Et si vous cognoissés que ce ne soit que parolles, sans qu'il y ait

espérance de quelque bon effaict, je suys résollu, suivant ce que vous

m'avés escript par vostre dicte dernière dépesche, que je viens

présentement de voir, de secourir par chacun moys, jusques à six moys

durant et prochains, à commancer ce moys de mars, ma dicte sœur, la

Royne d'Escoce, de quatre mille escus. Et pour ce, si vous voyés qu'il

n'y ait aulcun moyen de faire que la dicte Royne d'Angleterre me

tienne en cella promesse, il fault que doucement et sans grand bruict

vous asseuriés l'évesque de Ross, ou celluy auquel ma dicte sœur, la

Royne d'Escosse, a le plus de fiance par delà, que, combien que je

sois après à me restraindre pour mesnager et rétablir mes affaires des

dépenses que m'ont apportées ces dernières guerres, néantmoings je

m'estendray et fairay fournir, sans qu'il y ait aulcune faulte, au

commencement de mars, jusques à six mois durant, si tant les affaires

de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, durent, les dicts quatre mille

escus par moys, à commancer en mars prochain.

Et fault que vous regardiés avec le dict évesque de Ross, ou aultre à

qui ma dicte sœur a plus de confience, à qui secrettement je les

fairay fournir ici, affin qu'ils soyent bien employés, et sans qu'il

soit sceu que cella vienne de nous; car je serai bien aise de

continuer tousjours envers ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre,

l'instance que j'ay occasion de luy faire de la restitution et

dellivrance de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, sur ce qu'elle vous

a clairement dict et donné charge de m'escrire et promettre de sa

part, comme vous avés faict: qui est qu'elle la mettroit bientost en

liberté. Dont cependant vous l'admonesterés tousjours honnestement, le

plus à propos que vous pourrés de ma part, sans qu'elle puisse en

cella trouver légitime excuse; comme aussy ne sçauroit elle, pourveu

qu'elle, ny les siens ne sçachent rien des dicts quatre mille escus

par moys; estant bien nécessaire, pour beaucoup de raisons, que vous

observiés et considériés bien ce qu'elle vous dira chacune fois que

vous lui parlerés de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, affin que

vous puissiés pénétrer et descouvrir ceux de ses ministres et

conseillers de qui et pourquoy elle est entrée en tant de déffiance

que j'ay veu par vos dictes lettres qu'elle est; luy faisant tousjours

cognoistre que, s'il s'est faict aulcune chose qui donne occasion de

retarder ou rompre la négociation du traicté de la restitution de ma

dicte sœur, la Royne d'Escosse, que je croy certainement que icelle

ma dicte sœur n'en a aulcune intelligence, et de ma part je n'en sçay

rien, comme vous la pouvés certainement asseurer.

Tout le reste de vos dictes dépesches ne requiert plus de réponse, si

ce n'est pour vous dire qu'il sera bon, suivant ce que je vous

escrivis en chiffre, il y a quelque temps, que vous vous comportiés,

pour le regard de la négotiation d'entre la dicte Royne d'Angleterre

et le duc d'Alve, et pour les autres affaires qui se pourront offrir

entre les Espagnols et les Anglois, ainsi que je vous ay faict

entendre; qui me garde de vous en tenir ici plus longs propos.

Mais vous diray que, despuys six jours, le sieur de Seton est arrivé

en ce lieu, avec lettres que la Royne d'Escosse, ma sœur, m'a

escriptes et à la Royne, Madame et Mère, et aussi à mon frère, le Duc

d'Anjou, qui sont faictes dès le moys d'octobre; et d'aultres

particulières de l'évesque de Ross, du Ve de ce moys, par lesquelles

ma dicte sœur et icelluy évesque me requièrent très instamment,

oultre la créance du dict Seton, qui estoit aussy de même, de secourir

et assister ma dicte sœur la Royne d'Escosse.

