Monsieur de La Mothe Fénélon, pour ce que la peinture de mon fils

n'estoit pas du tout parachevée, quand vostre homme partit

dernièrement, je ne vous l'ay plus tôt peu envoyer qu'à ceste heure

par Vassal, présent porteur; encores n'a ce peu estre en une seulle

peinture, de la main de Me Jarriet, comme j'heussé désiré. Il n'eust

le loisir que de faire, comme vous verrés, le visage, qui est fort

bien, et parfaictement faict, après le vray naturel; et l'aultre

peinture, qu'il a aussy faicte, servira seullement pour la taille, qui

est aussy la vraye semblance de mon dict fils, mais il ne s'est pas,

en ceste peinture, amusé à faire parfaictement le visage, pour ce que

l'aultre estoit faict et que je voullois faire partir en dilligence ce

porteur.

Je suis d'advis que vous baillez les dictes deux peintures au sieur

comte de Lestre et faudra que vous luy fassiez aussy entendre ce que

je vous ay mandé, et que vous accommodiez cella de telle sorte qu'il

soit prins de bonne part, en attendant que le dict Me Jamet ait

paraschevé la peinture qu'il faict en plus grand volume, que j'espère

vous envoyer cy après, si nous voyons que les choses succèdent comme

je le desire, et qu'il me semble que l'on desire aussy par delà, par

ce que j'ay veu par voz dernières petites lettres[101], l'une du jour

de St Jehan qui estoit dedans un de voz pacquetz, et l'aultre que m'a

baillée ce dict porteur.

[101] Voyez CLXXXVIIIe et CLXXXIXe dép., tom. IV, page 155 et

163.

Auxquelles, pour responce, je vous diray que nous avons prins fort

grand plaisir d'entendre, par icelles, que les choses soyent en si

bons termes, et tant affectionnées de la part de la Royne d'Angleterre

et du dict comte de Lestre, et aussy du comte de Sussex et de milord

Burgley, auxquels nous sçavons infiniment bon gré des bons offices

qu'ils font; mesmement au dict sieur comte de Lestre, qui démonstre

bien, par ce que me mandés, la bonne volonté qu'il y a, dont il se

peut asseurer que, les choses advenant ainsi que j'espère qu'elles

fairont et comme nous le desirons, qu'il cognoistra par effect le bon

gré que luy en sçavons. Mais, affin que cessy soit bientost résollu,

il fault que, par son moyen, les articles que nous demandons et qui

sont mentionnés en l'instruction que vous a portée le Sr de Larchant,

nous soyent accordés, s'il est possible, avec le plus d'avantage que

vous pourrez les estendre et moyenner, et que cella soit asseuré, sans

le remettre à quand mon dict fils sera par delà, comme me mandés par

vostre dicte lettre. Et par ce moyen mon dict fils en aura plus de

contentement et d'obligation à la dicte Royne et aux gens de bien qui

manient cest affaire; lesquelz je vous prie d'entretenir toujours en

la bonne volonté et affection qu'ilz montrent avoir en cest affaire,

et qu'ilz fassent en sorte que les choses n'aillent point à la longue,

et que, pour oster le moyen à ceux qui y veullent traverser, le tout

se puisse promptement résoudre comme il est très nécessaire, et que

nous le desirons; vous priant de continuer à travailler tellement en

cessy, comme desjà vous avés si bien commencé, que de brief nous y

puissions voir une bonne et honnorable résollution.

Je vous prie me faire ce plaisir que je puisse avoir bientost une

peincture de la Royne d'Angleterre en petit volume, de la grandeur (et

qu'elle soit bien pourtraicte), et faicte de la façon mesme de celle

que m'avez envoyée du dict comte de Lestre, ainsi que vous dira le

dict Vassal; car la peinture que nous en avons est du tout en plat,

qui n'a pas si bonne grâce qu'elle aura, estant un peu tournée sur le

costé droict.

