les soldats que ceux du bon parti ont licentiés, et, oultre cela,
j'envoye au Sr de Granges, capitaine du chasteau de Lislebourg, mille
livres pour le prochain mois de l'entretènement que j'ay promis luy
bailler secrettement, par forme d'entretènement, par chascun moys,
afin que tousjours il tienne et garde bien le dict chasteau à la
dévotion de ma sœur la Royne d'Escosse, et de moy pareillement; car
je ne veux rien perdre de l'accès et bonne intelligence que mes
prédécesseurs et moy avons accoustumé d'avoir au dict païs d'Escosse,
en laquelle ce moyen aydera bien à me maintenir; mais il faut tenir
secret l'entretènement que je donne au dict de Granges, et prendre
seuretté de luy, signée de sa main et scellée du scel de ses armes, de
la promesse qu'il m'en faira, comme j'escriptz au dict Sr Du Croq. Et
se fault bien garder que l'on le sçache, car il seroit à craindre que
le comte de Mar et ceux de son party se despartissent, du tout, de ma
confédération, et aussi que la dicte Royne d'Angleterre prînt
occasion, par cela, d'altérer le traicté qu'elle et moi avons faict
dernièrement, lequel je désire bien fort entretenir, et plustost
fortiffier et augmenter nostre amitié que la diminuer. A quoy je vous
prie tendre toujours tant que vous pourrés.
Je vous envoye un mémoire[127] à la vérité comme les choses sont
passées en ceste dernière émotion, affin que, sellon icelluy, vous le
fassiés entendre à ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, à ses
principaux ministres et à ceux que verrés qu'il sera à propos, me
donnant advis de ce que l'on en dira par delà et des autres
occurrences comme avés accoustumé.
[127] Voyez ci-après, CXXI, pag. 330.
J'attends toujours le retour du Sr de La Molle, desirant bien fort
qu'il nous apporte quelques bonnes nouvelles du propos du mariage de
la Royne et de mon frère d'Allençon, ce que je vous recommande
tousjours d'affection; et prie Dieu, etc.
Escript à Paris, ce XXVIe jour d'aoust 1572.
CHARLES. PINART.
CXX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIIe jour d'aoust 1572.--
Retard apporté au départ de Mr de L'Espinasse.--Annonce de
l'envoi du mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy par un
courrier exprès.--Desir du roi de connaître quels sont les
protestans français qui se sont réfugiés en Angleterre, et si
Montgommery est du nombre.--Nécessité d'avertir promptement le
roi de tout ce qui se passera entre Élisabeth et le roi
d'Espagne.--Prompt départ de Mr de L'Espinasse.--Protection
accordée pendant les troubles à Walsingham.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je pensois que le Sr de L'Espinasse deût
partir dès ce soir, pour aller, en toute diligence, comme je luy avois
expressément commandé, passer vers vous en Angleterre, et, de là,
s'acheminer en Escosse, avec la responce et résolution de la dépesche,
pour laquelle il estoit venu icy[128]; et, par mesme moyen, pour vous
porter le mémoire, au vray, comme toutes choses sont passées en ces
émotions advenues, vendredy dernier, afin que, suivant ce que je vous
ay dernièrement escript, vous puissiés en parler selon les termes
portés par icelluy; lequel, pour ce que je voy que le dict de
L'Espinasse n'ait pu si tost partir, et que peut estre il ne fairoit
pas assés de diligence, j'ay advisé de vous l'envoyer, avec ce petit
mot de lettre, par ce courrier exprès, qui faira toute diligence, vous
priant d'user du dict mémoire de telle sorte, envers ma dicte sœur,
la Royne d'Angleterre, que ce qui est advenu de deçà ne soit point
cause d'altérer nostre bonne amitié; mais, au contraire, que le propos
de mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Allençon, se puisse
heureusement effectuer, attendant tousjours en bonne dévotion le
retour de La Mole; vous priant aussy de vous enquérir doucement quels
de mes subjects de la religion se sont retirés en Angleterre, et
principalement Montgomery; car je doubte qu'il s'y soit saulvé pour ce
que ceux qui estoient allés après luy ne l'ont peu attraper.
