Monsieur de La Mothe Fénélon, parce que, par la dernière despesche que

je vous ay faicte, je vous ay respondu aux deux dernières que j'ay

receu de vous du XXVIIIe du passé et Ier de ce moys[90], celle cy est

seullement pour vous dire que, en l'audience que j'ay donné, ce jour

mesme, au Sr de Walsingam, il m'a faict entendre que la Royne, sa

Maistresse, luy avoit escript ce qui s'étoit passé jusques à ceste

heure entre les depputés de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, et le

comte de Morthon, avec les aultres depputés qui sont avecque luy, de

la part du gouverneur d'Escosse; et qu'il estoit venu pour me le faire

entendre, et m'a discouru comme, à cest abouchement, il avoit été

maintenu, par le dict comte de Morthon et les dicts députés qui sont

de son parti, que la dicte Royne d'Escosse ne pouvoit plus avoir

l'administration de son royaume, pour ce qu'elle en avoit esté

déchargée avec son consentement; et que le Prince d'Escosse, son fils,

a esté couronné Roy, et beaucoup d'aultres particularités qu'il m'a

aussi dittes. Sur quoy les depputés de ma dicte sœur avoient maintenu

le contraire, de sorte que de cella et des dictes particularités dont

ils estoient en débat, mesmement pour la restitution et dellivrance de

ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, il ne s'estoit peu rien résouldre;

ayant sur ceste occasion le dict comte de Morthon demandé congé de

retourner en Escosse, ce que la dicte Royne luy auroit accordé, pour

assembler le parlement, où il se proposeroit tout ce qui est passé au

dict abouchement, et qu'il en raporteroit une résollution; m'ayant

davantage dict, le dict Sr de Walsingam, que la Royne, sa Maistresse,

estoit bien marrie que cella n'alloit mieux pour la Royne d'Escosse,

tant pour l'amour qu'elle luy porte que particullièrement pour le

respect et amitié qu'elle a pour moy, mais qu'elle fairoit tout ce

qu'elle pourroit, au retour du dict de Morthon.

[90] Voyez CLXVIIe et CLXVIIIe dép., tom. IV, pag. 34 et 38.

Sur quoy je n'ay pas failli de lui dire qu'il seroit bien plus à

propos, si elle la voulloit, comme elle pouvoit bien, faire mettre en

liberté et restituer dès ceste heure, et qu'elle luy en auroit

obligation plus grande, si elle le faisoit ainsi, sans attandre que

toutes ces choses se fissent et le retour du dict comte de Morthon,

qui ne pouvoit estre de longtemps; et que, si elle le faisoit sans

attandre tout cella, que j'en recevrois bien grand plaisir.

Il est encores rentré en discours sur cella, me parlant des instances

que je vous ay si souvent donné charge d'en faire, et d'en parler si

fréquemment à la dicte Royne, sa Maistresse, comme s'il eust désiré

que l'on n'en eust pas faict tant de poursuitte; mais pourtant je vous

prie, quand vous verrés qu'il sera à propos, d'en faire tousjours

honnestement instance, et d'assister les ministres de ma dicte sœur,

la Royne d'Escosse, le mieux que vous pourrés.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, affin que ma dicte sœur,

la Royne d'Escosse, cognoisse tousjours par effaict combien je désire

de l'assister, j'ay, suivant ce que m'avés escript, faict secrettement

bailler au sieur Kergoons, frère du sieur de Granges, gouverneur de

Lislebourg, dix mille livres en escu sol, et escus pistoles, avec dix

milliers de poudre grosse grenée, deux milliers de fine poudre, menue

grenée, et vingt arquebuses à croq de bronze avec leurs morèles, et

quelques boulets; dont j'ay donné advis à Vérac par ses gens qui

estoient icy, que j'ay renvoyés. Et l'ay bien adverti qu'il ne fault

pas que la dicte Royne d'Angleterre, ni pas un des siens et de ceux

qui sont à sa dévotion, en entendent rien; mais que si, d'avanture,

l'on sçavoit que le dict frère d'icelluy de Granges eust amené quelque

chose en ce royaulme, il fault dire que cella est des gens de ma dicte

sœur, la Royne d'Escosse, et qu'ils l'ont recouvert des deniers de

son douaire, et que ç'a esté sans que j'en aye, ni mes ministres, sceu

chose aulcune. Il sera bon, s'il s'en parloit en Angleterre, que vous

teniés ce mesme langage, affin que cella s'accorde à ce que pourra

dire le dict Vérac.

