Puis est venu à me dire que sa dicte Maistresse avoit entendu, avec

grand plaisir, que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ait pris en bonne

part la responce que a aporté d'elle le Sr de Foix sur l'effaict du

mariage, laquelle, encores qu'elle luy ayt assés déclarée et qu'il ne

soit besoin d'en faire nulle aultre expression, si est ce que,

d'aultant que le dict Sr de Foix luy a dict que le Roy, Mon dict Sieur

et filz, auroit grand plaisir qu'elle envoyât devers luy quelqu'un

pour cest effaict, elle a délibéré d'y envoyer l'un de ceux de son

conseil, combien qu'elle ait jà donné à entendre ce qu'elle pouvoit

faire en cest endroit, et qu'elle s'y soit mise plus avant qu'elle ne

devoit, estant fille comme elle est; que le retardement du parlement

du dict seigneur de son conseil estoit procédé à l'occasion des grands

affaires qu'elle a eus, despuis quelque temps en çà, à cause des

conspirations qui se sont descouvertes; car, ayant esté choisi une

fois pour ceste charge, milord Coban, il s'est trouvé l'un de ceux qui

sont fort chargés des dictes conspirations; et, despuis, ayant esté

destiné un aultre en sa place, sa dicte Maistresse en avoit aussi eu

quelque soubçon qui l'empeschoit de se pouvoir fier à luy; de sorte

qu'elle a esté contraincte de se résoudre à un aultre qu'il estime

debvoir partir bientost, et que nous aurons agréable. Toutes

lesquelles choses je lui ay bien fort gratiffiées et asseuré que le

dict seigneur seroit le très bien venu.

Après ces propos, il s'est un peu rettiré de moy, comme s'il eust

voulleu prendre congé, toutesfois estant demeuré un espace de temps

ferme devant moy sans me parler, je luy ay demandé des nouvelles de la

Royne d'Escosse, ma belle fille; sur quoy il m'a dict qu'elle estoit

en la maison du comte de Scherosbery, bien traictée, ainsi qu'il

appartient à son estat, mais non toutesfois en telle liberté qu'elle a

esté cy devant, pour faire beaucoup de mauvaises entreprinses, ainsi

qu'il s'est descouvert qu'elle voulloit faire, s'estant trouvé, par

l'accusation du duc de Norfolc, et aulcune de ses lettres qu'elle luy

a escriptes, comme elle estoit entrée en deffience du Roy, Mon dict

Sieur et fils, et de moy, disant que nous adhérions plustost à ma

dicte bonne sœur, ez choses qu'elles avoient à débattre ensemble, que

à elle; et que partant elle estoit résollue, se voyant ainsi destituée

de nostre costé, d'entendre au mariage de don Jehan d'Austria, et

d'envoyer son filz en Espaigne, par le moyen d'un sieur auquel elle en

escrivoit, affin d'en faire aussy là le mariage.

Je luy ay respondu, là dessus, que j'estois bien aise que ma dicte

bonne sœur eût, par là, occasion de cognoistre combien l'on estime

que nous marchons syncèrement en la conservation de son amitié; et

estimois que l'on mettoit sus beaucoup de choses à ma dicte belle

fille que je ne pouvois quasi croire.

Sur quoy il m'a répliqué que, si le Roy, Mon dict Sieur et filz,

voulloit, toutes les mauvaises pratiques qu'elle a faictes contre sa

Maistresse et les choses contenues cy dessus se vériffieroient en peu

de temps, en Angleterre, avec vous, par les procès verbaux et

originaux des lettres escriptes, qui vous seroient représentées.

Après cella je luy ay dict que le Roy, Mon dict Sieur et filz,

desireroit bien sçavoir du bon portement de ma dicte belle fille, et

seroit en quelque bonne vollonté, pour en estre plus assuré, de

l'envoyer visitter.

Il ma dict que sa Maistresse estoit princesse de vérité, et

l'asseuroit de son bon portement, et qu'il peut croire qu'elle ne luy

voudrait poinct faire aulcun mauvais traictement, luy semblant que ce

ne luy est pas beaucoup d'honneur, estant telle qu'elle est, de s'en

soucier si fort.