[128] Voyez CCLXXe dép. du 13 août 1572, tom. V, pag. 89.
Vous me ferés aussi fort grand service de me tenir continuellement
adverti des occurrances de delà, et comme la dicte Royne se comportera
du costé de Flexingues et avec le Roy d'Espagne, et ses ministres, et
aussi avec les Escossois, et pareillement avec les princes de la
Germanie protestans. Et cependant je prie Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXVIIe jour d'aoust 1572.
Despuis ceste lettre escripte, le dict de L'Espinasse est venu en ce
Louvre, ayant asseuré qu'il partiroit incontinent, voylà pourquoy j'ay
différé de vous envoyer ceste cy par homme exprès, mais la luy fairai
bailler. Le Sr de Walsingham a esté soigneusement conservé, pendant ce
trouble, en son logis, et le fairai tousjours, luy et les siens,
assyster, comme le requiert la vraye amitié d'entre ma sœur, la Royne
d'Angleterre, et moy.
CHARLES. PINART.
CXXI
INSTRUCTION A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
Mémoire justificatif de la Saint Barthèlemy.
Le Roy a, du vingt deuxiesme de ce mois, donné advis au Sr de La Mothe
Fénélon, son conseiller et ambassadeur en Angleterre, de la blesseure
qui advint, le jour mesme, au feu Sr de Chastillon, admiral de France,
affin de le faire entendre à la Royne d'Angleterre, et, quant et
quant, le regrès que Sa Majesté y avoit, bien délibérée de faire fère
toute la poursuite qu'il seroit possible pour la vérification du
maléfice, ainsi qu'il y avoit jà bien esté commancé, et continué
jusques au jour de devant hier, avec toute la diligence qui se peult
user en affère que Sa Majesté a bien fort à cueur;
Ayants esté députés, pour instruire le procès de ceulx qui se
trouveroient coulpables du dict maléfice, aucuns des principaulx
conseillers de son conseil privé et maistres des requestes de son
hostel, mesmement le maistre des requestes, Cavaignes, qui a tousjours
esté le principal conducteur des affaires de ceulx de la nouvelle
religion, affin qu'il feût mieulx cogneu, parmy eulx, le bon pied,
dont Sa Majesté faisoit procéder en ce faict.
Dont, encores que le dict sieur Admiral, et tous les seigneurs et
gentilshommes de la dicte nouvelle religion, ses adhérans, qui
estoient près de luy, eussent occasion d'estre contens, et du bon
ordre que Sa Majesté avoit donné pour le tenir en seureté dedans sa
maison, et empescher que les malveillans et le peuple de Paris, pour
beaucoup de respects particulliers, assez cognus à ung chascun, mal
affectez envers luy, ne luy fissent aucune offance, ce néantmoins, il
s'est descouvert que luy et les autres seigneurs gentilshommes de la
dicte nouvelle religion, qui estoient en assés bon nombre en ceste
ville, avoient faict une entreprinse et conspiration, pour, (sans
attandre l'effect de la justice, que Sa Majesté s'estoit mis en tout
debvoir de leur faire fère et administrer, et en laissant ceulx,
qu'ilz soubçonnoient en estre autheurs), s'attaquer à Sa dicte
Majesté, la Royne sa Mère, et Mes Seigneurs ses frères, qu'ils
vouloient mettre à mort et exécuter sur eulx; ce à quoy ilz avoient,
d'autres fois, failly, ainsi mesmes que aucuns de ceulx de la dicte
nouvelle religion l'ont déclaré, meuz de bon zèle et fidélité envers
Sa dicte Majesté, l'avoient dict et déclaré, pour avoir ouy le conseil
qui en avoit esté pris entre le dict Admiral, Telligny, La
Rochefoucault et Cavaignes; et d'autres, avant que mourir, ont
confessé qu'ils recepvoient une juste pugnition de leur mauvaise
conspiration, en ce qu'ils avoient heu volonté de faire à l'endroict
de Leurs dictes Majestés.
