part, la dicte Royne que, quelque chose qu'elle vous ayt dict, il ne
faut pas, s'il luy plaist, qu'elle croye que personne de ce monde ayt
jamais tant de pouvoir envers moy que de me faire en rien diminuer et
desmouvoir de la vraye amytié que je luy porte, et que je la prye
d'estre tousjours aussy ferme envers moy et les miens que je veux
estre et demeurer à jamais en son endroict; que, quand aux deux
poinctz qu'elle vous a dict qu'elle desiroit, pour l'amitié qu'elle me
porte, que je feisse: le premier, sur ce qu'elle desire que
j'esclaircisse de mesmes elle, les princes et potentats de la
Chrestienté, de ce faict, affin qu'ils demeurent bien édiffiés que ce
n'a esté nullement de mon costé que la foy et promesse envers mes
subjects de la dicte relligion a commancé à se rompre, mais que ce a
esté de leur part; et que, pour l'autre poinct, je maintienne par
effaict, à ceux de la dicte religion qui n'ont esté de la dicte
conspiration, mon édict dernier de paciffication:
Sur quoy vous aurés à luy dire que, par cela, je cognois l'amitié
qu'elle me porte, qu'aussy se peult elle réciprocquement asseurer de
la mienne, et qu'aux choses que je verray qui luy importeront, je luy
donneray, en semblable, le mesme advis et conseil en ma conscience
que je voudrois prendre pour moy; qui ay, dès lors mesme que les
choses adveinrent, faict entendre aux princes et potentats, mes amys,
alliés et confédérés, à la vérité comme toutes choses sont passées en
cecy, de sorte que j'estime que touts en demeurent bien édiffiés;
ainsy que je m'asseure qu'elle faict de sa part.
Et quand à l'aultre poinct, concernant l'entretènement de mon dict
dernier édict, voyant que beaucoup de mes subjects d'icelle religion,
qui n'estoient de la dicte conspiration, se départoient d'eux mesmes
fort volontairement de faire les presches et assemblées que je leur
avois permises, pour ce qu'ils ont veu certainement que, soubz
coulleur d'icelles, les mauvais d'entre eux y ont faict les menées et
praticques de ceste malheureuse conspiration résolue, et sy preste
d'exécuter que je n'ay eu loisir de les en faire punir par justice
comme j'eusse bien voulleu, mais permettre de faire sur eux ce qu'ils
vouloient faire sur moy, sy je ne les eusse prévenus, j'ay faict
différer les dicts presches et assemblées jusques à ce que autrement
en soit par moy ordonné, et que je verray comme toutes choses se
passeront; laissant néantmoins chascun vivre en sa liberté, doucement
en sa maison; qui est ce qui m'a semblé debvoir faire pour le meilleur
ordre que j'eusse peu donner pour retenir et arrester le peuple
catholique, tant animé contre les dicts de la religion prétandue
refformée, de leur courre sus.
Et quand aux deux poincts dont ceux de son conseil vous ont aussy
requis qu'ils feussent esclarcys: l'un, de la seureté que leurs
marchands pourroient trouver à Bourdeaux, allans pour les vins; et
l'autre, de ce qu'ils ont à penser de l'armée du Sr Strosse; vous les
asseurerés, quand au premier, que, incontinant que je veis ces
dernières esmotions, je feis publier par touts les ports et hâvres, et
autres endroicts de mon royaulme, où besoing estoit, la déclaration et
deffence que je vous envoye. Et encores que je suis très asseuré que
nul marchant estranger ne sera travaillé ny empesché en mon dict
royaulme, mais, suivant la dicte publiquation, reçu en toute seureté
et liberté, toutesfoys j'ay encores envoyé réitérer les dictes
deffenses et faict spécialle mention des marchands angloys qui
viendront à ceste flotte pour les vins, tant à Bourdeaux que ailleurs,
de sorte que vous pouvés hardiment asseurer les dicts seigneurs du
conseil d'icelle Royne que ceux de leur nation peuvent aussy librement
et seurement commercer en mon royaulme que mes propres subjects;
Et que, quand à l'armée du Sr Strosse, que j'ay licencié touts les
gens de guerre qui y estoient, ne restant que mes gallères que je ne
puis renvoyer en ceste saison du costé de Marseille, comme je fairois,
sy le temps n'y estoit contraire, asseurant à ce propos ma dicte bonne
sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, et les dicts seigneurs de son
conseil, que, tout ainsy que je tiens pour certain que ce qu'elle arme
maintenant par mer et par terre n'est pour entreprendre contre moy,
qu'aussy peult elle croire, sur mon honneur, que sy peu que j'ay de
forces ensemble ne sont que pour garnir mes frontières, voyant mes
voisins armés; et au demeurant que j'ay tant de bonne affection à
l'entretènement de mon dernier traicté que, sy elle a affaire d'aucune
chose que je puisse, elle en sera, sellon l'intention d'icelluy, de
très bon cœur et promptement secourue, comme aussy en espéray je et
me promets le semblable d'elle, que je ne faudrois pas de requérir,
s'il se présentoit occasion où j'en eusse affaire; et que, si besoin
est, je confirmeray encores par escript et serment, icy, ès mains de
son ambassadeur, et elle réciproquement ès vostres, de dellà; mais je
ne voy pas qu'il soit nécessaire, car il n'a rien esté, en façon que
ce soit, altéré ny innové en nostre dict traicté.
