confidentiels sur les dispositions qui pourraient être prises à
l'effet de marier le duc d'Anjou avec l'héritière qui serait
désignée pour la couronne d'Angleterre.--Autorisation donnée à
l'ambassadeur de communiquer à cet égard avec
Cécil.--Recommandation du plus profond secret.
Monsieur de La Mothe Fénélon, Mr le cardinal de Chastillon a faict
tenir propos à mon fils, le Duc d'Anjou, d'une ouverture de mariage de
la Royne d'Angleterre et de mon dict fils; en quoy celluy qui en a
parlé donne telle espérance qu'il croit qu'il se faira fort aisément,
si nous voullons. Mais, parce que nous avons pensé que ceste ouverture
se faisoit pour l'intelligence et peut estre menée de la Royne
d'Angleterre, et beaucoup plus en intention de se servir du temps et
de nous, pendant que cessi se négotieroit, qu'elle fairoit conduire à
la longue, que pour vollonté qu'elle heust de se marier, je répondis à
celuy qui m'en parla que je ne pensois pas que la dicte Royne
d'Angleterre se voullût mettre en la subjection d'un mari; mais que,
s'il y avoit quelque femme ou fille à marier qui luy appartînt de si
près qu'elle la peut faire et asseurer héritière de la couronne après
elle, qu'il seroit beaucoup plus convenable ainsi; et que, si cella se
pouvoit faire de ceste façon, que la dicte Royne auroit, par le moyen
de ceste alliance, tous les contentements et grandes amitiés qu'elle
pourroit desirer et espérer en ce monde, tant du Roy, Monsieur mon
fils, que de mon dict fils, le Duc d'Anjou; et par conséquent de tous
ceux de mon royaulme, et aussy des grands qui y sont alliés.
Et, au second voyage de celluy qui tint ce propos de la part du dict
sieur cardinal de Chastillon, celluy, qui m'en a parlé, m'a dict, à
ceste occasion, que icelluy sieur cardinal avoit sceu qu'à ces
proschains Estats, qui se debvoient tenir en Angleterre, icelle Royne
seroit fort pressée, voire contraincte de se marier à quelque grand
prince, et qu'il falloit nécessairement qu'elle avisât de s'en
résoudre. Sur quoy je n'ay rien respondu. Aussy, par mesme moyen, il
me dict que celluy, qui en a parlé à mon dict fils, avoit encores en
cella quelque chose à me faire entendre. Je sçauray que c'est.
Mais cependant je vous diray que, si l'on cognoissoit clairement que
la dicte Royne heust franche vollonté de se bien establir avecque nous
par le moyen du mariage de mon dict fils avec celle qu'elle voudroit
faire héritière de sa couronne, après elle; comme j'estime que c'est
chose qu'elle a et doibt avoir en affection pour son repos et
contentement, à présent qu'elle se void hors d'espérance d'espouser
l'archiduc Charles, qui se marie à sa niepce, la fille du duc de
Bavière, je croy qu'il seroit expédiant, et j'estime que c'est chose
que nous et elle devons desirer, pour le bien de la Chrestienté, et
principallement de ces deux couronnes, qu'elle fist déclarer, aux
dicts proschains Estats d'Angleterre, la plus prosche à sa couronne
héritière après elle de sa dicte couronne et royaume; et, en ce
faisant, faire expressément résoudre, aussy par les dicts Estats, le
mariage de ceste héritière là avec mon fils; chose qui, je suis très
asseurée, apporterait à la dicte Royne tous les contentements qu'elle
sçauroit espérer, comme s'il estoit son propre fils; car il est de si
bon naturel que, si elle luy faisoit et procuroit ce bien, il la
serviroit et honnoreroit d'affection. Et, oultre cella, se pourroit
icelle Royne prévaloir grandement, à l'occasion de ce mariage, en tous
ses affaires, tant de la faveur et des moyens du Roy, Monsieur mon
fils, que de mon fils le Duc d'Anjou, qui a heu cest honneur d'avoir,
à son âge, conduit et commandé heureusement de si belles armées, et
gaigné de si grandes batailles, y ayant acquis l'expérience et telle
réputation, par toute la Chrestienté, que prince ne la sçauroit
desirer plus grande ni meilleure qu'il l'a.