Sur quoy je respondis à l'archevesque de Glasco et au dict Seton,

comme aussi fist Ma dicte Dame et Mère, de son costé, que nous avions

faict ce qui avoit esté possible, comme encore nous fairions toujours,

pour la restitution de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; mais, parce

que la Royne, Ma dicte Dame et Mère, jugea aux propos que luy tint le

dict archevesque de Glasco, qu'il sembloit que nous n'eussions assés

fait en cella; et toutesfois vous avez sceu ce que je dis au Sr de

Walsingam, quand il s'en retourna dernièrement pour faire entendre à

la dicte Royne d'Angleterre, et ce que despuis j'escrivis au Sr de

Norrys, qui est tout ce que je pouvois et peut estre plus que je ne

debvois lors, considéré l'estat de mes affaires; ce que Ma dicte Dame

et Mère ne faillit pas de bien dire, à ce propos, au dict archevesque

de Glasco. Dont je vous ay bien voulleu advertir, affin que, rettenant

cella à vous, vous puissiés par dellà mieux juger ses déportements.

Car je croy que luy, et ceux, avec lesquels il confère ordinairement,

desireroient bien de me mettre à la guerre avec ma dicte sœur, la

Royne d'Angleterre; ce que, pour vous dire vray, je veux évitter, avec

occasions raisonnables, tant que je pourray, et plustot, s'il est

possible, voir ceux qui m'y desirent, et qui ont faict tout ce qu'ils

ont peu pour entrettenir les troubles en mon royaulme. Je ne veux pour

cela laisser Madame ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, mais dellibère

de l'assister, tant qu'il me sera possible, comme j'ay tousjours

faict jusques icy, et que je fairay encores, sellon les moyens que

j'en ay.

Je remettray le surplus de ce que je vous pourrois escrire au contenu

de vos dictes dépesches, à quand le dict de Vassal s'en retournera;

qui sera quand j'auray veu le dict Sr de Boucaust et ceux de sa

troupe, auxquels je fairay faire bonne chère, au devant duquel j'ay

envoyé.

Et vous diray, pour la fin de ceste cy, que celluy, que me mandés qui

a escript de delà ce qui est contenu au mémoire enclos avec vostre

dicte dépesche du XIIe, est mal adverti, ayant seullement receuilli ce

que ceux qui discourent à leur fantaisie ont peu penser, ou luy

mesmes, qui n'a pas voulleu envoyer les premières dépesches sans y

mettre des nouvelles, en a voulleu composer; mais il sera bon que vous

continuiés tousjours à recouvrer les doubles de celles qu'il faira cy

après et ses mémoires pour m'en advertir, et cella sera tenu secret

comme vous desirés; aussy le fault il ainsi pour le bien de mon

servisse, priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Bouloigne, le XIXe jour de febvrier 1571.

CHARLES. PINART.

LXXVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne._)

--du IIe jour de mars 1571.--

Conférence de Catherine de Médicis avec lord Buckhurst sur la

négociation du mariage.--État de cette négociation avec

Cavalcanti et Téligni.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu vostre petite lettre, et si

vous avez receu la dernière que je vous ay escripte, vous verrés que

les choses sont changées, et que mon fils desire infiniment espouser

la Royne d'Angleterre, et ne craint sinon qu'elle ne le veuille non

plus qu'à l'accoustumée, et qu'elle fasse mine de se voulloir marier

pour servir à ses affaires. Mais, quoiqu'il en soit, il fault essayer

par tous moyens de la conduire à le faire, et pour luy donner occasion

de dire librement sa vollonté, j'ay parlé au milord Boucaust, le jour

devant qu'il partît, encore qu'il eust longtemps auparavant prins

congé de nous en cérémonie; et, de peur qu'il feust sceu, il fist

semblant d'aller voir les Tuilleries et moy d'y estre allée me

promener sans dessein, où je feignis de l'entrevoir, et luy dis que

j'eusse eu regrect qu'il s'en feust allé sans que plus au long je luy

eusse explicqué l'amitié que le Roy, mon fils, et moy avons pour la

Royne, sa Maistresse, veu qu'elle nous avoit faict entendre par luy

celle qu'elle nous vouloit, et comment nous desirions, par touts

moyens, de luy correspondre, et l'assurer que, de nostre part, nous

travaillerons tousjours à la fortiffier davantage, quand l'occasion

s'en présenteroit.