Après ce propos, il m'a dict qu'il avoit charge, de sa dicte

Maistresse, de parler à moy ouvertement, et de me déclarer ce qu'elle

a sur le cœur, qui est que, si le Roy, Mon dict Sieur et filz,

voulloit prendre résollution avec sa Maistresse d'appaiser les

troubles d'Escosse, et d'y establir l'obéissance du jeune Roy, sans

parler, en façon du monde, de la dicte Royne, ma belle fille, elle

estime que les choses se pourroient aisément accorder au commun bien

et repos de tout le royaulme et à nostre contentement.

Sur lesquelz deux derniers poincts, à sçavoir: de vériffier avec vous

les charges de ma dicte belle fille; et le dernier, de l'accommodement

des affaires du dict Escosse; je luy ay respondu que j'en parlerois au

Roy, Mon dict Sieur et filz, pour luy en rendre responce à Bourgueil,

auquel lieu je luy ay assigné une nouvelle audience. Bien luy voullois

je dire, comme de moy mesmes, que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ne

pourrait jamais délaysser la dicte Royne d'Escosse; car, oultre ce,

qu'elle est Royne d'un royaulme qui a une ancienne et estroicte

confédération avec le sien, elle est son alliée de si près, qu'il ne

seroit jamais trouvé bon qu'il l'abandonnât en son affliction, telle

qu'elle l'a aujourdhuy, luy semblant appartenir à son honneur

d'assister à tous les princes qui sont ses alliés, et ne les délaisser

non plus qu'il ne le voudroit faire à l'endroict de sa dicte

Maistresse, en façon du monde, quand elle viendroit à tomber en

quelque affliction.

Il m'a replicqué là dessus que le Roy, Mon dict Sieur et filz,

n'auroit poinct occasion de rien craindre en cessi, ayant, d'un costé,

l'amitié des princes protestants, comme elle luy est bien asseurée par

le moyen de l'édict de pacification, et, d'un aultre costé, celle de

l'Angleterre, me priant de rechef que je luy en parlasse.

Qui est le sommaire de tout le propos que j'ay eu avec luy, désirant,

le Roy, Mon dict Sieur et filz, avoir vostre advis sur ce qu'il a

proposé de vériffier, en vostre présence, tout ce qui s'est dict par

delà des menées et conspirations qui ont esté conduittes par ma dicte

belle fille, la Royne d'Escosse; dont je vous prie le rendre certain

par vostre première dépesche. Cependant il ne manquera de vous donner,

cy après, advis de ce qu'il résoudra et respondra sur iceulx poinctz

au dict Sr de Quillegray; auquel j'ay aussy parlé des deux mille escus

au mesme langage porté en vostre dépesche du Ve du passé; et ay escusé

ce que j'en avois cy devant respondu au dict Sr de Walsingam sur ce

que je ne l'avois bien entendu.

A quoi il m'a réplicqué qu'il sembloit que vous eussiés eu quelque

intelligence avec les gens du dict de Norfolc. Laquelle je luy ay dict

avoir possible esté pour l'adresse des dictz deux mille escus, mais

qu'elle ne se trouvera poinct s'estre estendue ez choses dont l'on

accuse le dict duc. Ce qu'il m'a confessé, me disant qu'il fauldroit

donc rendre les dictz deux mille escus.

A quoy je luy ay respondu que, estant, sa Maistresse, si bonne amie du

Roy, Mon dict Sieur et fils, je croy qu'elle ne voudroit, pour deux

mille éscus, faire chose qui contrevienne à la dicte amitié. Et sur

cella il m'a dict qu'il luy en escriroit, de sorte que je ne fais

poinct de doubte que les dicts deux mille escus ne vous soyent

restitués. Sur ce, etc.

Escript à Duretat, le 1er jour de décembre 1571.

CATERINE. BRULART.

NOTA. Ici, se trouve dans les cahiers déposés aux archives, qui

jusques-là sont à peu près complets, une lacune de six mois

entiers. Sauf deux lettres des 7 février et 28 mai 1572, qui se

sont retrouvées dans les papiers de l'ambassadeur, la

correspondance ne reprend qu'au 22 juin 1572, deux mois avant la

Saint-Barthèlemy. Les lettres qui manquent, d'après les

énonciations contenues dans les dépêches, sont celles des 19 et

24 décembre 1571; 5, 7, 9, 10, 11, 19 et 31 janvier; 11 février;

4, 8, 10, 20, 22 et 31 mars; 19, 20 et 22 avril; 2, 10, 27 et 28

mai; 7, 17, 23, 25 et 27 juin; 11 et 14 juillet, et 7 août 1572.

