que m'avés envoyée du Sr Du Croc comme ils se sont battus du costé du
Nort, et que le frère du duc de Hontelly a surpris ceux que le parti
du Petit Lict avoit laissés en garnison du costé de Hambletons, qui a
esté cause, avec les dilligences et persuasions que le dict Du Croq
m'escript par la dernière dépesche avoir tousjours faictes de ma part,
et le Sr de Drury avecque luy de la part de la Royne d'Angleterre,
qu'ilz sont en termes de faire une suspension d'armes pour deux moys,
pendant laquelle ilz accordent tous d'assembler les Estatz au païs, et
faire une bonne paix. A ce que j'ay entendu, et comme le dict Du Croc
mesme m'escript, ceux de Lislebourg ne sont pas en si grande nécessité
que l'on disoit, et ont encores bien bon moyen de résister, si la paix
ne se faict entre eulx; pour laquelle j'escris encore présentement au
dict Du Croc et aussy à Vérac qu'il fault qu'ilz travaillent tant
qu'ilz pourront; car c'est la chose qui est la plus nécessaire au dict
pays, et que je desire aultant que si c'estoit pour mes propres
subjectz.
Vous aurés, à mon advis, bien entendu la défaicte du Sr de Genlis[124]
et de quelques françois, mes subjectz de la nouvelle religion, qui
s'estoient mis avec lui, et passés, sans mon adveu, en Flandres, ces
jours icy; mais la deffaicte n'estoit pas si grande que l'on l'aura
publiée par delà. Je vous en ay bien voullu dire ce petit mot.
[124] Voyez la note tom. V, pag. 44.
L'on croit que la guerre se faira bien fort en Flandres, mais ce ne
sera pas de mon costé, si ce n'est que les Espagnolz assaillent les
premiers mon royaulme. Il seroit bien bon pour mes affaires que la
Royne d'Angleterre, qui a tant de moyens, s'y mist de piedz et de
mains, et qu'elle pratiquât en Zélande et ez villes qui sont, de ce
costé là, tant ses voysines. Si cella estoit, le prince d'Orange, qui
marche droit vers Monts avec son armée, quand il aura en passant pris
quelque argent et artilleries des villes maritimes, seroit bien plus
asseuré et fort qu'il ne sera; car il n'aura de mes subjectz de la
nouvelle religion que ceux qui pourront s'eschaper à cachette. Il sera
très bon que vous continuiés accortement à eschaufer, tant que vous
pourrés, ceste Royne à se déclarer ouvertement, s'il est possible,
contre le Roy d'Espagne: car cella faira qu'elle desirera davantage et
tiendra plus chère la conservation de mon amitié, et que plus aisément
elle consentira aussy au propos du mariage d'elle et de mon dict frère
d'Alençon, qui n'oubliera jamais, ny moy aussy, la peyne que y avés
prinse et prendrés encore.
Les fiançailles de ma sœur avec mon frère, le Roy de Navarre, se
fairont, avec l'ayde de Dieu, mècredy prochain, et les nopces lundy.
Le surplus des nouvelles vous l'entendrés par Vassal présent porteur;
priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le IXe jour d'aoust 1572.
CHARLES. PINART.
CXII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du Xe jour d'aoust 1572.--
Négociation du mariage.--Espoir qu'elle pourra être conduite à
bonne fin.--Assurance d'une vive reconnaissance pour les soins
donnés par l'ambassadeur à cette affaire.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que Vassal, présent porteur,
estoit prest à monter à cheval pour s'en retourner, la despesche que
nous aviez faict, de Brichil, le IIIe de ce moys[125], est arrivée,
laquelle j'ay aussytost veue, ayant eu plaisir de voir le contenu en
icelle, qui me donne encore quelque espérance. En quoy je suis bien
asseurée que vous ne perdrés une seule occasion de tout ce qui se
peult faire en cella, pour nous faire avoir, s'il est possible, du
fruict et contantement que nous en desirons de si grande affection,
que vous pouvez, estant assuré que, si ce mariage se faict, vous nous
aurés donné le plus grand contantement que puissions, pour ceste
heure, desirer et espérer; et dont vous aurés telle rémunération que
jamais gentilhomme ne l'a receu meilleure ni de meilleur cœur que
nous la vous fairons. Et quand encores les choses ne succèderont si
bien que nous vouldrons, sachant bien que vous vous y estes employé de
la plus grande affection que se peult, nous ne laisserons de
recognoistre vos bons services d'aussi bon cœur que je prie Dieu,
etc.