Il me dict qu'il pensoit que je voulleusse luy dire cella pour le

mariage d'elle et de mon fils.

Je luy dis que, si nous estions asseurés qu'elle le voullût et ne se

moquast comme des aultres, que le Roy, mon fils, et moy le désirerions

et le voudrions avecque son honneur, mais qu'elle gardât, de son côté,

le nostre affin qu'il ne nous en tournât une moquerie.

Lors il commença à me dire qu'elle luy avoit commandé de nous dire, si

nous entrions en ce propos, qu'elle estoit résollue de se marier, et

hors de son royaume, et à un prince de mesme aisle; et que, n'estant

l'honneur d'une fille de rechercher les hommes, qu'elle n'en pouvoit

dire davantage; mais, quand elle en seroit requise, comme son honneur

le veut, qu'elle respondroit et n'en sortiroit nulle moquerie. Et,

après, me dict qu'il me voulloit parler, de luy mesme, qu'elle estoit

contraincte de se marier, et asseuroit qu'elle le voulloit, que tous

les grands le luy conseilloient, que mon fils n'estoit ni comme le roy

de Suède, ni le frère du roy de Dannemarc, ny l'archiduc Charles, qui

sont tous princes esloignés d'Angleterre et pauvres, eux et les leurs.

Mais mon fils estoit voysin et appuyé d'un grand Roy; et que ce

mariage, s'il se faisoit, seroit bien utille pour les deux parties; et

qu'il me prioit que je luy disse ce que je voudrois sur cella mander à

sa Maistresse.

Je luy dis que je n'avois à dire aultre chose, de la part du Roy, mon

fils, et moy, que ce que je luy avois dict: que ne se mocquant, et se

voullant marier véritablement, que le Roy, mon fils, et moy entrerions

en ce propos, luy gardant son honneur, et qu'elle aussy nous gardast

le nostre; qu'estant Royne si grande, il ne la fault pas recercher

comme une aultre princesse, sans sçavoir sa vollonté, veu mesmement

que les aultres, qui l'ont faict, s'en sont mal trouvés: mais que la

sçachant, nous luy garderons ce qui est deu à une fille, grande royne

comme elle est.

Il me demanda s'il en diroit aultant de la part de mon fils, je luy

dis que non, que c'estoit de la part du Roy et de moy, et qu'il

pouvoit bien l'asseurer, de la part de mon fils, qu'il la serviroit

tousjours en ce qu'elle luy voudroit commander.

Voilà tout ce qui s'est passé entre nous.

Et, le jour auparavant, Cavalcanty m'avoit baillé le portraict de la

dicte Dame pour le bailler à mon fils, que le milord luy avoit

baillé. Despuys, le secrettaire du cardinal de Chastillon a eu sa

responce, qui est que nous le remercions et le prions de voulloir

tirer l'entière résollution de ceste Royne, si elle se veut marier ou

non, et, après, nous venir trouver pour en conférer ensemble et

prendre une résollution comme nous y debvons procéder, et l'avons

faict affin qu'il s'en vienne icy.