Je vous ay bien voulleu faire tout ce discours, vous priant de le
tenir si secret que nul des vostres, ni aultre, quel que soit, n'en
sçache rien. Et fault tascher de descouvrir et voir si vous pourriés
rien apprendre de cessi, pour m'en donner advis à toutes occasions;
et, si vous cognoissés que l'on en puisse espérer quelque bon fruict,
il fault que, secrettement et accortement, comme je sçay que vous
sçavés très bien faire, que vous en parliés, comme de vous mesmes, au
secrettaire Cecille, qui s'est allié à une maison qui a, comme j'ay
entendu, faict tousjours concurrance à la Royne d'Escosse, ma fille,
pour la succession de la couronne et royaulme d'Angleterre, affin
qu'il regarde quelle femme ou fille, de ceste maison là, seroit la
plus apte à s'y introduire; et, sur cella, entrer en propos avec luy,
à bon escient, et luy faire amplement entendre, comme vous sçavés très
prudemment faire, le grand bien qu'il se fairoit, à luy mesme et à sa
maison, de moyenner et conduire cella à perfection; et que, par ce
moyen, il honnoreroit et asseureroit du tout sa dicte maison, et si,
demeureroit à jamais grand, maniant encores, avec beaucoup plus
d'authorité qu'il n'a jamais faict, le royaulme et affaires
d'Angleterre. Et, oultre cella, il se serait employé pour un prince,
qui recognoistroit si bien le bon office qu'il faira en cella pour
luy, qu'il n'en pourroit espérer que tout heur et félicité à luy et
aux siens.
Il y a, ce me semble, une femme de ceste maison là qui a esté
longtemps prisonnière avec son mari et deux leurs fils[74]. J'ay ouï
dire que le dict mari est mort en prison, il faudroit sçavoir si elle
seroit la plus proche, et, si ainsi estoit, pour ce que, si on luy
faisoit ce bien là, et qu'il n'y feust par mesme moyen pourveu, ses
fils seroient héritiers de la dicte couronne d'Angleterre, il faudroit
faire, pour remédier à cella, que les susdicts Estats la déclarassent
héritière de la couronne d'Angleterre, et, pour certaines grandes
occasions, les dictz enfans, descendants du mariage d'elle et de mon
dict fils seullement, et non d'aultres mariages.
[74] Voyez la réponse jointe à la CXLIIIe dép., tom. III, pag.
357, et la note pag. 359.
Je vous ay bien voulleu commettre ce discours, sçachant bien que vous
estes si affectionné à ceste couronne et si prudent que vous en
sçaurés dignement user, et vous y comporter comme il fault, vous
priant que j'aye, sur ce, de vos nouvelles, le plus souvant que vous
pourrés, et que personne du monde ne sçache rien de ce que je vous
escriptz, ne failhant, quand vous me manderés quelque chose, de m'en
faire, de vostre main, une lettre à part que vous plierés fort menu.
Et ne m'en escrivés jamais que quand vous m'envoyerez quelqu'un exprès
pour les aultres affaires de vostre charge, ou par homme seur, qui
vous pourra estre envoyé d'ici; et, quand vous m'en escrirés, vous
dirés à celluy, à qui vous baillerés vos lettres, que, s'il se
trouvoit pressé ou en danger d'estre arresté ou foullié, combien que
nous soyons hors de ceste crainte là, puisque Dieu nous a donné la
paix, qu'il jette ou fasse des dictes lettres en sorte qu'elles ne
soyent point veues ni trouvées de personne; priant Dieu, Monsieur de
La Mothe Fénélon, etc.
Escript à Escouen, le XXe jour d'octobre 1570.
LXV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Lettre escrite de la main de la Royne Mère._)
--du XXe jour d'octobre 1570.--
Défense expresse de faire aucune communication à Cécil des
ouvertures de mariage.--Nouvelle recommandation du plus profond
secret.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ma petite lettre escripte, j'ai
parlé au personnage que je vous escriptz par icelle, qui avoit encore
quelque chose sur ce faict là à me dire; et par ce que cella me met en
doubte que cessi se fasse à quelque intention, qui n'est pas peut
estre si syncère qu'ils la proposent, je vous prie et charge, sur
vostre honneur, de n'en parler aulcunement au secrettaire Cecille, ni
à quelque personne que ce soit, et n'en faire aulcun semblant ni
démonstration que vous en sçachiés rien, ni que je vous en aye
escript: car aussi l'advis que je vous en donne n'est à aultre
intention que pour l'asseurance que vous m'estes fidelle et asseuré
serviteur, que cella demeurera ensepveli en vous, et que vous ne
perdrés une seulle occasion et moyen de descouvrir et pénétrer, par
delà, à quoy tend ce faict, et qui conduit cessi auprès de la Royne
d'Angleterre; et aussy de quelle vollonté ils y procèdent, et la dicte
Royne aussy. Mais surtout comportés vous en cella si dextrement que
créature qui vive ne puisse penser qu'en sçachiés rien; priant Dieu,
Monsieur de La Mothe Fénélon, etc.