CV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de febvrier 1572.--

Mission donnée à Mr Du Croc en Angleterre pour traiter de la

négociation concernant Marie Stuart et l'Écosse.

Monsieur de La Mothe, envoyant le Sr Du Croc, mon conseiller et

maistre d'hostel ordinayre, présent porteur, par dellà, suivant ce qui

a esté advizé entre mes depputés et les ambassadeurs de la Royne

d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, pour, avec le gentilhomme qui

sera aussy député de sa part, procurer et moyenner d'ung commun

consentement la réconcilliation et paciffication des troubles et

divisions du royaume d'Escosse, et cependant fère accorder une

cessation et abstinence d'armes entre ceux de l'un et l'aultre party

du dict pays, je luy ay, par mesme moyen, donné charge de requérir et

prier, de ma part, la dicte Royne d'Angleterre luy permettre de veoir

et visiter la Royne d'Escosse, Madame ma sœur, suivant ce que j'ay,

ces jours passés, escript à icelle Royne d'Angleterre, pour toute

instance envers elle, de mettre en liberté ma dicte sœur, la Royne

d'Escosse, et l'envoyer, icy, près de moy. En quoy je vous prie de

vous employer, tous deux, avec une bonne et mutuelle intelligence; et,

au demeurant, croire le dict Sr Du Croc de ce qu'il vous dira de ma

part.

Escript à Blois, le VIIe jour de febvrier 1572.

CHARLES. PINART.

CVI

INSTRUCTION POUR LE FAICT DU MARIAGE.

--du XXVe jour d'apvril 1572.--

Négociation de Mr de Montmorenci et de Foix (_Original_).

Estant Monseigneur le duc de Montmorency, pair et maréchal de France,

gouverneur pour le Roy et son lieutenant général à Paris et Isle de

France, et Messieurs de Foix et de Boistaillé, conseillers en son

conseil privé, despéchez, de la part de sa Majesté, pour aller en

Angleterre affin d'estre présentz, et avec eulx le Sr de La Mothe

Fénélon, ambassadeur de Sa Majesté au dict pays, pour assister au

serment que la Royne d'Angleterre doibt faire pour l'entretènement et

ratiffication du traicté qui a esté naguières conclud et arresté entre

les depputez de Sa dicte Majesté et les ambassadeurs de la dicte Dame

Royne,

Sa dicte Majesté a, oultre cella, advisé, pour un plus grand bien, et

estreindre davantage leur amitié, de donner particullièrement pouvoir

à mon dict sieur duc de Montmorency, et aus dictz sieurs de Foix, de

Boistaillé et de La Mothe, de fère ouverture et proposer à la dicte

Dame Royne le mariage de Monseigneur le Duc d'Allençon, frère du Roy,

avec elle. Sur quoy ilz auront à luy dire de la part de Sa Majesté:

Qu'elle est infiniment aise, contente et satisfaicte de veoir la bonne

et perfecte amityé, et intelligence d'entre eulx, renouvellée,

confirmée et fortiffiée par ce dernier traicté, si bien qu'ilz se

peuvent dire aujourdhui deux vrays et perfectz amys, voisins, alliez

et confédérez; et, encores que Sa dicte Majesté s'asseure que, Dieu

les ayant si bien uniz, il leur fera aussy la grâce de continuer et

persévérer à jamais en ceste bonne amityé et voisinance.

Toutesfoys considérant qu'il n'y a rien qui lye plus estroictement,

nourrisse et entretienne davantaige la paix et amityé entre les roys

et grandz princes que le mariage et les alliances qui se font des ungs

avec les aultres, Sa dicte Majesté, qui n'a rien plus à cœur que de

demeurer ferme et constante en ceste bonne, vraye et perfecte amityé,

voisinance et intelligence, qui est entre elle et la dicte Royne

d'Angleterre, desireroit bien, pour la rendre inviolable, y adjouster

ce dernier lyen indissoluble de mariaige.

Et considérant, Sa dicte Majesté, les moyens qu'elle pouvoit avoir de

parvenir à ceste sienne seureté et sincère intention, ayant, à son

très grand regret, failly à ce faire de la personne de Monseigneur le

Duc d'Anjou, son frère, pour les difficultez et scrupulles qui y sont

intervenuz à cause de l'exercice de relligion, elle a pensé qu'elle ne

pouvoit mieulx renouer ceste négociation, et rentrer en ces termes de

mariaige que par le moyen de Monseigneur le Duc d'Allençon, aussy son

frère, estant ung subject pour mieulx pouvoir accommoder les

conditions au contentement des deux partyes.

