Et cependant vous pourrés voir la dicte Dame, et luy dire que les

propos, que je luy ay faict tenir par vous, ne sont point pour rompre

aulcunement la forme de paix et amitié que nous avons ensemble;

qu'elle sçait bien que ce n'est pas une allience nouvelle que je fais

avec la Royne d'Escosse et son royaulme, pour ce qu'il y a neuf cens

ans qu'elle a esté ainsi continuée par les Rois, mes prédécesseurs, et

ceux du dict Escosse; et que, pour mieux entretenir l'amitié qui est

entre nous, je n'avois point voullu, suyvant la prière et requeste que

son dict ambassadeur m'en avoit faicte, envoyer aulcunes forces en

Escosse, sur l'asseurance qu'il m'avoit donnée que la dicte Dame n'y

en envoyeroit point aussy. Et voyant à présent le contraire, et que la

Royne d'Escosse et les principaux de son païs me voudroient ou

pourroient sommer de les secourir, suyvant les traités, je ne pouvois

moins faire, pour entretenir l'amitié d'une part et d'aultre, que de

luy faire remonstrer ce que vous luy avés desjà dict; et que, pour les

raisons et considérations susdictes, je la prie de rechef de ne rien

faire ou entreprendre sur la dicte Royne d'Escosse et son royaulme, et

d'en faire incontinent rettirer ses forces, ayant bien agréable

l'offre, qu'elle vous a faicte, de voulloir recevoir les conditions

que la Royne d'Escosse luy demandoit sur la commodité de ses affaires,

ou que je luy faisois offrir pour elle.

Et pour mieux et plus tot acheminer ceste négociation, vous la prierez

de vous permettre d'aller trouver la dicte Royne d'Escosse pour luy en

communiquer, et qu'elle puisse appeller aulcuns de son conseil, telz

qu'elle advisera, affin qu'avec eulx elle puisse faire mettre par

escript tout ce qui sera nécessaire pour l'entretènement d'une bonne

paix, amitié et concorde entre elles deux; et que je vous ay donné

charge de dire à la Royne d'Escosse que je desire que, de sa part,

elle garde et fasse observer et entretenir inviolablement tout ce qui

sera faict et accordé entre elles, et aussy qu'elle pardonne à tous

ses subjects pour tout ce qu'elle pourroit prétendre avoir esté faict

par eulx, soit en faveur de la Royne d'Angleterre, ou aultrement. Et

pour cest effaict, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous regarderez par

tous les moyens dont vous pourrés aviser à conduire si bien ceste

résolution qu'elle a prinse, qu'il s'en puisse ensuivre bientost un

bon accord, et la Royne d'Escosse mise en liberté et en l'authorité et

commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous envoye un extraict

de la lettre, que le maréchal de Dampville m'a escripte par Le Béloy,

de la deffaicte d'un grand nombre d'hommes de cheval et à pied, qu'il

a faicte sur mes subjects rebelles, affin que vous puissiez faire

entendre au vray à la dicte Dame, et où il sera de besoin, ce qui en

est. Et en attendant le retour des susdicts de Biron et de Malassise,

que j'ay envoyé devers les Princes de Navarre et de Condé, et

l'Admiral, pour leur faire entendre ma dernière résollution sur ce

qu'on nous faict requérir et supplier, je suis allé en Bretaigne pour

y prendre plaisir à la chasse; et m'achemine présentement, par la

Normandie, vous avisant que vous ne me sçauriés faire servisse plus

agréable que de me tenir ordinairement et continuellement adverti de

toutes les nouvelles et occurences de delà, comme vous avés très bien,

et à mon contentement, faict jusques ici, ainsi que j'ay donné charge

à Sabran vous dire plus particullièrement de ma part. Sur ce, etc.

Escript à Mortaing, le dernier jour de may 1570.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay reçue

voz lettres des XIIIe et XVIIe de ce moys[54], par lesquelles vous

m'advertissez de ce qui s'est passé de delà, despuys voz dernières

lettres, et de combien a servi ce que vous aviés faict entendre à la

Royne d'Angleterre de ma part, ayant faict rettirer ses forces en la

frontière; et sur ce que vous me mandez particullièrement de

l'expédient que la dicte Dame veut prendre sur les affaires de la

Royne d'Escosse, et comme elle pourra traicter seurement avec elle, de

trois poincts; sçavoir est: du tiltre qu'elle prétend à la couronne

d'Angleterre, d'une ligue et de la religion.