D'Escouen, le XXe octobre, au soir, bien tard, 1570.
Vostre meilleure amye. CATERINE.
LXVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIIIe jour d'octobre 1570.--
Négociation concernant Marie Stuart.--Affermissement de la paix
en France.--Communications faites au nom du roi
d'Espagne.--Surveillance à exercer sur les négociations du duc
d'Albe.--Discussion des articles relatifs à Marie
Stuart.--Mission de Mr de L'Aubespine.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux despesches, des
XVIe et XVIIe de ce présent moys[75], par vostre secrettaire, présent
porteur; et ay veu par la première ce que contiennent en substance les
articles présentés à la Royne d'Escosse, ma bonne sœur, par le
secrettaire Cecille et Me Mildmay, députés de la part de la Royne
d'Angleterre, leur Maistresse. J'ay aussy veu, par le mémoire et
instruction qu'il a apporté avec icelle[76], en quelle opinion ils
sont par delà de l'establissement et continuation de la paix que Dieu
m'a faicte la grâce de remettre en mon royaulme; en quoy ils ne se
trompent pas. Et vous prie les y conforter, aultant qu'il sera
possible, les asseurant tousjours que je n'oublieray rien de ce que je
penseray pouvoir profiter à la rendre perpétuelle, cognoissant combien
c'est chose utille et nécessaire pour le bien de mes affaires et de
mon dict royaulme; ayant esté fort aise d'entendre que, non seullement
les Anglois, mais aussy tous ceux qui en avoient contraire opinion,
croyent et voyent, par effaict, comme le dict establissement s'en
faict si bien qu'il ne se pourroit mieux desirer.
[75] Voyez CXXXIXe et CXLe dép., tom. III, pag. 327 et 330.
[76] Voyez le Mémoire joint à la CXXXIXe dép., tom. III, pag.
331.
J'ay bien considéré ce qui vous a esté dict sur ce propos par
l'ambassadeur du Roy Catholique, Monsieur mon bon frère, et ce qu'il
vous a discouru, en le continuant. Sur quoy, vous luy avés fort bien
respondu et à la vérité, mesmes pour le regard des garnisons que j'ay
renvoyées en Picardie et à Calais, ainsi qu'elles estoient auparavant
les troubles, et aussy sur ce qu'il vous a discouru de la ligue
d'entre le Pape, le Roy son Maistre, et les Vénitiens, contre le Turc,
en laquelle il semble qu'il espère que l'Empereur pourra pareillement
entrer.
J'attands, comme je vous ay escript par mes précédentes despesches, ce
qui réhussira du différend d'entre la dicte Royne d'Angleterre et le
duc d'Alve, lequel, ainsi qu'il est porté par vostre dict mémoire,
entretient les dictz Anglois en telle opinion de l'amitié du Roy
Catholique, son Maistre, qu'ils s'en tiennent asseurés. Mais je ne
puis penser à quelle fin il a envoyé recognoistre quelque commode
descente en Escosse; et sera bon que vous ayés tousjours l'œil ouvert
affin que, s'il se faisoit quelque entreprinse de ce costé là, ou que
le dict duc voullust entrer en traicté avec les dictz Escossois, que
j'en sois incontinent adverty.
Et, quand à vostre seconde dépesche, j'ay veu la coppie des articles
que m'avés envoyés, conformes à ce que vous m'en escrivés en substance
par vostre première lettre; et si, j'ay aussy veu la responce que vous
avés sur ce faicte, par forme d'advis, sur chascun article à l'évesque
de Ross. En quoy vous avés très bien desduict mon intention,
spéciallement sur le troisième article que vous avés pris comme il se
debvoit prendre, pour la ligue qu'ils proposent de faire entre la
Royne d'Angleterre et ma dicte sœur la Royne d'Escosse; car, si cella
se faisoit ainsi, ce seroit du tout au préjudice de l'alliance qui
est, de si longtemps, entre mon royaulme et celluy d'Escosse. Et, pour
ce, se faudra conduire en cella ainsi qu'avés bien desduict par vostre
dicte responce.
