Négociation du mariage.--Doute que la reine d'Angleterre soit
franche dans ses propositions.--Sursis à la discussion de
l'article concernant l'exercice de la religion.--Demande que
les autres articles du contrat soient envoyés.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez veu par mon aultre lettre[96]
comment l'ambassadeur d'Angleterre est venu parler au Roy, mon fils,
et à moy, et qu'il ne nous a rien dict davantage que ce qu'il me dict
à St Clou; ce qui me faict doubler que la Royne d'Angleterre ne se
veuille servir de ce bruict, et qu'elle nous laisse là quand elle aura
faict ses affaires. Pour ce, prenez y garde et nous advertissez de ce
qu'il vous en semble et en pourrez sçavoir; car, encores que je vous
aye escript par l'ambassadeur, je vous ay voulleu dépescher ce
courrier, attandant que Sabran soit guéri, pour vous advertir de
cessy, et que nous avons faict bonne mine à l'ambassadeur; et, suivant
le conseil que nous avez donné de laisser indécis ce qui concerne la
religion, pour entrer au traicté des demandes de la Royne
d'Angleterre, nous luy avons dict que nous voyons tant de raisons de
tous les deux côtés, de la Royne et de mon fils, que nous desirions de
traicter tous les aultres articles, et espérions que Dieu cependant
envoyera quelque moyen pour le faict de la religion, puisque c'est sa
cause.
[96] Cette lettre manque.
Il nous a dict qu'il le trouve bon, et s'asseuroit que la Royne, sa
Maistresse, envoyeroit bientot ses demandes et articles.
Encore que Pinart aye dépesché ce courrier, il ne sçait pas ce que je
vous mande; pour ce, ne m'en mandés rien que par homme exprès. Voilà
tout ce que je vous diray pour ceste heure, car je vous envoyeray le
surplus par l'aultre, et je feray fin; priant Dieu, etc.
De Gallion, ce XXIVe jour de may 1571.
CATERINE.
LXXXVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour de juing 1571.--
Nécessité de ménager Élisabeth dans la négociation relative à
Marie Stuart.--Nouvelles assurances de protection pour la reine
d'Écosse.--Insistance afin qu'Élisabeth ne permette, sous aucun
prétexte, aux seigneurs anglais de passer en armes en
Écosse.--Résolution du roi de s'opposer à toute entreprise de
la part de la reine d'Angleterre sur ce pays.--Réclamation en
faveur de l'évêque de Ross.--Menées du duc d'Albe.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vos trois dépesches des XVIIIe, XXIIIe
et XXVIIIe jours du moys passé[97], sont arrivées quasi à un même
instant; de toutes lesquelles je reprendray principallement la
dernière, et vous diray que j'ay esté bien aise de voir que, sur ce
que je vous ay escript par la mienne, du VIIIe du moys passé, vous
ayés pris occasion d'entrer en propos avec la Royne d'Angleterre,
Madame ma bonne sœur, ayant esté bien advisé et considéré à vous de
luy remonstrer et toucher doulcement ce que je desirois, sans
toutesfois y rien obmettre de ce que je vous avois par ma dicte
dépesche chargé de luy dire, bien à propos, comme j'ay veu par vostre
dicte lettre que vous avez faict. Et sera bon que vous continuiés d'y
procéder par ceste douce voye, quand vous luy parlerés du faict de la
Royne d'Escosse, Madame ma sœur, puisqu'elle s'aigrit si fort quand
on la met là dessus. Sur quoy j'attendray ce que vous aurés conféré le
lendemain de la datte de vostre dernière avec le comte de Lestre et
milord de Burgley, ainsi que m'avés escript que deviez faire.
[97] Voyez CLXXXe, CLXXXIe et CLXXXIIe dép., tom. IV, pag. 106,
110 et 113.
Quand à ce que vous m'escrivés qu'avés receuilli des propos que la
dicte Royne d'Angleterre vous a tenus et des aultres advis, que vous
avez d'ailleurs, que les choses vont en Écosse comme il est contenu au
mémoire que m'avés envoyé[98], ce m'a esté plaisir de l'entendre ainsi
particullièrement. Et j'ay très grand aise que le secours, envoyé par
le frère du lair de Granges, soit arrivé si à propos qu'il ait
fortiffié et accru le courage à ceux du parti de ma dicte sœur, la
Royne d'Escosse; laquelle je vous prie consoller et asseurer
tousjours, autant qu'il vous sera possible, que je luy continueray ce
que sçavés: et ne tiendra à cella, ny à chose que je puisse, que ses
affaires ne prospèrent et prènent le bon chemin que je desire.
