Monsieur de La Mothe Fénélon, s'en retournant le sieur de Walsingam

devers la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, je vous ay bien voullu

advertir de la réception de vostre despesche du Ve de ce moys, mais

parce qu'elle a esté suivie de deux aultres voz despesches[66], que

j'ay ce jourdhuy receues, ensemblement, avant que la responce en feust

résollue, je remettray à vous satisfaire aux trois ensemble par la

première commodité, ayant faict responce et remercier par le dict

sieur de Walsingam la dicte Royne de ce qu'elle m'a escript et faict

dire par luy, de sa part, sur la pacification des troubles de mon

royaulme, que, comme je luy ay faict entendre, je délibère faire bien

exactement observer. Et en attandant que je vous fasse ample responce

à toutes vos despesches, qui sera bientost, je prie Dieu, etc.

A Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.

[66] Voyez CXXXIe, CXXXIIe et CXXXIIIe dép. des 5, 10 et 15

septembre 1570, tom. III, pag. 289, 302 et 306.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay

donné charge au Sr de Walsingam, comme il prenoit congé de moy pour

s'en retourner devers la Royne d'Angleterre sa Maistresse, de luy

dire, de ma part, que je m'estois tousjours asseuré que, suivant ce

qu'elle m'avoit si expressément promis, qu'elle ne fairoit ni

permettroit point qu'il se fist en Escosse aulcune chose au préjudice

de la Royne d'Escosse, ma sœur; et qu'ayant entendu que le comte de

Sussex estoit allé de ce costé là, avec des forces, ayant, comme j'ay

sceu par les derniers advis que j'en ay heus, desjà commancé à faire

beaucoup de mal et de brulleries en Escosse, je m'estonnois fort de

cella, et le trouvois merveilheusement estrange, veu l'asseurance

qu'elle m'avoit donnée que, jusques à ce qu'il se vît ce qui pourroit

réhussir de l'apointement qui se traittoit, il ne seroit faict aulcune

entreprinse de ce costé là: m'ayant sur cella son ambassadeur, qui est

ici, et le Sr de Walsingam respondu que le dict comte de Sussex

n'estoit point advoué de la dicte Royne, leur Maistresse. Toutesfois

estimant qu'il n'entreprend pas telles choses de luy mesmes, je leur

ay bien faict entendre que, s'il y avoit de mes subjects qui usassent

de tels déportements à mes voysins, je y sçaurois fort bien pourvoir,

et en fairois faire telle exécution et justice que ce seroit exemple;

et que, pour ceste cause, je priois la dicte Royne, leur Maistresse,

d'y pourvoir, et me faire cognoistre qu'elle a vollonté d'entretenir

ce qu'elle m'a si expressément promis en cella, et aussy pour la

prompte dellivrance et liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse;

et que, si cella se faisoit aultrement, et qu'elle ne satisfît à sa

dicte promesse, j'avois grande occasion de m'en ressentir, comme je ne

fauldrois pas de faire délibération de ne laisser aulcunement ma dicte

sœur, mais au contraire de l'assister et ayder, non seullement pour

sa personne, affin qu'elle puisse estre bientost mise en liberté, et

aussy pour les affaires et conservation de son païs, et de n'espargner

en cella les moyens que Dieu m'a donnés.

Dont j'ay bien voullu vous avertir, affin que, de vostre part, vous

regardiés de le faire entendre doucement à la dicte Royne

d'Angleterre, observant bien sa contenance et ce qui se pourra en

cella juger et estimer d'elle, lorsque luy en parlerez. Dont

m'escrirés le plus tôt que vous pourrés ce que sur cella elle vous

respondra; et que vous faictes aussy entendre le tout à ma dicte

sœur, la Royne d'Escosse. Sur ce, etc.

De Paris, ce XXIIIe jour de septembre 1570.

CHARLES. PINART.

LVIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIIe, XXIIIe et XXVIe jours de septembre 1570.--

Recommandation pour la reine d'Écosse.--Assurance donnée aux

réfugiés français en Angleterre qu'ils peuvent en toute sûreté

rentrer en France.--Secret que doit garder l'ambassadeur au

sujet des secours qui sont envoyés par le roi en Écosse.

