[84] Voyez CLIIe, CLIIIe, CLIVe et CLVe dép., tom. III, pag. 410,

426, 428 et 433.

Et vous diray, quand au faict de la Royne d'Escosse, ma sœur, qui est

le principal de vos dictes dépesches; que je suis bien aise de quoy,

(comme vous m'escrivés par la vostre dernière), ses députés commancent

à estre ouïs, et que ceux de l'aultre party s'acheminent pour y venir,

affin de bientost donner forme au traicté de ses affaires; sur

lesquels, comme je vous ay souvant faict entendre, je desire que vous

luy donniés, en mon nom, toute l'assistance qu'il vous sera possible,

priant d'affection, de ma part, le plus courtoisement que vous

pourrés, la dicte Royne d'Angleterre pour elle, ainsi que me mandés

que le comte de Lestre vous a prié et conseillé; et que je m'asseure

que vous sçaurés bien faire sellon mon intention, laquelle je vous ay

cy devant escripte, et bien amplement faict entendre combien il

importait à ma dicte sœur n'accorder que le Prince d'Escosse, son

fils, feust mené en Angleterre, et que, tant s'en fault qu'elle et ses

subjects doibvent jamais donner consentement à cella, qu'au contraire,

s'il y estoit, elle et ses dictz subjectz auroient à regarder

d'employer tous moyens pour l'en rettirer. En quoy il fault

qu'accortement et sans bruict, ni que l'on cognoisse que cella vienne

de vous, que vous fassiés, pour les raisons que je vous ay cy devant

escrites et que vous sçaurés bien considérer et dire dextrement, que

les depputés d'Escosse persévèrent et remonstrent que c'est chose

qu'ils ne peuvent accorder.

Quand à la ligue que la Royne d'Angleterre demande estre expressément

faicte par le dict traicté d'entre elle et la dicte Royne d'Escosse;

encores que vous m'escriviés par vostre dicte dépesche, du XXIXe de

l'autre moys, qu'elle vous aye dict qu'elle n'entend par là me faire

préjudice, ains seullement faire que ma dicte sœur, la Royne

d'Escosse, ne luy puisse nuire à l'advenir; je vous diray aussy, pour

ce que ce dict porteur m'a dict que vous desiriés d'en sçavoir encores

ceste fois mon intention, que je ne veux, pour cella, que vous

différiés de prendre garde que, en faisant le dict traicté, il ne se

conclue chose qui contrevienne aux alliances et confédérations d'entre

ceste couronne et celle d'Escosse; vous ayant expressément envoyé tous

les principaux traités que j'ay fait extraire de ma cour de parlement,

lesquels vous donneront assés de lumière et cognoissance de ce que

vous aurés à faire pour mon servisse. Et si vous voyés qu'ils

voullussent faire chose qui y aportast quelque altération, il fault

que vous trouviés moyen, par quelque honneste occasion, de retarder la

résollution qu'ils en voudroient prendre, et si ne le pouviés faire

doucement, et que vissiés qu'ils voullussent passer oultre, protester

d'infraction de tout ce qui pourroit estre faict contre noz dictz

traités et alliances; et n'y intervenés plus, affin que vous ne

prestiés aulcun consentement à chose qui me puisse nuire ou

préjudicier, ni semblablement aux dictes alliances et traictés d'entre

ceste couronne et celle d'Escosse, qui sont joinctes et alliées, de

si longtemps, de tant bonne et grande amitié, faisant, au demeurant,

tout ce qu'il vous sera possible, et en sorte que les articles et

accords qui se passeront au dict traité soyent, le plus que faire se

pourra, à l'advantage de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et au

bien des affaires de son royaulme; ainsi que je vous ay tousjours

escript et commandé d'y tenir la main; ayant bien considéré ce que

m'escrivés des propos que vous a tenus le comte de Lestre, sur

l'ouverture de la démonstration de bonne intelligence, en quoy la

dicte Dame, Royne d'Angleterre, désire demeurer avec moy, qui semblent

estre affin que l'on ne pense que ce qui sera faict en cest endroict

pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, par icelle Royne

d'Angleterre, ne soit pour craincte qu'elle aye de secours et

assistance que je pourrois donner à ma dicte sœur, la Royne

d'Escosse, et à ses bons subjects, mais seullement pour l'honneste

respect et faveur qu'elle me veult porter. Dont je suis bien aise, et

desire que vous continuiés à luy user tousjours du mesme honneste

langage que je vous ay cy devant escript que vous luy debviés tenir,

qui est de vous fonder principalement sur les anciennes alliances de

ces deux royaulmes, et encore davantage pour la proximité en laquelle

me touche ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui vous donne assés

