feu Admiral, une longue lettre qu'il escrivoit au Roy, Monsieur mon
fils, laquelle il avoit commencée, dès quand il alla à la Rochelle, et
continuée tousjours jusques à la mort; il y avoit une autre lettre
avec, qu'il escrivoit à Telligny, par laquelle il le chargeoit
expressément qu'après sa mort il présentât et fît voir au Roy la dicte
lettre, par où il traitte et discourt plusieurs choses, luy faisant
des remonstrances; et, entre autres particullarités, luy veut
persuader que les plus grands ennemis qu'il ayt sont et seront
tousjours le Roy d'Espaigne et la Royne d'Angleterre, quelque
démonstration qu'ilz fassent du contraire, les apellant anciens
ennemis de ceste couronne; et conseille le Roy, Mon dict Sieur et
fils, de ne cesser jamais tant qu'il les ayt ruynés tous deux: ce que
je veux faire voir au Sr de Walsingham, escript de la main du dict feu
Admiral, afin qu'il cognoisse comme il n'estoit pas si affectionné à
l'endroit de la dicte Royne qu'il disoit, ny tant desireus de nous
entretenir en amitié avec elle; qui jugera bien sur cela que ce
n'estoit que fiction du dict Admiral et un très dangereus et malin
esprit qui ne pouvoit faire sinon mal, l'ayant bien monstré en la
malheureuse conspiration qu'il avoit faicte contre son Roy et nous
tous, qui luy avons tousjours faict tant d'honneur et de bien;
Vous ayant bien voullu escrire ce que dessus, afin que, si voyés qu'il
soit à propos, vous en puissiés parler, et le faire entendre à la
dicte Royne d'Angleterre; et l'asseurer que nous fairons tousjours
envers elle le contraire du très malein conseil du dict Admiral; car
nous sommes résolus de continuer à jamais, aultant qu'il nous sera
possible, de nostre part, la vraye et parfaicte amitié d'entre elle et
nous: et tant s'en fault que la veuillons diminuer ny changer, qu'au
contraire, nous desirons la fortiffier, comme peut bien croire la
dicte Royne; desirant et recherchant de si bon cœur et si fort son
alliance, comme nous faisons; et en quoy, suivant ceste dépesche, je
vous prie de persévérer tousjours, afin qu'en ayons la bonne issue que
nous desirons, et que nous faict espérer vostre dernière dépesche, et
ce que de La Mosle nous a dict de bousche;
Vous priant, au demeurant, nous escrire en quelle part aura pris la
Royne d'Angleterre ce que luy aurés dict de la conspiration du dict
Admiral et de ses adhérans, estant très nécessaire que vous
entreteniés tousjours si bien ceste princesse que nous puissions
demeurer avec elle en bonne paix, et que, du costé d'Escosse, nous y
ayons la bonne part et intelligence que nous avons de tout temps
acoustumé; car il nous importe grandement. Et m'asseurant que vous y
continuerés vos soings et que vous n'y oublierés rien, je prierai
Dieu, etc.
Escript à Paris, le VIIIe jour de septembre 1572.
CATERINE. PINART.