J'ay aussy envoyé de l'argent à icelluy Vérac pour son entrettènement,

et luy ay escript qu'il advisât de tenir tousjours, de ma part, les

plus honnestes propos qu'il pourra aux seigneurs d'Escosse, qui sont à

présent à Lislebourg tous assemblés, à ce qu'il m'a mandé, pour voir

ce qu'ils auront à faire pour son servisse, sellon l'affection qu'ils

ont, comme ils disent, à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, leur

souverainne; si cest abouchement et assemblée en Angleterre pour sa

restitution ne réheussit à sa satisfaction et desdicts seigneurs; mais

il sera bon que vous teniés la bride au dict de Vérac, à ce qu'il ne

permette pas que les susdicts seigneurs, assemblés au dict lieu de

Lislebourg, entreprennent rien par delà qui y augmente la guerre: car,

au lieu de bien faire aux affaires de ma dicte sœur, la Royne

d'Escosse, cella les empireroit.

Vous voullant bien cependant dire que, incontinent que j'ay sceu

l'esmotion advenue à Rouen[91], désirant d'en faire punition

exemplaire, comme j'espère et m'asseure qu'elle se faira, j'ay envoyé

mon cousin le duc de Montmorency, avec un des quattre présidents de ma

cour de parlement de ceste ville, et sèze des plus notables

conseillers, tant de ma dicte cour que maistres des requestes, gens de

bien et bien affectionnés au bien et repos de mon royaulme, que je

m'asseure qui y sçauront très bien pourvoir, et que de ce qui se faira

par eulx au dict Rouen demeurera tel exemple en mon royaulme que je

m'asseure que la paix demeurera bien establie; car aussi en ay je,

comme aussy la Royne, Madame et Mère, et mes frères, avec tous les

gens de bien, parfaicte vollonté, ce que je vous prie asseurer

tousjours à ma dicte bonne sœur la Royne d'Angleterre et à tous ceux

qui vous en parleront; priant Dieu, etc.

Escript à Paris ce XIe jour d'apvril 1571.

CHARLES. PINART.

[91] Voyez note, tom. IV, pag. 49.

LXXXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIe jour d'apvril 1571.--

Réflexions sur la tenue du parlement en Angleterre et sur les

propositions qui y sont faites touchant la

religion.--Négociation concernant Marie Stuart.--Crainte que la

prise de Dumbarton, si elle se vérifie, n'entraîne la rupture

de cette négociation.--Précautions qu'il est nécessaire de

prendre dans le cas où Mr de Vérac serait prisonnier.

Monsieur de La Mothe Fénélon, par voz lettres des VIe et XIe jours de

ce moys[92], que j'ay reçues despuys le départ de Sabran, j'ay veu ce

qui a esté proposé aux deux premières assemblées, qui se sont faites

par les Estats d'Angleterre. Sur quoy je vous diray qu'il semble que

le faict de la religion les pourroit bien troubler au repos qu'ils ont

eu despuis quelques années par delà, s'ilz n'y donnent bon ordre, car

les lois si estroictes et sévères qui se font aux dicts Estats pour le

dict faict de la religion, avec le mauvais ménage en quoy ceste Royne

et les ministres du Roy Catholicque, et les aultres voysins

d'Angleterre sont, ou commencent à estre, amèneront par delà quelques

nouveaultés. En quoy je ne vous réittèreray poinct ce que je vous ay

cy devant escript en chifre; car je sçay que vous vous y sçaurés très

bien conduire à ceste occasion et considérer tout ce que vous debvés

pour en user dextrement; car, encore que, grâces à Dieu, la paix soit

si bien establie en mon royaulme que je m'asseure qu'il n'est pas

possible à tous ceux qui y voudroient brouiller de la pouvoir rompre,

faisant faire punition si bonne et si prompte de ce qui est advenu à

Rouen, que je m'asseure que l'exemple y sera grand, toutesfois je

pense que, quand l'orage, qui est passé ici, retomberoit ailleurs, ce

seroit encores plus de moyen pour moy d'establir et asseurer davantage

le repos en mon dict royaulme.

[92] Voyez CLXIXe et CLXXe dép., tom. IV, pag. 45 et 50.