Et quand à ce que m'avez escript d'icelluy sieur comte de Lestre, je

suis bien marrie que, par ce dict porteur, je ne luy peus envoyer la

peincture de ma cousine la duchesse de Nevers de Montpensier, mais

elle ne s'est poinct encore faicte peindre, à cause qu'elle a esté un

peu malade; le peintre y travaille, et j'espère vous l'envoyer

incontinent qu'il aura faict. Je luy ay parlé de ce que sçavés: elle

m'a fort sagement respondu qu'elle n'avoit aultre volonté que celle de

mon cousin le duc de Montpensier, son père, qui est en sa maison de

Champigny. Je lui en eusse volontiers escript, mais vous cognoissés le

personnage; qui pense que le meilleur sera que je luy en parle moy

mesme, comme je fairay aussytost qu'il sera avecque nous, et de si

bonne affection que j'espère que icelluy sieur comte en recevra

satisfaction et contentement. Me remettant, pour le reste de voz

dépesches, à ce que vous escript le Roy, Monsieur mon fils[102], et à

ce qu'il vous mande pour responce à voz dernières dépesches, je ne

vous fairay plus longue lettre si n'est pour vous recommander encores

une fois d'affection la dicte négociation des petites lettres, dont

j'espère que nous aurons bientost de bonnes nouvelles par le Sr de

Larchant; priant Dieu, etc.

Escript à Monceaulx, le IIIe jour de juillet 1571.

CATERINE. PINART.

[102] Cette lettre manque.

(_Est adjousté de la main de la Royne._)

Je vous prie que bientost en puissions voir ce que desirons, car la

longueur ne porte que subject à ceux qui ne desirent la grandeur de

mon fils, et qui ayment mieux leur maison, bien et grandeur qu'ils

espèrent icy, qui ne font que luy dire beaucoup de choses qui ne

peuvent apporter rien de bon à son servisse.

XC

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de juillet 1571.--

État de la négociation du mariage.--Assurance donnée par

Walsingham que la reine d'Angleterre veut fermement épouser le

duc d'Anjou.--Protestation de Catherine de Médicis qu'elle

partage le même désir.--Recommandation faite à l'ambassadeur au

sujet de cette négociation.

Monsieur de La Mothe Fénélon, ceux qui ne désirent pas le mariage

d'entre la Royne d'Angleterre et mon dict fils, le Duc d'Anjou, ont

fait courir le bruict par deçà que ce que la dicte Royne faisoit en ce

négoce, n'estoit pas de bonne volonté qu'elle y eût, mais seullement

pour se servir du temps. Cela véritablement nous a fait penser à cest

affaire, et aller plus rettenus, et a esté cause que mon dict fils,

pour ceste occasion, n'en a pas voullu tesmoigner, comme aussi

n'estoit il pas raisonnable, qu'il y eût si grande affection.

Dont le Sr de Walsingam, qui en a eu advis d'Angleterre, et des

aultres bruits que ces gens là mesmes ont faict courir par toute la

Chrestienté, pour tascher à rompre ce traicté de mariage, m'a faict

dire que, tant s'en fault qu'il soit vray qu'icelle Royne y procède

par dissimulation qu'au contraire elle y marche de très bon pied, et

ses principaux ministres aussi: qui l'ont expressément escrit au dict

Sr de Walsingam pour me le dire ou faire dire, comme il a fait par mon

cousin le Sr de Foix; et qu'icelle Royne et tous les siens ne

desireront jamais tant chose qu'ils font la conclusion d'icelluy

mariage. Dont le Roy, Monsieur mon fils, et moy, et aussi mon dict

fils, le Duc d'Anjou, sommes aises, espérant, puisqu'ainsi est, que,

par le Sr de Larchant que nous attendons en bonne dévotion, vous nous

envoyerés les responces des conditions que nous desirons, et les

aultres choses que vous avés entendues par luy, si avancées qu'il s'en

prendra bientost quelque bonne résolution, comme il est nécessaire et

que nous desirons; ainsi que vous pourrés asseurer la dicte Royne et

tous ceux de ses ministres qui conduisent cest affaire; et leur dire

hardiment que nous y marchons aussi de fort bon pied, et qu'ils ne

croyent rien de tous les bruits qui pourroient courir du contraire,

qui ne sont que pour rompre cest affaire; lequel je vous recommande

sellon la parfaicte confiance que nous avons en vous; à qui j'en ay

voullu incontinant faire ceste lettre, ayant sceu que tous ces bruicts

couroient, afin que, si l'on vous en parle de delà, vous asseuriés

tousjours la dicte Royne et ses ministres de nostre sincère volonté et

bonne affection. Et sur ce, etc.

Escript à Monceaux, le VIIIe jour de juillet 1571.

_Par postille à la lettre précédente._

Ceste lettre vous servira d'advis pour en user discrètement, comme

vous sçavés très bien faire; car si de delà, ils ne sçavoient encore

tous ces faux bruits, vous vous conduirés en cela et leur parlerés

ainsi que vous le jugerés à propos. Ce VIIIe jour de juillet 1571.