d'occasion de presser cest affaire, mais vous aurés à vous conduire de

telle sorte que cella ne nous puisse mettre à la guerre, ainsi que

j'ay donné charge à ce dict porteur vous dire de bouche.

Et à ceste occasion, il sera bon d'admonester tousjours ma dicte

sœur, la Royne d'Angleterre, de ce qu'elle a si expressément promis,

et que vous m'avés escript: qui est que, quand bien il ne se pourroit

rien traicter par ceste négotiation, que, en quelque sorte que ce

soit, elle remettroit ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, en liberté

avec ses bons subjects; dont sur cella, il lui fault faire toute

instance: car, puisqu'elle l'a ainsi promis, elle n'en sçauroit

prendre nulle mauvaise occasion.

N'y ayant plus au reste de vos dépesches à vous respondre si n'est que

le sieur Setton n'est poinct passé ici, que j'aye sceu. Et, pour ce,

je vous prie ne faillir de regarder soigneusement à descouvrir s'il a

rien faict et résollu aultre chose avec le duc d'Alve que pour le

faict de l'emprumpt de dix mille escus que me mandés, et aussi qui est

le gentilhomme qu'a dernièrement envoyé le dict duc d'Alve en Escosse,

oultre les deux aultres qui y avoient esté cy devant par son

commandement; et surtout, s'il est possible, il faut apprendre pour

quelle occasion ces voyages si fréquents se font, car, si c'est pour

entreprendre quelque chose de ce costé là ou en Irlande, je désire

bien d'en estre adverti d'heure, et bien certainement. Il est vray

qu'il n'y a pas grande apparance que le Roy d'Espaigne ni le dict duc

d'Alve y entreprennent; toutesfois il faut, s'il est possible, que

vous vous esclercissiés tellement en cessy que en puissiés sçavoir

quelque chose par les gens de l'esvesque de Ross ou aultres. Et sera

bon aussy que soubz main vous fassiés enquérir, mais par personnes que

l'on ne puisse penser que vous leur en ayés donné charge, que sont

devenus les Bretons que me mandés que l'on dict de dellà qui ont esté

du dict costé d'Irlande, où ils ont relasché, et qu'ils sont devenus;

et aussi ce que l'on en dict à la cour d'icelle Royne d'Angleterre et

comme vont ses affaires de ce costé là;

Vous voullant bien assurer, sur ce que vous a dict mon cousin le

cardinal de Chastillon, se complaignant à vous comme s'il ne

jouissoit point encore des bénéfices que j'ay donné ordre, ainsi que

ses gens luy peuvent avoir dict et escript, qu'il ne luy en est, ni ne

luy en sera pas, rettenu un seul liart de revenu, ni semblablement à

tous les aultres bénéficier, estans de la religion. Et a l'on en cela

si bien suivi et acheminé l'exécution de mon dict édict qu'ils n'ont,

ce me semble, aulcune occasion de se plaindre, leur faisant si

dilligemment, et à toutes heures qu'ils requièrent quelque chose,

quand elle est de justice, promptement satisfaire; et ay, oultre

cella, délibéré de tenir si roide la main, non seulement au faict des

dicts bénéfices, mais aussy à tous les aultres poinctz de mon dict

édict de pacification, que je suis bien asseuré que les uns ni les

aultres n'auront aucune cause de s'en plaindre.