Escript à Paris, le dimanche, Xe jour d'aoust 1572.
CATERINE. PINART.
[125] Voyez CCLXVIIe dép., tom. V, pag. 76.
CXIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour d'aoust 1572.--
Négociation du mariage.--Espoir de l'heureux succès de la mission
de Mr de La Mole.--Desir du roi que Leicester soit chargé de
passer en France.--Protestation de reconnaissance envers
Leicester.--Affaires d'Écosse.--Célébration du mariage du roi
de Navarre avec Madame.--Nouvelles de Marie Stuart.--Charge
donnée à l'ambassadeur de continuer toujours à solliciter pour
elle.--Assurance que le roi ne s'opposera point aux projets
d'Élisabeth sur Flessingue.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je receus hier seulement, à l'arrivée du
Sr de L'Espinasse, venant d'Escosse, vos deux despesches des VIIe et
XIe de ce moys[126], et, ayant très grand plaisir d'avoir veu si
amplement et particulièrement par icelles, ce qui s'est passé aux deux
audiences que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, vous a
donnée sur l'occasion du voyage du Sr de La Mole; ce que j'espère,
comme vous, servira bien à induire tousjours ceste princesse à
entendre plus volontiers au mariage d'elle et de mon frère, le Duc
d'Alençon, voyant qu'elle est recherchée de si bonne affection par mon
dict frère, et que nous tous y avons aussi si bonne volonté pour
rendre nostre amitié parfaicte et indissoluble; ainsi que vous aurez
veu par la despesche que vous avons faite par Vassal, et que le Sr de
Walsingam, son ambassadeur, aura, de sa part, escript à la dicte
Royne, sur la responce qu'elle nous a, (au bout du moys qu'elle avoit
prins de terme) faict faire par mon beau frère, le duc de Montmorency,
et le dict ambassadeur.
[126] Voyez CCLXVIIIe et CCLXIXe dép., tom. V, pag. 79 et 83.
J'estime que le dict Vassal et le courrier, que icelluy ambassadeur
despescha sur ceste mesme occasion, seront arrivés bientost après
vostre dicte despesche de l'unziesme à Quilingourt, et qu'estans
auprès d'icelle Royne les comtes de Lestre, de Sussex et de Lincoln,
et aussi milord trésorier, il se sera faict quelque bonne résolution
sur ce que icelluy ambassadeur aura escript que la Royne, Madame et
Mère, et moy luy respondismes du peu d'apparance qu'il y a que mon
dict frère d'Alençon doibve aller de dellà, que premièrement il n'y
ayt asseurance du dict mariage. Ce a esté cependant très bien faict à
vous d'avoyr si dextrement bien introduict le dict de La Molle envers
la dicte Royne et ceulx de sa court; et n'eust esté possible de se
pouvoir mieux, à mon gré, comporter envers elle, sur l'occasion du
voyage d'icelluy La Molle, que vous avez faict, comme j'ay veu par vos
lettres. J'en espère quelque bon fruict, atandant en bonne dévotion
son retour.
