict faire responce que le dict vidame n'a eu aucune
occasion de se retirer sur volunté que l'on eust de luy mal faire;
car, puisque je luy avois faict bailler ma sauvegarde, ce n'avoit
poinct esté à autre intantion que pour le conserver, ce que je desire
encores de faire; mais, ne pouvant estre son absence hors de mon
royaume et retraicte au dict pays, que mal interprêté, et faire penser
que je ferois mal traicter mes subjects d'Angleterre, je desire qu'il
revienne de deçà avec asseurance que je luy feray faire tout bon
traictement. Estant tout ce que j'ay faict respondre au dict Sr de
Walsingham, qui le fera sçavoir par dellà à ma dicte bonne sœur; vous
en ayant, à ceste occazion, vouleu advertir bien particullièrement,
que vous vous trouviés conforme à ce que vous en dirés à icelle ma
dicte bonne sœur. Et sur ce, etc.
Escript à Paris, le IVe jour d'octobre 1572.
CHARLES. BRULART.
Monsieur de La Mothe, l'ambassadeur de la Royne d'Escosse me vint hier
trouver, et me pria d'envoyer ung gentilhomme exprès vers la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, pour la prier, de ma part, d'avoir ses
affaires pour recommandé, et de ne souffrir qu'il luy soit faict aucun
nouveau mauvais traictement pour ce qu'il crainct que, à ce parlement,
il ne soit traicté de quelque chose à son préjudice: ce que je luy ay
respondu me sembler n'estre à propos de faire en ceste saison, et que
cella serviroit, possible, plustot à aigrir ma dicte bonne sœur
contre la dicte Royne d'Escosse.
CXXXII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour d'octobre 1572.--
Danger qu'il y aurait pour Catherine de Médicis d'accepter une
entrevue en Angleterre.
Monsieur de La Mothe, nous avons aujourdhuy receu vostre dépesche du
XXIXe du passé, et quelques jours auparavant, j'avois eu celle du
XVIIIe[138], à laquelle il n'eschet aucune responce, n'estant que
responsive à mes précédantes dépesches; et aussi d'autant que, par ma
dernière, vous avés esté à plein satisfaict sur les poincts desquels
vous désirés estre esclaircy par celle qui vous est faicte
présentement, il ne vous sera poinct respondu au contenu de la vostre,
du dict XXIXe, d'autant qu'elle vous est faicte un peu en haste, afin
de vous envoyer promptement le saufconduict qu'il est besoin estre
bientost par delà. Ce qui me gardera d'estandre ceste cy plus avant,
sinon de vous dire, en passant, qu'il semble, par la responce que vous
a faicte la Royne d'Angleterre touschant nostre entrevue, que nous en
sommes assés esloignés; car, de passer à Douvres, je pense qu'il n'y a
guière de personnes qui me le conseillassent au temps où nous sommes,
et parmi le regret, que monstre porter en son cœur ma dicte bonne
sœur, des choses qui sont advenues le XXIVe du mois d'aoust passé,
qui est tout ce que je vous dirai en ce lieu, que je prierai Dieu,
etc.
Escript à Paris, le IVe jour d'octobre 1572.
CATERINE. BRULART.
[138] Voyez CCLXXVe et CCLXXVIe dép., tom, V, pag. 133 et 138.
CXXXIII
LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Escripte de la main de Monseigneur le Duc._)
--du VIIIe jour d'octobre 1572.--
Protestation de dévouement à la reine d'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous ne sçauriés faire chose qui me soit
plus agréable que de faire tousjours cognoistre à la Royne
d'Angleterre l'entière amitié et sincère affection que je luy porte;
car, comme elle est si parfaicte en son endroict qu'elle peut dire
avoir maintenant beaucoup plus de puissance sur moy et en pouvoir
mieux disposer que moy mesmes, qui me suis desdié à la servir et luy
en obéir de tout mon cœur, aussy desirè je bien qu'elle en cognoisse
et s'en persuade quelque chose. Et me sera tousjours grand
contantement, bien qu'il soit mal aisé de luy fère par les parolles
une assés vive expression et telle qu'elle soit pour correspondre à ma
vraye affection de penser qu'elle en croye, pour le moingz, une
partie, et demeure persuadée qu'il n'y aura jamais prince en la
Chrestienté, qui soit plus à son commandement, et duquel elle puisse
si librement disposer qu'elle faira tousjours de moy; qui prie Dieu,
etc.