CATERINE. PINART.

XCI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

--du XXVe jour de juillet 1571.--

Confidences sur la négociation du mariage.--Regret qu'éprouve

Catherine de Médicis du refus fait par le duc d'Anjou de passer

en Angleterre, sans avoir l'assurance de l'exercice public de

la religion catholique.--Menaces contre les conseillers qui le

poussent à cette détermination.--Résolution de Catherine de

proposer le mariage d'Élisabeth avec le duc d'Alençon, s'il ne

peut succéder avec le duc d'Anjou.--Proposition d'une ligue

avec la reine d'Angleterre.--Recommandation de brûler la

lettre, et de ne se fier à aucun écrit qui ne porterait pas la

signature du roi ou de la reine-mère.

Monsieur de La Mothe Fénélon, comme j'ay une particulière confience en

vous, je ne vous celleray poinct que l'humeur, en laquelle est mon

fils d'Anjou, me faict bien grande peyne; il est tellement obstiné à

ne passer en Angleterre, sans avoir une publique asseurance pour

l'exercisse de sa religion, que le Roy ni moy n'avons peu obtenir

qu'il se soit fié à la parolle de la Royne d'Angleterre. Nous

soubçonnons fort que Villequier, Lignerolles, ou Sarret, possible,

tous trois, soyent les autheurs de ces fantaisies: si nous pouvons en

avoir aulcune asseurance, je vous asseure qu'ils s'en repentiront.

Pour tout cela, je ne veux pas que nous nous rebuttions, car,

possible, pourrons nous gaigner quelque chose sur son esprit, ou sur

celluy de la dicte Royne.

Si, par malheur, les choses ne peuvent pas s'accorder pour mon dict

fils, comme je le souhaite, je suis résollue de faire tous mes efforts

pour le faire réheussir pour mon fils d'Alençon, qui ne sera pas si

difficile. Cependant, comme on nous propose de tascher de faire une

ligue avec icelle Royne, pour nous l'attacher davantage, et esloigner

le fils de l'Empereur et aultres, ne faictes jamais semblant de cessy;

mais bruslez la présente, après l'avoir leue, et ne croyés rien que

l'on puisse vous dire, ou escrire, que ce que vous verrés par lettres

signées de la main du Roy ou de moy, qui ne vous dis pas cella sans

raison; car ceux qui ne desirent pas que les choses qui sont, grâces à

Dieu, si bien advancées et disposées, réheussissent et s'effectuent,

sont assés artificieux pour publier ou escrire ce qu'ils penseront qui

soit pour empescher ce bon œuvre; priant Dieu, etc.

A Fonteinebleau, ce jeudi XXVe jour de juillet 1571.

CATERINE.

XCII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXIe jour de juillet 1571.--