Et cependant je prens fort bonne estime de ce que le dict comte de
Lestre persévère tousjours de vouloir venir par deçà se conjoyr de la
part de la dicte Royne, sa Mestresse, avec moy de la naissance de
l'enffant que j'espère que Dieu me donnera bientost, et que icelle
Royne vous ayt dict qu'elle le y envoira si c'est un fils, en quoy je
desire, soit que ce soit fils ou fille, qu'il vienne; car, par cella
congnoistra on s'il desire sincèrement le dict mariage, et aussi si la
dicte Royne y est résolue, pour ce que, si ainsi est, elle voudra,
comme j'estime, pour l'honnorer, luy faire faire le dict voyage, et
luy l'entreprendra plus volontiers, pour avoir cest honneur de nous
déclarer la volonté et les condicions que la dicte Royne desirera au
dict mariage, et pour, par mesme moyen, captiver la bonne grâce et
amitié de mon dict frère d'Alençon, lesquelles ne luy manqueront
poinct, ny toutes les bonnes volontés qu'il pourroit desirer et
attandre de luy. Dont vous le pouvez asseurer que je veux estre et me
constitue la vraye caultion de mon dict frère, et que je desire
infyniement de le voir de deçà affin de le marier aussy et luy faire
cognoistre, par un bon et grand effect, que je ne veux demeurer ingrat
envers luy des bons offices qu'il a faicts, et que je me suis
tousjours promis et si certainement assuré qu'il faira en cest affaire
envers icelle Royne.
La Royne, ma femme, est en son huictiesme moys, et espère que, dedans
peu de jours, nous yrons à Fontainebleau où elle faira ses couches; et
seroit bien à propos, pendant que serons là, si le dict mariage a à
réussir, comme nous le desirons tous, que la dicte Royne s'en
déclarast apertement affin que nous en peussions bientost voir la
conclusion et résolution au voyage du dict comte de Lestre, que je
desirerois qui partist au plus tard, dedans six ou sept semaines, pour
venir icy; et bientost après, se fairoit non seulement l'entreveue
dont son dict ambassadeur nous a parlé de sa part, et elle à vous,
mais la consummation du dict mariage.
Je vous ay tant de foys, par ci devant, escript les vifves et
apparentes raisons qui luy doibvent, et à ses ministres, estre
représentées du bien et commodité qu'elle recevra, s'il se faict, et
vous m'en avez aussi, de vostre part, si souvent escrit, que je me
remetz à vous pour en sçavoir user selon les occasions et ainsi qu'il
sera à propos.
Je suis bien fort aise de la suspension d'armes accordée en Escosse,
ainsi que m'avez escript, et que j'ay aussi entendu par le Sr de
L'Espinasse, lequel je fairay renvoyer incontinant que j'auray prins
résolution sur sa despesche avec ceulx de mon conseil, que
j'assembleray dedans un jour ou deux, après que les tournoys des
nopces de ma sœur et du Roy de Navarre seront parachevez.
Il ne sera que bien à propos, si voyez bientost ma dicte sœur, la
Royne d'Angleterre, de luy dire comme le dict mariage se feist fort
sollempnellement, lundy dernier, en ceste ville, en la grande église
Nostre Dame, et les festins et cérémonies, comme il est de tout temps
accoustumé, au palais et au Louvre; et qu'encores solempnisons nous,
tous ces jours icy, les dictes nopces en tournois et allégresses, dont
touts mes subjectz indifféremment se resjouissent, ainsi que je pense
bien que son dict ambassadeur luy aura escript.
Je suis bien aise du retour de vostre secrétaire qu'aviez envoyé vers
ma sœur, la Royne d'Escosse, et d'avoir veu par vostre lettre qu'elle
se porte bien. Il sera bon que tousjours, quand verrez qu'il sera à
propos, vous contynuyez tous bons offices pour elle, de ma part,
envers la dicte Royne d'Angleterre et ses ministres.
Et, quant à ce que m'escrivez que l'on dict par dellà, que le Sr de
Strossi avoit escript à ceux de Flexingues, encores que chascun aura
bien cogneu despuis le contrayre, si suis je bien d'advis que, s'il
vient à propos, quant parlerez à la dicte Royne, que l'asseurerez, ou
ses ministres, que je ne la veux ni voudrais aulcunement empescher en
ses desseins, et que, si elle y en a quelcung de ce costé là, qu'elle
n'y sera aulcunement traversée de moy ni de mes subjectz, et ne
faillyr de luy en donner toute assurance de ma part; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, ce XXIe jour d'aoust 1572.
_Par postille à la lettre précédente._
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'escriptz un mot de lettre au Sr Du
Crocq, lequel je vous prie de luy envoyer par la première commodité.
Ce XXIe d'aoust 1572.
CHARLES. PINART.
CXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour d'aoust 1572.--
Négociation du mariage.--Proposition d'une entrevue sur
mer.--Affaires d'Écosse.--Recommandation pour Marie Stuart.
Monsieur de La Mothe Fénélon, considérant voz deux despesches des VIIe
et XIe de ce moys, je suis encore en quelque bonne espérance du propos
du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils d'Alençon; en quoy
je suis très asseurée que vous n'obmettrez rien de tout ce qui se
peult, pour en voir la bonne et heureuse fin que desirons; aussi ne
vous en fairay je pas longue lettre, me remettant à ce que vous en
escript le Roy, Monsieur mon filz. Et seullement vous diray que, s'il
y avoit quelque chose de bien commancé et asseuré au dict mariage, il
seroit bien fort aizé à faire que la dicte Royne d'Angleterre, mon
filz d'Alençon et moy, nous verrions avec seuretté, pour elle et pour
nous, en un beau jour, bien calme, entre Boullongne et Calais et
Douvres, ainsi que l'on pourroit aizément disposer toutes choses,
comme nous en avons devisé amplement, mon cousin le duc de Montmorency
et moy, car je n'ay pas moindre vollonté de la voir qu'elle moy, et
que si elle estoit ma propre fille, ainsi que vous ferez entendre à
ses ministres doulcement, et à elle aussi, si voyez que bon soit, et
qu'il se puisse espérer quelque bon succès du dict propos de mariage.
Cependant nous regarderons, ces jours icy, au faict d'Escosse, pour
renvoyer incontinent le Sr de L'Espinasse, afin qu'ilz n'ayent pas
seulement la suspension d'armes mais aussi une bonne paix entre eux,
vous recommandant tousjours ma fille, la Royne d'Escosse, et priant de
continuer, de ma part, quand il sera à propos, envers la dicte Royne
d'Angleterre et ses ministres, les bons offices qu'avez accoustumé
faire pour elle; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.
CATERINE. PINART.
CXV
LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour d'aoust 1572.--
Remerciemens des soins donnés par l'ambassadeur à la négociation
du mariage.--Attente du retour de Mr de La Mole.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je voy par voz dépesches comme vous
estes sy affectionné, en l'affaire qui me concerne, que vous pouvés
croire et estre asseuré que jamais je ne l'oublieray, vous priant
continuer, affin que je puisse recevoir le bien et contantement que
j'attandz de ceste négociation. Nous espérons que le Sr de la Molle
sera bientost de retour, l'attandant en grande dévotion, pour
l'extrême desir que j'ay qu'il nous raporte quelque bonne résolution
sur l'occasion de son voyage, et que tant de peynes qu'en prennés
succèdent bien pour me rendre fort contant; car il faut que je vous
confesse, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'ayant ouy parler des vertus
de la Royne d'Angleterre et des partyes qui sont en elle, que
j'estime toutes perfections, je ne vois pas que je me puisse jamays
despartir de l'affection que je luy porte, comme vous aura peu dire le
Sr de La Molle; priant Dieu, etc.
De Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.
Vostre bien bon amy. FRANÇOYS.
CXVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIe jour d'aoust 1572.--
Blessure faite à l'Amiral.--Assurance qu'il sera rendu
justice.--Mesures prises pour l'observation de l'édit de
pacification.--Les Guises signalés comme les auteurs de
l'attentat.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que mon cousin, le Sr de
Chastillon, Admiral de France, sortoit présentement du Louvre, pour
aller disner en son logis, il luy a esté tiré, par la fenestre d'une
maison, où loge le Sr de Villemeur, qui estoit précepteur de mon
cousin, le duc de Guyse, un coup de harquebuse, duquel il a esté fort
bien blessé à la main droicte et au bras gauche; dont je suis
infinyement marry, ayant aussytost faict faire tout ce qui se peut
pour prendre (comme j'espère qu'on faira) celluy qui a donné le coup,
et sçavoir d'où cella procède, afin d'en faire faire promptement telle
et si grande justice que ce soit exemple par tout mon royaume; ayant
aussi escript, par toutz les endroicts de mon dict royaume, aux
gouverneurs des provinces et des principalles villes combien je trouve
mauvais ce malheureux acte, et la résolution où je suis d'en faire
faire justice très exemplaire, deffandant très expressément que,
soubz ce prétexte, ni aultre que ce soit, nul de mes subjectz s'en
esmeuve; mais au contraire que chascun ayt à garder et observer
inviolablement, plus que jamais, mon édict de paciffication.