De quoy advertye, Sa dicte Majesté, et voyant que ces advis se
conformoient grandement aux menasses que Thelligny n'avoit point esté
honteux de fère: qu'ils prandroient les armes, si, dedans deux jours,
il n'estoit faict justice de la dicte blesseure; pour se guarantir du
danger qui luy estoit tout certain, à la Royne, sa Mère, et à mes
seigneurs ses frères, elle a esté contraincte de lascher la main à
Messieurs de la mayson de Guyse, qui, le XXIIIIe de ce mois d'aoust,
avec quelque petit nombre de soldats, ont tué le dict Admiral et
quelques autres gentilshommes de sa faction; s'estant l'esmotion
grandement acreue parmy le peuple, pour estre jà imbu de la susdicte
conspiration, et luy bien fort irrité d'avoir veu Sa dicte Majesté
contraincte avec la Royne, sa Mère, et Mes Seigneurs ses frères, de se
resserrer dedans son chasteau du Louvre avec leurs guardes, et de
tenir les portes fermées pour s'asseurer contre la force et violence
que l'on leur vouloit faire; et pour laquelle exécuter aucuns
gentilshommes de la faction du dict Admiral, mesmes Pilles et Mouny,
ses principaulx factieux, avoient passé la nuict dedans le dict
chasteau, cachés en des chambres pour ayder à ceulx qui debvoient
venir de dehors en plus grand nombre et forcer les portes du dict
chasteau et exécuter leur entreprinse: ce qui fut descouvert de grand
matin, et les dicts gentilshommes déchassés du dict chasteau.
De toutes lesquelles choses le peuple aigri, a exercé grande viollence
sur ceulx de la nouvelle religion; dont tous les chefs, qui se
trouvoient au dict Paris, ont esté tués.
Ce qui est advenu au grand regrès de Sa dicte Majesté, et toutesfois
pour l'occasion qu'ils en ont donnée eulx mesmes les premiers; de quoy
Sa dicte Majesté a bien voullu donner advis au dict Sr de La Mothe,
affin de faire entendre à la Royne d'Angleterre comme les choses sont
passées; dont ne luy veult rien déguiser. Et, en ce faisant, le dict
Sr de La Mothe asseurera, de la part de Sa Majesté, à la dicte Royne
qu'en ce qui est ainsi advenu, il n'est point question du faict de la
religion ni de la rupture de l'édict de pacification; mais que la
chose est procédée de la malheureuse conspiration qu'ils avoient
faicte contre Sa dicte Majesté, cogneue par tant de certains indices
que l'on ne la pouvoit ignorer et tarder à y pourvoir, sans le certain
péril de leurs personnes, ayant esté tant plus mal aisé à supporter la
dicte conspiration, que Sa Majesté leur avoit tousjours faict tous les
favorables traictemens dont elle eût sceu user à l'endroict de ses
plus fidelles subjects, et gratifié le dict feu sieur Admiral des
grands biens, et faict, despuis l'édit de pacification, comme
plusieurs autres gentilshommes de la nouvelle religion qui ont esté
receus aux honneurs et dignités qui ont vacqué, ainsi que les autres
bons et loyaux subjects catholicques.