Il fault pour l'accomplissement d'icelluy achever de disposer le faict
du commerce et la paix d'Escosse, en quoy je vous prie de ramentevoir
ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, et ceux de ses
ministres à qui elle a commis le faict du dict commerce, affin qu'il
soit du tout résolu et arresté, estant très aise que ce que me mandés
qu'elle et les dicts de son conseil ont accordé, d'incister fermement
en Escosse, se face promptement et sans feinte, à ce que la ville de
Lislebourg soit rendue et remise en l'estat qu'elle estoit, comme
aussy le faut il, autrement la dicte Royne et moy y serions
interressés pour nostre réputation; et aussy que l'interprétation de
l'article porté par la suspension d'armes: que «_chascun rentrera en
sa maison_» s'entende des biens tant ecclésiastiques que temporels; et
que la dicte suspension sera encores continuée pour deux moys. C'est
un moyen pour composer avec assés de loysir les affaires d'Escosse;
mais il faut bien expressément, suivant ce que je vous en ay cy devant
escrit et aussy au Sr Du Croq, que vous preniés garde touts deux que
ceste négociation d'Escosse se face rondement, et que l'on marche de
pied droict, de la part d'icelle Royne et du party des comtes de Mar
et de Morton, advertissant le capitaine Granges de se garder de
surprise au chasteau de Lislebourg, leur estant allé Quillegrey au
dict pays d'Escosse pour négocier. Il est à doubter que le Sr de
Drury s'est retiré en sa charge de la frontière de Warvic pour
assembler des forces de ce costé là, aussy bien qu'ailleurs, puisque
sa Mestresse arme, et vouldra prendre coulleur que c'est pour se tenir
sur ses gardes aussy de ce costé là. Il sera besoing d'y avoir l'œil
bien ouvert, car, tout ainsy que je procède rondement avec elle,
sellon nostre traicté, pour mettre l'Escosse en paix et repos,
n'assistant poinct plus un party que l'autre, je ne vouldrois
permettre que ceux du bon party feussent interressés, et qu'il se
feist quelque surprise et désadvantage sur eux, comme l'on a faict de
la dicte ville de Lislebourg; car, en ce faisant, je perdrois du tout
les alliances que mes prédécesseurs et moy avons, de sy longtemps, de
ce costé là; ce que je vous prie dire franchement à la Royne et à ceux
de son conseil, afin que, de leur part, ils y facent procéder aussy
sincèrement comme je faiz du mien, et que, avant tout œuvre, la dicte
ville de Lislebourg soit rendue et les articles de la dicte suspension
entretenus.