Et pour ce que je ne doubte pas que incontinant les nouvelles n'en
soient par delà, je vous ay bien vouleu avec ceste dépesche, qui
estoit preste à partir, advertir, affin que vous faciez entendre de ma
part à ma sœur, la Royne d'Angleterre, ce que je vous en escriptz, et
la dellibération où je suis d'en faire faire si grande justice que
chascun y prendra exemple en mon dict royaume, et de faire, au
demeurant, garder entièrement et inviolablement mon dict édict de
paciffication; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIe jour d'aoust 1572.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous dire que ce
méchant acte procède de l'inimitié d'entre sa maison et ceux de Guyze;
et sauray bien donner ordre qu'ils ne mesleront rien de mes subjectz
en leurs querelles: car je veux que mon édict de paciffication soit de
point en point observé.
CHARLES. PINART.
CXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIVe jour d'aoust 1572.--
Première nouvelle de la Saint-Barthèlemy.--Soulèvement de la
maison de Guyse contre la maison de Chatillon.--Meurtre de
l'amiral Coligni et de ses adhérens.--Efforts du roi pour
apaiser la sédition.--Mesures qu'il a dû prendre afin de se
préserver lui-même.--Le roi de Navarre et le prince de Condé
gardés auprès du roi.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurez entendu ce que je escrivis
avant hyer de la blesseure de mon cousin l'Admiral, et comme, après ce
faire tout ce qui m'estoit possible pour la vérification du faict et
en faire faire si grande et prompte justice qu'il en feust exemple par
tout mon royaume, à quoy il ne s'est rien oublié; despuis il est
advenu que ceux de la maison de Guyse et les autres sieurs et
gentilhommes qui leur adhèrent, qui n'ont petite part en ceste ville,
comme chascun sçait, ayant sceu certainement que les amis de mon dict
cousin l'Admiral vouloient poursuivre, et exécuter sur eux vengeance
de ceste blesseure, parce qu'ils les soubçonnoient d'en estre la
cause, se sont esmeus ceste nuit passée, si bien qu'entre les uns et
les autres il s'est passé une grande et lamantable sédition, ayant
esté forcé le corps de garde qui avoit esté ordonné à l'entour de la
maison du dict sieur Admiral, luy tué avec quelques autres
gentilshommes, comme il en a esté aussi massacré d'autres en plusieurs
endroicts de la ville: ce qui s'est meu avec une telle furie qu'il n'a
esté possible d'y apporter le remède tel que l'on eût peu désirer,
ayant eu assez à faire à employer mes gardes et autres forces pour me
tenir en seureté dans mon chasteau du Louvre, ayant donné cependant
ordre partout d'appaiser la dicte sédition, qui s'est extrêmement
eschauffée par toute ceste ville. Ce qui est advenu par la querelle
particullière qui est, de longtemps, entre ces deux maisons.
De laquelle ayant tousjours préveu qu'il adviendroit quelque mauvais
effaict, j'avois cy devant faict tout ce qui m'avoit esté possible
pour l'appaiser, ainsi que chascun sçait; n'y ayant en cella rien de
la rupture de mon édict de pacification, lequel je veux au contraire
entretenir plus exactement que jamais, ainsi que je le fais sçavoir
par tous les endroictz de mon royaume, et que je vous prie aussi
faire entendre par delà à ma sœur, la Royne d'Angleterre, et aux
autres qu'il sera besoin, afin que l'on n'entre en aucune opinion de
la rupture du dict édict, ni que j'y aye aucune volonté; mais que
chascun cognoisse que j'ay grand desplaisir de ce qui est ainsi mal
advenu, et que c'est bien la chose que je déteste le plus.
J'ay près de moy mon frère, le Roy de Navarre, et mon cousin, le
Prince de Condé, pour avoir mesme fortune que moy.