Monsieur de La Mothe Fénélon, par la lettre que le Roy, Monsieur mon

filz, vous escript, vous verrés qu'il remet à vous satisfaire en brief

à trois despesches que nous avons, puis naguières, receues de vous,

dont les deux dernières n'ont encores esté leues; qui me faict aussy

attendre à respondre à ce que par icelles vous m'escrivés. Et n'estant

ceste despesche faicte que pour accuser la réception des vostres,

affin que n'en demeuriés en aulcune peyne, je n'estendray ceste cy

davantage que pour prier Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys ceste lettre escripte, nous

avons ouvert et veu vos dictes despesches, auxquelles le Roy, Monsieur

mon fils, vous faict si amplement responce qu'il n'est besoin, me

remettant à ses dictes lettres, vous en dire davantage; comme aussy ne

fairay je que pour vous prier d'assister, en tout ce que vous pourrés,

ma fille, la Royne d'Escosse, et faire, s'il est possible, que, par

les moyens que nous vous mandons, elle puisse estre bientost mise en

liberté et ses affaires aller bien; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIIe jour de septembre 1570.

Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons veu, par vostre despesche du

XIXe de ce moys[67], que nous avons receu en fermant ceste cy, ce que

nous mandés de l'armement des grands navires et préparatifs de vivres

qui se font par delà, et l'occasion pour laquelle vous estimés que

c'est: à quoy, toutesfois, il ne se fault pas trop fier. Et sera bon

que ayés tousjours l'œil ouvert, comme avés acoustumé, pour voir de

quel costé l'on les voudra employer, pour nous en advertir

continuellement.

[67] Voyez CXXXIVe dép., tom. III, pag. 309.

Nous avons aussy veu, par vostre lettre, le retardement du partement

du secrettaire Cecille et de ceux qui debvoient aller avec luy pour la

négotiation des traictés et affaires de ma fille, la Royne d'Escosse.

Quand aux françois qui estoient de delà, et que nous mandés qui font

difficulté de revenir en France pour le danger qu'ils pensent qu'il y

auroit pour eulx, retournant à Rouen, Dieppe et Calais, et que l'on

faict difficulté de les y recevoir, vous les pourrés bien asseurer

qu'ils doibvent venir asseurément, et que le Roy, Monsieur mon fils, a

pourveu qu'ils y seront doucement receus et maintenus.

Et quant aux marchands qui poursuivent de delà des déprédations, vous

aurés veu ce qu'en aura esté accordé par l'édict de pacification qui

vous a esté envoyé, à quoy il vous fault régler; vous priant, pour la

fin de ceste lettre, de continuer à nous advertir tousjours de ce que

vous pourrés apprandre de l'ambarquement et passage de la Royne

d'Espaigne et des aultres occurances. Et sur ce, etc.

Escript à Paris, le XXVIe jour de septembre 1570.

L'ambassadeur de ma fille, la Royne d'Escosse, m'a présentement dict

que vous aviés escript à sa Maistresse, ou faict dire, que nous ne la

pouvions aulcunement secourir des harquebusiers dont nous luy avons

donné espérance. Sur quoy je n'ay aultre chose à vous dire si ce n'est

qu'il fault que vous vous comportiés en cella avec la plus grande

discrétion que vous pourrés, envers la Royne d'Angleterre; toutesfois

sans dire chose qui nous mette à la guerre; faisant néantmoings tous

les bons offices que vous pourrés pour assister ma dicte fille, la

Royne d'Escosse, à sa prompte délivrance et au bien de ses affaires,

comme le Roy, Monsieur mon fils, vous a escript.

Ce XXVIe jour de septembre 1570.

CATERINE. PINART.

LIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIIIe jour d'octobre 1570.--

Attente de la réponse d'Élisabeth sur la déclaration du roi

touchant l'Écosse.--Désignation de Cécil et de Me Mildmay pour

discuter le traité concernant Marie Stuart.--Crainte que cette

négociation ne reste sans résultat.--Recommandation faite à

l'ambassadeur de surveiller les nouvelles d'Allemagne.--Détails

sur le mariage du roi.--Satisfaction exprimée à l'ambassadeur à

raison de ses services.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Vassal que je

vous ay renvoyé ces jours icy, j'ay receu deux lettres de vous, l'une

du XXIVe et l'aultre du XXIXe du moys passé[68]; et, avant que vous y

faire responce, je vous diray que, à l'arrivée du dict Vassal par

delà, vous aurés esté amplement satisfaict de tous les points portés

par vos précédentes despesches, et si, aurés entendu de luy le desir

que j'ay de sçavoir bien particullièrement la responce que vous aura

faicte la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par le sieur de

Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire modestement.