[98] Ce mémoire n'est pas joint à la dépêche.
Et pour le regard des gens de guerre que la dicte Royne d'Angleterre a
donné commission à milord de Housdon de lever à Barwich, et de ce que
vous voyés que, sans dissimulation ni aulcune couverture, le
cappitaine du dict Barvich et beaucoup de la noblesse d'Angleterre se
prépare pour assister le comte de Lenox; estant chose contraire à
l'abstinence d'armes qui a esté cy devant accordée, il fault, et je
vous prie, que vous en fassiés instance à ma dicte sœur, la Royne
d'Angleterre et luy remonstriez, si elle voulloit couvrir ce faict par
dire que ce sont bannis et désadvoués qui s'y rettirent, que l'on
cognoit bien comment ilz y vont et soubs quel adveu; et la prierez de
les révoquer, et faire de sa part observer la dicte abstinence d'armes
comme je veux faire de mon costé.
S'il se cognoist clairement que la dicte Royne veuille entreprendre
quelque chose en Escosse, je suis délibéré de m'y opposer, tant pour
ma réputation, sellon les anciennes alliances qui sont entre ces deux
couronnes, que pour ne perdre pas aussy le pied que mes prédécesseurs
et moy y avons de tout temps, que je veux tousjours affermir en
quelque sorte que ce soit, et me servir en cela tant des moyens et
erres que je y ay d'ancienneté que de ceux que je pourray avoir par le
moyen de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et de ses bons subjects,
auxquels je donneray tousjours et continueray, tant qu'il me sera
possible, tout le secours que je pourray; ainsi que je vous ay escript
par mes deux dernières dépesches. Mais, comme je vous ay mandé, je
desire que ce soit secrètement, soubs la couverture que je vous ay
escripte, et sans que, par là, la dicte Royne d'Angleterre puisse
prendre occasion de se voulloir mesler de la guerre d'entre les
subjectz du royaume d'Escosse, et en ce faisant, soubs prétexte de
vouloir assister le petit Prince et le parti du comte de Lenox,
s'emparer des places fortes et occuper le dict royaulme; vous
asseurant que je suis bien marri de l'emprisonnement et assez
rigoureuses et extraordinaires procédures qui se font contre l'évesque
de Ross, et que l'on ait eu si peu de respect au lieu qu'il tient par
delà, chose qui est du tout contraire au traictement que l'on doibt
faire aux ambassadeurs. Et quelques raisons qu'ils veuillent dire
pour colorer ce faict, ils ne peuvent cacher qu'il n'y ait de
l'animosité et qu'ils cerchent de ruiner et traverser entièrement les
affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse.
J'escripts à la dicte Dame, Royne d'Angleterre, en faveur dudict
esvesque de Ross, une lettre qui est à la fin de créance sur vous,
ainsi que vous verrés par le double que je vous en envoye; suivant
laquelle je vous prie faire toute l'honneste instance que vous pourrés
envers la dicte Dame Royne pour le faire mettre en liberté, et luy
faire faire un traictement plus agréable que celluy qu'il a receu
despuis sa détention; et au surplus continuer par delà la mesme
affection que vous avés tousjours portée, suivant ce que je vous ay
souvent escript, aux affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; à
laquelle je n'escriptz point, craignant de mettre ceste Royne en plus
grande jalousie; mais vous le luy manderés de ma part, et l'assurerés
que je fairay tousjours pour elle et ses bons subjects et serviteurs,
tout ce qu'il me sera possible; vous priant, pour la fin de ceste cy,
continuer aussy la mesme dilligence, de laquelle vous avés usé cy
devant en tout ce qui s'est présenté par delà pour mon servisse; dont
je suis très bien satisfaict et content, prévoyant et allant tousjours
au devant des menées et pratiques que vous jugerés tendre à offencer
ma réputation et reculler le bien de mes affaires, ou de ma dicte
sœur, la Royne d'Escosse. Dont, me reposant entièrement sur là bonne
affection que je sçay que vous y avés, je ne fairay ceste cy plus
longue que pour prier Dieu, etc.