Escript à Paris, le VIIIe jour d'octobre 1572.
Vostre bon amy.
FRANÇOIS.
CXXXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIIe jour d'octobre 1572.--
Conférence avec Walsingham.--Desir de Catherine de Médicis que
l'entrevue ait lieu à Jersey; et que Leicester soit envoyé en
France.--Son desir de savoir si Élisabeth consentirait à être
marraine de l'enfant du roi.--Motifs qui doivent dispenser le
roi de jurer de nouveau le traité d'alliance.--Assurance donnée
aux marchands anglais qu'ils peuvent continuer à faire le
commerce en France.
Monsieur de La Mothe, attandant que l'on vous face responce à trois ou
quatre dépesches que nous avons receues de vous, et dont la dernière
est du XVIIIe de ce moys[139], qui m'a esté apportée présentement, je
vous ay bien vouleu advertir de la réception d'icelles, et comme
l'ambassadeur d'Angleterre vint hier parler à moy sur trois poinctz,
qui avoient esté par vous proposés à la Royne, sa Mestresse:
[139] Voyez CCLXXVIIe, CCLXXVIIIe, CCLXXIXe et CCLXXXe dép. des
2, 7, 13 et 18 octobre 1572, tom. V, pag. 152, 160, 164 et 173.
Le premier, c'est l'entrevue en l'isle de Gersay ou de Grènezay, au
XXe de ce mois, m'alléguant les mesmes raisons et difficultés,
contenues tant en vostre lettre qu'en la responce que ceux du conseil
vous ont baillé par escript de sa part.
Sur quoy je luy respondis que ce que j'en avois ainsy advizé estoit,
pensant que ce fust le plus comode, d'autant que l'on m'avoit dict que
l'entreveue ne se pouvoit faire sur la mer, et qu'il estoit meilleur
de la faire en terre ferme, et qu'il me sembloit que je ne pouvois
choisir lieu plus à propos que celluy là, estant les dictes isles à
elle, comme elles sont; et, pour le reguard du jour, que ce que j'en
avois mandé, estoit pensant que la Royne, ma fille, se deust acoucher
plus tost qu'elle n'a faict, et, cepandant qu'elle eust esté en ses
couches, je desirois de faire ce voyage, et la dicte entreveue.
Le second est d'envoyer icy le conte de Lecestre ou milord grand
trésorier pour visitter la Royne, ma dicte fille, en ses couches;
qu'il pensoit que ce avoit esté faict en intantion de tenir à batesme
pour elle l'enfant que Dieu donnera au Roy, Monsieur mon filz, et
qu'elle, n'estant point de nostre religion, n'y pouvoit assister.
Je luy dis, sur ce, que l'on n'avoit point pensé encores de fère
élection des compères ou commères, jusques à ce que la Royne, ma dicte
fille, sera acouchée; ains seulement pour le desir que nous avions
qu'elle, envoyant sur ce prétexte quelcun des grands devers nous, nous
puissions conférer avec telle confiance avec luy comme si c'estoit
avec sa personne propre, et qu'elle se peust asseurer que cella ne
tand à aultre fin que pour l'entretènement de nostre amitié, et luy
faire entendre nous mesmes particullièrement plusieurs choses pour
cest effect; et que le Roy Édouard, qui estoit de mesme religion
qu'elle, avoit bien tenu sur les fonds mon filz le Duc d'Anjou.
Là dessus je desire que, soubs main et plus dextrement que vous
pourrés, et sans en parler de la part du Roy, Monsieur mon filz, ny de
la mienne, vous sçachiés son intention, si, la priant d'estre commère,
elle ne le vouldra pas accepter, et m'en advertir incontinant que vous
en aurés peu sçavoir sa volonté.
