mesme, par un de ses gens, de luy faire la responce, dont vous avés
heu, par le dict secrettaire de L'Aubespine, les coppies au vray,
estant bien esbahi que la dicte Royne vous ayt dict que la dicte
coppie, que vous luy monstrastes, ne soit pas semblable à celle que
j'avois envoyé à son dict ambassadeur; car elle est toute pareille. Je
suis bien d'advis que, la première audience que vous aurés, vous ne
falliés, pour la satisfaire de tout, comme me mandés qu'elle desire,
de luy dire que, si je n'heusse pensé faire honneur et plaisir à son
dict ambassadeur, comme je desire faire tousjours suivant nostre bonne
et mutuelle amitié, je ne l'heusse, quand je le rencontray en la dicte
cour du chasteau, estant prest à monter à cheval, si famillièrement
ouï, mais l'heusse remis à une aultre fois, sans plaindre ses peynes.
Je croy aussy que ce n'est pas là l'encloueure, mais qu'il luy fasche
sur les termes qu'elle vous réittéra, qui sont véritablement portés
par les lettres que j'escrivis à son dict ambassadeur, comme vous avés
veu par la dicte coppie, qui sont que:--Suivant les anciennes
alliances, confirmées entre ceste couronne et celle d'Escosse, et puis
la proximité et fraternité d'entre ma sœur, la Royne d'Escosse, et
moy,--«Je la voullois secourir en ceste sienne nécessité, et procurer
sa liberté _par tous les moyens que Dieu avait mis en ma puissance_.»
Ce que j'ay esté bien ayse qu'elle ait considéré, et qu'elle vous ait,
sur ce, tant incisté comme elle a faict, car je croy certainement que
cella est cause, avec ce que je dis au Sr de Walsingam, et aussy le
langage que vous luy tîntes à vostre précédente audience, comme je
vous avois commandé, qu'elle vous a asseuré, comme vous m'avés
escript, que, quand bien, par la voye du traicté qui se négotie entre
elles, elle ne pourroit mettre ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, si
honnorablement qu'elle vouldroit en liberté, que néantmoins elle me
donne parolle de la renvoyer, comment que ce soit, en son païs, à ses
subjects qui tiennent son parti.
Ce que je desire bien de voir effectué, pourveu que ce soit avec toute
syncérité, et sans qu'il y ait rien de mauvais, qui la puisse faire
retomber ou remettre en nouvelle peyne; car, comme je vous ay escript
plusieurs fois, et comme vous pouvés bien penser, oultre les anciennes
alliances de nos deux couronnes, la fraternité me convie naturellement
de faire pour ma dicte sœur, la Royne d'Escoce, tous les bons
effaicts qu'il me sera possible. Ce que vous continuerés à luy
remontrer, ainsi que vous avés tousjours sagement et gratieusement
faict, comme je vous ay mandé. Mais si, vous priè je ne permettre
aulcunement que, au traicté qui se faira, il soit rien innové au
préjudice des alliances et confédérations anciennes d'entre mon
royaulme et celluy d'Escosse; et au contraire je desire qu'elles
soyent entièrement confirmées. Et affin que vous soyés plus certain
quelles elles sont, je vous envoyeray par ma première despesche les
doubles des traictés ou extraicts qui en font mention.
Et, quand au propos que la dicte Royne vous a tenu de mon mariage,
vous l'en remercierés fort affectueusement de ma part, à la première
audience, du plaisir qu'elle dict avoir receu et du bonheur, félicité
et contentement qu'elle s'asseure qui y sera, et qu'elle souhaitte, et
aussy du desir qu'elle a heu de pouvoir de bon cœur estre à la feste;
ce que, de ma part, je desirerois aussy bien fort, et l'estimerois à
grand honneur et faveur, comme vous luy dirés, la remerciant de tous
ces honnêtes propos; et l'asseurant, comme vous luy avés dict à vostre
dernière audience, que je souhaitte et désire de la voir, à son
contentement, aux mesmes termes en quoy vous luy avés fait entendre
que je suis de mon dict mariage, lequel, Dieu aydant, se faira
dimanche prochain, à Mésières; où, suivant les lettres que j'ay
receues du comte de Fiesque, la Royne, ma femme, ne peut arriver plus
tost que sabmedy prochain, à cause des difficultés des passages des
rivières qui sont desbordées, et des mauvais chemins qu'elle a
trouvés.