Escript à Lions, ce IVe jour de juing 1571.
J'ay sceu que le duc d'Alve a faict dire à la Royne d'Angleterre
qu'elle ne debvoit pas faire le mariage que sçavés, et qu'il ne
falloit pas qu'elle attendît d'avoir Callais.
Ce IVe jour de juing 1571.
CHARLES. PINART.
LXXXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de juing 1571.--
Satisfaction du roi au sujet de la conférence de l'ambassadeur
avec Leicester et Burleigh.--Négociation relative à Marie
Stuart.--Assurance que le mariage du duc d'Anjou sera
profitable aux partisans de la reine d'Écosse.
Monsieur de La Mothe Fénélon, la dernière dépesche que je vous ay
faicte, par la voye de la poste, qui est du IVe de ce moys, a esté
principallement pour respondre à la vostre du XXVIIIe du passé, de
laquelle dépend celle que j'ay receue despuis par le courrier Nicolas,
dattée du IIe jour de ce dict moys[99], contenant la conférance que
vous avés eue avec le comte de Lestre et milord Burgley sur les mesmes
propos que vous aviés, le jour précédent, tenus à la Royne
d'Angleterre, leur Maistresse, pour les affaires de ma sœur, la Royne
d'Escosse; ayant veu que vous avés fort bien et sagement répliqué à la
responce qu'ils vous firent à ce que leur proposastes; dont toutesfois
vous n'avés eu enfin aulcune satisfaction sur les chefs que leur
baillastes par escript lors, sinon qu'il falloit attandre le retour du
mareschal de Barwich qui a esté envoyé en Escosse; la charge duquel
j'ay bien esté aise d'entendre si particullièrement que me l'avés
mandé par vos dictes lettres, lesquelles me font entrer en opinion que
ma dicte sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, veut tanter tous
les moyens qu'elle pourra, pour exécuter du costé d'Escosse et y faire
ses affaires, et cependant me paistre de parolles.
[99] Voyez CLXXXIIe et CLXXXIIIe dép., tom. IV. pag. 113 et 118.
Voylà pourquoy il fault avoir l'œil ouvert en cessy, et que, suivant
mes dernières lettres, vous monstriés tousjours clairement que c'est
chose à quoy je m'opposeray. Et cependant, en quelque sorte que ce
soit, faictes tousjours pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et
ses bons subjects, tout ce qui vous sera possible, mesmement à ceste
heure, et durant la détention de l'évesque de Ross, qu'elle n'a
personne qui entende à ses affaires; car cella servira à deux
effaicts: l'un, pour voir plus clair en ce que sçavés, touchant les
dictes petites lettres, et advancer cella, si l'on marche de bon pied
de delà, ainsi que nous voulions faire de deçà, si cognoissons qu'il y
ait affection; et l'aultre, en tout évènement, aydera tousjours à ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ses bons subjects que je ne veux
aulcunement abandonner; car tousjours, quand l'effaict des dictes
petites lettres réheussira, ce sera leur bien; et si aussy nous
cognoissons qu'il y ait, au faict d'icelles petites lettres, de
l'artifice et fiction, nous serons sur nos pieds de faire en Escosse
tout ce que nous pourrons, suivant la maxime que j'ay prise en cella
dès le commencement. Cependant je vous asseure que j'ay bien agréable
la façon que vous tenés de négotier le faict des dictes petites
lettres; en quoy je vous prie continuer d'affection et vous me fairez
servisse; priant Dieu, etc.
Escript à Lions le XIe jour de juing 1571.
CHARLES. PINART.
LXXXVIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVIIIe jour de juing 1571.--
Mission donnée à Mr de Larchant de passer en Angleterre.--Crainte
des projets qu'Élisabeth peut avoir sur l'Écosse.--Ferme
résolution du roi de défendre ce pays contre elle par tous les
moyens qui sont en son pouvoir.--Nouvelle mission confiée à Mr
de Vérac pour l'Écosse.--_Instruction_ remise a Mr de Larchant
sur la négociation du mariage.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par vostre dépesche, du IXe de
ce moys[100], la façon dont la Royne d'Angleterre a usé à la clôture
de son parlement, et les termes en quoy elle demeure, affin que, quand
elle voudra, elle le puisse continuer et rassembler, s'il advenoit
qu'il y heust affaires pour elle, ou pour son royaume, qui le
requissent. Cella me faict penser que c'est à quelque bonne intention
et espérance que, si la négotiation du mariage d'entre elle et mon
frère réheussit à bonne fin, comme j'espère et désire qu'elle fasse,
son dict parlement ne sera point encore tant séparé qu'il ne se puisse
bien remettre. Voylà pourquoy, affin de voir clair en la dicte
négotiation, nous sommes résollus d'envoyer le Sr de Larchant,
cappitaine de la garde de mon dict frère, le Duc d'Anjou, pour porter
à la dicte Royne la responce des lettres qu'elle nous a escriptes, ces
jours icy, de sa main, et à vous les mémoires de ce que nous desirons
d'estre esclercis en ce faict, avant que d'envoyer gens de plus grande
qualité de delà; ayant avisé de vous dépescher Sabran, présent
porteur, devant luy, affin que vous en soyés adverti, et vous faire,
par mesme moyen, responce au reste de vostre dicte dépesche du IXe de
ce moys. A laquelle je vous diray que la résollution, qui a esté
prinse par icelle Royne, de renvoyer, comme me mandés qu'elle a
promptement faict, le cappitaine Briquonel, avec deux cents
harquebusiers, trouver le comte de Lenox à Esterlin; et puis considéré
qu'elle entretient à ses dépens, oultre cella, les cinq cents soldats
escossois; et davantage qu'elle faict menasser ceux du parti de la
Royne d'Escosse de leur courre sus: tout cella me faict penser, comme
vous l'escrivés fort bien à la Royne, Madame ma mère, que icelle Royne
d'Angleterre veut, non seullement faire enlever le Prince d'Escosse,
si elle peut, et le faire mener, comme vous dictes, en Angleterre,
mais il y a encore à craindre davantage: c'est que, pandant qu'elle
void qu'ils se sont rebrouillés en Escosse, et qu'elle nous entretient
tousjours en espérance de faire bien pour la Royne d'Escosse, et
durant ce propos de mariage, qu'elle tasche, par tous moyens, à se
saisir aussi de Dombertrand et de Lislebourg, ou pour le moins y
mettre gens à sa dévotion, pour, puis après, se rendre maistresse de
l'Escosse.
[100] Voyez CLXXXVe dép., tom. IV, pag. 135.
C'est à quoy il faut que vous preniés garde soigneusement et que vous
démonstriés tousjours clairement à icelle Royne d'Angleterre et à ses
ministres, comme je vous ay escript par mes trois dernières dépesches,
que, si elle entreprend quelque chose de ce costé là, je me délibère,
suivant les anciens traictés et alliances, qui sont entre moy et les
Escossois, de donner, de mon costé, toute l'assistance qu'il me sera
possible à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et à ses bons subjects.
Et affin que nous ne nous endormions poinct sur cella, il fault que
vous pénétriés si souvent en la délibération de la dicte Royne
d'Angleterre, et que vous fassiés en sorte que nous puissions sçavoir
quelle délibération elle a du dict costé d'Escosse, et, aussy, si elle
a sincère vollonté au dict mariage d'elle et de mon dict frère; car
nous sommes tousjours en quelque doubte, ayant veu qu'elle a si
souvent esté en termes de se marier avec de si grands princes, qu'elle
veuille faire, en nostre endroict, comme elle a tousjours faict avec
les aultres, et cependant se servir du temps, et faire ses affaires,
non seullement à mon préjudice, mais aussy en moquerie et risée de
nous par toute la Chrestienté.