Sur ce, je prierai Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avoir en
sa saincte et digne garde.
Escript à Paris, le XXIVe jour d'aoust 1572.
CHARLES. PINART.
Je vous prie de faire tenir, au plus tost, au Sr Du Croq la lettre que
je luy escris.
CXVIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVe jour d'aoust 1572.--
Continuation de la sédition.--Découverte d'une conspiration
tramée par les protestans contre le roi, ses frères et la
reine-mère.--Recommandation faite à l'ambassadeur de garder le
silence sur ces évènemens jusqu'à nouvelles
informations.--Attente de plus grands éclaircissemens.--Ordre
donné de retenir les dépêches envoyées pour Mr Du Croc en
Écosse.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous feis hyer une despesche de
l'émotion qui advint, dès le matin, qui continua hyer, et qui
véritablement, à mon très grand regret, n'est encore apaysée; mais,
pour ce que l'on a commencé à descouvrir la conspiration que ceux de
la religion prétandue réformée avoient faicte contre moy mesmes, ma
mère et mes frères, vous ne parlerez poinct des particullaritez de la
dicte émotion et de l'occasion, jusques à ce que vous ayez plus
amplement et certainement de mes nouvelles; car j'espère, dedans
aujourdhuy au soir ou demain matin, avoir esclaircy le tout; et vous
en manderay aussitost la vérité, ayant advisé vous despescher ce
courrier en toute dilligence, priant Dieu, Monsieur de La Mothe
Fénélon, vous avoir en sa saincte garde.
Escript à Paris, le lundy, XXVe jour d'aoust 1572.
N'envoyez pas au Sr Du Croc les dernières lettres que je luy
escripvois de la dicte émotion, et que je vous mandois luy faire tenir
pour ce que je luy en fairai demain, comme à vous, une bien ample.
CHARLES. PINART.
CXIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIe jour d'aoust 1572.--
Affaires d'Écosse.--Instances que doit faire l'ambassadeur auprès
d'Élisabeth au sujet de l'occupation d'Édimbourg.--Explication
du traité concernant la suspension d'armes.--Charge donnée à Mr
de L'Espinasse de passer en Écosse.--Pension payée par le roi
au lair de Grange pour retenir le château d'Édimbourg.--Secret
qu'il faut garder sur cette circonstance.--Nécessité où se
trouve le roi de conserver la paix avec l'Angleterre.--Envoi
d'un mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy.--Espoir que
la négociation du mariage pourra se continuer.
Monsieur de La Mothe, renvoyant le Sr de L'Espinasse, présent porteur,
en Escosse, j'ay advisé de vous adresser sa despesche toute ouverte,
afin que voyés le contenu en icelle, et que puissiés faire envers la
Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, qu'elle mande et fasse
faire, de sa part, comme j'escriptz au Sr Du Croc faire, de la mienne,
envers mon cousin le comte de Mar, et aultres seigneurs tenant son
parti en Escosse, pour faire incontinent sortir de la ville de
Lislebourg les soldats qui y sont, suivant l'abstinence et suspension
d'armes, laquelle j'escriptz aussi au dict Du Croc et Vérac faire,
s'il est possible, prolonger encore pour deux moys, afin qu'ilz ayent
plus de moyen et de temps de traitter quelque bonne et ferme paix au
dict païs d'Escosse, sellon la charge que je en ay donnée et le
pouvoir que je en ay envoyé.
Je luy escriptz aussi, comme verrés par mes dictes lettres,
l'interprétation qu'il fault qu'il se fasse de ces mots: _que chascun
rentrera en leurs maisons_. De quoy il fault pareillement que ma dicte
sœur, la Royne d'Angleterre, escrive bien expressément au Sr de
Drury, et qu'elle luy envoye un bon pouvoir pour tout ce que dessus,
et pour résouldre, avec le dict Sr Du Croq, suivant ce qui a esté
accordé par les Escossois, les difficultés qui se pourront mouvoir, en
traittant de la paix d'entre eux, vous priant de renvoyer incontinant
le Sr de L'Espinasse en Escosse, afin qu'il soit bientost par delà.