Il faudra, aussi, dire à la dicte Royne d'Angleterre que les
gentilshommes, qu'elle vous a dict qu'elle eust faict préparer pour
envoyer à mon dict mariage, si elle heust creu que mes dictes nopces
heussent esté si prochainement, y heussent esté les très bien venus,
et de bon cœur receus, comme ils seront tousjours, venants de sa
part, soit pour ceste occasion là, ou pour aultre qui se pourra
présenter.
Cependant, pour vous satisfaire à tout le reste de vostre lettre, et
esclercir sur ce que m'a dict, de bouche, le dict de L'Aubespine:
qu'il court un bruit par delà que la paix n'est pas bien establie en
mon royaulme; et sur les aultres particularités que m'a, à ce propos,
aussy bien au long déclaré de vostre part le dict secrettaire de
L'Aubespine, je vous asseureray que ce sont choses du tout contraires
à la vérité; car, grâces à Dieu, mon édict s'observe fort droictement,
et n'espère pas qu'il y ait aulcun empeschement, ayant les mareschaux
de France et les seigneurs, que j'ay envoyés aux provinces, comme je
vous ay escript cy devant, desjà si bien establi cella, suivant ma
franche vollonté et intention, que, grâces à Dieu, toutes choses y
sont en bonne paix et repos, et y continueront tousjours, y tenant,
comme je me délibère de faire, estroictement la main. Aussy vois je
que tout mon peuple, de l'une et de l'aultre religion, se range et
obéit fort vollontiers à mon dict édict, sans aulcune difficulté ni
contrevention, quelque bruict que l'on fasse courir du contraire par
delà. Et sera bon, pour ceste occasion, que vous ostiés, le plus que
vous pourrés, ceste opinion à la dicte Royne et aux seigneurs qui en
parlent ainsi, à quoy la vérité vous aydera grandement; et que vous
continuiés à me tenir ordinairement adverti de toutes les aultres
occurences, et de tout ce que vous pourrés apprendre de leurs
discours, et principalement de ce qui se passera journellement pour le
faict de la Royne d'Escoce, ma sœur, à présent que les depputés du
païs d'Escosse sont arrivés auprès de la Royne d'Angleterre, et qu'ils
s'y pourront eschaufer à traicter et à résoudre leurs appointements,
s'ils en ont envie; ayant aussy l'œil ouvert à ce que, si la dicte
Royne d'Angleterre avoit quelque entreprinse qu'elle voullût faire
exécuter en Escosse ou en nos frontières, que j'en sois tout
incontinent adverti, pour y pourvoir: car je me doubte que, si elle
avoit quelque délibération, comme nous en avons esté cy devant en
doubte, et m'avés aussi escript plusieurs fois, que, à présent, soubz
prétexte de ce que je dis au Sr de Walsingham, et sur ce que écrivis
au sieur de Norris, son ambassadeur, elle pourroit prendre de là
occasion de l'exécuter.
Voylà pourquoy je vous prie mettre toutes les peynes que vous pourrés
d'observer et considérer ses délibérations et les descouvrir le mieux
que vous pourrés; mais que ce soit si dextrement que la dicte Royne
d'Angleterre ni ses ministres ne cognoissent pas que nous y pensions;
priant Dieu, etc.
Escript à Tannay le Moulin en Vallaige, le XXIe jour de novembre 1570.
CHARLES. PINART.
LXX
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XXIe et XXIXe jours de novembre 1570.--
Recommandation faite à l'ambassadeur au sujet du traité
concernant Marie Stuart.--Assurance que le roi ne négligera
rien pour procurer sa délivrance.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous nous avés si amplement escript et
faict entendre si particullièrement toutes choses, par le secrettaire
de L'Aubespine, que je vous asseure que le Roy, Monsieur mon fils, et
moy en demeurons bien fort satisfaictz, vous priant de continuer, à
présent que les depputés, d'une part et d'aultre, seront arrivés
auprès de la Royne d'Angleterre, et vous tenir tousjours prêt à ce
que, par le traicté que je desire et espère qui se faira pour la
liberté de ma fille la Royne d'Escoce, il ne soit rien altéré ni
préjudicié aux confédérations et alliances anciennes d'entre ceste
couronne et celle d'Escosse; nous tenants aussy advertis de toutes
aultres occurrences comme avés accoustumé. Et sur ce, etc.