Et affin que cella n'advienne point, je fairay tousjours, du costé
d'Escosse, comme je vous ay escript; et, pour y avoir plus
d'intelligence, je renvoye Vérac pour y résider. J'espère qu'il y sera
dans huit ou dix jours, avec lettres et moyens tant au duc de
Chatellerauld, lair de Granges, Ledinthon, que aultres seigneurs
d'Escosse, que j'estime qui me sont bien affectionnés, et à ma dicte
sœur la Royne d'Escosse, pour tousjours les entretenir en toute bonne
affection en mon endroict, comme je desire qu'ils soyent suivant nos
dicts anciens traictés, soit que le dict mariage réheussisse, ou non,
ayant commandé au dict Vérac de vous tenir adverti de tout ce qui se
faira au dict païs d'Escosse: aussy faudra il que vous luy escriviés,
affin que vous ayés toute bonne correspondance et intelligence
ensemble, et que mes affaires et intentions se puissent mieux conduire
cependant. Je desire bien fort que l'exploit et l'entreprise que vous
m'avés mandé par vostre dicte dernière dépesche, qui se debvoit
exécuter par les dicts bien affectionnés subjects de ma dicte sœur,
la Royne d'Escosse, soit bien réheussie, et qu'il se fasse tousjours
tout ce qu'il sera possible pour affoiblir le parti de ceux qui
affectionnent, en Escosse, la dicte Royne d'Angleterre; et que vous
fassiés aussy, par tous moyens, ce que je vous ay souvent escript en
chiffre: car il n'y a rien qui fasse plus haster la Royne d'Angleterre
en la dicte négociation des petites lettres, ni qui soit plus
nécessaire pour le repos de mon royaulme et bien de mes affaires, pour
lesquelles vous estes, au demeurant, si amplement instruict de mon
intention, qu'il n'est besoin de vous faire plus longue lettre. Aussy
n'estendray je ceste cy davantage que pour prier Dieu etc.
Escript à Gaillon, ce XVIIIe jour de juing 1571.
CHARLES. PINART.
MÉMOIRE ET INSTRUCTION A Mr DE LA MOTHE,
pour instruire Mr de Larchant de ce qu'il aura à faire au voïaige
qu'il faict en Angleterre (_original_).
(_Dressé par Mr De Foix._)
Il est nécessaire, une des deux choses: ou respondre aux demandes
de la Royne d'Angleterre par escript, et le mander à Mr de La
Mothe, pour le bailler à la Royne d'Angleterre et le monstrer,
icy, à son ambassadeur;
Ou bien y envoyer un gentilhomme de qualité pour déclarer à la
dicte Dame ceulx que le Roy à éleus pour aller traicter et
négocier par delà sur les demandes tant d'elle que de
Monseigneur; et conclure ce négoce.
Quant au premier, il semble que, tant s'en faut qu'il feust
profitable qu'il seroit dommaigeable; premièrement, parce que
Monseigneur pourroit accorder quelques choses icy qui pourroient
luy estre concédées plus avantageuses, si l'on négocioit sur les
lieux, où l'on feroit les responces, sellon qu'on verroit
disposés les affaires.
En second lieu, est à craindre qu'il ne se trouvast quelques
responces qui fussent pour desplaire à la Royne et à ceulx de son
conseil, et par ce moyen apportassent empeschement ou retardement
à ceste négociation.
En troisième lieu, il est certain que la dicte Dame n'entrera en
aucuns débatz par escript sur les dictes responces, comme il
appert par l'inscription de ses demandes, et difficultez qu'elle
a faictes de les bailler, cuydant qu'il appartenoit à sa
grandeur et existimation de les aller prendre sur les lieux,
comme aussi il se voit par ce que l'ambassadeur a dict à Leurs
Majestez, en leur présentant les dictes demandes: qu'il n'a aucun
pouvoir pour les deffendre et débattre. Partant ce ne seroit que
leur donner plus de commodité et temps de s'aprester et instruire
contre les responces du dict Seigneur.
En oultre, négocier par escript et messaiges, n'est aultre chose
qu'aporter longueur à cest affaire, et n'y a rien qui soit plus
tost pour le rompre que donner temps et loisir aux adversaires
d'apprester leurs machines pour l'oppugner;
Oultre ce, que les conditions présentées par la dicte Dame
semblent estre si prochaines de la raison, qu'il semble ne
desirer aultre chose que des députez pour les clorre et arrester.
Item, son ambassadeur s'est laissé entendre que la dicte Dame
estoit mal satisfaicte de ce que, jusques icy, le Roy n'avoit
envoyé aucun personnaige de qualité devers elle.