CXXVII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de septembre 1572.--
Conférence de Catherine de Médicis avec Walsingham sur la
négociation du mariage.--Espoir qu'elle pourra être menée à
bonne fin.--Proposition de l'entrevue dans l'île de Jersey ou
de Guernesey.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous estes sy amplement adverty par les
lettres du Roy, Monsieur mon filz, des propos que nous ayons euz avec
le Sr de Walsingam, ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne
sœur et cousine, que, m'en remettant au contenu de la dicte
lettre[131], que je vous prie suivre suivant l'intention de Mon dict
Sieur et filz, je vous diray que j'ay plus d'espérance, à présent, que
le mariage d'entre la dicte Royne et mon filz d'Alençon se faira, que
je n'eus onques; et ne puis croire que icelle Royne ne se résoulde,
après qu'elle aura été esclarcye de la conspiration de l'Admiral et
qu'elle aura bien entendu nostre bonne intention envers elle, et, en
ce faisant, asseurer ses affaires et subjectz, comme elle peut
aisément faire par le moyen du dict mariage. Aussy je vous prie
continuer à faire toujours ce qu'il vous sera possible affin que nous
y verrions clair le plus tost que vous pourrez: estant bien dellibérée
de m'acheminer, et mener mon dict fils d'Alençon avec moy, pour faire
l'entreveue, quand la dicte Royne vouldra. J'estime que, suivant ce
que vous escrit Mon dict Sieur et filz, qu'il soit bien à propos de la
faire ez isles de Jerzay et de Grenezay qui sont de ses possessions et
assés près de la coste de Normandye et d'Angleterre, aussy pour sa
commodité et la nostre; et sy les seuretés qu'elle peut desirer, et
celles aussy, qui seroit besoing que y ayons, se y pourront bien
accommoder, pour une part et pour l'autre, sans aucun doubte de péril
ou danger. Sy elle trouve bon que ce soit ès dictes isles, il ne sera
que bon de sentir de la dicte Royne et ses ministres quand elle voudra
que ce soit, que je desirerois bien estre vers le XXe du moys
prochain, et ce que l'on préparera, d'une part et d'autre, pour sa
seureté et la nostre. Et j'ay veu aussy ce que me mandés du mèdecin
Penna, encores que le visage de mon dict filz d'Alençon soit fort
amandé et qu'il amande touts les jours, sy, suis je bien d'advis que
le dict mèdecin y use des remèdes qu'il m'a faict voir par escript
qu'il y faira; car il me semble que ce soit choses qui ne peuvent
nuyre: estant ce que, pour ceste heure, j'ay à vous dire, priant Dieu,
etc.
Escript à Paris, le XIe jour de septembre 1572.
[131] Cette lettre manque; mais la suivante, des 12 et 13
septembre, numéro CXXX, pag. 355, reproduit en partie ce qu'elle
devait renfermer.
Le dict mèdecin aisséra sa pratique sur un paige; et, l'esté, il usera
de ses remèdes en mon dict filz.
CATERINE. PINART.
CXXVIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XIIe et XIIIe jours de septembre 1572.--
Détails de l'audience accordée par Catherine de Médicis à
Walsingham.--Desir manifesté par la reine de voir continuer la
négociation du mariage.--Crainte témoignée par Walsingham que
les exécutions faites en France contre les protestans ne
rendent désormais cette union impossible.--Protestation de
Catherine que ces exécutions ne doivent en rien altérer
l'amitié avec l'Angleterre.--Remontrances de Walsingham en
faveur des protestans.--Assurance donnée par la reine que toute
protection sera accordée à ceux qui ne conspireront pas;--Que
la tranquillité est entièrement rétablie;--Et que la différence
des religions n'a jamais été un obstacle aux mariages des
princes.--Recommandation faite à l'ambassadeur de surveiller
les intrigues des protestans de France en Angleterre, et de
savoir quel a été le motif de la mission donnée au vice-amiral
d'Angleterre pour la Rochelle.--Communication faite à
Walsingham des papiers trouvés chez l'Amiral.--Nouvelle demande
pour que Montgommery soit livré.--Autorisation qui lui serait
accordée de vendre ses biens, s'il promettait de ne plus
rentrer en France.
Monsieur de La Mothe Fénélon, à l'occasion du propos que le Sr de
Walsingam, ambassadeur de ma sœur et cousine, la Royne d'Angleterre,
avoit teneu à Mauvissière, comme vous verrés par ma lettre d'hyer,
j'ay présentement donné audiance au dict ambassadeur et luy ay faict
entendre que le Roy, Monsieur mon filz, et mes filz les Ducs d'Anjou
et d'Allençon, et moy desirons, autant que nous fismes jamais, et
d'aussi grande affection qui se pourroit dire, le mariage de la dicte
Royne, sa Mestresse, et de mon filz d'Alençon; que nous procédions en
cella sincèrement et droictement, et que nous n'eussions pas accordé
de faire l'entreveue, si nous n'y avions une parfaicte volonté; et que
ce qui estoit advenu, de la mort de l'Admiral et des autres, ses
adhérans, ne nous avoit rien faict changer en cella.