Dont j'attands de vos nouvelles en grande dévotion combien que

j'estime, suivant ce que m'escrivés par vostre dicte lettre du dernier

du passé, que la dicte Royne monstrera tousjours avoir expressément

deffendu le déportement du dict de Sussex, et que, pour négotier

quelque bon traicté, elle a despéché son secrettaire Cecille avec Me

Mildmay et le sieur de Ross pour y aller faire quelque bon

appoinctement, mais je demeure en opinion que tout cella ne seront

enfin que parolles. Toutesfois, il fault que vous y faites tout ce que

vous pourrés pour y voir clair, et m'en donner continuellement advis,

faisant à ma sœur, la Royne d'Escosse, et à ses affaires, toute

l'assistance qu'il vous sera possible.

[68] Voyez CXXXVe et CXXXVIe dép., tom. III, pag. 313 et 317.

Cependant, pour responce à vos dictes deux dernières lettres, je vous

diray que j'ay bien considéré ce que m'escrivés par celles du dict

XXIVe du passé, de l'advis que l'on a par dellà du retardement qui

pourra estre au passage de la Royne d'Espaigne, si elle suit ce que

luy a esté, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . ceste lettre, nous avons receu vostre despesche du

Ve de ce moys[69], à laquelle vous verrés qu'il est aussy comme du

tout satisfaict par ce que j'en ay escript cy dessus. Et tout ce que

je y puis adjouster est que vous apreniés tout ce que vous pourrés du

costé d'Allemaigne, et persévériés à nous en donner avis; voullant

bien, au demeurant, vous dire, pour le regard de mon mariage, que

l'archiduc d'Austriche doibt espouser Madame Elisabeth en mon nom: et

s'en doibt faire la cérémonie à Espire par l'archevesque de Mayence;

ayant envoyé le comte de Retz par delà pour porter les pouvoirs au

dict archiduc et assister à la dicte cérémonie. Et, comme nous serons

advertis quelle s'acheminera pour venir, mon frère, le Duc d'Anjou, et

ma sœur de Lorraine s'avanceront jusques sur la frontière pour la

recevoir avec tout l'honneur qu'il appartient, et dont il se pourra

aviser, et de là la conduiront à Mésières, ou elle trouvera tous ceux

de sa maison qu'elle y recevra; puis l'amèneront à Compiègne, où nous

serons pour y consommer les nopces. Et, cella faict, nous la mèneront

à St Denis en France pour le couronnement, puis après à Paris pour y

faire entrée. Je sçay que vous serez bien ayse de ces agréables

nouvelles, puisque vostre emploi vous prive d'y estre présent. Je vous

assure que je ne me souviendrai pas moins de vous dans les occasions,

voulant bien vous dire, en passant, que jamais ministre ne m'a servi

plus fidèlement que vous et sans aucun reproche. J'espère que

continurés de mesme, et je vous continuerai mes affections. A tant, je

prierai Dieu, etc.

Escrit à Escouen, le XIIIe jour d'octobre 1570.

CHARLES. PINART.

[69] Voyez CXXXVIIe dép., tom. III, pag. 320.

LX

L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE AU ROY.

--du XVIe jour d'octobre 1570.--

Communication faite au roi des noms des commissaires désignés par

Élisabeth pour discuter le traité relatif à Marie

Stuart.--Remontrance sur ce que Mr de Vérac serait entré avec

des forces dans Dumbarton.--Et sur les secours qui seraient

préparés en Bretagne pour l'Écosse.

Sire, suivant vostre desir, je vous envoye, par escript, la

négotiation que la Royne, ma Maistresse, m'avoit commandé de vous

faire entendre, suppliant très humblement Vostre Majesté de faire

telle faveur de me donner responce à icelle, semblablement par

escript.

En premier lieu, Sire, suivant vostre desir et de la Royne, vostre

mère, j'ay faict entendre à la Royne, ma Maistresse, combien il seroit

bon, et à vous agréable, qu'il luy pleust donner quelque bon moyen et

ordre touchant la Royne d'Escosse, tellement que ce peust estre avec

son honneur et seureté.