Ce me feust plaisir d'avoir été adverti par vous de l'arrivée du Sr de

Walsingam, quelques jours avant qu'il feust ici. Je l'ay, depuis

quattre jours, veu avec le sieur Norris, m'ayant le dict sieur de

Walsingam apporté lettres de ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, sa

Maistresse, comme aussi fit il à la Royne, Madame ma mère; par les

quelles ma dicte sœur révoque le dict Sr de Norris et introduit en

son lieu le dict Sr de Walsingam, qui véritablement nous a tenu, et

aussy à mon frère le Duc d'Anjou, à chascun particulièrement, de la

part de la dicte Royne, sa Maistresse, infinis honnestes et agréables

propos. Aussy n'avons nous pas, Ma dicte Dame et Mère, et moy, ni mon

dict frère, manqué de luy répondre de mesme, l'asseurant bien qu'en

tout ce qu'il aura à négotier et à faire pour ma dicte sœur, la Royne

d'Angleterre, auprès de nous, qu'il sera tousjours fort cordiallement

et vollontiers veu et ouï, de sorte que, sur cella, il a promis de se

bien comporter en sa charge, durant laquelle il espère fortiffier,

plustot que diminuer, la commune amitié d'entre sa Maistresse et moy.

Je suis bien aise des hacquenées que vous me mandés que le comte de

Lestre a faict enharnacher et partir devant le milord de Boucaut,

auquel je fairay toute la bonne chère qu'il peut désirer, et me

revancheray des hacquenées. Mais je suis bien marry qu'il ne verra

pas, comme je pensois, les triomphes qui se feussent faict, si la

santé de la Royne, ma femme, eust peu permettre qu'elle eust esté

sacrée, et faict son entrée; mais estant encores malade, et ne voyant

pas qu'elle puisse estre si tost du tout guérie et bien forte, aussy

qu'elle est en doubte d'estre grosse, j'ay résollu que son dict sacre

et entrée se fairont une aultre fois; et moy seullement fairay mon

entrée, sans grande cérémonie, le premier dimanche de caresme

prochain, Dieu aydant.

Et pour ce que le dict Sr de Sabran, présent porteur, vous dira comme

je reçois très grand contentement du bon debvoir que vous faictes à

mon servisse, je ne vous en diray davantage, si n'est pour vous

asseurer que, se présentant pour vostre bien et avancement quelque

bonne occasion, je vous en grattiffieray d'aussy bon cœur que je prie

Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'il vous ait en sa sainte et

digne garde.

Au chasteau de Bouloigne, le XXIXe jour de janvier 1571.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, le sieur

Norris, se délibérant de partir dans deux ou trois jours pour s'en

retourner en Angleterre, est venu prendre congé de moy, m'ayant tenu

bien fort honneste langage de ses desportements, pendant qu'il a esté

icy. Sur quoy je n'ay pas failli de luy respondre de mesme, de sorte

qu'il s'en va bien fort content, et ne doubte pas que, oultre la

lettre que j'escripts par luy à la dicte Royne, sa Maistresse, pour

respondre à celle que m'a apportée d'elle le Sr de Walsingam, il

n'asseure bien sa dicte Maistresse de la bonne et affectionnée

vollonté que j'ay à l'entrettènement de nostre bonne et commune

amitié; et qu'à son retour de delà il ne fasse, cognoissant que c'est

le bien du servisse d'elle, tout ce qu'il pourra pour l'entretenir

aussi en pareille bonne vollonté; car il montre bien fort la desirer.

Ainsi je luy ay faict faire un présent de vaisselle d'argent jusques

environ douze cens escus, comme l'on a accoustumé.

Au chasteau de Bouloigne, le 1er jour de febvrier 1571.

CHARLES PINART.

LXXIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne._)

--du IIe jour de febvrier 1571.--

Déclaration confidentielle et secrète faite par Catherine de

Médicis à l'ambassadeur que le duc d'Anjou a formellement

annoncé qu'il ne voulait pas épouser Élisabeth.--Regret que

cette détermination inspire à la reine-mère.--Moyens que l'on

pourrait employer pour entamer une négociation

nouvelle.--Proposition qui pourrait être faite pour le duc

d'Alençon.--Recommandation du plus profond secret sur cette

communication.

Monsieur de La Mothe Fénélon, après avoir entièrement dépesché ce

porteur, je l'ay renvoyé quérir pour luy bailler ceste lettre,

laquelle n'est que pour vous faire entendre ce que je n'ay voulleu

fier ni à secrettaire, ni à personne que à moy mesme, et de ma main

vous l'escrire; m'asseurant que vous conduirés ce faict si

secrettement et dextrement qu'il ne nous apportera nul inconvéniant,

comme je craindrois, si la Royne d'Angleterre pensoit estre

desdaigniée ou méprisée, et que cella feust cause de nous mettre en

quelque guerre ouverte, ou qu'elle nous la fist soubs main, comme elle

a faict jusques ici.