Le troisième, de renouveller le traicté qui a esté dernièrement faict
entre nous par nouveau sèrement, voyant les choses qui s'estoient
passées despuis en ce royaume, ce que nous luy avons accordé, selon
qu'il seroit advizé debvoir estre faict; mais ayant veu despuis, par
leur responce, comme elle dict qu'il n'y a pas occasion de ce faire de
sa part, il n'en y a poinct aussy de celle du Roy, Mon dict Sieur et
filz, d'autant qu'il n'a esté rien faict contre elle et ses subjectz,
et ne luy a esté donné aucune occasion de penser que nous veuillions
aucunement enfraindre nostre traicté, et la promesse et sèrement que
nous avons faict; et si le Roy a esté contrainct de chastier ses
subjectz rebelles, et qui avoient conspiré contre sa personne et son
estat, cella ne luy touche aucunement. Et, pour ce qu'ilz disent que,
voyant les meurtres qui ont esté faictz en plusieurs villes de ce
royaume par les Catholiques contre les Huguenotz, ils ne se peuvent
asseurer de l'intantion et volonté du Roy qu'ilz n'en voyent quelque
punission et justice et ses édictz mieux observés, elle cognoistra
bientost que ce qui est advenu ès autres lieux que en ceste ville, a
esté entièrement contre la volonté du Roy, Mon dict Sieur et filz,
lequel a délibéré d'en faire faire telle pugnition et y establir
bientost ung si bon ordre que ung chascun cognoistra quelle a esté en
cest endroit son intantion.
Le dict ambassadeur m'a parlé aussy du peu de seureté que les marchans
anglois avoient, à présent, pour leur commerce, tant à la Rochelle que
ez autres portz et hâvres de ce royaume.
A quoy je l'ay asseuré qu'il y sera pourveu dedans peu de jours de
telle façon qu'elle aura occasion d'en demeurer contante et
satisfaicte, dont vous serés bientost adverty pour le leur faire
entandre; aussy que nous avions sceu qu'elle avoit retiré en ses portz
et hâvres un pirate françois, qui commectoit plusieurs pirateries et
larcins, que je le priois le mander à la Royne, Sa Mestresse, qu'elle
le chassast et ne permist plus qu'il y feust, afin que, tant de leur
cousté que du nostre, ilz ne feussent plus receus ny favorisés en noz
portz et hâvres; priant le Créateur, etc.
Escript à Paris, le XXIIIe jour d'octobre 1572.
CATERINE. FIZES.
CXXXV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIIe jour d'octobre 1572.--
Naissance de la fille du roi.--Offre faite à Élisabeth d'en être
la marraine.
Monsieur de La Mothe, ayant pleu à Dieu me faire père d'une fille, je
vous ay aussytost faict dépescher ce porteur, pour vous prier de
sentir dextrement si la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, prandra à
plaisir que je l'envoye prier de la tenir sur les sainctz fondz de
batesme; et incontinant vous ne faillirés de me ranvoyer ce dict
porteur et m'en résouldre. Et n'estant ce mot à autre fin, je prierai
Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXVIIe jour d'octobre 1572.
CHARLES. FIZES.
CXXXVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de novembre 1572.--
Mécontentement qu'éprouve le roi de la résistance à laquelle se
préparent les habitans de la Rochelle.--Déclaration que les
massacres faits dans les provinces ont eu lieu sans l'ordre du
roi, et que la punition des coupables sera
poursuivie.--Remontrances contre les armemens que les
protestans pourraient tenter en Angleterre.--Protestations
d'amitié, et déclaration que l'armée de Strozzi est réunie pour
marcher contre la Rochelle.--Assurance que le légat du pape
n'est envoyé en France qu'au sujet de la ligue contre le
Turc.--Desir du roi que sa fille soit tenue sur les fonts de
baptême par Élisabeth, et que Leicester soit chargé de passer
en France à cette occasion.--Communication à la reine
d'Angleterre du jugement rendu contre l'Amiral et ses
complices.--Satisfaction donnée sur toutes les plaintes des
Anglais.--Protestation particulière du roi que les massacres de
Rouen ont été exécutés sans son ordre.--Assurance donnée aux
protestans réfugiés en Angleterre qu'ils peuvent rentrer en
France.--Affaires d'Écosse.--Impossibilité où se trouve le roi
d'accorder à l'ambassadeur son rappel.--_Déclaration du roi_
concernant ceux de la religion en Normandie.