Et Téligni, qui nous a aussy pressé de luy faire responce, et avoir

quelque chose plus particulière pour luy mander affin qu'il le puisse

dire à icelle Royne, si elle luy demande:--«Quand je leur auray

asseuré de le voulloir quelle seureté auriés qu'ilz le veullent.»--Je

luy ay dict et le Roy aussy, qu'il luy mande de l'asseurer que, si

nous sommes asseurés de sa vollonté, que lors elle cognoistra que nous

serions bien marris de nous moquer d'une telle princesse; et y fairons

ce que debvons pour luy conserver son honneur et réputation: car,

cella se faisant, nous le desirons conserver comme le nostre propre.

Il m'a dict:--«Mais Monsieur y est si contraire.»--Je luy ay respondu

que non, mais qu'il y en avoit tant qui ne desiroient ce mariage que,

s'il faisoit aultrement, ils essayeroient par tous moyens de

l'empescher; et, en pensant qu'il ne le veut, ils se moquent de ce que

l'on en dict.

Je vous ay voulleu advertir de tout affin que, parlant à ceste Royne,

vous suiviés le mesme propos, et que, nous advertissant par lettre

expresse, qui ne soit baillée qu'à moy, de tout comme les choses iront

après qu'elle aura entendu tout cessy, et nous mandiés ce qu'il vous

semble que nous y devions faire, et comment il nous fault conduire.

Cavalcanti a grand envie que toute la négotiation luy tombe entre les

mains tout seul. Je luy en ay donné espérance, car je n'ay voulleu

malcontenter personne, de peur que, se voyant méprisé, il eust moyen

de nous y nuire. Vous parlerés à luy, et luy dires le contentement que

nous avons de luy, et que, si cecy va en avant et sans longueur, nous

ne serons pas mescognoissans.

Ce porteur vous dira comment j'ay parlé au secrettaire, et les propos

qu'il m'a tenu; et, m'en remettant sur luy, je fairay fin à la

présente; priant Dieu, etc.

De Paris ce IIe jour de mars 1571.

Vostre bonne amye. CATERINE.

LXXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de mars 1571.--

Négociation concernant Marie Stuart.--Présens reçus par le

roi.--Gratifications données à ceux qui les ont

apportés.--Remerciemens pour Élisabeth.--Assurance que le roi

ne prêtera la main a aucune entreprise contre

l'Angleterre.--Recommandation en faveur de la reine d'Écosse

pour que la liberté lui soit rendue.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys ma dernière dépesche, j'ay receu

les vostres des XVIIe et XXIIIe jours du moys passé[87]: l'une,

faisant principalement mention du faict du Prince d'Escoce; l'aultre,

contenant les discours qui se sont tenus entre la Royne d'Angleterre,

Madame ma bonne sœur, et vous sur ce que je vous escrivis par Sabran,

et encores despuis en ma subséquente dépesche.

[87] Voyez CLXe et CLXIe dép., tom. III, pag. 473 et 477.

Par la première de vos dictes lettres, j'ay veu le bon chemin que vous

aviés tenu pour disposer accortement les dépputés de la Royne

d'Escosse, ma bonne sœur, à ne consentir que le dict Prince, son

fils, feust amené en Angleterre. J'ay veu aussy ce que vous avés

descouvert du pouvoir qu'ils ont là dessus, et comme vous jugés qu'ils

seront pour faire peu d'empeschement et de résistence en cella. Dont,

à ce que m'escrivés, vous estes en peyne, et desirés sçavoir quel

aultre remède s'y pourra trouver. A quoy je ne vous puis dire aultre

chose, sinon que vous employés tout ce que vous pourrés de prudence et

dextérité pour les divertir de consentir à ce poinct là, ainsi que je

vous ay bien amplement faict entendre par mes précédentes dépesches;

lesquelles vous suivrés, tant pour ce regard que pour ce que vous

verrés toucher à mon service, au traicté qui se faira entre les

depputtés des dictes deux Roynes et ceux de l'autre parti.