J'ay aussy veu tout ce que m'avés escript pour le faict du traité

commencé pour la restitution de ma belle sœur, la Royne d'Escosse, et

le départ du comte de Morthon pour aller en Escosse contre le

consentement de ma dicte belle sœur. En quoy je cognois davantage que

la dicte Royne d'Angleterre ne demande qu'à tirer ce faict à la

longue, et cependant se servir du temps pour establir et faire ses

affaires; mais, puisque je croy que l'évesque de Ross est maintenant

allé en Ecosse, où il sollicitera le retour du dict comte de Morthon,

et que la Royne d'Angleterre a promis de rechef qu'en cas que le dict

comte ne revînt, incontinent après le commencement du moys de may

prochain, qu'elle abandonnera icelluy comte et les siens, et faira

procéder au traicté; persévèrant tousjours en sa dellibération de

faire restituer ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse, comme elle m'a

promis; je croy que le meilleur sera d'attendre ce temps là, où nous

serons incontinent, et cependant, suivant ce que je vous ay escript

par Sabran, en faire toujours honnestement et à propos instance à la

dicte Royne d'Angleterre; et remarquant bien ce que la dicte Royne

vous en dira quand vous luy en parlerés, pour, à chascune fois, m'en

advertir: car, s'il estoit vray que ceux du Prince d'Ecosse eussent

surprins Dombertrand, et prins prisonnier milord Flamy, Mr de Saint

André, et Vérac; je croy qu'il ne fauldroit plus rien espérer du

traicté, et que tout cella seroit rompu.

Je vous ay escript par le dict Sabran ce que j'ay fait fort

secrettement au retour du frère du lair de Granges, qui sera bientost

en Ecosse; mais, si le dict Vérac est prisonnier, il sera bon que vous

donniés ordre de faire advertir secrettement le sieur de Ross de ce

qui a esté baillé, et ce que a emporté et faict amener le frère du

dict de Granges, afin que cella soit bien employé pour le servisse de

ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse; et faudra que le dict de Ross, s'il

s'en descouvroit quelque chose en Ecosse ou en Angleterre, dise que

cella est venu et a esté envoyé par les serviteurs de ma sœur, la

Royne d'Ecosse, du revenu de son douaire.

J'en avois escript en chiffre, comme je vous ay mandé, au dict Vérac,

mais son homme, qui luy portoit la lettre, a esté vollé auprès de

Rouen et son pacquet perdu, à ce que j'ay entendu. Voylà pourquoy j'ay

faict refaire la dicte dépesche que je vous envoye pour luy faire

tenir par le plus seur moyen que vous pourrés. Et si le dict Vérac

estoit prisonnier, renvoyés moy le dict pacquet. Cependant je vous

diray que j'ay dict au Sr de Seton, qui s'en retourne trouver la Royne

d'Ecosse, ma dicte sœur, et par lequel nous vous avons escript, que

nous fairions toujours tout ce que nous pourrions pour ma dicte sœur

et qu'il l'en asseurât hardiment, en quoy, s'il parle à vous, vous le

fortifierés. Et sur ce, etc.

Ecript à Paris, ce XXIIIe jour d'apvril 1571.

CHARLES. PINART.

LXXXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de may 1571.--

Approbation de la nouvelle suspension d'armes conclue en

Ecosse.--Déclaration du roi qu'il est résolu à donner toute

assistance aux partisans de Marie Stuart au cas où Elisabeth

fournirait des secours à ses ennemis.--Recommandation

d'insister vivement pour la mise en liberté de Marie

Stuart.--Promesse faite par le roi à l'archevêque de Glascow

qu'il n'abandonnera pas la reine d'Ecosse.--Retour de Mr de

Vérac en France.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la dépesche que je vous ay

faicte, le XXIIIe jour du moys passé, par la voye ordinaire des

postes, j'ay receu voz lettres des XVIe, XXIIIe et XXVIIIe jours du

dict moys passé[93]. Sur quoy je vous diray, sans m'arrester aux

choses sur lesquelles vous n'avez pas besoin de responce, lesquelles

vous m'avés faict bien grand plaisir de me mander, que vous avés très

bien fait d'avoir confirmé et continué l'abstinence d'armes en Ecosse

jusques à ce que l'on reprène les erres du dict traicté, au retour du

comte de Morthon; estimant que, pour ceste occasion, si la dicte

abstinence est bien résolue et accordée, la dicte Royne d'Angleterre

se gardera d'entreprendre aulcune chose de ce costé là, ny aussy de

permettre qu'il y soit couvertement rien entreprins par aulcun des

siens: ce qu'il luy fault souvent réitérer, comme je m'asseure que

vous sçavés très bien faire et à propos, affin que, continuant entre

elle et moy toute bonne amitié et correspondance, il ne se puisse

faire chose par les siens, ni aussy par les miens, qui nous engendrât

inimitié.