Monsieur de La Mothe, despuis l'ample dépesche que je vous fis le VIIe
du mois passé[140], j'ay receu les lettres des IIe, VIIe, XIIIe et
XVIIIe du dict moys, à aucuns poinctz desquelles je vous ay faict
responce, et par ceste cy je vous satisferay à ce qui reste, et aussy
à vostre dépesche du XXIIe du dict mois[141], que je receus avant hier
de vostre secrétère; et vous diray que, comme je congnois fort bien de
quelle importance m'est la ville de la Rochelle, j'ay faict essayer,
par tous les moyens les plus doux que j'ay peu, et faict tenter, par
personnes que j'ay pansé que mes subjectz de la dicte ville auroient
plus agréables et en qui ils auroient plus de créance et assurance de
ma bonne volonté, pour essayer de m'y faire obéyr et randre
l'obéyssance qui m'est deue par voye amiable, dont j'ay esté quelques
jours en assés bonne espérance; mais il samble maintenant que l'on les
en dissuade et qu'ilz n'y soient pas si bien disposés que j'espérois,
dont il me déplaist bien fort: car les ay faict asseurer de tout ce
qu'il m'a esté possible de leur pouvoir accorder, comme encores je
fais. Et ay quelque opinion que ce qui les a divertis de la bonne
volonté où ilz monstroient, il y a quelques jours, d'estre, est que
l'on leur promect assistance et ayde, de quoy il me déplaist bien
fort; car si, par la voye amiable, ils ne se réduisent à me randre
l'obéissance qu'ilz me doibvent, je seray contrainct, à mon très grand
regret, d'y pourvoir par aultre moyen, délibérant pour ceste occasion
d'envoyer mon frère, le Duc d'Anjou, de ce costé là, pour leur faire
faire toutes les persuasions qu'il sera possible, et leur bailler et
faire toutes les plus grandes seuretés qui se pourront.
[140] Cette lettre manque.
[141] Voyez CCLXXVIIe, CCLXXVIIIe, CCLXXIXe, CCLXXXe et CCLXXXIe
dép., tom. V, pag. 152, 160, 164, 173 et 180.
Cepandant vous faictes fort bien (aux exagérations qui se font par
delà, comme j'ay veu par vostre lettre, des choses qui sont icy
advenues et du grand nombre des personnes que les ministres, qui s'en
sont fuis en Angleterre ont dict avoir esté tués, tant en l'esmotion
de ceste ville de Paris que despuis), de persister tousjours à dire
que ces choses sont advenues contre ma volonté et à mon très grand
regrect, comme aussy la vérité est telle; et mesmes que ce qui a esté
exécuté, depuis quelques jours en ça, à Roan et aultres villes, ce a
esté par meschantes personnes qui ne demandent qu'à piller et qui
n'ont espargné non plus les biens des Catholiques que ceux des
aultres, s'ils ont peu mectre la main dessus. Dont je fais poursuivre
la pugnition exemplaire avec toute la dilligence qui se peut, comme
en chose qui me déplaist infiniment et dont j'ay bien fort à cueur de
faire justice.
J'ay bien considéré ce que me mandés de Sores et aultres cappitaynes
de marine, mes subjectz, qui sont passés de dellà. Je vous prie de
faire toute l'instance qu'il vous sera possible envers ma bonne sœur,
la Royne d'Angleterre, à ce qu'ilz n'obtiennent aucune permission
d'exercer choses semblables qu'ilz ont faictes aux derniers troubles;
car ce seroit autoriser et donner lieu aux pirateries qui, sans cela,
s'exercent aujourdhui assés grandes entre l'Angleterre et les costes
de mes païs de Normandie et Bretaigne, dont il m'est venu plusieurs
plainctes par les marchands du dict païs de Normandye. A quoy le dict
Sr de La Meilleraye m'a escript vous avoir envoyé les mémoires pour en
faire remonstrance à ma dicte bonne sœur; ce que je vous prie de
faire soigneuzement; luy faisant bien entandre que, comme, de mon
costé, j'ay porté et porte, ung infiny respect à toutes choses qui
touchent la conservation de nostre commune amitié, elle veuille aussy,
de sa part, en faire de mesme, et ne croire aysément gens passionnés
comme sont les dicts ministres, que me mandés qui sont fuis d'icy à sa
court: lesquelz, ou leurs semblables, elle vous a aultresfoys confessé
estre cause de toutes les discentions qui se nourrissent entre les
peuples, ny aussy les autres impostures qui luy sont proposées pour la
retirer de mon amitié; estimant que la remise qui vous fut faicte,
comme j'ay veu par vostre dépesche du dict VIIe du passé, de vous
donner audience, n'a pas esté du tout fondée sur l'indisposition de ma
dicte bonne sœur, mais pour avoir plus de temps et de loisir à vous
faire faire les responces que ceux de son conseil vous ont despuis
baillées; et voir cepandant ce qui luy seroit mis en avant par les
depputés du duc d'Alve, et aussy mes déportemens sur la grande doubte
que me mandés qu'elle a des vaisseaux et gens de guerre qu'a le Sr de
Strossi.