Sur quoy le dict ambassadeur, reprenant à peu près les mesmes propos
qu'il me tint, avant hyer, comme vous verrés par nostre dépesche de ce
jour là, il m'a dict, en protestant qu'il ne me parleroit point en
ambassadeur, pour ce qu'il n'avoit point encores eu lettres de sa
Mestresse, mais seulement de quelques particuliers d'Angleterre,
depuis les nouvelles de la mort du dict Admiral; mais, comme de luy
mesmes, et pour la bonne affection qu'il portoit à l'entretènement de
l'amitié d'entre nous et sa dicte Mestresse, il me vouloit bien dire
que sa Mestresse avoit faict ce dernier traicté avec nous, pour ce
qu'elle voïoit que nous entretenions sincèrement l'édict de
paciffication et permettions en ce royaulme l'exercice de la religion
de sa dicte Maistresse et des princes protestans de la Germanye, et
démonstrions porter si bonne volonté à ceux de nos subjects qui
estoient de la dicte religyon; mais que, voïant ce qui estoit au
contraire adveneu, il estimoit que sa Mestresse seroit en grand
doubte, et que l'on penseroit que cecy eust esté exécuté sellon la
dellibération du consile de Trente, et ce qui feut dict à Bayonne[132]
pour l'extirpation des dicts de la religion.
[132] Voyez note tom. I, pag. 229.
Sur quoy, parlant franchement comme j'ay tousjours accoustumé, je luy
ay déclaré que nous avions faict le dict traicté avec la Royne
d'Angleterre, sa Mestresse, pour la bonne affection que nous portions
à elle et à sa couronne, et non avec aucun particulier de ses
subjects; aussi que, de mesme, nous avions estimé que sa dicte
Mestresse eust traicté avec nous et nostre couronne, qui est une chose
stable et permanante, et non avec le dict Admiral ny autres noz
subjects, et que la mort d'icelluy Admiral ne pouvoit rien altérer en
nostre dict traicté; lequel nous voulions, de nostre part, entièrement
garder, et parfaictement observer l'amytié d'entre nous et la dicte
Royne, sa Mestresse, et toutz les dicts princes; et que, quand nous
aurions faict mourir toutz ceux de nos subjectz que nous penserions
qui nous voudroient mal faire et attanter à nostre personne et estat,
que nul ne s'en debvoit altérer, ny pour cella s'en départir de nostre
amytié, non plus que nous ne nous estions mis en peyne, quand la dicte
Royne avoit faict exécutter ceux qui l'avoient voulleu troubler et
attanter à elle, et que ne nous altérions jamais de voir qu'elle feist
en son royaulme (comme il luy estoit permis faire) faire exécution,
quand il y en auroit qui la voudroient troubler comme ceux cy nous
avoient faict et voulloient encore faire; et, quand ce seroit contre
touts les Catholiques, que nous ne nous en empescherions, ny
altèrerions aucunement l'amitié d'entre elle et nous.
M'ayant, sur cela, le dict ambassadeur parlé de la deffance faicte à
ceux de la religion de faire assemblées, me disant que cella importoit
à l'édit de paciffication, et qu'il sembloit que n'eussions pas
dellibéré de l'entretenir; sur quoy je luy ay dict qu'il ne se meist
poinct en peyne d'en vouloir sçavoir sy avant; et que le Roy, Monsieur
mon filz, dellibéroit d'entretenir le dict édict, et qu'il fairoit en
cella ce qu'il cognoistroit estre à propos pour le bien de son
service.
Mais icelluy ambassadeur, ne se tenant assés satisfaict de ce que luy
en avoys déclaré, m'a de rechef encores remis sur ce propos, et dict
que sa Maistresse n'avoit voulleu rennouveller les traictés qu'elle
avoit avec le Roy Catholique, pour ce qu'il se manifestoit comme chef
des Catholiques, qui alloient contre ceux de sa religion; et que une
des occasions, pour lesquelles elle avoit traicté avec nous, ce avoit
esté à cause de la bonne démonstration que nous faisions aux dicts de
la religion et à l'entretènement du dict édict; mais qu'il sembloit
que nous le voulleussions rompre à présent, et qu'il en préjugeoit
beaucoup de maulx et la guerre bien grande en ce royaulme.