Partant, il semble bon de luy en envoyer un présentement, à
plusieurs fins, pour la visiter et la remercier très cordialement
de ce qu'elle monstre, et par ses lettres, et par propos tenuz à
l'ambassadeur, et par ses demandes et responces faictes à celles
de Monseigneur, combien elle embrassoit de bon cœur l'offre qui
luy avoit esté faicte de la part du Roy, et avec quelle syncérité
d'affection elle y procédoit; de quoy leurs Majestez et
Monseigneur la remercioient très affectionnément, et
l'asseuroient que, avoir si franchement procédé à cest affaire
avoit redoublé leur desir de le mettre à fin, et leur faisait
tant plus estimer sa bonté et mérites, luy tesmoignant que le Roy
n'avoit rien plus cher que de voir son frère avec elle entendre à
son contentement, conservation de son estat et continuation
d'iceluy à sa postérité, comme aussy la Royne Mère luy rendoit
pareille affection qu'à ses propres enfans, et Monseigneur en
augmentoit tous les jours en ardent zèle de l'obéir et servir, et
se conformer à ses volontez; ce qui avoit esté cause que,
incontinant, ayant esté présenté au Roy ses dictes demandes, il
auroit dépesché devers elle pour luy déclarer ceste leur
satisfaction et desir;
Et encores pour luy faire entendre le chois et élection qu'il a
faict de personnages, de qualité convenable au respect que le Roy
luy rend et à la grandeur de ce négoce, pour envoyer devers elle,
affin, par conférence avec elle et ceulx qui luy plaira députer
de sa part, d'adjouter, corriger et réformer, des pactions et
accords, ce qui sera juste et raysonnable, et sçavoir d'elle si
elle aura pour agréable qu'ilz l'aillent incontinent trouver,
tenans pour certain, Leurs dictes Majestez, qu'ayant donné si
bons arrhes et gaiges de sa bonne intention, elle continuera à
pourvoir à tout ce qui sera faict pour la conscience, honneur et
grandeur de Monseigneur, et ostera par sa prudence les
difficultez qui restent encores de poix et moment.
Dira aussi qu'une des occasions, qui ont meu le Roy d'envoyer des
députez devers elle, est parce que luy semble convenable à la
grandeur d'elle que cest affaire se parachève près d'elle, et
qu'il desire de le haster le plus que l'on pourra, sachant bien
qu'il n'y a rien plus contraire à l'effectuer que la longueur des
messagers, allans et venans, pendant laquelle les adversaires
guaignent temps pour s'aprester à le pouvoir empescher.
Et, si la dicte Dame déclare vouloir que les députez aillent
incontinent par delà, il demandera passeport pour servir, en ce,
plustost à la coustume, que pour en estre besoing à cause de la
paix et bonne intelligence qui est entre le Roy et elle.
Mr de La Mothe adjoutera à ce que dessus ce qu'il luy semblera
estre plus propre pour l'acheminement de cest affaire et pour
rendre plus claire et certaine la négotiation des députez.
Le dict gentilhomme remerciera aussi, de la part du Roy et de
Monseigneur, le garde des sceaux, le marquis de Norenton, le
milord Sucès, de Lecestre, de Bourlé et aultres, des bons offices
qu'ilz font par delà, selon et ainsi qu'il semblera bon au dict
ambassadeur.
Et desire Sa Majesté qu'oultre ce qu'il a mandé, par ses lettres
du VIIe de ce mois, avoir entendu, par le comte de Lecestre, de
la bonne intention de la dicte Dame pour laisser à Monseigneur,
privément et en sa maison, l'exercice de sa religion, qu'il en
parle encor au dict seigneur conte, ensemble au milort Bourlé, et
leur remonstre l'aliénation des bonnes volontez que pourroit
apporter, si les dictz depputez, personnaiges de telle qualité,
s'en retournoient sans rien faire, et les prier que, s'ils
congnoisssent qu'il peut survenir quelque empeschement pour
rompre ceste pratique, qu'ilz luy vueillent dire clairement.
Faict à Gaillon, le XVIIIe jour de juing 1571.
CHARLES. PINART.
LXXXIX
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON
--du IIIe jour de juillet 1571--
Envoi du portrait du duc d'Anjou.--Instances pour que la
négociation du mariage une prompte solution.--Demande du
portrait de la reine d'Angleterre.--Promesse du portrait de la
duchesse de Nevers.--Espoir que le duc de Montpensier
consentira à la donner en mariage à Leicester.