Et, sur ce, entreront, mon dict seigneur de Montmorency et les dictz

sieurs de Foix et de Boistaillé et de La Mothe, à proposer et fère

ouverture de ce mariage avec la dicte Dame Royne, remectant Sa dicte

Majesté à eulx de luy fère si bien entendre les bonnes partyes qui

sont en Mon dict Seigneur le Duc, lesquelles ilz cognoissent et

savent, mieux que nulz autres, estre de très grande espérance; sur

quoy ilz s'estendront comme ilz verront qu'il sera à propos et qu'ilz

sauront très bien et dignement fère.

En faisant laquelle proposition, ilz représenteront à la dicte Dame

Royne le grand bien qui adviendra du dict mariaige à toute la

Chrestienté, spéciallement à ces deux royaumes, et aussy le

contentement que cella aportera à l'une et à l'autre de Leurs

Majestez; d'aultant que les dictz deux royaumes seront lors uniz avec

une perfecte et sincerre intelligence, et que c'est chose que icelle

Dame Royne doibt desirer, considéré l'estat de ses affères, avec

plusieurs occasions qui sont et peuvent advenir journellement en

diverses sortes; sur lesquelles Sa Majesté remect à eulx de parler et

discourir en cella amplement, ou aller plus retenuz, ainsy qu'ilz

verront et congnoistront qu'il sera à propos pour rendre le tout

agréable à la dicte Royne.

Et, si icelle Royne entend voluntiers ce propos, comme Sa Majesté et

la Royne, sa mère, désirent infiniment, pour un fort grand bien,

suivant l'advis des plus grands conseillers de ce royaulme, les dictz

Srs de Montmorency, de Foix, de Boistaillé et de La Mothe, entreront

franchement en ce négoce, et y vaqueront selon le pouvoir qui leur en

a esté baillé; observant exactement la responce et contenance qui leur

sera sur ce faicte par icelle Royne, affin que, selon ce qu'ilz

jugeront, ilz se comportent dextrement en cest affaire, pour tirer le

plus de lumière qu'ilz pourront de son intention et volunté, regardans

d'acheminer cest affaire avec la dicte Dame, Royne d'Angleterre, ou

ceux qu'il luy plaira depputer pour en traicter, conclurre et

arrester; dont et desquelles choses, et de toutes les autres

particullaritez qu'ilz estimeront appartenir à cest affaire, ilz

donneront bon et continuel advis à Sa dicte Majesté qui remect à eux,

selon leur grande suffisance et affection qu'ilz ont à son service, de

s'estendre au demourant en cest affaire aultant qu'ilz congnoistront

qu'il sera besoing, suivant l'intention de Sa dicte Majesté, honneur

et réputation d'elle et de ses affères.

Et, affin que les dictz seigneurs ambassadeurs se puissent ayder de

tous les moyens qu'ilz pourront pour bien faire réussir leur

négociation, faciliter et parvenir au dict mariaige, le Roy veult et

leur ordonne qu'ilz trouvent les moyens que l'ung d'eulx face bien à

propos entendre au Sr conte de Lestre le désir, que le Roy a, qu'il

preigne alliance en quelque une des meilleures et plus grandes maisons

de son royaulme, suivant la volunté qu'il s'est quelquefoys laissé

entendre qu'il avoit de se marier en France, et la bonne et grande

affection que Sa Majesté a de faire pour luy en cella, luy proposant

le party de Mademoiselle de Bourbon, ainsy que Sa Majesté en a advisé

avec mon dict seigneur de Montmorency, et encores despuis avec le

dict sieur de Foix pour, après, selon qu'il se congnoistra de son

desir, l'entretenir en ceste bonne volunté et l'asseurer tousjours

qu'il aura en cella toute faveur et la mesme bonne asistance de Leurs

Majestez et de Messeigneurs, frères du Roy, qu'il sçauroit desirer, et

luy faire davantaige, selon qu'ilz congnoistront qu'il sera besoing,

offre et assurance de biens et présents que luy fera le Roy, s'il se

marie en France;

Voulant aussy Sa dicte Majesté que les dictz seigneurs ses

ambassadeurs facent, par tous aultres moyens courtoys et honnestes, ce

qu'ilz pourront faire et faire faire pour gaigner et réduire à leur

dévotion les personnes qui se sont cy devant monstrez contraires au

mariaige de Monseigneur le Duc d'Anjou et de la dicte Royne, quand il

s'en est parlé; et qu'ilz n'y espargnent rien, mais regardent

d'employer, à leur faire des présentz et à ceulx qui pourront servir

en cest affaire, comme ilz verront qu'il sera à propos, jusques à dix

ou douze mille escuz, dont le trésorier de l'espargne trouvera moyen

de recouvrer lettres de crédict pour les faire fournir par delà, et il

les rendra, icy, ensemble les intérestz.