Et, par vostre aultre lettre, j'ay veu et ay esté bien ayse d'entendre

ce que vous m'escrivés de la déclaration que la dicte Royne

d'Angleterre vous a faicte de vouloir persévérer en nostre amitié; de

la satisfaction, qu'elle a, de l'honneste congé que j'ay donné au

sieur de Norrys, et du bon recueil que j'ay faict au sieur de

Walsingam, et pareillement de l'honneur qu'elle a entendu qui a esté

faict au milord Boucaust, auquel j'ay faict présent d'une chaisne de

mille escus; à l'escuyer de la Royne d'Angleterre, qui m'a présenté

les six hacquenées que sa Maistresse m'a envoyés, d'une aultre chaisne

de quattre cens éscus; à celluy du comte de Lestre, qui m'a amenés les

deux hacquenées qu'il m'a envoyées, d'une aultre cheisne de deux cens;

à un gentilhomme des leurs, qui m'a présenté les dogues, je luy ay

pareillement donné une chaisne de deux cens escus, m'asseurant qu'ils

sont si bien édiffiés de moy et de mes subjects qu'ils en raportent

tout contentement. Il sera bon que vous sçachiés, si vous pouvés, ce

qu'ils en diront à la Royne, leur Maistresse, à leur arrivée par

dellà, et aussy de ma dicte entrée.

Cependant, encores que, par lettres séparées que j'escris par le dict

milord Boucaust, je remercie la dicte Royne de ce qu'elle m'a envoyé

une si honnorable ambassade pour se conjouir de mon heureux mariage,

si, ne laisserés vous de la remercier encore de ma part bien à propos,

et aussy du présent qu'elle m'a faict des dictes six hacquenées, que

j'ay trouvées belles, bien fresches et bien enharnachées; et

l'asseurerés que je me revancheray, quand il se présentera occasion

que je sçauray qu'elle desirera quelque chose des commodités de deçà.

J'ay, au demeurant, esté bien aise de voir, par vostre dicte dernière

dépesche, que la dicte Royne d'Angleterre ait prins à grande

satisfaction ce que vous luy avés dict pour le faict d'Irlande, et

asseuré que je n'avois sceu ni entendu qu'il s'y fist aulcune

entreprise par mes subjects, chose véritable, et que, toutes et

quantes fois qu'il viendra à propos d'en parler, vous luy pourrés

confirmer, trouvant que vous avés fort sagement respondu à la dicte

Royne sur ce qu'elle vous a dict avoir entendu que mon cousin le

cardinal de Lorraine, le Nonce de Nostre Sainct Père et l'archevesque

de Glasco ont proposé à mon frère le duc d'Anjou; et suis bien aise

que vous l'ayés laissée en ceste bonne opinion de moy, de la Royne,

Madame ma mère, et de mon dict frère le Duc d'Anjou, de laquelle elle

ne se trouvera jamais trompée; satisfaisant de sa part à ce qu'elle

m'a promis pour la liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse. Dont

je vous prie la solliciter incessament; et, pour y parvenir, faire

qu'il soit procédé au dict traicté le plus diligemment qu'il sera

possible, pour lequel vous vous conduirés en sorte que ce soit sans

jalousie d'aulcuns des partis, comme je suis seur que vous sçavés bien

faire, sellon vostre prudence accoustumée. Et, n'y ayant, au reste de

vos dictes dépesches, chose pour laquelle vous ayés besoin de

responce, je finirai la présente; priant Dieu, etc.

Escrit au fauxbourg St Honoré, le VIIe de mars 1571.

CHARLES. PINART.

LXXIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour de mars 1571.--

Affaires d'Écosse.--Négociation du traité concernant Marie

Stuart.--Détermination prise par le roi de ne point envoyer de

secours en Écosse, afin d'éviter tout prétexte de rompre la

négociation.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis la dépesche de Vassal j'ay

advisé qu'il demeureroit ici jusques après mon entrée, que je fis en

ma ville de Paris le VIe de ce moys; affin que, oultre le discours que

j'ay commandé au secrettaire Pinart de dresser pour vous l'envoyer,

comme je fais, il vous en peust parler particulièrement; et, sur son

départ, j'ay receu vostre dépesche du premier jour de ce moys[88],

ayant par icelle veu ce que me mandés du voyage faict par Me Prestal,

l'un des fugitifs d'Angleterre, en Escosse, et l'occasion d'icelluy,

qui est conforme à ce que le sieur de Fourquevaux m'escript

d'Espaigne. Sur quoy je vous diray qu'il fault que vous fassiés

tousjours ce que vous pourrés pour estre adverti de ce qui se voudra

exécutter en cella, et m'en donner advis, vous comportant aux choses

qui sont entre le Roy Catholique, le duc d'Alve et la dicte Royne

d'Angleterre, et ses subjects, comme je vous ay ci devant escript en

chiffre.

[88] Voyez CLXIIe dép., tom. IV, pag. 1.

J'ay veu aussy ce que m'avez escript du comte de Morthon, et de la

forme qui se commence à prendre au traicté de la Royne d'Escosse,

Madame ma bonne sœur, pour laquelle je ne manqueray, suivant ce que

me mandés, de parler au sieur de Walsingam, de la même affection que

je sçay que, pour le bien des affaires de ma dicte sœur, la Royne

d'Escosse, il est à présent requis, affin que l'on puisse tousjours

cognoistre que je l'ay assistée aultant qu'il a esté possible et qui

se pouvoit; mais je suis bien d'advis que vous fassiés, de vostre

part, ce que vous pourrés pour voir bientost quelque bonne résollution

au dict traicté, et que ce soit, le plus que l'on pourra, à la

satisfaction d'icelle ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, avant trouvé

très bon la responce que vous avés faicte au comte de Sussex et ce que

vous aviés faict faire par Cobron envers le dict comte de Morthon,

estant très aise qu'ils soyent en opinion de ne consentir que le

Prince d'Escosse soit mené en Angleterre; car aussy, pour les raisons

que vous avés veues par la responce des articles que je vous envoyay

appostilliés, et par mes précédentes dépesches, il n'y auroit point de

raison qu'il se fît.

Et quand à ce que vous escript le sieur de Vérac: qu'il est bien

estonné de ce que le Sr Thomas Flamy a esté envoyé de France en

Escosse sans lettres de moy, il ne se fault pas mettre en peyne pour

cella, car ce qui me garda d'escrire comme il désire par sa dicte

lettre, fust pour ce que l'abstinence et suspension d'armes estoit

lors desjà accordée; ce que vous luy pourrés faire entendre, si en

avés le moyen bien seur, et l'asseurés, et aussy les aultres seigneurs

et gentilshommes et aultres qui sont du parti de ma dicte sœur, la

Royne d'Escosse, que, si par la fin du traicté il ne se faict quelque

chose de bon au contentement d'icelle ma dicte sœur, que je

m'esforceray, aultant qu'il me sera possible, pour l'assister et luy

donner, et à ses bons subjects, tout le secours qu'il me sera

possible; mais j'ai espérance, sellon ce que vous mesmes m'escrivés,

qu'il se faira bientost en cella quelque chose de bon. Cependant,

affin qu'il ne se puisse dire que, de ma part, j'aye enfreint ce qui a

esté accordé de la dicte suspension d'armes pendant le dict traicté,

et que ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, ne puisse aussy prendre

nulle occasion qu'elle ne tienne et satisfasse ce qu'elle m'a si

expressément promis pour la dellivrance de ma dicte sœur, la Royne

d'Escosse, je suis délibéré de ne rien entreprendre du secours dont le

dict Vérac et le dict de Granges vous ont escript cy devant, et

encores par ce que j'ay veu du deschiffrement de la lettre du dict

Vérac.

Et pour ce que, par le dict Vassal, présant porteur, vous entendrés

toutes aultres choses des nouvelles de deçà, je n'estendray ceste cy

davantage. Et sur ce, etc.