Qui a esté cause que je luy ay parlé plus ouvertement du dict édict et
faict entendre que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ayant bien cogneu
par expériance, et veu clèrement par les papiers du dict Admiral,
après sa mort, que, par le moyen des presches et assemblées que les
dictz de la religion faisoient, ils establissoient un segond Roy en
son royaulme, et faisoient beaucoup de mauvaises entreprinses et
dellibérations contre luy et son estat, le tenant en subjection; que,
pour ceste cause, il avoit résolu de ne leur plus permettre les dicts
presches et assemblées; que toutesfoys il ne voulloit pas que l'on
contraignît, comme aussy ne fait on, aucun en sa religion, mais que
chascun vive en repos soubz son obéissance comme, grâce à Dieu, l'on
voit que touts ses subjectz s'y disposent, estant desjà un grand
nombre retournez en notre religion catholique, et toutes les villes en
grand repos; ayant ceux de la Rochelle escrit, comme vous verrés par
la dépesche de Mon dict Sieur et filz, qu'ilz sont touts pretz de se
conformer à sa volonté, attandans son commandement. Mr de Biron, qui
en est gouverneur, y est allé pour cest effect.
Et ayant, pour la fin, dict au dict ambassadeur qu'il se pouvoit
asseurer que, de nostre costé, nous ne diminurions rien de la bonne et
parfaicte amytié que nous portons à sa dicte Maistresse; sur quoy il
m'a dict qu'il continuera à y faire toutz les bons offices qu'il
pourra, et qu'il croit certainement qu'il ne fut jamais sy nécessaire
que le dict mariage se feist, ny qu'il y eust plus d'aparance qu'il se
doibt faire qu'à présent, affin de ralier et fortiffier tous les
princes les uns avec les autres; et m'a demandé commant se pourroit
faire le dict mariage et continuer l'amytié entre les princes, si
l'exercice de la religion n'estoit permis.
A quoy je luy ay respondu que les feuz Roys Françoys, mon beau père,
et le Roy Henry d'Angleterre, père de la Royne sa Mestresse, encores
qu'ilz feussent différandz de la religion ne laissoient, pour cela, de
s'aymer infiniement; et que, de ce temps là, l'on brusloit beaucoup de
gens pour la religion en France, et que le dict Roy, Henry
d'Angleterre, ny les autres princes de la Germanye protestans,
ausquels nous avions, dès lors, aussy amytié, ne s'en altéroient
point; que despuis, le Roy Henry, Mon Seigneur, avoit voulleu donner
ma fille, qui feut depuis Royne d'Espaigne au petit Roy Edouart,
encores qu'ils feussent différandz de religion; et que les amytiés ne
layssent, pour la religion, d'estre bien bonnes et parfaictes; ayant
remis le dict ambassadeur, le plus que j'ay peu, de ces considérations
raisonnables, dont je vous ay bien vouleu advertir: car je m'asseure
qu'il escrira à la Royne, sa Mestresse, de tous les propos que avons
euz, par où j'ay cogneu qu'il nous voudroit bien, s'il estoit
possible, par ses discours aucunement inthimider affin de gaigner
quelque chose pour l'exercice à ceux de sa religion.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Monsieur mon fils,
a eu advis que aucuns de ses subjectz, huguenots dyépois, arment et
préparent quelques vaisseaux à la coste d'Angleterre pour courre sur
ceste mer et faire des larcins; que la dicte Royne d'Angleterre,
ayant sceu les nouvelles de la mort du dict Admiral, a envoyé soudain
le visadmiral d'Angleterre à la Rochelle pour y recognoistre et voir
quel il y faict. Il faut que vous pénétriés en cella si avant que nous
en puissions descouvrir sa volonté, et vous ne ferez pas petit service
au Roy, Mon dict Sieur et filz; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XIIe septembre 1572.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'oubliois à vous dire que j'ay faict
voir au dict ambassadeur ce que le dict feu Admiral escrivoit au Roy
en ceste lettre qu'il chargeoit feu Telligny de monstrer, après sa
mort, à Mon dict Sieur et filz, par où il parloit ainsy mal que Mon
dict Sieur et filz vous escrit de la Royne d'Angleterre. Dont le dict
ambassadeur qui a bien cogneu la lettre du dict feu Admiral, car je
croy qu'il en avoit eu souvant, a esté fort esbahy.