CXXII
LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de septembre 1572.--
Assurance que la tranquillité est rétablie.--Demande que
Cavaignes soit livré à la France, s'il s'est réfugié en
Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Mon Seigneur et frère, vous
escript bien amplement[129] l'estat paysible auquel est à présent, et
despuis troys ou quatre jours, ceste ville et les autres de son
royaulme, ensemble le propos que nous eusmes hyer avec le Sr de
Walsingham, ambassadeur de la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne
sœur et cousine, sur ces évènementz; qui me gardera vous en faire
aucune redicte par ceste lettre, laquelle sera seulement pour vous
prier de prendre soigneusement garde sy Cavaignes, qui se trouve
chargé de la conspiration faicte contre le Roy, mon dict frère, et son
estat, est par dellà, où l'on dict qu'il s'est sauvé et retiré, et
faire toute l'instance que vous sera possible, envers la dicte Dame
Royne, pour le faire arrester et vous permettre de le renvoyer par
deçà soubz bonne et seure garde. Et vous fairés bien grand et agréable
service au Roy, Mon dict Seigneur et frère, priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le IIIe jour de septembre 1572.
Vostre bon amy. HENRY.
[129] Cette lettre manque.
CXXIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIe jour de septembre 1572.--
Retour de Mr de la Mole.--Satisfaction qu'éprouve le roi du
résultat de sa mission.--Adhésion donnée à l'entrevue demandée
par Élisabeth pourvu qu'elle ait lieu sur mer.--Affaires
d'Écosse.--Desir que la suspension d'armes soit continuée, et
qu'il soit procédé à un traité définitif.--Cessation des
troubles dans les provinces.--Mesures prises pour assurer la
tranquillité.--Arrestation de Cavagnes.--Fuite de Montgommery à
Jersey ou Guernesey.--Injonction faite à l'ambassadeur de
demander à Élisabeth l'autorisation de l'arrêter dans ces
îles.--Attente d'une réponse au sujet des dépêches sur la
blessure et la mort de Coligni.--Desir du roi de connaître la
conduite que tiendra Élisabeth avec le prince d'Orange et ceux
de Flessingue.
Monsieur de La Mothe Fénélon, hyer, à l'arrivée du Sr de La Molle,
j'ay fort particullièrement, et à mon gré, bien entendu, tant par
vostre dépesche[130] que par ce qu'il nous a discouru amplement de
bouche, comme toutes choses se sont passées en son voyage devers la
Royne d'Angleterre, ma bonne seur et cousine, ayant, vous et luy, veu
en la dicte Royne toutes les bonnes et grandes démonstrations d'amitié
envers moy et les miens qui se peuvent desirer; dont je suis
infiniment ayse, la correspondant, en cella, de ma part, comme aussy
font la Royne, Madame et Mère, et mes frères, sincèrement, autant
qu'il se peut dire, et encore plus mon frère d'Allençon, qui, ayant
ouy parler le dict La Molle, a beaucoup augmenté l'espérance qu'il
avoit du bon succès du mariage d'icelle Royne et de luy. Et ayant veu
et bien considéré, avec la Royne, Madame et Mère, et mes dicts frères,
vostre lettre, et l'escript qui vous a esté baillé par les
conseillers de la dicte Dame, que nous a rapporté le dict La Molle,
enfin nous avons résolu, (pour voir clair, gaigner le temps en cest
affaire, et l'effectuer bientost, s'il plait à Dieu qu'il réussisse),
de vous donner charge, comme je fais, de regarder les moyens qu'il y
aura que l'entrevue, que desire la dicte Royne, se fasse en un beau
jour, sur la mer, entre Boullongne et Douvres, que nous desirerions
bien estre vers le XXe du moys proschain, où Madame et Mère, et elle,
et mon frère d'Alençon, se verront, ainsi que Ma dicte Dame et Mère
vous a escript par nostre dépesche du XXIe du passé.
[130] Voyez CCLXXIe dép. du 28 août 1572. tom. V, pag. 91.