Retour de Mr de Larchant.--Réponse d'Élisabeth sur l'article

concernant la religion.--Résolution du roi d'envoyer Mr de Foix

en Angleterre pour discuter cet article.--Affaires

d'Écosse.--Surveillance nécessaire à l'effet d'empêcher toute

entreprise des Anglais sur ce pays.--Recommandation de faire en

faveur de Mr de Vérac toutes les démarches utiles pour procurer

sa liberté, s'il était vrai qu'il eût été fait prisonnier en

Écosse.--Ferme assurance donnée par le roi qu'il n'abandonnera

jamais Marie Stuart.--Recommandation faite à l'ambassadeur de

se conduire avec assez de prudence pour éviter la

guerre.--_Instruction remise à Mr de Foix._

Monsieur de La Mothe Fénélon, à ce que j'ay veu par les lettres que

m'avés escrites, du IXe de moys, touchant la négotiation, et despuys

par celles que m'avés aussy escriptes le XIe ensuivant, que m'a

apportées le sieur de Larchant, et entendu par ce qu'il nous a dict de

bouche, et davantage considéré ce que me mandés et à la Royne, Madame

et Mère, par vos dépesches des XIVe, XXe, et XXIIe de ce moys[103], il

se trouve de grandes difficultés sur l'article de la religion. Ayant à

ce propos mis en grande considération ce que la Royne d'Angleterre,

Madame ma bonne sœur et cousine, dict au dict de Larchant, et encores

depuis à vous; qui est qu'elle ne pense ne pouvoir consentir que mon

frère ait l'exercisse de la religion par delà, et que cella pourroit

estre cause (si elle la luy accordoit comme nous le desirons pour luy

et les siens) de troubler son estat, ce qu'elle aymeroit mieux être

morte que de voir; voylà pourquoi je pense qu'il estoit très

nécessaire, premier que envoyer mes depputés de delà, qu'il y allât

quelque personnage bien entendu et agréable pour le faict de la dicte

négotiation. Et pour ce que je pense que Mr de Foix, mon cousin, y

seroit fort propre, je l'ay prié d'en accepter la charge, comme il a

faict, lui ayant faict faire une instruction bien ample et lettres de

ce que luy et vous aurés à faire en cella; ayant avisé de vous

renvoyer cependant ce présent porteur pour vous en advertir, et pour

vous dire que, avant hier, après disner, nous ouismes sur cella le Sr

de Walsingam, qui s'est tousjours monstré bien affectionné à cest

affaire, si ce n'est quand au dict poinct de la religion, pour lequel

véritablement il se rend difficile, et croy qu'il en pourra escrire à

sa Maistresse selon sa passion; mais, le dict sieur de Foix arrivant,

comme il faira bientost par delà, vous faira entendre toutes choses

et comme vous aurés à vous y gouverner en cella.

[103] Voyez CXCe, CXCIe, CXCIIe, CXCIIIe et CXCIVe dép., tom. IV,

pag. 165, 169, 176, 180 et 188.

Cependant je ne veux oublier de vous dire que je suis après à pourvoir

et donner ordre au faict d'Escosse, ainsi que vous m'avés escript,

dont je vous tiendray adverti incontinent par vostre aultre

secrettaire, que j'ay rettenu pour vous le renvoyer aussytost que

cella sera faict. Mais je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, que

cepandant vous ayez tousjours l'œil ouvert et preniez si bien garde

aux actions de la Royne d'Angleterre du costé d'Escosse, qu'elle ne

puisse rien entreprendre ni donner secours ou assistance que je ne

sois promptement adverti de ses délibérations.

Et me sera très grand plaisir que vous sçachiez au vray si le petit

vaisseau, dernièrement parti de ce païs pour aller en Escosse, a esté

prins par ceux du Petit Lict et aussy Vérac, affin que, si ainsi est,

vous fassiez instance pour la dellivrance du dict Vérac, car, comme

l'on pourra avoir veu par les dépesches que je luy ay faict bailler,

s'il est prins, je l'envoyois par delà pour estre médiateur et tascher

à réconcillier en paix et amitié tous les subjects de la Royne

d'Escosse, Madame ma bonne sœur, et pour y faire, en mon nom, tous

les bons offices qu'il pourroit entre les uns et les aultres

indifféremment. C'est pourquoy il ne peut estre retenu, ni ne doibt

recepvoir aulcun mauvais traictement, comme vous avés à remonstrer à

ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, et à escrire,

si besoin est, aux comtes de Lenox et de Morthon, affin que

promptement ils le délivrent, et laissent aller et venir en toute

liberté à Lislebourg et aultres lieux qu'il voudra, pour une si bonne

œuvre.

Cependant asseurez tousjours ma dicte bonne sœur, la Royne d'Escosse,

que je ne l'abandonneray jamais, comme je luy ay tant de fois asseuré,

et que, oultre la si prosche alliance d'entre elle et moy, je

demeureray tousjours en l'affection que j'ay et doibs avoir selon les

anciens traictés d'entre ma couronne et la sienne, nos païs et

subjectz, ainsi que par effaict j'ay jusques icy bien monstré: en quoi

je me délibère de persévérer et faire de bref encore ce qui me sera

possible pour elle et ses bons subjectz, ainsi que plus amplement je

vous manderay par vostre aultre secrettaire.

Cependant vous vous comporterez pour ses affaires, et pour la

restitution de l'évesque de Ross, envers la dicte Royne d'Angleterre,

et aussy pour la fortification du Petit Lict, comme vous jugerez qu'il

sera à propos en attendant que le dict Sr de Foix arrive de delà; et

aussy, pendant qu'il y sera, afin que toutes choses passent par la

plus douce voye qu'il sera possible et qu'il ne se puisse rien altérer

de la bonne amitié et intelligence d'entre moy et la dicte Dame Royne

d'Angleterre, et qu'elle ne puisse prendre nulle occasion de remettre

à la longue l'effaict du bien et faveur qu'elle vous a promis de

faire, pour l'amour de moy, à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; dont

vous la remémorerez tousjours à propos le plus honnestement que vous

pourrez. Et sur ce, etc.