J'oubliois aussy à vous mander que, quand il m'a parlé de la desfaicte
que icelle Royne, sa Maistresse, avoit faicte de renouveller les
traictés et amityés avec le Roy d'Espaigne, et qu'elle nous avoit
plustost vouleu vouer ses amytiés et moyens que au dict Roy
d'Espaigne, qu'elle en avoit eu l'occasion beaucoup plus grande en
nostre endroict qu'au sien pour ce qu'il avoit tousjours fomenté et
assisté ceux de ses proditeurs qui avoient voulleu entreprendre contre
elle; et nous, au contraire, comme elle sçait très bien, nous avons
faict tout ce que nous avons peu, comme encores ferons nous tousjours,
pour la préserver et l'assister en tout ce qu'il nous sera possible,
ainsy que nous espérons qu'elle fera, de sa part, en nostre endroict;
et que, pour les choses qui sont advenues, et que nous avons, à
nostre très grand regret, esté contraincts de permettre, elle ne
diminuera rien de nostre amytié.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés veu, par la
dernière dépesche que l'on vous a faicte, comme nous desirons que vous
requissiez la dicte Royne de nous fère seurement envoyer le comte de
Montgommery[133]; et, ayant sçu, depuis hyer, qu'il desiroit avoir
permission de vendre les biens qu'il a en France pour n'y plus
revenir, et se retirer du tout en Angleterre, Mon dict Sieur filz et
moy en sommes bien contans. Par quoy, s'il est par dellà, entendés de
luy s'il est en ceste volonté pour nous en donner advis, et l'on luy
baillera la dicte permission telle et sy seure qu'il la vouldra,
pourveu aussy qu'il promette et jure de ne faire aucune menée ni
pratique qui importe ou soit contre le service de Mon dict Sieur et
filz.
[133] Voyez la lettre du 7 septembre 1572, no CXXIII, p. 335.
Je desire que vous informiez bien expressément de l'occasion du voïage
que faict le dict visadmiral d'Angleterre du costé de la Rochelle, et,
sy cognoissés qu'il y ait occasion de penser que ce soit contre
l'intention du traicté avec la dicte Royne et amytié que nous avons
dernièrement renouvellée, et que voyés qu'il y ayt quelque subject de
luy en faire remonstrance, advisés de la faire comme de vous mesmes,
et m'advertissés, incontinant, pour vous en mander mon intention; et,
sy le dict visadmiral est de retour, il ne sera point mal à propos que
luy en parliés, aussy de vous mesmes; car il a desmontré, estant
dernièrement avec le comte de Lincoln en ce royaulme, estre fort
affectionné et desireux de l'amytié d'entre les Françoys et Anglois:
aussy, le voyant si bien affectionné, luy feist on un présent, comme
l'on vous a escrit, d'une chesne de six cens escus, ce me semble.
Du XIIIe jour de septembre 1572.
CATERINE. PINART.
CXXIX
LE ROY A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
--du XXIe jour de septembre 1572--
Nécessité où s'est trouvé le roi de permettre l'exécution de la
Saint-Barthèlemy.--Créance remise à l'ambassadeur pour donner à
Élisabeth toutes les explications nécessaires.
Très haute, très excellente et très puissante Princesse, nostre très
chère et très amée bonne sœur et cousine, le Sr de Walsingham, vostre
conseiller et ambassadeur résidant par deçà, nous a présenté les
lettres que nous avez escrites, le XIIe de ce moys, et, avec ceste
occasion, nous a faict entendre ce qu'il vous sembloit de l'esmotion
naguières adveneue en ceste nostre ville de Paris; laquelle s'est
faicte, et avons esté contrainct y lascher la main à nostre très grand
regret, pour éviter le danger éminent de la conspiration faicte en
nostre personne et estat, ainsy que la vérité vous en a esté déclarée
par le Sr de La Mothe Fénélon, nostre conseiller et ambassadeur
résidant près de vous; ayant encores fort bien satisfaict vostre dict
ambassadeur sur ce qu'il nous en a dict, ce jourdhuy, comme nous nous
asseurons qu'il vous en advertira avec les mesmes parolles que luy
avons dictes, qui vous seront aussy déclarées par le Sr de La Mothe
Fénélon; auquel nous en escrivons[134], vous priant, de bien bon
cœur, le croire de ce qu'il en faira entendre de nostre part, et
pareillement, sur le retour en Angleterre du dict Sr de Walsingham,
comme vous feriés nous mesmes; qui prions Dieu, très haute, très
excellante et très puissante Princesse, nostre très chère et très amée
bonne sœur et cousine, vous avoir en sa saincte et digne garde.