[93] Voyez CLXXIe, CLXXIIIe et CLXXIVe dép., tom. IV, pag. 53, 69

et 71.

Mais cependant il fault que vous ne laissiés de faire tousjours

honnestement tous les bons offices en mon nom que vous avés

accoutumé, et que je vous ay souvant escript faire pour ma dicte

sœur, la Royne d'Escosse; déclarant franchement à ma dicte sœur, la

Royne d'Angleterre, que, si elle donne assistance à ceux des subjects

de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui sont contre elle, que je

fairay de mesmes, comme la raison le veut et les si expresses

alliances qui sont de longue main, et encores modernement

renouvellées, entre ces deux couronnes. Et luy dictes hardiment que le

meilleur seroit qu'elle ni moy ne nous en meslassions aulcunement, et

qu'on laissât faire à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et aux

Escossois; aultrement, que, si elle s'en mesle apertement ou

couvertement, qu'aussi seray je, à ceste occasion, contrainct de faire

à bon escient, comme vous luy pourrés tousjours honnestement

remonstrer; mais que je ne commenceray pas, pour l'espérance que j'ay

qu'elle me tiendra la promesse, qu'elle vous a cy devant faicte, qu'en

quelque sorte que ce soit elle fairoit mettre ma dicte sœur, la Royne

d'Escosse, en liberté, soit que ce traicté réheussît ou non.

Et pour ce, vous la prierés de ma part que, si elle cognoissoit que le

retour du dict comte de Morthon ne feust si proschain que l'on

pourroit desirer, et que le requièrent les affaires de ma dicte sœur,

la Royne d'Escosse, qu'elle se souvienne de la dicte promesse qu'elle

m'a faicte, parlant à vous; ce qu'en quelque sorte que ce soit il luy

fault tousjours réittérer, comme le sçavés très bien faire.

Cependant je vous diray que l'archevesque de Glasco, ambassadeur, me

vint hier trouver, et me fit entendre plusieurs aultres choses

touchant les affaires de la Royne, sa Maistresse. Je luy ay promis que

je luy fairay et à ses bons subjects, comme j'en ay tousjours fort

bonne vollonté, la meilleure assistance qu'il me sera possible, et

ainsi que j'ay cy devant faict; dont je m'asseure qu'il l'advertira,

oultre ce, que je luy ay escript de ma main par le sieur de Seton,

faisant responce aux lettres qu'elle m'escrivit par luy.

Au demeurant, je vous diray que Vérac, ayant été mis en liberté par le

comte de Lenox, il s'en est revenu, m'ayant raconté bien au long

l'estat des affaires d'Ecosse: ce qu'il vous escript, de mesmes qu'il

m'en a discoureu; vous priant de me donner advis de toutes occurences

à mesure qu'elles surviendront, comme vous avés fort bien faict

jusques icy, et dont il me demeure toute satisfaction. Sur ce, etc.

Escript à Annet le VIIe jour de may 1571.

CHARLES. PINART.

LXXXIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIVe jour de may 1571.--

Débats du parlement d'Angleterre.--Surveillance à exercer sur les

menées des Anglais en Écosse.--Instances faites par le roi

auprès de Walsingham pour la mise en liberté de Marie

Stuart.--Détails des secours envoyés de France en

Écosse.--Défiance contre les seigneurs écossais nouvellement

rattachés au parti de la reine.--Craintes inspirées par

l'entreprise des Espagnols contre l'Irlande, et le projet de

mariage de Marie Stuart avec don Juan.--Recommandation pour le

frère du comte de Rothe.--Désir du roi qu'il soit permis à

l'archevêque de Glascow d'aller visiter la reine

d'Écosse.--Affermissement de la paix en France.--Répression des

troubles d'Orange et de Rouen.