Si la dicte Royne le veult ainsi, il sera bien aisé d'aviser, d'entre
cy et là, aux surettés et l'ordre qu'il y faudra donner d'une part et
d'autre, dont mon beau frère, le duc de Montmorency, escrira de delà
pour en adviser. J'espère qu'à la dicte entrevue se faira la
conclusion du dict mariage; car, à ce que nous a dict le dict La
Molle, il y a veu la dicte Royne fort disposée, et ses conseillers
aussy; dont je me resjouis bien fort, et en prens fort bonne estime
par toutes les particularités du discours de vostre lettre,
m'asseurant que le Sr de Walsingham, que je sçay certainement qui y a
faict tous bons offices pour le service de ma sœur et cousine, sa
Maistresse, et pour nostre particullier aussi, persévèrera, tant qu'il
pourra, au bien de cest affaire, vous priant l'excuser envers ma dicte
bonne sœur, sa Maistresse, et luy dire, de ma part, que ce qu'il y a
eu de faulte d'intelligence aux termes qu'il me tint et à la Royne,
Madame et Mère, en la responce qu'il nous fit au bout du mois, est
venue de nous et non de luy; à qui, pour ceste cause, je la supplie
n'en sçavoir nul mauvais gré, car il s'est tousjours porté et
démonstré fort desireux et bien affectionné à entretenir et fortifier
la bonne amitié d'entre elle et nous, qui l'asseurons, comme luy
pourrés aussi dire de nostre part, qu'elle trouvera tousjours en nous
toute la droicte et bonne correspondance de parfaicte amitié qu'elle
pourroit desirer.
J'ay veu le deschiffrement de ce que ma sœur, la Royne d'Escosse, a
escript au Sr Du Croq, ce qu'il vous en a mandé, elles deux lettres
qu'elle vous a aussi à ce propos escriptes. Sur quoy je suis d'advis
que le dict Sr Du Croq fasse en sorte, ainsi que je luy ay mandé par
L'Espinasse: que la dicte ville de Lislebourg soit restituée et
laissée libre, comme il a esté accordé par le traicté de la suspension
d'armes; que la dicte suspension continue encore pour deux mois, s'il
est possible; et qu'il fasse, au demeurant, honestement tout ce qu'il
pourra, ainsi que je luy ay tousjours commandé faire, et que je sçai
aussi qu'il a faict, pour l'adventage de ma dicte sœur, la Royne
d'Escosse, et ses bons subjects; observant entièrement les traittés
que mes prédécesseurs et moy avons, de si longtemps, avecque les
Escossois, et pareillement celluy que j'ay dernièrement faict avec la
dicte Royne d'Angleterre; car je suis résolu de le garder, sans y rien
enfreindre en quelque sorte que ce soit. Et faut que vous et luy
advisiés par delà de bien suivre en toutes choses l'intention du dict
traitté, afin de continuer tousjours la bonne paix et amitié d'entre
elle et moy, que je veus entièrement conserver; estimant que, quand je
continueray en cela avec elle, que j'auray plus de moyen d'ayder à ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui le doit, ce me semble, considérer
et ainsi desirer, et s'asseurer aussi que je fairai tousjours pour
elle, comme j'ay faict, tout ce qu'il me sera possible; ce que luy
fairés entendre, de ma part, quand en aurés le moyen.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, grâces à Dieu, l'esmotion
advenue, comme je vous ay escript, en plusieurs villes et endroicts de
mon royaulme, à cause de la mort et conspiration du feu Admiral et ses
adhérans, est maintenant appaisée, espérant que tous mes subjects,
vivans en paix les uns avec les aultres, se conformeront à ma volonté,
sellon la publication que j'en ay faict faire par tout mon royaume, et
que mes gouverneurs et mes lieutenans généraulx, qui sont par les
provinces, donneront bon ordre, comme je leur ay donné tout pouvoir
d'asseurer de ma bonne et droicte volonté ceux qui pourroient estre en
crainte, et qui ne sont de la malheureuse conspiration dont je vous ay
escript.