Et pour venir au poinct, c'est que mon fils m'a faict dire par le Roy

qu'il ne la veut jamais espouser, quand bien elle le voudroit,

d'aultant qu'il a tousjours si mal ouï parler de son honneur et en a

veu des lettres escriptes de tous les ambassadeurs, qui y ont esté,

qu'il penseroit estre déshonnoré et perdre toute la réputation qu'il

pense avoir acquise.

Et pensant tousjours le vaincre par raison, je vous en ay escript

tousjours du mesme train jusques à la présente que je me suis

délibérée de faire, affin qu'allant les choses plus avant, elle n'eust

plus d'occasion de nous vouloir du mal, et se ressentir de ce qu'elle

auroit esté refusée.

Et vous promets que, si elle dict à bon escient de se voulloir marier,

que j'ay grand regret de l'opinion qu'il a; et voudrois qu'il m'eust

cousté beaucoup de sang de mon corps que je la luy eusse peu oter;

mais je ne le puis gaigner en cessy, encores qu'il me soit obéissant.

Or, Monsieur de La Mothe, vous estes sur le poinct de perdre un tel

royaulme et grandeur pour mes enfans; dont j'ay un très grand regret.

Voyés s'il y auroit quelque aultre moyen, comme je vous avois mandé

aultrefois, qu'elle voulleût adopter quelqu'une de ses parantes pour

fille, et la déclarer son héritière et que mon fils l'espousât; ou une

chose que je trouve aussy mal aisée et plus, qu'elle voulleust mon

fils d'Alençon, car, de luy, il le desire, et il a sèze ans passés; et

d'aultant qu'il est petit de son âge, je fais encore plus de

difficulté qu'elle le veuille; car, s'il estoit de grande venue comme

sont ses frères, j'en espèrerois quelque chose, car il a

l'entendement, le visage, et la façon assés de plus d'âge qu'il n'a;

et n'y a à dire, quand à l'âge, que de trois ans, de son frère à luy.

Je ne vous mande cessy pour espérance que j'aye, mais c'est pour faire

voir par quel moyen nous pourrions avoir ce royaulme entre les mains

d'un de mes enfans; veu, oultre leur grandeur, le bien et grand

service pour le Roy et le royaume.

Je vous prie de bien considérer tout ce que je vous en escriptz, et me

mander ce que vous en semble, et ce que j'en puis espérer, et me

l'escrire par une lettre qui ne soit baillée qu'à moy seulle, et non

devant personne; et m'asseurant qu'avés la mesme vollonté en ce faict

que j'ay, je ne vous en diray davantage, ni ne le vous recommanderay.

Je finis priant Dieu, etc.

De Bouloigne, près de Paris, ce segond de febvrier 1571.

CATERINE.

LXXIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de febvrier 1571.--

Déclaration du roi que l'entreprise faite en Irlande par des

Bretons a eu lieu sans son aveu.--Ordre donné pour en faire

punition.--Vive recommandation en faveur de Marie

Stuart.--Désir du roi de se rendre au vœu d'Élisabeth, en

appuyant auprès de l'empereur le projet de la réunion des

églises.--Déclaration faite par le roi à Walsingham concernant

l'entreprise des Bretons en Irlande.

Monsieur de La Mothe Fénélon, par la dépesche que je vous ay faicte

par le sieur de Sabran, je vous ay amplement respondu à voz dernières

dépesches, si ce n'est à celle du XXIIIe de janvier, qui arriva, avant

hier, à l'heure du départ du dict Sabran que je ne voullus rettarder

davantage; et remis à vous y faire responce à présent[85], que je

vous prie d'assurer la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'elle ne