Escript à Tannay le Moulin en Vallaige, le XXIe jour de novembre 1570.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay faict retarder ceste despesche
jusques à ce que j'heusse escript et faict responce, de ma main, à la
Royne d'Escosse, Madame ma fille, à laquelle je vous prie la faire
tenir et l'asseurer tousjours que, sans l'asseurance que nous a donnée
la Royne d'Angleterre de sa dellivrance, que nous n'heussions pas
failli de faire tout ce qu'il nous heust esté possible pour elle; mais
estant la négotiation si acheminée, nous creignons que cella luy heust
porté préjudice, et diverti la dicte Royne d'Angleterre de ceste bonne
vollonté, que je ne pense pas qu'elle ne tienne; aultrement, comme
j'escripts, de ma main, à ma dicte fille, la Royne d'Escosse, le Roy,
Monsieur mon fils, aura juste occasion de se ressentir et souvenir de
ses promesses et asseurances.
De Mézières le XXIXe jour de novembre 1570.
CATERINE. PINART.
LXXI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIe jour de décembre 1570.--
Vives assurances de protection pour Marie Stuart.--Surveillance
qu'il faut exercer sur les menées du duc d'Albe à l'égard de
l'Écosse.--Nouvelles explications données au sujet des plaintes
de l'ambassadeur d'Angleterre en France.--Meilleure disposition
d'Élisabeth qui doit être attribuée aux troubles du pays de
Lancastre.--Désir du roi de connaître l'état des négociations
relatives aux prises faites sur les Espagnols, et à l'alliance
d'Élisabeth avec le roi d'Espagne.--Ambassade envoyée au roi
par les princes protestans d'Allemagne.--Bon accueil préparé à
lord Buckhurst, envoyé pour assister aux fêtes du
mariage.--Satisfaction donnée à l'ambassadeur d'Angleterre en
France.--_Réponse du roi_ sur les félicitations des princes
protestans de l'Allemagne à l'occasion de son mariage avec la
fille de l'empereur et de la paix faite en
France.--Protestations d'amitié.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la dernière dépesche que je vous
ay faicte, j'ay receu, quasi tout à un coup, trois dépesches de vous,
l'une du dernier du passé, l'autre du VIIe et l'autre du XIIIe de ce
moys[81], par lesquelles j'ay veu ce qui s'est journellement faict
pour les affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur. En quoy je vous
diray que vous me faictes un très grand servisse de vous employer,
comme vous faictes, vous priant continuer et asseurer tousjours ma
dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ceux qui sont de delà pour son
servisse, que je ne sçaurois recevoir plus grand plaisir que de la
voir en la liberté et satisfaction qu'elle desire; et que, comme je
leur ay cy devant promis et asseuré, je fairay non seullement instance
et poursuitte envers la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, par tous
les moyens de prière qu'il me sera possible: voire, si tant estoit que
ce traicté ne réheussît, je ne manqueray de luy donner tout le secours
que mes affaires pourront permettre, selon les moyens que j'en
pourrois avoyr, ayant toutesfois bonne espérance que, suivant ce que
vous a si expressément asseuré ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre,
et que vous m'avés escript de sa part, dès le XXVe jour du moys
dernier passé[82], quand bien il ne se pourroit faire aulcun traicté
entre les dictes Roynes, la dicte Royne d'Angleterre mettra ma dicte
sœur la Royne d'Escosse en liberté ès mains de ses bons subjects qui
sont de son parti.
[81] Voyez CXLVIIe, CXLVIIIe et CXLIXe dép., tom. III, pag. 382,
394 et 399.
[82] Voyez CXLVIe dép., tom. III, pag. 376.