Mais vous n'avés pas assés expressément respondu au dict évesque de
Ross sur le neufviesme article, en ce que, par icelluy, la dicte Royne
d'Angleterre demande que la dicte Royne d'Escosse soit tenue de faire
amener son fils en Angleterre comme ostage, devant qu'elle puisse
estre mise en pleine liberté, vous priant luy faire bien entendre
qu'il se garde d'accorder aulcune chose de cest article, n'y ayant
point d'apparence en icelluy, car ils auroient tout ce qu'ils
demandent, s'ils tenoient le dict Prince d'Escosse. Et ne fault point,
soubz quelque coulleur que ce soit, qu'il soit mené en Angleterre,
mais, au contraire, il fault que vous advertissiés soigneusement ceux
du conseil et parti de la Royne d'Escosse qu'ils ne sauroient mieux
faire que de tenir le dict Prince d'Escosse en leur païs: et leur
remonstriés et persuadiés que, s'il en estoit hors, qu'il faudroit
qu'ils fissent tout ce qui leur seroit possible pour le ravoir; car il
n'y a plus de salut ni d'espérance de leur repos que par ce moyen.
Et, aussy, ne semble pas raysonnable que la Royne d'Escosse quitte
aulcune chose des tiltres et prétentions qu'elle peut avoir au
royaulme d'Angleterre, à tout le moins fault incister sur ce poinct,
tant que faire se pourra, comme vous fairés entendre au dict évesque
de Ross; auquel toutesfois vous remettrés, et à ceux du conseil de la
Royne d'Escosse, de traicter et se laisser aller en cella, aultant
qu'ils verront estre nécessaire pour accommoder les choses et faire un
bon accord et traicté.
Quant au dousiesme article, il ne faut, pour responce à icelluy, que
les déclarations en forme qui ont esté envoyées d'icy il y a quelque
temps, signées et scellées, et mises ès mains de la Royne
d'Angleterre[77], qui l'asseurent et esclaircissent assés pour ce
regard.
[77] Voyez les Déclarations des 10 et 17 juillet 1569, tom. I,
pag. 431 et 433.
Les aultres responces, que vous avés faictes au surplus, sont telles
que j'eusse pu désirer. Et ne pense avoir autre chose à vous dire,
sinon que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ceux de son conseil
doivent plustost demander ostages que d'en bailler pour
l'entrètenement de ce qui sera accordé, et moins encore de laisser
aucunes places à la Royne d'Angleterre; comme vous avés bien sceu
respondre au dict sieur évesque de Ross.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés esté bien
satisfaict par le secrettaire de L'Aubespine, que je vous ay naguères
envoyé, sur le contenu en vos précédentes dépesches, et instruict de
la responce, que j'ay faicte à l'ambassadeur de la dicte Royne
d'Angleterre, sur la remonstrance qu'il m'a faicte de la part
d'icelle. Attendant au retour du dict de L'Aubespine ce que vous aura
dict la dicte Royne sur ce que je donnai charge au Sr de Walsingham
luy dire, et que je vous ay escrit, despuis, luy faire doucement
entendre; et aussy de ce qui se peut espérer de ceste négociation,
pour laquelle je vous prie vous emploïer d'affection, et faire en
sorte, par tous les moyens que vous pourrés trouver, qu'elle preigne
bientost quelque bonne fin; donnant en cela toute l'assistance et
confort qu'il vous sera possible à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse,
et à ceux de son conseil; et me tenés adverti, à chaque occasion, de
ce qui se faira en la dicte négociation, afin que je vous puisse faire
sçavoir mon intention là dessus. Sur ce, etc.
Escript à l'abbaye St Germain des Prés, lès Paris, le XXVIIIe jour
d'octobre 1570.
CHARLES. PINART.
LXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de novembre 1570.--
Satisfaction du roi au sujet de la réponse faite par Élisabeth à
sa déclaration concernant l'Écosse.--Et de l'engagement qu'elle
a pris de rétablir Marie Stuart.--Crainte que l'on ne veuille
traîner cette négociation en longueur.--Raffermissement de la
paix.--Nouvelles des fiançailles du roi célébrées à
Spire.--Prochaine arrivée en France de la jeune reine.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par vostre lettre du XXVe du passé[78],
vous m'avés fort particulièrement, et à ma très grande satisfaction,
discouru tout ce qui se passa à l'audience que vous donna la Royne
d'Angleterre, sur la despesche que je vous fis de ce que j'avois faict
entendre au Sr de Walsingam, et de la charge que je luy avois donnée
de dire et déclarer sur cella à la dicte Royne, sa Maistresse, m'ayant
été fort grand plaisir d'avoir veu que, après qu'elle vous heût avec
si grande attention ouï parler, qu'à la fin de son discours elle vous
ait si expressément asseuré qu'elle remettra la Royne d'Escosse,
Madame ma bonne sœur, par la voye du traicté qui se négotie entre
elles, le plus honnorablement qu'elle pourra, en son royaulme; et que,
quand elle ne le pourra faire en ceste façon, qu'encore me donne elle
parolle de la renvoyer, comment que ce soit, à ceux qui tiennent son
parti, en son païs, et qu'elle ne la veut plus rettenir en son
royaulme. En quoy je vous prie l'entrettenir de façon que, par
effaict, elle me le fasse paroistre bientost; mais que ce soit avec
toute syncérité, et que la liberté où elle promet de la mettre, ez
mains de ceux de son parti en Escosse, en cas qu'elles ne se puissent
si bien, comme je désire, accorder de toutes choses, que la dicte
liberté, où elle la mettra, ne luy aporte pas un nouveau tourment et
peyne; et que cella ne tire à la longue que le moins qu'il sera
possible, comme, par vostre lettre du XXXe du dict moys[79], que je
viens de recepvoir présentement, il semble que la dicte Royne y
veuille mener la dicte négociation, puisque l'on parle de faire pour
deux moys en Escosse suspension d'armes, qui debvoit être la première
chose accordée, quand l'on a commencé la dicte négociation; de la
quelle j'attends, par voz premières despêches ou au retour du
secrétaire de L'Aubespine, que je suis bien aise qui soit arrivé de
delà, ce qui aura esté faict, et aussy ce que en résouldra la dicte
Royne d'Angleterre, au retour de ses depputés, sur tous les poincts
proposés par les articles baillés par le secrétaire Cecille; sur
lesquelz je vous ay escript, par vostre secrettaire qui s'en est
retourné depuis dix jours, ce que je desirerois en cella pour le bien
et repos de ces deux Roynes et de leurs royaulmes et subjects: vous
voullant bien dire que, grâces à Dieu, mon royaulme est aussi paisible
que je sçaurois désirer, s'establissant mon édict de pacification le
mieux et le plus aisément qu'il est possible de souhaiter, n'en
desplaise à celluy qui a escript les lettres de delà, qui sont toutes
contraires à la vérité.
[78] Voyez CXLIe dép., tom. III, pag. 339.
[79] Voyez CXLIIe dép., tom. III, pag. 346.
J'ay veu aussi le receuil escript, par voz dictes deux lettres, de
toutes les choses qui se y dient, et, combien que souvant toutes les
nouvelles ne soyent pas entièrement véritables, et que, comme vous
dictes par la lettre qu'escrivés à la Royne, Madame et Mère, elles
augmentent ou diminuent venant de loin, si vous priay je de continuer
tousjours à nous mander tout ce que vous pourrés sçavoir: car cella,
avec les aultres advis que nous avons d'ailleurs, nous sert
quelquefois.
Cependant je vous diray que, par la dernière despesche que j'ay heu
d'Allemaigne, mes fiançiailles furent fort honnorablement faictes à
Espire, le dernier dimanche du moys passé, avec la Princesse
Élysabeth, laquelle doibt arriver, selon la supputation de ses
journées, à Mézières, le vingtième de ce moys, où je me trouveray
aussy, comme je vous ay cy devant escript, pour y achever mon dict
mariage, sans y faire les grandes magnificences que j'avois délibéré,
lesquelles, à cause que la ville est fort petite, j'ay remises, et
veux estre faictes, avec les aultres pompes et tournois de mon entrée
à Paris, que je fairay au premier jour de janvier prochain; aydant
Dieu, auquel je prie vous avoir, etc.
Escript à Paris, le VIe jour de novembre 1570.
CHARLES. PINART.
LXVIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de novembre 1570.--
Assurance donnée à l'ambassadeur qu'il n'a rien à craindre des
faux rapports qui peuvent être faits contre lui.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par la lettre du Roy, Monsieur mon fils,
vous serés si amplement satisfaict à vos deux dernières despesches,
des XXVe et XXXe du moys passé, qu'il n'est besoin de vous en dire
davantage, si n'est que nous sçavons très bien que vous vous estes
toujours porté pour les affaires de ma fille, la Royne d'Escosse, avec
la bonne et grande affection que vous sçavés que nous avons de
l'assister et secourir, et ne nous sçauroit on rien persuader de
vous, et n'en ayés peur, qui nous altère la bonne opinion que nous
avons du bon debvoir que nous sçavons que vous y avés tousjours faict,
et faictes encores, vous renvoyant pour ceste occasion les lettres
qu'elle vous a escriptes et aussy celles que l'évesque de Glasco, son
ambassadeur, qui est ici, escrivoit à l'évesque de Ross; lesquelles
j'ay faict voir au Roy, Mon dict Sieur et fils, et à mon fils le Duc
d'Anjou, qui ont bien jugé par icelles, comme aussy ay je faict,
principallement par celle du dict ambassadeur, ce que m'avés escript
venir de luy et non pas de vous. Mais je croy que delà l'on n'a pas,
ceste opinion, puisque la Royne d'Angleterre vous a donné, pour la
dicte Royne d'Escosse ma fille, la bonne espérance que vous nous
escrivés par vos dictes deux dernières despesches, sur lesquelles il
ne me reste plus rien à vous dire. Sur ce, etc.
Escript à Paris, le VIe jour de novembre 1570.
CATERINE. PINART.
LXIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour de novembre 1570.--
Détails de la réception faite par le roi à l'ambassadeur
d'Angleterre, à raison de laquelle il a porté plainte à sa
souveraine.--Explications données à ce sujet.--Persistance du
roi dans sa déclaration à l'égard de l'Écosse.--Injonction
faite à l'ambassadeur de veiller à ce que le traité concernant
Marie Stuart ne renferme rien de préjudiciable à la
France.--Remerciemens sur les complimens d'Élisabeth à
l'occasion du mariage du roi.--Bon accueil réservé aux
seigneurs d'Angleterre qui seraient envoyés pour assister aux
fêtes du mariage.--Ferme assurance que la paix est parfaitement
rétablie en France.--Nécessité d'exercer la plus exacte
surveillance sur les entreprises que pourraient tenter les
Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay esté bien amplement satisfaict, au
retour du secrettaire de L'Aubespine, tant par la lettre que vous
m'avés escripte[80] que par ce qu'il m'a dict de bouche. En quoy je
n'ay à vous respondre que sur ce que me mandés que la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, a estimé que l'on faisoit ici
bien peu de cas de ses ambassadeurs, pour ce que j'ay parlé au sieur
de Norris au millieu de la cour d'Escouen, l'ayant rencontré, au
retour de vespres, ainsi que je m'en allois aux toiles, après l'avoir
longuement et assés tard attendu. Mais, comme vous luy avés bien sceu
dire, quand elle considèrera que, l'ayant ainsi inopinément rencontré,
en voullant sortir pour monter à cheval, et voyant qu'il avoit à se
rettirer à Paris, dont il étoit venu, pour ce qu'il n'avoit poinct
faict demander de logis au dict Escouen, je pensois faire pour luy,
usant comme je fis si privément, luy ayant toutesfois donné tout
loisir de me dire tout ce qu'il voullut, sans le remettre à une autre
fois, ni luy donner la peyne de monter à ma chambre.
[80] Voyez CXLIIIe dép. du 9 novembre 1570, tom. III, pag. 350.
Et, pour vous en parler franchement, je fus despuys bien aise que
cella advînt ainsi, car, après l'avoir fort privément et bien
amplement ouï, et faict son audience si longue qu'il voullut; après
luy avoir faict instance des affaires de ma sœur, la Royne d'Escosse,
je le priai de m'envoyer par escript ce qu'il m'avoit dict, affin que
je luy fisse responce aussy par escript, et que l'on se peut mieux
souvenir doresenavant des promesses que la Royne d'Angleterre, sa
Maistresse, me faisoit; et qu'elle m'avoit tant de fois, et il y avoit
si longtemps, réittérées, pour l'élargissement et liberté de ma sœur,
la Royne d'Escosse.