Le maistre des requestes, Cavaignes, que je vous avois mandé qui
estoit passé en Angleterre a esté pris despuis deux jours, et mis ès
mains de justice; mais j'ay sceu certainement que le comte de
Montgomery, qui est un des principaux participans à icelle
conspiration, est passé ès isles de Grènesay et Gersay, où il a, à ce
que j'ay sceu, délibéré de demeurer, comme il fit quelque temps durant
les troubles, expressément pour avoir et tirer tousjours la commodité
des maisons qu'il a le long de la coste de Normandie et Bretaigne, qui
sont bien près des dictes isles, où je l'eusse envoyé prendre, comme
il m'estoit fort aysé et que j'en ay bien le moyen, pour estre les
dictes isles fort près de moy; mais, ne voullant en façon que ce soit
donner aucune occasion à la dicte Royne, ma bonne sœur et cousine, de
penser que je veuille rien faire faire ny entreprendre sur ses
possessions sans sa permission, j'ay différé et retenu ceux qui l'y
eussent aisément esté prendre, jusques à ce que luy en ayés parlé, et
requis, comme vous fairés de ma part, me permettre d'y pouvoir
envoyer, sans qu'il soit faict tort à nul de ses subjects, ny que cela
altère aucune chose de nostre bonne amitié.
J'attends, à toutes heures, de vos nouvelles sur les dépesches que je
vous ay faictes despuis la blessure et mort du dict Admiral, desirant
aussi que vous fassiés secrètement voir comme ceux de mes subjectz,
qui sont de la religion prétendue refformée, passans de là, sont
recuillis et receus, et leurs déportemens et les noms des principaux
et plus apparans qui y sont, et pourront encore aller.
Je seray aussi bien ayse et desire bien fort que me mandiés comme se
comportera maintenant la dicte Royne d'Angleterre envers le prince
d'Orange et ceux de Flexingues, et combien il y peut avoir de ses
subjects, et si elle persévèrera à y en envoyer, et comme elle s'y
comportera. Au demeurant, m'asseurant aussi que vous n'oublierés de
m'advertir des autres occurances, je ferai fin à ceste cy et prierai
Dieu, etc.
Escript à Paris, le VIIe jour de septembre 1572.
CHARLES. PINART.
CXXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIe jour de septembre 1572.--
Négociation du mariage.--Motifs qui doivent engager à accepter
l'entrevue sur mer.--Satisfaction témoignée par Catherine de
Médicis du dévouement de Walsingham.
Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Monsieur mon filz, et moy avons
résolu que vous proposerés à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et
cousine, que nous ferons volontiers l'entrevue qu'elle desire, comme
aussy faiz je, pour avoir ce bien que j'ay souvant desiré de la voir,
et mon filz d'Alençon encores plus qu'elle ny moy, tant il est
parfaictement son serviteur; mais il faut que l'entrevue se face sur
la mer, comme je vous ay, ces jours passés, escrit, et qu'elle vienne
à Douvres, et mon dict filz d'Alençon et moy yrons à Boullongne ou à
Callais, par un beau jour, nous acheminer en mer, et sy ce n'est assés
d'un jour nous nous pourrons encores revoir. J'espère en Dieu que, sy
nous nous voyons (estant toutz les articles accordez) comme me mandez
qu'ils sont pour mon dict filz, le Duc d'Allençon, ainsy qu'ils
estoient pour mon filz le Duc d'Anjou, excepté celluy de la relligion,
à quoy vous préparerés, entre cy et là, quelque bon et honneste et
salutaire expédiant, que nous ne nous départirons poinct que nous ne
facions le dict mariage, pour lequel je vous prye travailler d'aussy
grande affection qu'avés tousjours faict, afin que nous en ayons la
bonne yssue que nous desirons. Et croyés que jamais services ne
feurent sy bien recognuz envers bon serviteur (comme vous estes)
qu'ils seront en vostre endroict, non seullement par le Roy et par
moy, mais aussy par mon dict filz d'Alençon, lequel je vous
recommande.