J'ay veu aussy ce que me mandés des propos qu'aviés eus, à vostre
dernière audiance, du dict mariage d'icelle Royne et de mon frère
d'Alençon; en quoy j'estime que, pour ce qui est adveneu, elle ne s'en
doibt nullement départir, mais, au contraire, comme je vous ay escrit
que nous a dict son ambassadeur, elle a plus d'occasion de le faire
qu'elle n'avoit auparavant pour les raisons que je vous ay mandées
amplement. Nous attandons la résolution qu'elle prendra sur les
ouvertures que luy aurés faictes de l'entreveue, pour laquelle la
Royne, Madame et Mère, sera tousjours preste, ainsy qu'elle vous a
escript. Mais s'aprochant bientost l'arrière sayson, que les vents
sont grandz, et la mer mal aisée, il sera besoing que bientost elle
s'en résolve, sy jà elle ne l'a faict, afin que la dicte entreveue se
face dans le vingtiesme du moys d'octobre prochain que le temps ne
sera poinct encore mauvais. Voullant aussy que, par mesme moyen et à
ceste occasion, vous la priés, de ma part, de ne changer la
délibération qu'elle avoit prinse d'envoyer par deçà, après
l'accouschement de la Royne, ma femme, le comte de Lecestre ou le
milord grand trésorier; car elle se peut asseurer qu'il n'y veint de
longtemps, de quelque part que ce soit, seigneur qui de meilleur cœur
et de plus grande affection feust receu que l'un d'eux sera, s'il luy
plaist de l'y envoyer, la priant d'oster toutes opinions de doubte et
de danger de leurs personnes; mais, au contraire, l'asseurer qu'ils
seront fort volontiers veus de touts mes subjects, et que toutes
bonnes réceptions et caresses, qu'ilz se peuvent penser, leur seront
faictes, premièrement pour l'honneur d'elle, et puis pour la
considération de leurs qualités et de leurs personnes que je desire
grandement voir, et dont j'ay aussy grande et bonne estime que de nuls
autres que je saiche auprès de prince ou princesse de la Chrestienté;
m'asseurant que, sy l'un des deux y venoit, il y auroit toujours
meilleure et plus grande espérance au mariage pour ce que, suivant ce
que m'avés cy devant escrit, (en quoy je voy grande apparence), la
dicte Royne se fiant du tout en eux comme elle faict, et les envoyant,
l'un ou l'autre, ce seroit autant pour la conclusion du dict mariage
que pour nulle autre chose.
Je fairay prendre garde à ce que la dicte Royne faira négocier en
Flandres sur la persuasion que luy a faicte Guaras; mais je desire
bien fort, comme je vous ay cy devant escrit en chiffre, que vous
empeschiés, le plus que vous pourrés, la réconcilliation et accord de
ce costé là, et, au contraire, que fassiés ce que pourrés pour
l'acheminer et advancer en l'entreprise et dellibération qu'elle avoit
du costé de Flexingues: à quoy, à vous dire vray, je l'eusse foumentée
sans la descouverte de la malheureuse conspiration du dict feu
Admiral.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escrite, le dict Sr
de Walsingam, ambassadeur de ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne
d'Angleterre, a faict ce matin demander audience, que luy avons donnée
ceste après disnée. Il est premièrement allé devers Ma dicte Dame et
Mère, luy aïant faict entendre, comme à moy, que la dicte Royne, sa
Mestresse, luy avoit fait responce sur ce qu'il luy avoit escrit, et
que vous luy aviés, de ma part, dict par dellà, pour la conspiration
de l'Admiral et mort de luy et de ses adhérans; ce que véritablement
elle avoit trouvé merveilleusement estrange, du commancement, mais
qu'aïant veu ce que luy avions faict entendre de la dicte
conspiration, que, incontinent après, elle s'estoit remise, disant
toutesfois qu'il eust esté trouvé plus à propos que j'en eusse faict
faire la punition exemplaire par justice que de la façon qu'elle a
esté exécutée; et a dict davantaige à Ma dicte Dame et Mère que sa
dicte Maistresse s'esbahissoit encores plus comment Ma dicte Dame et
Mère spéciallement avoit permis que la dicte exécution s'en feust
faicte ainsy, et que, cognoissant que les troubles ne sont pas encores
bien appaisés de deçà, et luy n'y estre pas, à son advis, bien en
seureté, pour ce que le peuple ne se peut garder de mesdire à ses
gens, et aussy qu'il a en Angleterre aucuns particulliers affaires
pour le service de sa dicte Maistresse, qu'elle luy avoit, pour ces
raisons, mandé prendre congé de nous et se retirer pour quelque temps
par dellà, laissant icy son secrétaire pour recevoir nos commandementz
jusques à ce que toutes choses fussent mieux appaisées par deçà. Et,
parlant à moy, il m'en a, peu après, autant dict, et m'a baillé une
lettre de ma dicte bonne sœur et cousine, sa Maistresse, contenant
cella mesmes.