Monsieur de La Mothe Fénélon, par la dernière despesche que je vous ay

faict despuys l'arrivée de Sabran, par la voye de la poste, je vous ay

satisfaict à tout le contenu de voz despesches précédentes; et à peu

près à celle du IIe de ce moys, que m'escrivistes par Sabran, présent

porteur, et pareillement aux deux que j'ay encores depuys reçues de

vous: l'une, il y a quattre jours, du VIIIe de ce dict moys, et

l'aultre ce jourdhuy, du XIIIe ensuivant[94]; et vous diray

seullement, quant aux honnestes propos que la Royne d'Angleterre,

Madame ma bonne sœur, vous a tenus en voz dernières audiences, que je

suis fort aise que luy ayés ainsi particullièrement et à propos

respondu, et faict cognoistre que je desire, en tout ce qu'il me sera

possible, tousjours conserver nostre bonne amitié et commune

intelligence, ayant eu bien agréable d'apprendre aussy ce qui s'est

passé journellement au parlement qui se tient par delà, en quoy je voy

bien qu'il y a des divisions et partis, principallement pour le faict

de la religion, et en ce qui s'y parle du tiltre du royaume et du

faict de la police; mais, à la fin, comme il est très bien desduict

par vostre dicte dernière dépesche, je ne doubte point que ce que

desire et veut la dicte Royne ne s'y fasse.

[94] Voyez CLXXVe, CLXXVIIe et CLXXIXe dép., tom. IV, pag. 75, 88

et 103.

Je seray bien aise que vous continuiés à me tenir tousjours adverti de

ce qui se passera au dict parlement, et aussy des délibérations que

pourrés descouvrir qu'a icelle Royne pour le faict d'Escosse; car,

comme je vous ay escript par ma dernière lettre, il fault prendre

garde surtout qu'elle n'envoye secrettement ou évidemment des forces

en Escosse et qu'elle n'y fasse entreprinse que je n'en sois bien

certainement et auparavant adverti, pour y pourvoir d'heure, comme

j'adviseray. Et sera aussy très bon que me mandiez si la suspension

d'armes entre les Escossois n'a pas esté arrestée quand le comte de

Morthon est retourné en Escosse, et si elle continue ou non; car il

semble qu'elle soit interrompue pour ce que, par ce que me mandés, et

par d'aultres nouvelles que Vérac, qui est icy, a eues d'Escosse, et

aussy par des lettres que Cobron a escriptes à la Royne, Madame et

Mère, il se void qu'ils se sont battus près de Lislebourg. Et si cella

continuoit, il ne faudroit plus espérer la continuation du traitté

commencé en Angleterre, mais il faudroit que vous fissiés souvenir à

la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, de la promesse qu'elle m'a

faicte, parlant à vous, qu'en quelque sorte que ce feust que se

terminast le dict traicté, qu'elle la mettroit en liberté ez mains de

ses bons subjectz, et luy en faire toute instance honnestement, sellon

sa dicte promesse.

Et desjà Ma dicte Dame et Mère et moy en avons, ce jourdhuy, parlé au

Sr de Walsingam, et l'avons prié d'en escrire à la Royne, sa

Maistresse; mais, affin que vous suiviés en cella le désir et vollonté

de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, je suis bien d'advis, et vous

prie ne faillir de l'advertir de ce que je vous mande, luy faisant

aussy entendre que j'ay donné ordre que les quattre mille escus de ce

moys seront baillés, dans quatre ou cinq jours, au frère du comte de

Rothes, ou à celluy que le Sr de Glasco, son ambassadeur, voudra, pour

estre incontinent envoyés en Escosse ez mains de qui, et ainsy que le

dict Sr de Glasco avisera, avec deux milliers de salpestre affiné,

deux cents boulletz de grande coulevrine, deux cens de bastarde, et

six cens de moyenne, cent corselets blancs garnis et complets, deux

cents harquebuses à mains garnies de fourniments, deux cents morions,

deux cens piques ferrées et cent hallebardes; et tout cella sera,

dedans deux ou trois jours, dellivré et baillé en la charge de Jehan

Schelsolme, escossois, contreroolleur de son artillerie, pour le faire

incontinent mener par mer en Escosse, avec un bon et seur

saufconduict, advertissant aussy ma dicte sœur, la Royne d'Escosse,

que je désire bien qu'elle entende que, combien qu'elle et vous m'ayés

mandé, de sa part, que l'on se pouvoit fier au frère du lair de

Granges, et luy bailler tout ce que l'on voudroit, que néantmoins j'ay

eu quelque crainte que ce que j'ay desjà envoyé par luy ne feust pas

bien seur, ni aussy ce que je fais encore bailler, pour ce que j'ay

peur que l'on s'ayde et serve de tout cella et de tout ce que j'y

pourrois encores cy après envoyer contre elle mesmes; car, ayant esté

cy devant le lair de Granges et Ledinthon et tous ces gens là mal

affectionnés à son servisse, et s'estants remis et rangés despuys peu

à sa dévotion, comme elle m'a mandé; je n'y voids pas trop de seureté.