Et, s'il plaist à Dieu que le dict propos de mariaige d'entre la dicte

Royne et Mon dict Seigneur le Duc soit agréable par delà, et que l'on

en entre en négociation, le Roy veult que mes dictz seigneurs ses

depputez proposent les mesmes demandes et condicions qui furent

faictes pour Mon dict Seigneur le Duc d'Anjou, et bailler par escript

pour Mon dict Seigneur le Duc la déclaration de ses duchez, contés et

seigneuries, qui sont de grand revenu, n'y comprenant toutesfoys la

ville de Caen, ny le revenu d'icelle, à cause qu'elle est frontière,

mais bien la valeur en aultre terre, que le Roy baillera à Mon dict

Seigneur le Duc en récompense.

Faict à Bloys le XXVe jour d'apvril 1572.

CHARLES. PINART.

CVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour de may 1572.--

Nécessité de conclure sans retard le traité concernant le

commerce.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Flandres et

d'Espaigne ce qui vient bien à propos, car cella sera cause que

doresnavant les dicts Anglois feront tout leur trafiq à commercer en

ce royaume. Voylà pourquoy il sera bon que, le plus tost que vous

pourrez, l'on face une résolution de ce qui reste à accorder pour le

faict du fondicq[121] qu'ils veullent avoir de deçà, suyvant nostre

dernier traicté, car cella leur apportera une grande commodité et sera

cause d'un grand proffit pour nous, et, sy vous n'en pouvez faire une

fin avant l'arrivée des dicts sieurs de Montmorency et de Foys pour

les empeschemens que vous a dicts le milord de Burgley qu'ils ont à

cause de leur dict parlement, il faudra qu'en négociant les autres

affaires dont vous avez tous trois charge, vous faciez aussy une

résolution de cestuy cy, car, le plus tost qu'il pourra estre expédié

et le dict commerce estably, ce sera le meilleur pour eulx et pour

nous. Et vous fais ceste dépesche pour le Roy, Monsieur mon fils, et

pour moy, d'aultant qu'il est allé à la chasse. Et prie Dieu, etc.

Escript à Monpipeau, ce XXVIIIe jour de may 1572.

CATERINE. PINART.

[121] Magasin, entrepôt.

CVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIIIe et XXVe jours de juing 1572.--

Affaires d'Écosse.--Négociation du mariage.--Départ des seigneurs

anglais qui avaient été envoyés en France pour complimenter le

roi.--Présens qui leur ont été faits.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ordre pour le

faict du dict païs d'Escosse et ez mains de qui sera randu le chasteau

de Humes, d'aultant que j'estime que ceux du chasteau de Lislebourg ne

le pourroient pas garder, à present, en l'estat qu'ilz sont. De le

mettre aussy ez mains de ceux de l'aultre parti, ce seroit

desfavoriser les dictz de Lislebourg, et estre cause de les désespérer

et qu'ilz s'endurciroient et irriteroient davantage les uns contre les

aultres. D'aultre part, il fault aussy que la Royne d'Angleterre vuide

ses mains selon nostre traicté. Voylà pourquoy il est très nécessaire

de cercher promptement quelque bon expédient, pendant qu'estes de

delà, pour appaiser les troubles d'Escosse et accorder les subjectz

sur le faict de l'administration des affaires du dict païs. Et

cepandant je croy qu'il ne sera que bon que le dict chasteau de Humes

soit mis ez mains et en la charge de quelque escossois, riche, sage et

très bien affectionné à la paix du dict pays, qui se choisira avec

l'advis du sieur Du Croc; à qui il sera bon que en escriviés pour nous

en mander son opinion.