Et c'est, en tout évènement, ce qu'il faudra procurer, observant bien
pour vous ce que le sieur Seton, qui est allé devers le duc d'Alve,
pourroit avoir obtenu, tant sur le secours qu'il luy requéroit de la
part de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, sa Maistresse, que sur les
moyens que le dict Seton proposoit au dict duc de conduire le dict
secours si à propos, et aux endroictz où il disoit, qu'il seroit
ainsi bien receu des Escossois comme me mandés; et pareillement sur la
promesse, que icelluy duc luy a faicte, de faire fournir dix mille
escus pour secourir de rafreschissement les chasteaux de Lislebourg et
Dombertrand, après que de tout il auroit eu responce du Roy
d'Espaigne, son Maistre, auquel il en avoit escript; car toutes ces
menées et poursuittes là tandent, à mon advis, à quelque aultre
intention.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, pour le mescontentement
que m'escrivés que la dicte Royne d'Angleterre continue de monstrer
avoir des propos que j'ay tenuz à son ambassadeur, et de la responce
que par escript je luy fis dernièrement à Escouen, vous avés veu ce
que je vous ay là dessus plusieurs fois mandé, ne pensant pas que, sur
cella, la dicte Royne ait aulcune raison de se plaindre; et fault dire
que son dict ambassadeur luy a faict les choses aultres qu'elles ne
sont, ou qu'elle feinct ce mescontentement pour cercher quelque
argument ou inquiétude nouvelle. Toutesfois, à ce que j'ay peu voir
par vos dernières dépesches, elle commence à s'adoucir et prendre le
tout en meilleure part qu'elle ne faisoit cy devant, dont je suis bien
aise; estimant que ce qui la fait ainsi soudain et si souvant changer
et prendre ces couleurs de mescontentement, procède des précipittées
instances que m'avés escrit que aulcuns de son conseil lui faisoient
pour la divertir de sa bonne vollonté aux affaires de la Royne
d'Escosse, ma sœur; et que ce qui est cause qu'elle reprend à présent
le chemin de voulloir qu'il s'en négotie quelque bon traicté, c'est la
persévérance et assistance dont j'ay tousjours usé, et vous, de vostre
costé, pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et l'alarme que la
dicte Royne d'Angleterre a eue du costé de Lanclastre. Dont je vous
prie de vous informer tousjours dilligemment pour me tenir adverti du
cours que prendra cella; car il n'est pas possible, y ayant eu telle
esmotion que m'avés escript, que cella soit si tost adouci.
Je seray aussy bien aise de sçavoir comme il ira de la négotiation,
qui se conduict, il y a si longtemps, pour l'appréciation des prinses
faictes en Angleterre et en Flandres, et de la négotiation qui se
faict pour renouveller et rasseurer entièrement les alliances d'entre
la dicte Royne d'Angleterre et mon frère, le Roy d'Espaigne; et ce qui
adviendra de tout cella, et aussy ce que aura raporté de nouveau le
jeune Coban; car, comme je vous ay cy devant escript, il n'y a rien
plus certain que l'archiduc Charles espouse la fille du duc de
Bavières, de sorte que la charge du dict jeune Coban n'a pas réheussi;
ne voullant à ce propos oublier de vous dire que le comte Palatin, duc
Auguste, Richard Palatin, duc de Witemberg, de Brunswic, Lantgrave de
Hessen, et aultres princes protestants d'Allemaigne, ont envoyé devers
moy leurs depputés, qui sont encores ici, se conjouir tant de mon
mariage que de la paix, qui est, (comme ils ont veu, partout où ils
ont passé, mesmement à Paris, où ils ont esté) si bien establie, que,
grâces à Dieu, il n'est pas possible de mieux, quelque chose que l'on
die en Angleterre; ayant receu des dicts princes les plus grandes et
affectionnées offres et preuves d'amitié qui se peuvent dire. Aussy
ont ils eu de moy, de la Royne, Madame et Mère, et de mes frères,
toutes les bonnes réceptions qui se peuvent: leur faisant encores ici
faire fort bon traictement pour trois ou quatre jours, pour après
leur donner congé, et les renvoyer fort contants, comme ils sont
desjà; de telle sorte que je me promets qu'il n'y en a pas un d'eulx
qui n'employast pour moy et pour mes dicts frères tous les moyens que
Dieu leur a donné; estant bien délibéré d'entretenir fort curieusement
en ceste bonne vollonté iceulx princes, m'ayant si honnorablement et
honnestement envoyé visitter et faict faire par leurz dicts depputés
tant de grandes et courtoises offres; ce que vous verrez plus à plain
par le mémoire exprès que je vous en envoye.
A ce propos je vous diray que j'ay receu fort grand plaisir de la
bonne vollonté, de laquelle vous me mandés que la dicte Royne
d'Angleterre a résollu et délibéré d'envoyer de deçà le milord
Boucaust[83], son prosche parent, et qu'il y sera au temps de mon
entrée à Paris, avec une trouppe de gentilshommes anglois pour se
conjouir avec moy de mon mariage, et venir visitter ma femme de la
part de sa Maistresse. Il y sera le très bien venu, et sa trouppe
aussy, comme aussy sera le Sr de Walsingam, quand il voudra venir.