Sur quoy, Ma dicte Dame et Mère et moy luy avons particullièrement
respondu: quant au premier poinct, que véritablement nous pensions que
sa Maistresse se seroit, au commencement, bien esbahye de la mort du
dict Admiral, mais aussy qu'aïant sceu comme cella estoit passé, et
comme luy et ses adhérans s'estoient tant oubliés que, qui ne les eût
bien soudain prévenus, ilz estoient tous prests de faire sur nous la
mesme exécution qui a esté faicte sur eulx, que je m'asseurois que la
dicte Royne et tous ceux qui en ouyront parler ne pouvoient qu'ils
n'approuvassent ce que j'ay à mon très grand regret permis, et que
j'eusse très volontiers et fort desiré pouvoir faire faire par
justice, n'eust esté que le temps estoit si bref que je n'en avois pas
eu le loisir, ayant esté contrainct, avec grande occasion, de prendre
ceste résolution; voyant que Pardaillant, qui estoit l'un de leurs
premiers et principaulx cappitaines des plus favorisés, et qui estoit
ordinairement près du dict Admiral, estoit venu dès le matin avec
quarante hommes, pensant surprendre la porte de la court des cuisines
de ce chasteau, comme il eust faict, n'eust esté que nous estions
desjà levés sur l'advertissement que j'avois eu de ceste malheureuse
conspiration, en laquelle par cella je feus davantaige confirmé; ayant
un extrême regret de veoir qu'ils se feussent tant oubliés, considéré
les faveurs et honneurs que je leur avois tousjours faicts, et
qu'encore je leur avois sy volontiers permis avoir et porter des
armes, et faict bailler logis à leur commodité, ainsy qu'ilz avoient
voulleu, pensant qu'ils les demandassent pour leur seureté; ayant
aussy à ce propos respondu au dict ambassadeur qu'il n'y avoit pas
grande apparance de pouvoir faire faire le procès à un homme qui avoit
trente mil hommes de pied et quatre mil chevaux tousjours prests en ce
royaulme à son commandement, et qui debvoit estre le IIIe de ce moys à
Meleun, ayant desjà aussy vingt enseignes toutes prestes en
Champaigne;
Et quand au congé que icelluy ambassadeur nous demandoit, et que la
Royne, sa Maistresse, nous escrivoit luy accorder, que, s'il s'en
alloit sans que sa dicte Maistresse envoyât un autre ambassadeur de
qualité en son lieu, que soudain je vous révocquerois aussy; mais que
je ne croyois certainement qu'il ne se pouvoit faire, de sa part,
chose qui feust plus mal à propos pour ce que chascun penseroit qu'il
y eust altération en nostre traicté, bonne amitié et intelligence, et
qu'après cella il ne falloit pas penser que noz subjectz et ceux qui
avoient à aller et venir en noz royaulmes et pays ne feussent, d'une
part et d'autre, en crainte, et pour ce, qu'il y pensast: car, au
contraire, il nous sembloit qu'il falloit achever de résouldre le
faict de l'entrecours et commerce d'entre noz subjectz suivant nostre
traicté, et, au demeurant, que, s'il pouvoit faire monstrer et
vériffier, par deux tesmoingz seullement, que nul de mes subjectz eût
médit au moindre des siens, qu'il en verroit, à une heure de là, faire
justice exemplaire devant la porte de son logis.
Sur quoy il nous a dict, principallement à Ma dicte Dame et Mère,
qu'il advertiroit de tout ce dessus la dicte Royne sa Maistresse, et
que, selon la responce qu'il en auroit d'elle, il nous la feroit
entendre et se disposeroit; ayant cependant, affin de le gratiffier,
commandé que l'on luy baille, comme l'on fera, quelque plus grand
logis que celluy où il s'est retiré en la ville.