Je luy en escris aussy un mot que je vous prie luy faire tenir avec

voz lettres, quand luy escrirés; vous priant, au demeurant, de vous

employer, avec toutes les dextérités et moyens que penserés que

pourront servir, au mariage de la Royne d'Angleterre avec mon frère le

Duc d'Alençon, affin que je puisse estre résollu du tout, avant que

partiés pour venir de deçà; car il importe, pour mon servisse et pour

le bien de mes affaires, qu'il y soit mis fin promptement sans en

laisser tirer à la longue la négotiation, comme peut estre il

adviendroit si vous n'y pourvoyés ainsi que je desire et veux que

fassiés et qu'il vous sera aisé; car s'en retournans à présent d'ici

ces seigneurs anglois si contentz qu'ilz sont, et monstrants de

desirer bien fort que le mariage se fasse avec mon dict frère le Duc

d'Alençon, qu'ilz ont pour ce fort agréable, je ne double pas qu'ils

ne fassent, par lettre et en personne, quand ilz seront de retour de

delà, à ceste occasion, tous bons offices envers leur dicte Maistresse

et envers ses principaux ministres aussy.

Ils doibvent partir ce jourdhuy, et a esté donné ordre qu'ilz seront

accompaignés et conduicts fort honnorablement et accommodés de tout ce

qu'il leur faudra jusques à Bouloigne, estant aussy mon cousin le duc

de Longueville et le sieur de Piennes bien advertis pour cest effaict,

de sorte qu'il ne leur manquera rien; et m'asseure qu'ilz se loueront

bien fort du bon traictement qu'ilz auront eu par deçà. J'ay faict

présent au Sr comte de Lincoln d'un fort beau buffet d'environ de la

valleur de douze mille livres, au dict Smith d'un aultre d'environ

mille escus, et au dict Walsingam d'un aultre d'environ deux mille

livres, oultre les présentz qu'ilz eurent dernièrement. Je fais donner

aussy, mais c'est sans aulcune cérémonie, au Sr de Mildemor et vice

admiral, à chascun une cheine de six cens escus; et si, fairay servir

le nefveu du comte de Lestre de gentilhomme de ma chambre, et sera

tousjours bien vollontiers veu, pendant qu'il sera icy, pour l'amour

du dict sieur comte son oncle.

Estant ce que, pour ceste heure, je vous puis escrire si ce n'est pour

vous dire qu'il sera besoin qu'advertissiés souvent les Srs Du Croc et

Vérac de ce que vous fairés pour le costé d'Escosse, affin qu'ilz

asseurent ceux de Lislebourg et ceux aussi de l'autre parti, et que

chascun cognoisse pareillement que ce que je fais et desire en cella

n'est que pour establir, s'il est possible, la paix et repos en

Escosse; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Bouloigne, ce XXIIIe jour de juing 1572.

CHARLES.

J'espère renvoyer demain le Sr de L'Espinasse que le Sr Du Croc m'a

envoyé pour les affaires d'Escosse. Sur quoy je ne puis prendre aultre

résollution, mais le remets à ce que vous en ay escript par mes deux

dépesches dernières et à ce que je vous en ay mandé encore par ceste

cy; vous priant de vous y employer tous trois le plus tost et le plus

dilligemment que vous pourrés; car, à ce que j'ay entendu et sceu

certainement, ceux de Lislebourg sont à l'extrémité, et est à craindre

qu'ilz se désespèrent et se mettent ez mains de quelqu'un de noz

voysins, ce que je veux évitter, et conserver, en ce faisant,

l'ancienne amitié que j'ay avec les Escossois, et observer aussy

sincèrement et entièrement le dernier traicté d'entre la Royne

d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et moy, qui vous prie l'en

asseurer, quand vous parlerés du faict du dict Humes et aviserés du

dict faict d'Escosse.

Du chasteau de Bouloigne, ce XXVe jour de juing 1572.

CHARLES. PINART.

CIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XIe et XIIIIe jours de juillet 1572.--

Retour de Mrs de Montmorenci et de Foix.--Négociation du

mariage.--Desir du duc d'Alençon de passer en

Angleterre.--Motifs qui empêchent le roi de le lui

permettre.--Conférence de Catherine de Médicis avec

Walsingham.--Demande faite par les Anglais de la restitution de

Calais, en considération du mariage, ou, à défaut, proposition

d'un partage dans les Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--Nécessité

d'insister auprès d'Élisabeth pour qu'elle abandonne les

châteaux qu'elle occupe dans ce pays.--Espoir du roi

qu'Élisabeth entrera en guerre avec le roi d'Espagne.

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 20 / 44 段