Cependant il sera bon que vous advertissiés les Srs de Gourdan, de
Caillac, et de Mailly, affin que, quand vous penserés qu'ils pourront
passer, ils leur fassent préparer des chevaux de poste, comme je leur
escriptz par vostre secrettaire, présent porteur, qu'ils fassent,
quand vous leur manderés.
[83] Ce nom a été si étrangement défiguré dans toute la
correspondance qu'il était assez difficile de le reconnaître: il
s'agit de lord Buckhurst.
Je ne manqueray, à la première audience, que me demandera son
ambassadeur, de prendre bien à propos occasion de luy tenir, comme je
suis bien résollu de faire, le mesme langage que m'avés escript par
vostre dict secrettaire, bien que je ne luy en aye jamais tenu
d'aultres que plains de l'amitié qui est entre la dicte Royne, sa
Maistresse, et moy; laquelle amitié sera bien facille à entretenir,
pourveu que, de son costé, elle ne fasse chose qui la puisse altérer:
car, de ma part, je tascheray de la fortifier aultant qu'il me sera
possible, comme, jusques ici, il ne se peut dire que j'aye faict chose
esloignée de cella. Quand j'auray parlé à son dict ambassadeur je
fairay partir ce porteur aussytost, et luy bailleray une lettre, à
part, que je vous escriray, laquelle vous pourrés monstrer à la dicte
Royne d'Angleterre.
Cependant ce me sera bien grand plaisir d'entendre journellement, par
la voye de l'ordinaire, l'estat des affaires de la dicte Royne
d'Escosse, ma sœur, et comme elle se porte de sa maladie; car je
serois fort marry qu'elle eût mal, estant bien aise du soing qu'avés
eu d'ayder à luy faire envoyer incontinent des medecins et tout le
secours qu'avés peu; priant Dieu, etc.
Escript à Villiers, le XXVIe jour de décembre 1570.
Monsieur de La Mothe Fénélon, depuis ceste lettre escripte, j'ay parlé
à l'ambassadeur d'Angleterre, et luy ay tenu le mesme langage que
m'avés escript, de sorte qu'avec la juste occasion qu'il a de demeurer
content et satisfaict de l'honneur et service que je luy ay faict,
comme je veux tousjours faire à luy et à ceux qui viendront en sa
place, il en escrira de si bonne façon à la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, que je m'asseure qu'elle ne sera plus en l'opinion, que
m'avés escript qu'elle avoit, que je n'eusse fait cas de son dict
ambassadeur.
CHARLES. PINART.
RÉPONSE DU ROY AUX AMBASSADEURS DES PRINCES DE L'EMPIRE.
Le Roy, ayant, de vive voix et par escript, entendu ce que les
ambassadeurs de Messeigneurs le Comte Pallatin et Duc de Saxe,
Ellecteurs du St Empire, et les Ducz Richard de Bavières et Jules de
Brunsvych, du Landtgrave Guillaume de Hessen, et aultres Princes de la
Germanye, ont eu charge de luy exposer de leur part,
Sa Majesté leur a faict responce:
Qu'elle mercye, en premier lieu, de toute la sa plus grande affection,
Mes dictz Seigneurs les Ellecteurs et Princes, de la cordiale
démonstration qu'ilz luy font de leur singulière bienvueillance et
amityé, ayant envoyé leurs dictz ambassadeurs pour se conjouyr et
congratuler avec elle de la nouvelle alliance qu'elle a naguyères
contractée avec l'Empereur, par le mariage de sa fille; laquelle
alliance elle veut bien faire entendre, à Mes dictz Seigneurs les
Ellecteurs et Princes, avoyr principalement desiré pour avoyr cogneu
qu'ainsy que le dict Empereur tient le premier tiltre et degré
d'honneur entre les Princes Chrestiens, Dieu luy a donné aussy les
grandz sens, prudence et excellentes vertuz de magnanimité, clémence
et bonté qui se doibvent desirer en si haulte dignité, oultre ce,
qu'il s'est toujours monstré du tout affectionné à maintenir ung bon
et heureulx repos en la Chrestienté. A quoy l'intention de Sa Majesté
est de luy correspondre avec telle volonté qu'elle espère, au plaisir
de Dieu, que leur commune alliance servira grandement pour establir
une asseurée tranquillité par toute la République Chrestienne.