Voylà pourquoy je désire qu'elle m'esclercisse en cella de sa vollonté

et intention; et affin que ce que je fais pour elle, qui est le plus

qu'il m'est possible, veu l'estat où sont réduits mes affaires, ne

soit pas mal employé contre elle, car je y aurois trop de regret; vous

voullant bien dire une chose, à laquelle il faut nécessairement que

vous regardiés de près, car cella importe grandement pour mon

servisse: c'est que j'estime, aux propos qu'ont tenus aulcuns

escossois à Vérac, quand il est parti d'Escosse, et sellon quelques

advis que j'en ay eu despuys, et à ce que j'ay aussy senti aujourdhuy,

en parlant au dict ambassadeur Walsingam, que les deux partis des

dicts Escossois, par la mennée du dict Ledinthon et du comte de

Morthon, qui sont bons amis, et qui ont à present grand part au dict

païs, se pourront accorder et unir ensemble, non seullement pour

abandonner leur Maistresse, mais aussy pour empescher que les Anglois

et aultres ne feussent maistres de l'Escosse; et peut estre aussy pour

n'y admettre pas vollontiers les François et ce qui seroit à ma

dévotion. Et combien qu'il leur seroit impossible de subsister, s'ils

n'avoient support, et que je sois très asseuré qu'ils pensent bien que

ils ne le sçauroient avoir, ni espérer plus franchement ni fidellement

que de moy, suivant les anciennes alliances de ces deux royaulmes, si

fault il que vous ayés l'œil ouvert à cella, et que vous soyés, s'il

est possible, asseuré de leur résollution pour m'en advertir: et aussy

si vous avés point apris quelque chose davantage que ce que m'avés

dernièrement escript de l'entreprise que l'on tient pour certain de

delà, que le Roy d'Espaigne faict sur l'Irlande avec l'intelligence et

ayde du Pape.

J'ay veu pareillement ce que me mandés qu'avés entendu que la comtesse

de Northomberland et milord Dacres ont dépesché un nommé Hervé en

Espaigne pour moyenner le mariage de la Royne d'Escosse avec dom Joan

d'Austria, et que le duc de Norfolc y pourra prendre jallousie. Ce

sera bien faict que vous en enquériés encores bien diligemment pour

m'en donner advis, et que vous continuiés à me tenir adverti de tout

ce qui se passe de delà avecque le mesme soin que vous avés tousjours

accoustumé jusques icy, et dont j'ay tel contantement que sçauriés

desirer.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous

dire, avant que finir ceste lettre, que le frère du comte de Rothes

m'a faict dire que, pour l'affection qu'il a, de longue main, à mon

servisse, et qu'il a tousjours eue à la Royne d'Escosse, sa

souverainne, il desire que vous le cognoissiés et qu'il puisse parler

quelquefois avec vous, pour ce qu'il a moyen de sçavoir beaucoup de

délibérations de la Royne d'Angleterre, voire, ce qu'elle dict à ses

plus secrects serviteurs, dont il vous advertira journellement. Et

pour ce que c'est chose qui ne se doibt négliger, vous fairés fort

bien pour mon servisse de l'ouïr parler et entendre ses moyens, sans

toutesfois vous lascher à luy d'aulcune chose d'importance, car je ne

le cognois sinon pour l'avoir veu ceste fois avec l'archevesque de

Glasco qui m'a dict que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, le

cognoissant affectionné à elle, l'a envoyé icy avec les lettres

qu'elle nous a escriptes par luy, pour la secourir de ce qui est cy

dessus déclaré.

J'ay prié le sieur de Walsingam d'escrire à sa dicte Maistresse pour

faire obtenir passeport au Sr de Glasco de pouvoir aller faire un

petit voyage devers la Royne d'Escosse, ma sœur, pour luy faire

entendre l'estat de son douaire et affaires de deçà; ce qu'il a aussy

promis de faire, remettant au dict Sabran, présent porteur, le surplus

de tout ce que je vous pourrois escrire, principallement pour vous

dire comme la paix est, grâces à Dieu, bien establie en mon royaume,

espérant qu'elle y continuera tousjours bonne. Vous en pouvés assurer

ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, quand elle vous en parlera; et

que l'exemple a esté desjà et sera encores si bien faict des émotions

qui ont été à Oranges, et à Rouen[95], que tout le reste de mes

subjects y prendra exemple. Sur ce, etc.

Escript à Gaillon le XXIVe jour de may 1571.

CHARLES. PINART.

[95] Voir les notes, tom. IV, pag. 49.

LXXXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 14 / 44 段