Escript à Fontainebleau, le dernier jour de juillet 1571.

CHARLES. PINART.

INSTRUCTION BAILLÉE A Mr DE FOIX.

--du XXIXe jour de juillet 1571.--

Le Roy, après avoir ouï le Sr de Larchant, à son retour du voyage

que Sa Majesté lui a naguières envoyé faire devers la Royne

d'Angleterre, et veu par sa dicte Majesté les lettres que le

dict Sr de Larchant a raportées d'icelle Royne, ensemble la

dépesche du Sr de La Mothe Fénélon son ambassadeur près d'elle,

faisant mantion des honnestes propos du mariage d'entre icelle

Royne et Monseigneur, frère du Roy;

Sa Majesté, après avoir sur le tout meurement considéré et

délibéré, a avisé, pour la grandeur et importance de cest

affaire, que le meilleur seroit, avant que faire partir ses

depputés, pour en aller conclurre par delà, de choisir quelque

digne personnage de son conseil, expérimenté et entendu à tel

honorable affaire, pour aller vers icelle Royne, affin de plus

amplement esclaircir certains poincts, ès quels Sa Majesté desire

bien que la dicte Royne s'exprime davantage qu'elle n'a faict par

les articles et responses qui ont esté escriptes aux conférances

d'entre les dictz Sr de La Mothe Fénélon et aulcuns des ministres

et principaux conseillers d'icelle Dame Royne;

Ayant, à ceste occasion, Sa Majesté choisi et fait élection du Sr

de Foix, conseiller en son conseil privé, le cognoissant digne,

capable, et grandement versé, non seulement aux affaires de ce

royaulme, mais aussy cognoissant les formes de l'estat

d'Angleterre, pour y avoir résidé et esté son ambassadeur auprès

de ceste Royne.

Luy ayant, à ceste occasion, commandé de faire tant pour son

servisse d'entreprendre le dict voyage, sçachant bien qu'il s'en

sçaura très bien et dignement acquitter, et, estant là,

communiquer ceste sienne charge au Sr de La Mothe Fénélon, pour,

après, s'estantz bien entendus et résollus, aller trouver la

dicte Royne et luy présenter les lettres que Sa Majesté luy

escript de sa propre main, et celles de la Royne, sa mère, et de

Mon dict Seigneur,

Aussy luy faisant entendre le grand contentement et satisfaction

que Leurs Majestés et Mon dict Seigneur ont des honnestes propos

contenus aux lettres qu'elle leur a escriptes de sa main par le

dict Sr de Larchant, ayant cogneu par icelles sa bonne intention,

affection, et grande vollonté de voir bientost, ce qui s'est si

honnorablement commencé à négotier du dict mariage d'entre elle

et Mon dict Seigneur, réhussir: et encores de la grande

démonstration, qu'elle a de deçà tousjours faict faire par son

ambassadeur, de le desirer;

Luy tenant, à ceste occasion, tous les honnestes propos de

remerciement, dont se pourra adviser le dict Sr de Foix, ainsi

que Sa Majesté sçait qu'il sçaura très bien et dignement faire.

En quoy le dict Sr de La Mothe Fénélon, aussi de sa part,

interviendra à propos, comme le dict Sr de Foix et luy

adviseront, pour fortiffier davantage la persuasion que faira en

cella icelluy Sr de Foix; par laquelle il monstrera à icelle

Royne combien Leurs Majestez et Mon dict Seigneur le desirent

aussy, et louent la syncérité dont elle y procède, l'asseurant

n'estre pas moindre de deçà; estimant Sa Majesté que icelle

Royne, d'elle mesmes, entrera en propos plus avant.

Et lors, le dict Sr de Foix luy proposera la difficulté, en

laquelle Sa dicte Majesté se retrouve, spécialement pour

l'article faisant mention de la religion; lequel est, par les

dicts mémoires, tellement contrainct pour Mon dict Seigneur et

pour les siens, que, s'il ne luy estoit beaucoup davantage

augmenté, il n'en pourroit avoir satisfaction, et demeureroit en

grand peyne de la liberté qu'il a tousjours desirée pour luy et

les siens en l'exercisse de sa religion; estimants Leurs

Majestez, et aussy Mon dict Seigneur, qu'icelle Royne

considérant, comme ilz la prient bien fort de faire, que, pour

l'intégrité de conscience où mon dict Seigneur veut tousjours

demeurer, il ne luy seroit honnorable de se contraindre et les

siens en sa religion, allant de delà en la bonne et syncère

délibération, où il est, de servir d'affection à icelle Royne, à

la continuation de l'union et concorde de ses subjects et païs,

et ne leur donner nulle mauvaise occasion;