[54] Voyez CVIIe et CVIIIe dép., tom. III, pag. 150 et 154.

Pour le regard du tiltre et de la religion vous regarderez avec la

dicte Royne d'Escosse et son conseil; et quand à la ligue qu'elles

pourroient faire ensemble, il n'est pas raisonnable, comme vous

sçavés, qu'elle soit faicte à mon préjudice; et pour oster la Royne

d'Angleterre de tout soupçon, et luy faire mieulx cognoistre comme je

veux vivre en bonne amytié avec elle, vous luy fairez entendre de ma

part que je veux et desire entrer en ceste ligue avec elle et la Royne

d'Escoce. Et, pour cest effaict, je veux et entend que vous y faictes

pour moy, et en mon nom, tous ce que verrés et cognoistrés estre

requis et nécessaire pour le bien de mon servisse, ainsi que j'ai

donné charge plus particulière au dict Sabran de vous dire. Ce XXXIe

jour de may 1570.

CHARLES. FIZES.

L

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour de juing 1570.--

Approbation de la négociation faite par l'ambassadeur concernant

l'Écosse.--Consentement donné par le roi au rappel des forces

qu'il envoyait dans ce pays.--Confiance qu'Élisabeth va

procéder au traité pour la restitution de Marie

Stuart.--_Lettre de Mr de Fizes._ Déclaration que le roi ne

consentira pas à ce qu'il soit accordé des otages français pour

assurer l'exécution du traité relatif à Marie Stuart, mais

qu'il ne s'oppose pas formellement à ce qu'il soit donné des

otages écossais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Sabran pour s'en

retourner devers vous, j'ay receu vos lettres du XXIIe et XXVIIe du

passé[55], par lesquelles vous me faictes bien particullièrement

entendre tout ce qui a esté fait et négotié par vous, tant avec la

Royne d'Angleterre que ceux de son conseil, pour le faict de la Royne

d'Escosse et de son royaume; les cinq poincts qu'ils ont mis en avant

pour parvenir à quelque bon accord, et pour accomoder les différents

qui sont entre elles; et aussy les seurettés que la dicte Royne

d'Angleterre demande pour l'entretènement de ce qui sera traicté et

arresté, et enfin ce qui a esté résollu suivant le mémoire qui m'en a

esté par vous envoyé. Sur quoy j'ay bien voulleu vous advertir que

j'ay heu fort agréable tout ce que vous avés dict et faict entendre de

ma part à la dicte Dame, et loue grandement la sagesse, prudence et

dextérité de laquelle vous avés usé, selon que vous avés cogneu qu'il

en estoit de besoin, et que l'occasion se présentoit; ce qui ne

sçauroit avoir esté faict mieulx ni plus à propos, ni dont je puisse

avoir plus de contentement et satisfaction, ni plus conforme à mon

intention et vollonté, ayant résollu de tenir ce mesme langage à son

ambassadeur qui m'a faict demander audience; laquelle j'espère luy

donner dans deux jours, que je pourray estre à Alançon.

[55] Voyez CIXe et CXe dép., tom. III, pag. 157 et 161.

Et pour le regard de ce que vous avés accordé avec la dicte Dame et

ceux de son conseil, ainsi qu'il est mis par escript par le dict

mémoire; vous luy direz que, pour luy faire cognoistre comme je veux,

de ma part, satisfaire à tout ce que vous luy avés dict, promis et

accordé, et mesmes pour luy donner plus grand tesmoignage de la

vollonté que j'ay d'entretenir la bonne amitié qui est entre nous,

que, ayant agréable tout le contenu en icelluy, j'ay incontinent

contremandé les cappitaines, avec les forces que j'avois déjà envoyées

en Escosse, m'asseurant aussy que, de sa part, elle faira le semblable

pour les deux mille arquebusiers qu'elle y a envoyés, despuys qu'elle

a faict rettirer son armée à Barwich, et les vaisseaux qu'elle a fait

mettre en mer; et que, de bonne foy, et avec telle syncérité qu'il

appartient, et que je doibs espérer d'une Royne et princesse telle

comme elle est, qu'elle satisfaira à ce qui est desjà accordé, et

parachèvera de conclurre et arrester tout ce qui reste pour remettre

la Royne d'Escosse, ma belle sœur, en liberté et en l'auctorité et

commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme, et aussy pour mettre

une bonne fin, par accord et voye amiable, à tous les différents qui

peuvent être entre elles et leurs royaulmes, affin que, par cy après,

il n'y puisse survenir aulcune altération ni différent.