Vous priant, au demeurant, suivant ce que le Roy, Mon dict Sieur et
filz, vous a escrit, requérir de nostre part la dicte Royne de ne
sçavoir aucun mauvais gré au Sr de Walsingam, son ambassadeur, des
termes qu'il nous a dict dernièrement, nous faisant la responce, au
bout du moys, dont elle luy aura donné charge, car ce feust nous
mesmes qui interprétasmes le tout, ainsy qu'il nous fut escrit. Je
vous asseure qu'il est bien affectionné (à ce que j'ay cogneu) à
entretenir la bonne paix et amytié d'entre elle et nous, qui l'aymons
pour ceste occasion, et aussy pour les bons offices que nous avons
sceu qu'il a faicts pour la négociation du dict mariage; en quoy,
encores que ceste émotion soit advenue icy, j'estime qu'il
persévèrera, car il a veu comme nous avons eu très grand soing de le
conserver et toutz les siens, comme ilz ont esté, et n'y a eu que en
la perquizion de Bricquemault qu'il s'esmeut un peu, mais cella feust
soudain passé, et envoya faire l'excuse comme vous a escrit mon dict
filz. Je vous prye nous escrire le plus tost que pourrez des
occurrances de dellà, priant Dieu, etc.
Escrit à Paris, le VIIe jour de septembre 1572.
CATERINE. PINART.
CXXV
CONJOUISSANCE DE Mr LE CARDINAL DE LORRAINE, au nom du Roy,
faicte au Pape, le VIIe jour de septembre 1572, sur la mort de
l'Admiral et de ses complices.
D. O. M.
BEATISSIMO PATRI GREGORIO XIII, PONTIFICI MAXIMO, SACRO
ILLUSTRISSIMORUM CARDINALIUM COLLEGIO, S. P. Q. R.
Carolus IX, Christianissimus Francorum Rex, zelo zelatus pro Domino
Deo exercituum, repentè, velut angelo percussore divinitùs immisso,
sublatis unâ occidione propè universis regni sui hereticis
perduellibusque, tanti beneficii immemor nunquam futurus, consiliorum
ad eam rem datorum, auxiliorum missorum, duodecennalium precum,
supplicationum, votorum, lacrimarum, suspiriorumque ad Dominum
Omnipotentem Maximum,
Suorum et Christianorum omnium planè stupendos affectus, omninò
incredibiles exitus, modis omnibus redundantem divino munere
satietatem, ipse nunc solidissimorum gaudiorum aflluentissimus
gratulatus,
Tantam felicitatem, quæ, Beatissimi Patris Gregorii XIII pontificatûs
initio, non multò post ejus admirabillem et divinam electionem,
evenerit, unà cum orientalis expeditionis constantissimâ et
promptissimâ continuatione, ecclesiasticarum rerum instauratione,
marcescentis religionis vigorem et florem certò protendere auguratur.
Pro isto tanto beneficio, conjunctis vobiscum hodiè ardentissimis
votis, absens corpore, presens animo, hìc, in æde Sancti Ludovici, avi
sui, Deo Omnipotenti Maximo gratias agit quàm maximas, utque spes
hujusmodi ne fallat, ejus bonitatem supplex deprecatur.
Carolus tituli Sancti Apollinaris S. R. E. Cardinalis de Lotharingiâ
hoc omnibus significatum et testificatum esse voluit; anno Domini M.
C. LXXII, II Id. septembris.
(Litteris romanis aureis majusculis descriptum, festâ fronde velatum,
ac lemniscatum, et supra limen ædis Sancti Ludovici Romæ affixum, anno
et die prædictis).
CXXVI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIIe jour de septembre 1572.--
Papiers trouvés chez l'Amiral.--Conseil qu'il donnait au roi de
se tenir en garde contre le roi d'Espagne et la reine
d'Angleterre.--Communication de ces papiers à
Walsingham.--Protestation de Catherine de Médicis contre les
avis donnés par l'Amiral.--Assurance qu'elle veut, ainsi que le
roi, demeurer en constante amitié avec Élisabeth.--Inquiétude
sur la manière dont elle aura accueilli la nouvelle de la
Saint-Barthélemy.