Et, pour ceste cause, il plaise à la dicte Dame Royne de regarder

d'accorder le faict et exercisse d'icelle religion à Mon dict

Seigneur et aux siens, à sa satisfaction, et en faire passer

l'article, comme le reste de ce qui sera accordé du traité, par

le Parlement et Estats du païs; car aultrement et à grande

difficulté se pourroit il résoudre, aussy Leurs dictes Majestez

ne luy conseilleroient et ne seroient d'advis, en quelque sorte

que ce soit, de passer plus oultre en ceste négociation,

considéré ce que sur ce poinct la dicte Dame Royne a dict au dict

Sr de Larchant et despuis au dict Sr de La Mothe Fénélon: qui est

qu'il y auroit pour Mon dict Seigneur un extresme danger, et

qu'elle aymeroit mieux mourir que de le voir.

Voylà pourquoy chascun en demeure en peyne de deçà; car, encores

que Mon dict Seigneur aille avec toute bonne affection, et n'y

voullant apporter aulcune cause ou occasion de rumeur ni trouble,

si, n'y seroit il nullement en seuretté de sa personne, comme

icelle Dame Royne a tacitement déclaré.

Et advenant qu'il y ait difficulté sur le dict point de la

religion et libre exercisse d'icelle, qu'il ne se puisse, ainsi

que dict est, terminer et que l'on désire absolluement que Mon

dict Seigneur soit par delà pour le luy accorder et les siens, le

dict Sr de Foix ne passera point oultre à tout le reste des dicts

aultres articles, mais se despartira prudemment de la dicte

négociation,

Et asseurera la dicte Dame Royne que Leurs dictes Majestez et Mon

dict Seigneur, cognoissant par ce qu'elle en a dict si

franchement aux dicts Srs de Larchant et de La Mothe Fénélon, et

puis par les honnestes depportementz que l'on a tousjours cogneu

en elle et aux siens, procédants à cest affaire; qu'il ne sera

jamais que le Roy ni la Royne, sa mère, n'en ayent telle

souvenance qu'elle se peut asseurer d'eux d'une vraye et

parfaicte amour qu'ilz lui portent, comme ils fairont tousjours

paroistre par effaict d'aussy grande affection et bonne volonté

qu'elle sçauroit desirer envers elle et les siens, toutes et

quantes fois que l'occasion s'en présentera.

Davantage luy dira aussy que, quand à Mon dict Seigneur, il se

sent particullièrement tant obligé à elle de l'honneur qu'elle

luy faict, qu'il ne sera jour de sa vie qu'il n'en ait souvenance

pour luy faire aussy, l'occasion se présentant, de toute

affection servisse, et aux siens toutes les honnestetés et

courtoisies qu'il pourra, regrettant grandement que les choses ne

se peuvent mieux accorder pour l'affection et grand amour qu'il

porte à icelle Dame Royne, dont mal aisément se pourra il jamais

despartir, ce qu'il la supplie très humblement croire, et le

tenir tousjours en sa bonne grâce, et pour le plus affectionné de

ses serviteurs.

Fait à Fonteinebleau, le XXIXe jour de juillet 1571.

CHARLES, CATERINE. _Au-dessous_, HENRY.

_Et plus bas_, PINART.

XVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVe jour d'aoust 1571.--

Avertissement donné au roi que les protestans de France font tous

leurs efforts pour empêcher le mariage du duc d'Anjou, et

qu'ils ont proposé le mariage du prince de Navarre avec

Élisabeth ou l'une de ses parentes.--Obstacle qu'il faut mettre

à l'exécution de ce projet.--Assurance que doit donner

l'ambassadeur que le mariage du prince de Navarre avec la sœur

du roi est arrêté et conclu.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'attendz à vous faire responce à

toutes vos dernières dépesches, après que j'auray communiqué des

poincts qui sont importants par icelles à aulcuns seigneurs de mon

conseil, qui ont praticqué les traictés d'entre mes prédécesseurs Roys

et les Escossois, et prendray sur toutes vos dictes dépesches une

bonne résolution, dont je vous advertiray incontinent; et vous

esclerciray entièrement sur le tout de mon intention.

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 16 / 44 段