Au surplus, Monsieur de la Mothe Fénélon, ayant sceu que le menu
peuple de ma ville de Rouen qui avoit esté, suivant ce que j'avois
dilligemment escrit, fort bien conteneu et gardé de ne courre sus à
ceulx de la dicte religion, feit mècredy dernier une entreprinse
secrette, lorsque l'on ne s'en doubtoit aucunement, sur les dicts de
la religion qu'ils allèrent chercher tant dedans les prysons que en
leurs maisons, et en tuèrent, à mon très grand regret et desplaisir,
aucuns, dont je suis infiniement marry, j'ay, à l'instant, escrit au
Sr de Carronges, mon lieutenant général, et à ma court du parlement du
dict Rouen, (qui firent tout ce qui leur feust possible pour empescher
ceste esmotion), d'en faire faire si bonne et prompte justice qu'elle
serve d'exemple en la dicte ville et en toutes les autres de mon
royaulme, comme je m'asseure qu'ilz fairont; mais pour ce, que je
crains que cella divertisse les marchandz engloix de continuer d'aller
et venir au dict Rouen pour le commerce, j'ay faict faire aussi
spéciallement mention des dicts Englois. Je y ay encores de rechef
envoyé faire republier la déclaration de la liberté du commerce, et
faict faire aussy spéciallement mention des dicts Engloys, de sorte
que je m'asseure qu'ilz y seront autant ou plus respectés et en aussi
grande suretté et liberté que mes propres subjects catholiques; et ne
doibvent aucunement les dict Engloys ny aultres étrangers en entrer en
double. Ce que je vous prie trouver moyen de faire, le plus tost que
pourrés, entendre à ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne
d'Angleterre; la remettant, sy elle s'en faschoit, le plus que
pourrés, et l'asseurerés que je ne seray point à mon aize que la
justice n'en soit bien faicte exemplairement, comme il faut croire
qu'elle sera sur ceulx qui ont machiné la dicte entreprinse, laquelle
est très meschante et malheureuse, et comme telle, et estant contre
mon intention, aussy ne demeurera elle pas impunye, ainsy que vous
entendrés cy après; priant Dieu, etc.
Escrit à Paris, le XXIIe jour de septembre 1572.
Je vous envoye la responce que je fais à la lettre de la dicte Royne,
laquelle luy présenterez. Vous verrés ce qu'elle contient par le
double que je vous envoye, qui est quasy de créance, principallement
sur la requeste que m'a faicte le Sr de Walsingam de luy donner congé,
dont vous emploirés vostre dicte exécution sur le contenu cy dessus
qui est ce que avons dict sur cella au dict Walsingam.
CHARLES. PINART.
CXXXI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour d'octobre 1572.--
Conférence avec Walsingham.--Nouvelle déclaration du roi sur la
Saint-Barthèlemy.--Nouvelles protestations d'amitié pour
Élisabeth.--Assurance que l'armée de Strozzy est
rompue.--Regret manifesté par le roi à raison de l'arrestation
faite de vaisseaux anglais.--Sollicitations de Walsingham en
faveur du vidame de Chartres.--Vives recommandations en faveur
de Marie Stuart.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par vostre ample dépesche du
XXIXe du passé[137], comme les accidens qui sont advenus à Lyon et
Rouen, et ce que l'on a dict, contre vérité, avoir esté faict à mon
chancellier, semblablement aussy quelques prises qui ont esté faictes
à Bourdeaux d'aucuns des vaisseaux des marchans anglois, a grandement
aigry les gens du conseil de la Royne d'Angleterre et faict incliner
les humeurs d'aucuns à dissuader ouvertement d'entendre à une
confédération avec moy. A quoy vous avés sceu et sy bien et prudemment
répliquer, ensemble à tous les autres propos que vous a tenus la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'il ne s'y pouvoit estre rien dict de
mieux pour la modérer et remètre un peu de la mauvaise impression
qu'elle a prise de mes actions; s'estant terminé ce que vous avés
négocié avec elle en la responce qui vous a esté baillée par escrit
par les gens de son conseil.
[137] Voyez CCLXXVIe dép., tom. V, pag. 138.