doibt pas s'imaginer que je permette jamais qu'aulcun de mes subjects

entreprenne rien en Irlande contre son service, ayant été bien

surprins de l'advis qu'elle vous à baillé par escript, que j'ay veu,

où elle dict que le capitaine La Roche, gouverneur de Morleys en Basse

Bretaigne, y est allé avec quattre navires, ayant intelligence avec un

nommé Fitz Maurice, que le mémoire porte aussy qu'il est à présent

secrettement en Basse Bretaigne à solliciter pour avoir des forces,

affin de les mener à ce printemps en Irlande. Ce que je ne puis

croire, ny pareillement que le sieur de Crenay, cappitaine de Brest,

ait prins d'Angin et une petite isle qui est, à ce qu'a déclaré le

dict advis, assez près d'Irlande; car je vous asseure que ce sont

choses dont je n'oïs jamais parler qu'à la réception de vostre dicte

dépesche.

[85] Voyez CLVIe dép., tom. III, pag. 443.

J'ay desjà donné ordre de m'en informer certènement pour en faire

justice exemplaire, s'il se trouve qu'il en soit quelque chose; car

j'ay tousjours desiré, comme encore je veux de bon cœur, entrettenir

la paix, amitié et bonne intelligence qui est entre ma dicte sœur, la

Royne d'Angleterre, et moy; m'asseurant que, de sa part, elle est en

pareille vollonté, comme vous me mandés, et que, suivant ce qu'elle

vous a promis, elle tiendra bientost la promesse, et parole qu'elle

vous a si expressément donnée pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse,

qu'en cas qu'il ne se fasse rien par le traicté, qu'elle ne laissera

pas de la mettre en toute liberté ez mains de ses bons subjects: ce

que attendant, je n'ay pas voullu que l'ordre que j'avois donné pour

secourir ma dicte sœur se soit avancé.

Je vous recommande tousjours de donner à ses affaires toute

l'assistance que vous pourrés, suivant les dépesches que je vous ay cy

devant faictes, par lesquelles vous estes si amplement informé de mon

intention qu'il n'est besoin vous la réitérer. Aussy, pour la fin de

ceste cy, seullement je vous diray que je seray tousjours bien aise de

m'employer à un si bon œuvre que celluy pour lequel elle vous a prié

de m'exhorter: qui est qu'avec la bonne intelligence que j'ay avec

l'Empereur, mon beau père, je peusse mettre en avant quelque

honnorable moyen d'accord et de réunion en l'Eglise, ce que je désire

plus que chose de ce monde, et que je prie Dieu nous donner, vous

priant l'asseurer que, l'occasion s'en présentant, c'est chose que

j'embrasseray de toute syncère et vraye affection. Sur ce, etc.

Au chasteau de Bouloigne, le VIIIe jour de febvrier 1571.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys cette lettre escripte, le Sr de

Walsingam, à présent ambassadeur de ma dicte sœur, la Royne

d'Angleterre, nous est venu faire grande instance pour le faict de

Irlande. Sur quoy la Royne, Madame ma mère, et moy luy avons respondu

le mesme langage cy dessus déclaré, et asseuré que, pour ce que s'il

s'est faict, ç'a esté sans que en ayons rien sceu, nous donnerons

ordre d'en faire faire punition exemplaire: de quoy vous pouvés

assurer ma dicte sœur, et luy dire que les pratiques et aultres

choses, qui se font au préjudice et contre ce qui a esté accordé

pendant la suspension, se font par aultres que par moy ni mes

ministres, et sans que je l'entende.

CHARLES. PINART.

LXXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escripte de la main de la Royne._)

--du XVIIIe jour de febvrier 1571.--

Consentement donné par le duc d'Anjou à son mariage avec

Élisabeth.--Recommandation de presser vivement cette

négociation.--Secret qui doit être gardé sur toute cette

affaire.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay escript une lettre de ma main

par Sabran, et vous mandois que, voyant que mon fils ne voulloit se

marier, que vous essayssiés de voir si la Royne d'Angleterre voudroit

son frère d'Alançon, ou luy bailler quelqu'une de ses parantes. Or,

despuys, j'ay tant faict que mon dict fils d'Anjou s'est condescendu à

l'épouser, si elle le veut, ce qu'il desire, à ceste heure,

infiniment. Ce que voyant, j'ai faict temporiser icy milord Boucaust,

encore qu'il aye prins congé, affin qu'il vienne encore de nouveau

parler au Roy, mon fils, et à moy; et qu'estant asseurés à présent de

la vollonté de mon dict fils, nous luy en parlions en façon que la

Royne, sa Maistresse, à son retour, cognoisse qu'il ne tient plus à

nous que, si elle a envie de se marier, et espouser mon fils, la chose

s'effectue avec son honneur et le nostre.