Et comme, Sire, Sa Majesté a tousjours prins en bonne part vostre

motion et sollicitation, ainsi a elle plusieurs fois commencé de

procéder à quelque bon accord avec la dicte Royne; mais, quand elle a

esté sur les termes et voyes de ce faire, Sa Majesté a esté

entièrement empeschée et retardée, tant par les propres faicts et

actions de la dicte Royne que de ses subjects, lesquels elle a commis

en authorité en Escosse, en ce qu'ils ont non seullement entretenu et

maintenu ouvertement et publiquement au dict païs les rebelles à Sa

Majesté, mais aussy leur ont aydé et assisté à faire invasion en son

royaume; tellement que Sa Majesté n'a peu faire aultrement qu'elle a

faict pour son honneur et seureté, qui est d'avoir deffendu son

royaume, poursuivi les dicts rebelles et chastié ceux qui leur

assistoient. Mais maintenant, Sire, voyant que la dicte Royne

d'Escosse et ses subjects sont contents de se contenir de poursuivre

leurs premières actions et mauvais desseins et usages, et consentir et

promettre de garder et maintenir la paix avec les fidelles subjects de

la Royne, ma Maistresse, elle a résollu d'envoyer personnages de bon

crédit, fidélité et marque, de son conseil privé, vers la Royne

d'Escosse, affin d'entendre l'entière résollution et intention

d'icelle. Aussy, Sa Majesté a octroyé passeport et saufconduit pour

tels notables personnages que la dicte Royne d'Escosse voudra envoyer

par devers icelle, tant pour négotier pour elle et adviser de mettre

quelque bonne fin entre elle et ses subjects, qu'aussy entre Leurs

Majestés. Aussy, Sire, Sa Majesté vous prie d'interpréter son

intention en la meilleure part; vous asseurant, Sire, qu'elle a bien

sincère vollonté d'y procéder plènement et sans dellay, si la Royne

d'Escosse monstre, de sa part, de faire le semblable.

Davantage, Sire, Sa Majesté a entendu qu'un nommé Vérac, soy disant

être à vostre service, est dernièrement arrivé à Dombertran avec

certains soldats et munitions, donnant confort et ayde, au dict nom de

Vostre Majesté, à tels escossois qui ont peu désir et vollonté d'avoir

quelque bon accord en Escosse, leur donnant entendre que s'ils

diffèrent encore quelque temps d'accorder entre eux, au dict païs

d'Escosse, ils auront davantage d'aide et secours de la France. De

quoy Sa Majesté ne peut et ne doit moins que informer Vostre Majesté;

trouvant ceste chose fort estrange, Sire, veu les promesses et

asseurances que vostre ambassadeur, résidant près d'elle, luy a

toujours faictes du contraire. Pourquoi, Sire, Sa Majesté vous prie de

l'en esclercir, et de cognoistre vostre vraye intention; sur laquelle

elle se puisse asseurer.

Semblablement, Sire, Sa Majesté a esté advertie qu'il se fait

préparation, en Bretaigne, de quelques navires par un nommé de La

Roche, pour icelluy transporter avec certain nombre de gens de guerre

en Irlande. Et veu, Sire, que vostre dict ambassadeur l'a

dernièrement, et par plusieurs fois et instamment asseuré, de vostre

part, d'observer entièrement, par tous bons moyens possibles, la

paix, l'amitié et accord entre Voz Majestez, Sa dicte Majesté a

trouvé bon de vous advertir de ce que dessus; vous priant, Sire, de

donner ordre que vos gouverneurs de Bretaigne ayent l'œil que nulle

personne attente telle chose.

Voylà, Sire, le contenu de la charge que j'ay dernièrement receu de la

Royne, ma Maistresse, vous suppliant, Sire, y avoir esgard.

Sire, je supplie le Créateur de préserver, maintenir et acroistre

Vostre Majesté, et vous donner toujours l'assistance de son esprit en

toutes voz bonnes actions.

A Paris, ce VIe (XVIe) jour d'octobre 1570.

_Et plus bas est escript._ Vostre très humble et obéissant.

HENRY NOIREYS.

LXI

LE ROY A L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE.