Sur quoy je vous prie l'asseurer tousjours de ma parfaicte amitié en
son endroict, et de la sincère affection, que j'ay, de garder et
observer inviollablement nostre dernier traicté, et que ce qui a esté
cause que j'ay faict rassembler les forces du dict Strossi, que
j'avois, pour certain, entièrement licentiées, a esté pour ce que je
voy que les dictz de la Rochelle, au lieu de l'espérance que j'avois
qu'ilz seroient si saiges que de se conformer à ma volonté et accepter
les résonnables offres et conditions que je leur ay envoyées, je veoy
ce soudain changement en eulx; aussy que j'ay certainement sceu et veu
par des lettres interceptées que le conte de Montgommery et aultres de
mes subjectz, qui sont en Angleterre, les asseurent qu'ilz auront
secrètement tout le secours qu'ilz voudront de la dicte Royne
d'Angleterre et toute l'assistance qui leur sera nécessaire, sans que,
pour cella, elle se déclaire à la guerre contre moy. Qui vous prie,
pour ceste raison, le luy faire entandre et l'asseurer que, comme je
suis parfaictement résolu d'entretenir la vraye amitié d'entre elle et
moy, et la secourir, quand elle en aura besoing, contre qui que ce
soit où elle pourroit avoir affaire de forces, et feût ce pour cause
de religion; et qu'ayant veu ce que m'avés si souvant escript qu'elle
vous a partant de fois dict, et que m'a encores asseuré de sa part son
ambassadeur despuis la dernière esmotion advenue en ceste ville, je ne
puis penser ny ne veux croire cella d'elle, mais au contraire la
persévérance de nostre dicte bonne et perfaicte amytié, laquelle j'ay
tousjours extrême desir et espérance de voir augmenter et randre
indissoluble entre elle et moy et les miens; vous priant le luy dire
bien expressément et l'en asseurer; et luy présentant les lettres que
je vous envoye, sur la créance desquelles vous l'asseurerés aussy que
le légat du Pape, que Sa Saincteté envoye vers moy, qui doit estre
bientost par deçà, estoit parti de Rome avant le jour de ces esmotions
adveneues en ceste ville, et qu'il vient, à ce que j'ay sceu, pour me
persuader de la part de Sa Saincteté (voyant, par elle, que le Turc
faict ung grandissime préparatif pour l'année prochaine) d'entrer en
la ligue, ce que suis délibéré et entièrement résolu de ne pas faire,
pour ce que mes affaires ne le peuvent maintenant permettre.
Et sera aussy bon et bien à propos que l'asseuriés expressément qu'il
ne vient pour nulle aultre occasion, luy faisant par mesme moyen
entandre l'acouchement de ma femme, et comme Dieu m'a donné une belle
fille, dont vous vous réjouirés de ma part avec elle, et luy dirés la
charge que je vous ay donnée de ce faire, desirant bien fort que,
suivant ce que je vous ay, ces jours icy, escript, vous sentiés
accortement d'elle ou de ses ministres, mais monstrant que ce soit
comme de vous mesmes, et sans qu'elle ny eux cognoissent que je vous
en aye escript, si elle auroit agréable que je l'envoyasse prier
d'envoyer tenir ma dicte fille sur les sainctz fonds de bastême par le
Sr conte de Lecestre; car je pense que cella, ainsy que j'ay aussy veu
par une de voz lettres, seroit bien à propos et ung vray moyen, comme
m'escripvés, de renouveller la vraye et entière amitié d'entre elle et
moy et noz subjectz; car je m'asseure que, y envoyant pour elle le
dict Sr conte de Lecestre, ce ne seroit pas sans qu'elle luy donnast
aussy bien expresse charge de la négociation ez laquelle nous
desirons, il y a desjà si longtemps, veoyr quelque heureuse fin, ny
aussy sans que le dict Sr conte de Lecestre s'en retournât fort
contant, et qu'il ne se prînt avant son partement par mesme moyen
quelque bonne résolution en la dicte négociation de mariage.