De quoy je vous ay bien voullu advertir par ce porteur que je retins

jusqu'à présent pour l'espérance que j'avois de gaigner à la fin mon

fils comme j'ay faict; et le vous ay voulleu escrire de ma main pour

estre très nécessaire, si la chose se debvoit faire, qu'elle se vît

plus tot faicte et le mariage conclud que sceu. Et, pour ceste

occasion icy, nous faisons tousjours entendre à tous secrettaires et

aultres, que je n'ay jamais peu gaigner mon fils à se voulloir

marier. Et parce que tout le monde parle, je vous prie, dorénavant,

n'escrire plus de ce propos par lettre qui puisse venir entre aultre

main que les miennes, et que personne ne les aye ni voye que le Roy,

mon fils, son frère et moy; et aux aultres lettres qui seront des

aultres nouvelles et affaires, le secrettaire les aye comme avés

acoutumé, mais qu'il n'y aye jamais rien qui parle de ce mariage;

lequel desirons qu'il ne traine point, mais, incontinent que le milord

sera de retour, que vous taschiés de descouvrir ce qu'il aura dict, et

sur cella la vollonté de la Royne d'Angleterre, et nous mandiés

comment nous aurons à nous y conduire, affin que bientost nous en

puissions avoir l'issue qu'en desirons; et surtout que les Catholiques

n'en prennent umbre, mais gaignez les de façon qu'ils le desirent, et

leur faictes cognoistre le bien et advantage que ce leur sera.

J'ay entendu ce que m'aviés mandé par ce porteur qui me semble que

c'est un bon acheminement, et que j'espère conduire le reste de façon

que la fin en sera heureuse et comme la desirons; ce que attendant, je

prie Dieu qu'il vous aye en sa saincte garde.

De Paris ce XVIIIe jour de febvrier 1571.

CATERINE.

LXXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIXe jour de febvrier 1571.--

Avertissement donné par le roi à Élisabeth d'une entreprise

formée par les Espagnols sur l'Irlande.--Résolution du roi

d'accorder pour l'Écosse un secours de quatre mille écus par

mois, pendant six mois.--Déclaration que l'état des affaires en

France ne permet pas de donner davantage, et qu'il faudra

toujours se conduire, autant que possible, de manière à éviter

la guerre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay reçeu un pacquet de vous, du

dernier jour du moys passé, qui a longuement demeuré par les postes;

et, le jour mesmes, arriva aussi le sieur de Vassal avec vostre

dépesche du VIe de ce moys, et aujourdhui celle du XIIe ensuivant[86]:

par toutes lesquelles j'ay eu grande satisfaction de voir les discours

que me faites de ce qui se passe journellement par delà. Sur quoy je

vous diray que je seray bien aise que, continuant envers la Royne

d'Angleterre, ma bonne sœur, le mesme langage que je vous ay escript,

vous l'asseuriés toujours que, de ma part, je veux entrettenir

inviolablement nostre commune et bonne amitié et intelligence, ainsi

que j'ay asseuré le dict Sr de Walsingam, lequel la Royne, ma dicte

mère, a adverti, il y a desjà quelques jours, de ce que nous avons

entendu qui s'est faict tant en Espaigne que par le duc d'Alve pour

dresser entreprinse sur le païs d'Irlande; par où elle jugera bien

que, l'en ayant faict advertir, nous desirons par effaict sa

conservation et continuation de nostre dicte bonne amitié, espérant

que, de sa part, elle fera le semblable, et que, suivant ce qu'elle

m'a si souvant, et, depuis quelque temps, si expressément promis, en

quelque sorte que ce soit, soit qu'il se fasse quelque bon traicté

pour ma sœur, la Royne d'Escosse, ou non, qu'elle la remectra en

liberté ès mains de ses bons subjectz.

[86] Voyez CLVIIe, CLVIIIe et CLIXe dép., tom. III, pag. 450, 457

et 469.

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 12 / 44 段