--du XVIIe jour d'octobre 1570.--

Déclaration faite par le roi à l'ambassadeur d'Angleterre que

c'est par son ordre que Mr de Vérac est passé en Écosse, et que

des préparatifs se font en Bretagne pour secourir Marie

Stuart.--Espoir que le traité entre la reine d'Angleterre et la

reine d'Écosse sera bientôt conclu.

Monsieur l'ambassadeur, j'ay veu par vostre lettre, escripte du jour

de hier, la remonstrance que vous aviés à me faire de la part de la

Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur. A quoy je vous diray que je

suis bien fort aise de la vollonté qu'elle a de prendre une si bonne

résollution sur les affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur, et que,

pour cest effaict, elle envoye le secrettaire Cecille et aultres ses

ministres; mais, pour ce que je desire que cella soit accéléré, et

qu'il y soit mis une prompte fin, je ne puis que je ne la prie ceste

fois, pour toutes, et sans plus de remise ou longueur, ne voullant pas

vous nier que je n'aye ci devant envoyé le sieur Vérac, dont vous

faictes mention par vostre lettre, avec quelques gens et munitions,

pour secourir Dombertrand, que j'entendois, lors, que l'on voulloit

aller assiéger, et que, pour l'ancienne alliance qui est entre ce

royaulme et celluy d'Escosse, et particullièrement, parce que la dicte

Royne d'Escosse, ma sœur, me touche de si près, je ne sois délibéré

de la secourir en ceste nécessité, et de procurer sa liberté par tous

les moyens que Dieu a mis en ma puissance; ayant véritablement, selon

cella, donné ordre de faire quelques préparatifs en Bretaigne pour

cest effaict, sans voulloir toutesfois rien offenser ni altérer de la

bonne amitié et intelligence qui est entre la dicte Royne, vostre

Maistresse, et moy; qui mettray, de ma part, tousjours peyne de la

nourrir et confirmer par tous les bons et honnestes moyens et

déportements dont je me pourray aviser; m'asseurant que, de sa part,

elle voudra faire le semblable, et que, ceste fois, elle faira

parroistre à ma dicte bonne sœur, la Royne d'Escosse, que, quand il

n'y auroit que l'instante prière que je luy en fais, qu'en cette

faveur le traicté, que j'espère qui se faira bientost, sera si bien

establi que dorsenavant ce sera une mutuelle amitié entre elles et

moy, aussi comme, de ma part, je le desire bien fort. Et estant ce que

je puis escrire pour le présent, je prieray Dieu, Monsieur

l'ambassadeur, vous avoir en sa garde.

Escript à Escouen, le XVIIe jour d'octobre 1570.

_Signé_ CHARLES; _contresigné_ PINART.

_Et dessus_: à Monsieur de Noreys, ambassadeur de Madame ma bonne

sœur, la Royne d'Angleterre.

LXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIXe jour d'octobre 1570.--

Persistance du roi dans sa déclaration concernant

l'Écosse.--Satisfaction des nouvelles diverses données par

l'ambassadeur.--Prochaine arrivée en France de la jeune

reine.--Mission de Mr de L'Aubespine en Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis le partement de Vassal qui vous

a porté la résollution et satisfaction, tant de la despesche que

m'envoyastes par luy[70], que de celles que m'avés despuys faictes,

par l'ordinaire, jusques à son partement, j'en ay encores receu deux,

auxquelles je vous ay satisfaict aussy par l'ordinaire despuys quatre

jours. Mais ayant receu une lettre de l'ambassadeur de la Royne

d'Angleterre, ma bonne sœur, et à icelluy faict responce, je vous ay

bien voullu faire ceste cy, et vous envoyer les doubles de sa dicte

lettre et de la responce que je luy ay faicte par escript[71], affin

que, vous entendiés les termes où nous en sommes; et que, parlant à la

dicte Royne d'Angleterre, comme je suis bien d'advis que vous en

preniés l'occasion le plus souvant que vous pourrés, vous luy teniés

tousjours modestement le langage que je vous ay ci devant escript,

conforme à la responce que j'ay faicte à son dict ambassadeur, ainsi

que vous verrés par le double d'icelle.

[70] Voyez CXXXIe dép. du 5 septembre 1570, tom. III, pag. 289,

et dép. suiv.

[71] Voyez les deux lettres qui précèdent.