Escript à Paris le Xe jour de mars 1571.

CHARLES. PINART.

LXXX

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

--du IIIe jour d'apvril 1571.--

Négociation du mariage.--Satisfaction de la reine au sujet de la

réponse faite par Élisabeth.--Résolution d'envoyer Cavalcanti

en Angleterre pour commencer le traité.

Monsieur de La Mothe Fénélon, sur le propos que je tins dernièrement à

milord Boucaust, du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils le

Duc d'Anjou, elle nous a fait faire responce, par son ambassadeur icy

résidant, d'en avoir receu contentement, et qu'elle trouvoit en mon

dict fils toutes choses convenables pour l'effectuer, et que, si elle

pensoit qu'il y heust aulcune juste occasion qui y peût porter

empeschement, qu'elle ne voudroit que l'on en traictât, de peur de

diminuer en quelque chose la bonne intelligence et amitié qui est

entre nous et elle; et partant, si mon dict fils voulloit mettre entre

les mains de son ambassadeur, ici résident, les conditions qu'il

desire pour y parvenir, qu'elle luy en fairait responce; mais qu'elle

trouveroit beaucoup meilleur que le Roy envoyât quelque personne de

qualité devers elle pour négotier cest affaire.

Sur quoy nous a semblé plus expédient de dépescher le Sr Cavalcanti,

comme personne de qualité, devers elle, neutre et confident de la

dicte Dame, et ayant bon accès et intelligence avec des principaux de

delà, avec les lettres et mémoires dont vous trouverés les coppies cy

encloses[89], l'ayant chargé expressément de nous rapporter les dictes

lettres, et proposer, de bouche, le contenu ez dictz mémoires, que ne

luy avons voullu bailler tout à propos signés, affin que, si ce négoce

ne prenoit l'issue que nous desirons, il n'en demeure rien par escript

devers la dicte Dame. Comme il ne faira rien que par vostre conseil,

je vous prie de luy donner les adresses et les moyens que vous jugerés

nécessaires.

[89] Ces lettres et mémoires manquent.

Il nous a aussy promis de nous apporter lettres d'elle, et responce

aux dicts mémoires, ensemble les demandes qu'elle voudroit faire de

son costé pour effectuer ce négoce, affin que celluy que nous y

envoyerons du conseil du Roy, après le retour du dict Cavalcanti,

pour, avecque vous, traicter de cest affaire, puisse estre mieux

instruict de nos intentions et plus esclerci de celles de la dicte

Dame. Sur quoy il sera bon que vous l'alliés trouver pour luy dire que

le Roy, mon fils d'Anjou et moy, avons eu fort agréable la dicte

responce que son ambassadeur nous a faicte; et desirons, en ce négoce,

deux choses: l'une, qu'il passe fort secrettement, tant pour la

dignité des deux costés que pour obvier aux empeschementz que

plusieurs, tant de dedans que dehors nos royaulmes, y voudraient

donner; l'aultre, d'en avoir prompte résollution et expédition pour ne

demeurer longuement en suspens, et pour évitter les inconvénients que

la longueur y pourroit apporter. Je vous recommande cest affaire. Et

sur ce, etc.

A Paris, ce IIIe jour d'apvril 1571.

CATERINE.

LXXXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour d'apvril 1571.--

Audience accordée à Walsingham.--Etat de la négociation

concernant Marie Stuart.--Autorisation accordée au comte de

Morton de retourner en Écosse.--Instance du roi pour que Marie

Stuart soit immédiatement remise en liberté.--Secours d'argent

et de munitions envoyé par le roi à Edimbourg.--Secret qui doit

être gardé sur cette circonstance.--Prudence dont Mr de Vérac

doit user afin d'éviter la guerre.--Détails des mesures prises

par le roi pour réprimer la sédition de Rouen.

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 13 / 44 段