Et si, davantage, elle a estimé que la bonne et parfaicte amityé
qu'elle a par naturelle inclination avec Mes dictz Seigneurs, les
Ellecteurs et Princes de la Germanye, et qui luy a esté comme
héréditairement délaissée par ses père et ayeul, sera, par le moyen de
la dicte alliance, tousjours de plus en plus confirmée et corroborée;
qui sont les principaux poinctz qu'elle en a espéré et désiré tirer.
Et, pour le regard de l'aultre poinct de congratulation, qui est de la
paix qu'il a pleu à Dieu restablir en son royaulme, elle leur répond
qu'elle ne doubte point que Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et
Princes, se ressentantz et resouvenantz de la grande amityé et
bienvueillance que les Roys, de très heureuse mémoire, Henry et
Françoys, père et ayeul de Sa dicte Majesté, ont porté aux Princes de
l'Empire, leurs prédécesseurs, ne reçoyvent tousjours une grande joye
et playsir de ce qu'ilz verront succéder et se promouvoir pour le
proffict et utillité de ce royaulme, comme a esté la paciffication des
troubles; et prend en fort bonne part les sages et prudentz recordz
que Mes dictz Seigneurs, les Ellecteurs et Princes, luy ont faict
faire pour l'entretènement de la dicte paciffication; car il n'y a
rien en ce monde qu'elle ayt tant à cueur, ny à quoy plus constamment
elle persévère que à travailler de mectre et conserver la paix, unyon
et repos entre ses subjectz, comme le vray et seul moyen de la
prospérité des royaulmes et estatz. Chacun aussy a peu veoir, comme
ses subjectz n'ont poinct plus tost monstre l'envye qu'ilz avoient de
venir à la recongnoissance de leur debvoir, qu'elle ne les ayt
bénignement embrassez et receuz en sa bonne grâce.
Au surplus, le Roy prie très affectueusement Mes dictz Seigneurs, les
Ellecteurs et Princes, de continuer envers luy ceste bonne volonté
qu'ilz démonstrent, et qu'ainsy, comme luy, suyvant les vestiges de
ses ancestres et de sa naturelle inclination, les ayme et estime avec
toute sincérité de cueur et d'affection aultant qu'il est possible,
eulx aussy luy vueillent mutuellement correspondre, se tenantz
asseurez qu'en tout temps et occasion ilz trouveront Sa dicte Majesté
prompte et entièrement disposée à employer les moyens que Dieu luy a
donnez, sans y rien espargner, pour la conservation et accroissement
de leurs dignitez et honneurs.
Faict à Villiers Costerez, le XXIIIe jour de décembre 1570.
CHARLES. BRULART.
LXXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XXIXe jour de janvier et 1er jour de febvrier 1571.--
Négociation du traité concernant Marie Stuart.--Discussion des
articles.--Menées du duc d'Albe en Écosse.--Demande de
nouvelles sur l'entreprise tentée par les Bretons en
Irlande.--Assurance donnée à Mr le cardinal de Chatillon que
les bénéfices seront conservés conformément à l'édit.--Arrivée
de Walsingham.--Remerciement du roi au sujet du présent qui lui
a été fait par Leicester.--Regret que lord Buckhurst ne puisse
assister aux fêtes du mariage, retardées à cause de la maladie
de la reine.--Audience de congé donnée à Mr de Norrys.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu par le Sr de Sabran, présent
porteur, vostre dépesche du XXIXe du moys passé; et, despuis son
arrivée, celles des VIe, XIIIe et XVIIIe jours du présent[84], ayant
esté bien aise d'avoir veu que la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne
sœur, soit à présent si contente de l'honneste langage que j'ay tenu
à son ambassadeur, comme vous luy avés faict voir par l'extrait de ma
lettre. Vous aurés encore despuis veu, par les despesches que je vous
ay faictes, tant par l'ordinaire que par vostre secrettaire, comme son
dict ambassadeur est le plus satisfaict qu'il est possible; et,
encores que je vous aye, par mes précédentes et par les articles que
je vous envoyay apostillés, amplement satisfaict aux poincts
principaux, sur quoy vous avés particullièrement donné charge aux
dictz porteurs de raporter responce résollue, et spéciallement par la
dernière que vous a portée vostre dict secrettaire, je ne laisseray
pourtant de reprendre chascun poinct succintement.