Sur laquelle je vous diray que le Sr de Walsingham me fit dire, avant
hyer, qu'il avoit heu responce de ma dicte bonne sœur sur les trois
poinctz qu'il luy avoit faict entendre, et qu'il desiroit, à cause que
son indisposition ne pouvoit pas porter qu'il me vînt trouver, que je
depputasse quelcung pour aller devers luy. Et, y ayant envoyé le Sr de
Mauvissière et le secrétaire Brulard, il leur fist un tout samblable
récist que celluy qui est contenu en l'escript que m'avés envoyé, afin
de le me fère entandre et luy randre ma responce; ce que j'ay faict,
ayant esté telle: que, quand au procès concernant la vériffication de
la conspiration du feu Admiral, il s'instruit touts les jours, et
pance l'on que, dedans quelque temps, il sera parfaict; mais la seule
parolle et asseurance que j'ay donnée à la Royne, ma dicte bonne
sœur, d'avoir esté justement mu de faire faire ce qui a esté exécuté
à l'endroict du dict feu Admiral et de ses complisses, luy doit
suffire et satisfaire à son jugemant; autant que tout autre preuve qui
se pourroit exiber juridiquement faicte, n'y ayant personne au monde
qui soit meilleur et plus certain juge que moy du bon traictement ou
de la punission que je dois faire à mes propres subjectz, pour estre
plus certainement informé que nul autre, comme celluy à qui il touche
de plus près, de la vérité de leurs déportemens, ainsy que j'ay esté
assés de ceux du dict feu Admiral, qui m'a faict cognoistre qu'il
estoit très digne de mort pour les maleureux dessains, qu'il avoit en
l'entendement, à la subversion de mon estat.
Et pour le regard du second point, concernant la continuation de
nostre amitié, je prenois au plus grand plaisir, que j'eusse sçu
recepvoir, d'entandre l'asseurance que ma dicte bonne sœur m'en
donnoit de nouveau, et de se montrer, en ce regard, autant
affectionnée à mon endroict que je montrois au sien: qui me confirme
de plus en plus en la bonne espérance, que j'ay ci devant eue, qu'il
ne surviendra aucune ocasion qui puisse porter altération à nostre
dicte amitié; car je suis délibéré de luy faire cognoistre, plus que
jamais, que je luy suis vray et sincère amy, par tous les meilleurs et
plus amiables déportemens que je pourray, ainsy que mes effaitz, vrais
juges de mon intention, en randront bon et certain témoniage; m'estant
advis que, pour en faire naître entre nous une plus ferme confidence,
il n'y avoit point de meilleur moyen que d'effectuer le mariage de mon
frère, le Duc d'Alançon, dont il a esté ci devant parlé à ma dicte
bonne sœur, lequel la Royne, Madame et Mère, et moy avons tant
desiré et desirons, comme chose que nous cognoissons estre pour le
commung contentement de ma dicte bonne sœur et de nous, et l'évidante
utillité des subjectz de noz deux royaumes, qu'elle s'est résoleue de
venir volontiers à l'entreveue dont il a esté ci devant parlé.
Il est bien vray que vous vous estiés un peu élargy en cella de dire
que ma dicte Dame et Mère pourroit passer jusques à Douvres, ou pour
l'affection que vous avés cogneu qu'elle y avoit, ou pour n'avoir pas
du tout bien pris ce qui vous en a esté escript: qui est qu'elle
pourroit aller à Boulogne ou à Calais, et ma dicte bonne sœur, d'un
autre cousté, venir à Douvres, pour, de là, se résouldre ensamble du
lieu qui se trouveroit propre et commode pour effectuer la dicte
entreveue.
Et, quand à la jalousie que ma dicte bonne sœur montre concevoir de
l'armée du Sr Strossy, encore qu'elle n'ait jamais esté mize sus pour
faire aucune offance à ses subjectz, ny à pas un de mes amis et aliés,
sy est ce qu'il s'y peust dire qu'elle est aujourdhui tellement
rompeue et défaicte par licenciement des gens de guerre, dont elle
estoit composée, qu'elle n'a aucune occasion d'en entrer en deffiance;
estans seulement demeurées mes gallaires en Brouaige pour ne pouvoir,
en ceste sayson, passer à Marseilles, ainsy que je le vous ay mandé
par mon autre dépesche. De quoy je prie ma dicte bonne sœur de
demeurer en repos et d'en prendre l'asseurance telle que je la luy
donnois présentement, ayant de nouveau vouleu escripre par tous les
portz et hâvres de mon royaulme, oultre la dernière proclamation qui y
a esté faicte, que l'on laisse en toute liberté traffiquer les
marchands estrangiers et mesmes les Anglois, qui ne doivent point
différer de venir à leurs trafficz acoustumés; car je croy qu'il n'y a
pas ung de mes subjectz qui soit si hardy de les y empêcher, veu ce
qu'ilz ont assés cogneu combien j'ay cela à cœur. Et ay esté marry de
ses vaisseaux qui feurent dernièrement arrestés en Brouaige, que le
baron de La Garde m'a escript et asseuré avoir esté randus et
restitués suivant le très exprès commandement que luy en ay faict.