J'ay, ce soir, receu vostre lettre du Xe de ce moys[72], et ay veu par

icelle le raport que le Sr de Walsingam a faict à la dicte Royne, sa

Maistresse, de son voyage par deçà, et que vous avés entendu que s'est

faict au passage de la Royne d'Espagne, où j'ay prins bien grand

plaisir: desirant, sur ce que vous m'escripvés, (qu'il n'y a pas tant

de mauvaise vollonté entre les Espaignols et Anglois qu'ils

n'accommodent bien le différant qui est entre eux), que vous y

pénétriés le plus que vous pourrés, et me faictes entendre comme ils

s'en seront accordés ou desportés, et en quelle satisfaction s'en

retourneront les commissaires que y avoit envoyé le duc d'Alve.

[72] Voyez CXXXVIIIe dép., tom. III, pag. 323.

Et, pour le regard de ce que l'agent portugais, dont aussy vous

m'escripvés, a voullu dire de Sores et de ceux de la Rochelle, j'en

avois bien desjà sceu quelques nouvelles; mais je vous diray et

asseureray que, par toutes les despesches que je fais à ceux de la

dicte Rochelle, je ne leur recommande rien tant que de se contenir

sans offancer les subjects de mes bons amis et alliés, et leur en

fairay encores une deffence, par la première occasion, à ce qu'il ne

s'y fasse chose dont il puisse venir plainte.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, c'est seullement de vostre

costé que j'ay nouvelles de l'eslection[73], dont m'escrivés, à quoy

je ne vois pas grande apparance. Toutesfois je vous prie d'en sçavoir

plus clairement ce qui en est, m'esbahissant que je n'en ay heu advis,

s'il en est quelque chose, d'Italie et d'Allemaigne. Ce me fera

plaisir que m'advertissiés souvent de tout ce que vous entendrés de

delà, ainsi que vous avés faict cy devant, dont vous me donnerés toute

satisfaction et contantement; n'ayant pour ceste heure aultre chose à

vous dire, si n'est que, suivant ce que je vous ay par ma dernière

escript, ayant heu advis certain que la Princesse Elysabeth partira le

XXIVe de ce moys de Spire pour s'acheminer en France, mon frère, le

Duc d'Anjou, et ma sœur de Lorraine partiront aussy, d'icy, entre six

ou sept jours, pour aller au devant d'elle à la frontière, deux ou

trois journées par delà Mezières, la recepvoir et accompaigner, la

menant, (passant par le dict Mésières, où elle faira sa première

entrée, et où elle trouvera toute sa maison), droict à Compiègne, où

elle pourra arriver le douxiesme du moys prochain; et, le XVe, se

faira et consommera nostre mariage, Dieu aydant.

Escript à Escouen, le XIXe jour d'octobre 1570.

[73] L'élection du roi des Romains. Voyez tom. III, pag. 298.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay

advisé d'envoyer devers vous le secrettaire de L'Aubespine, présent

porteur, affin que, par luy, vous me puissiés amplement faire responce

à toutes mes précédentes lettres, et à ceste cy; mesmement de ce que

vous aura respondu la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par

le Sr de Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire

modestement, conforme à la responce que j'ay faicte par escript à son

ambassadeur.

CHARLES. PINART.

LXIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXe jour d'octobre 1570.--

Mission de Mr de L'Aubespine en Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay avisé de vous envoyer le

secrettaire de L'Aubespine affin que, par luy, vous nous puissiés

escrire ce que la Royne d'Angleterre vous aura respondu sur le propos

que le Roy, Monsieur mon fils, lui a mandé par le sieur de Walsingam,

pour le faict de la Royne d'Escosse, ma fille; et sur ce que vous luy

en avés aussy modestement déclaré, suivant la despesche que nous vous

en avons faicte, conforme à ce que mon dict fils a, pour cella,

respondu par escript à l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre.

Quand vous me voudrés escrire du contenu en ceste lettre, il fault que

ce soit de vostre main; et suffira que me mandiés, par une lettre à

part, que c'est de l'affaire dont je vous ay escript par le dict de

L'Aubespine, sans exprimer davantage: car je l'entendray bien.

A Escouen, ce XXe jour d'octobre 1570.

Vostre très affectionnée.

CATERINE. PINART.

LXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne Mère à Mr de La Mothe Fénélon,

pour luy estre rendue en mains propres._)

--du XXe jour d'octobre 1570.--

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 9 / 44 段