Et encores que je ne sois tenu randre aulcun compte à qui que ce soit
de mes actions, toutesfois, pour faire veoir clèrement à la dicte
Royne la malheureuse délibération du feu Admiral et de ses adhérans,
je vous envoye le jugement qui a esté donné contre eux, par lequel
elle verra clèrement comme ma court de parlement a jugé, avec toute
intégrité, ainsy qu'elle a accoustumé, les dictz conspirateurs; en
laquelle conspiration, comme il s'est deuement vériffié, ilz avoient
délibéré (qui ne les eût bien soudain prévenus) de venir exécuter
jusques en mes chasteaux ceux qu'ilz avoient en inimitié, et
n'esparnier aussy mes frères et la Royne, ma mère, voire s'adresser à
moy mesme, ou, pour le moingz, me retenir en leur puissance et
miséricorde. Et ne sçay qu'ilz eussent faict s'ilz se feussent veus
plus avant; car ilz avoient desjà adverty en toutes leurs esglizes de
prandre les armes, dont les plus près debvoient estre icy dedans deux
ou trois jours après.
Sur quoy je remets à vous de vous estendre ou restreindre selon
l'occasion, et ainsy que verrés qu'il sera à propos, vous conformant à
ce que je vous en ay cy devant escript; l'asseurant aussy, par mesme
moyen, que, suivant ce que j'estime que son ambassadeur luy aura faict
entendre, j'ay faict faire incontinant entièrement à sa satisfaction
les expéditions sur les trois articles que m'a présanté son
ambassadeur, ainsy que verrés par les apostilles escriptz sur les
marges d'iceux, desquels et des dictes expéditions je vous envoye
aussy les doubles, voulant que la priez de ma part, et ceulx de son
conseil, de faire samblable bonne expédition et justice à mes pauvres
subjectz, qui se pleignent journellement à moy et à mon conseil des
déprédations qui se font sur eux par les subjectz d'icelle Royne;
estant bien ayze que les marchans anglois soient partis pour la flotte
des vins, m'asseurant qu'ilz ne recevront aucun desplaisir, mais, au
contraire, seront receus et recueillis aussy humainement et seurement
en tous les endroictz de mon royaume qu'ilz sçauroient desirer.
Ne voullant, au demourant, oublier de vous respondre aux propos que
vous ont tenus ces trois seigneurs du conseil de la dicte Royne; je
vous diray, sur ce qu'ilz dient que j'ay commandé, comme aucungz les
ont asseuré, faire l'exécution de ce qui est adveneu à Rouen, que
c'est une imposture bien grande; car, tant s'en fault, qu'au contraire
j'escrivis, par plusieurs fois, fort expressément au Sr de Carrouges
de garder, par tous moyens, qu'il n'advînct au dict Rouen aulcune
esmeute, et, Dieu m'en est tesmoing, combien j'ay de regret que les
personnes qui n'avoient intelligence des mauvaises conspirations des
chefz de la dicte relligion ayent souffert et pâty, m'asseurant que
vous ouïerés bientost parler de la justice exemplaire qui en sera
bientost faicte au dict Rouen.
Quant aux nouvelles de Rome, se sont aussy impostures, à quoy l'on ne
doit prandre guarde, mais, au contraire, penser, comme chacun sçait,
que je ne donne charge de mes affaires au dict Rome qu'à mon
ambassadeur.
Quand à ceux de mes subjectz qui se sont retirés de delà, vous avés
très bien faict, comme j'ay veu par une de vos dictes dépesches,
d'avoir remonstré à la dicte Royne que je ne puis que cella ne me
déplaise, attandu qu'ilz ont plus de seureté par toutes les provinces
et villes de mon royaulme qu'ilz n'ont en Angleterre, veu les doubtes
où est icelle Royne d'eulx ou des estrangers qui sont en son dict
royaume; et puisqu'elle en faict faire descriptions, c'est signe
qu'elle mesme n'en a pas grande asseurance. J'ay faict une ordonnance
qui sera bientost publiée, par laquelle ilz verront ma bonne
intention, et comme je ne veux ny n'entans qu'il leur soit faict aucun
tort ny desplaisir ez leurs personnes et biens, ce que encore vous
pourrés dire à ceux de mes dictz subjectz qui parleront à vous, afin
de les faire revenir, comme je desire qu'ilz fassent, dedans ung mois
après la publication d'icelle.