Escrit à Paris, le XXIe jour de septembre 1572.
Vostre bon frère et cousin.
CHARLES. PINART.
[134] Voyez la lettre suivante.
CXXX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIe jour de septembre 1572.--
Satisfaction du roi au sujet de l'audience dans laquelle
l'ambassadeur a rendu compte à Élisabeth de la
Saint-Barthèlemy.--Protestation du roi qu'il veut rester en
paix avec l'Angleterre, et continuer la négociation du
mariage.--Explication sur la nécessité où s'est trouvé le roi
de souffrir les massacres de la Saint-Barthèlemy.--Assurance
que les Anglais trouveront toute protection en France pour leur
commerce.--Affaires d'Écosse.--Négociation du
mariage.--Nécessité d'empêcher la réconciliation d'Élisabeth
avec le roi d'Espagne.--Audience accordée à Walsingham par le
roi et la reine-mère.--Nouvelles explications des causes de la
Saint-Barthèlemy.--Résolution du roi de faire punir les auteurs
des massacres de Rouen.
Monsieur de La Mothe Fénélon, il n'eust esté possible de pouvoir mieux
à mon gré, ny plus véritablement, parler à la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur et cousine, et aux seigneurs de son conseil de ce qui est
adveneu dernièrement, à cause de la damnable conspiration du feu
Admiral et de ses adhérans, que vous avés faict, comme j'ay veu par
vostre fort ample et dernière dépesche du XIIIIe de ce moys[135],
espérant que, sellon ce que je vous ay depuis escrit, des premier,
IIe, IIIe et VIIe de ce dict moys[136], vous aurés encore en audiance
de ma dicte bonne sœur et cousine; et que, continuant, par elle, en
la bonne disposition où vous l'aviés laissée, ainsy que j'ay veu par
vostre dicte dernière dépesche, elle aura esté beaucoup confortée en
la vérité des choses comme elles sont passées, tant par ce que la
Royne, Madame ma mère, et moy en avions amplement dict et déclairé,
ces jours icy, en deux audiances à son ambassadeur, qui n'aura pas
failly de luy escrire, que encores par vous selon le contenu en nos
dictes dépesches; et comme je ne desire rien tant en ce monde que
continuer en la parfaicte et sincère amytié d'entre elle et moy et nos
commungs subjects, comme j'espère, de sa part, qu'elle voudra bien
faire; car aussy n'a elle aucune occasion de s'en désister pour
infinyes raisons que vous aurés veues par nos dictes lettres, qui ont
esté dictes par ma dicte Dame et Mère et moy au dict ambassadeur,
desquelles je ne doubte pas qu'il n'aye bien amplement escript à sa
Maistresse comme il a accoustumé et que c'est son debvoir. Mais, le
voyant sy affectionné en sa religion, je craincts aussy un peu, à
présent, plus que je ne soulois, qu'il y aura meslé de la passion
extrême où nous l'avons trouvé au commancement des dictes deux
audiences à cause de la mort de l'Admiral et des autres, avec
lesquels, possible, il conféroit souvant, et qu'il aura peult estre
changé la façon qu'il avoit accoustumé d'escrire à sa Maistresse pour
entretenir et fortiffier nostre bonne amytié et conduire le faict du
mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon. Toutesfoys j'estime
qu'aïant bien considéré la vérité des choses, ainsy qu'elles luy ont
esté sy sincèrement déclarées et représantées, qu'il retournera
tousjours en cella à sa première bonne inclination; car aussy, ainsy
qu'il nous a dict, son advis est que sa dicte Maistresse se doibt
maintenant plustost lier et fortiffier d'amytié avec nous
qu'auparavant que cecy advînt par les raisons emplement portées par
nos dictes dernières dépesches, auxquelles je m'en remettray, en
attendant que j'aye parlé au dict ambassadeur, qui nous feist hyer
dire qu'il avoit eu lettres de sa dicte Mestresse, sur lesquelles il
demanderoit bientost audience.
[135] Voyez CCLXXIVe dép., tom. V, pag. 120.
[136] Les lettres des 1er, 2 et 3 septembre manquent.