Et voyant comme vous avés fort sagement et bien conduit cest affaire

jusques ici, je ne vous en manderay aulcune chose en particullier,

m'en remettant et reposant de tout sur vous pour le négotier, selon

et ainsi que vous cognoistrés estre convenable pour ma grandeur et

réputation, et pour le bien et commodité de ceste couronne. Sur ce,

etc.

Escript à Argentan le Xe jour de juing 1570.

CHARLES. FIZES.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay receu

vostre lettre du premier de ce moys[56], à laquelle n'est point de

besoin de vous faire aultre responce, y estant satisfaict par ce que

je vous mande cy dessus, sinon que j'ay esté bien aise d'entendre ce

qui s'est passé despuys vos dernières lettres.

CHARLES. FIZES.

[56] Voyez CXIe dép, tom. III, pag. 171.

(Plus est escript dans la lettre de Mr De Fizes à Mr de La Mothe

Fénélon).

Monsieur, comme je voullois fermer ce pacquet, Leurs Majestés ont

receu vos lettres du 1er de ce moys, que je leur ay faict voir, et

particullièrement à la Royne ce que m'avés escript sur ce que vous

prévoyés que la Royne d'Angleterre s'opiniastrera d'avoir des ostages

pour l'entretènement du traitté qu'elle faira avec la Royne d'Escosse,

nommément le filz, si elle peut, et principallement quelques uns de la

maison de Guise ou d'Aumale. Sur quoy Sa Majesté m'a commandé vous

escrire qu'elle n'en veut point parler au Roy, sçachant qu'il ne

trouvera poinct bon et ne voudra, en quelque sorte que ce soit,

bailler aulcuns otages françois. Et, pour le regard du Prince

d'Escosse et des seigneurs escossois, qu'il ne s'en souciera pas,

sinon en tant que vous verrés que cella luy pourra servir, et que,

pour ce regard, luy en accorde ce que l'on advisera.

Le Xe jour de juing 1570.

Vostre bien humble et affectionné amy et serviteur.

FIZES.

LI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de juillet 1570.--

Négociation concernant Marie Stuart.--Articles sur l'exercice de

la religion protestante et la ligue entre l'Angleterre et

l'Écosse.--Avertissement donné aux gouverneurs des ports des

entreprises projetées par les protestans.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ai receu vostre lettre du XXVe du

passé[57], et par le contenu en icelle veu la façon dont vous avés

procédé pour faire entendre à la Royne d'Angleterre mon intention, sur

ce qu'on luy avoit voullu faire acroire de l'asprest que je faisois

faire en Bretaigne pour envoyer des forces en Escosse, et luy oster

l'opinion que, à la persuasion d'aulcuns de ses ministres, elle avoit

conceu du contraire, nonobstant la promesse que j'en avois faicte à

son ambassadeur et ce que je vous ay mandé et donné charge de luy dire

de ma part; ayant trouvé très bon que, au lieu de luy escrire, vous

ayez avisé d'attendre qu'elle ait moyen de vous donner audience, affin

que vous mesmes, de vive voix, luy puissiés dire et asseurer tout le

contraire de ce que on luy a voulleu persuader; et ce pendant ceux que

vous m'escrivés, lesquelz sont absents de sa cour, seront de retour;

et sur ce que vous me mandés avoir descouvert que aulcuns de son

conseil, qui ont tousjours voulleu empescher la liberté et restitution

de la Royne d'Escosse, voyant que leur Maistresse estoit délibérée de

mettre une fin à cest affaire, et parachever ce qui est desjà

commancé, ont résollu de se tenir fermes aux conditions portées par

vostre lettre, et dont j'ay fait faire un extraict que vous trouverez

avec la présente; sur quoy vous désirés entendre ma vollonté pour

l'exposer quand il sera temps et qu'il en sera traité.

[57] Voyez CXVIIe dép., tom. III, pag. 212.

J'ai pensé que, à présent, vous aurés receu toutes les despesches que

je vous ay ci devant faites, et mesmes les dernières par Vassal, et le

sieur de Poigny[58], par lesquelles je vous ay satisfaict à la

pluspart du contenu au dict mémoire, qui est que je ne voullois poinct

bailler aulcuns otages françois, de quelque qualité qu'ils le puissent

demander; et, pour le regard de ceux qu'ils voudront avoir du royaulme

d'Escosse, que je m'en remectz entre elles deux et leurs ministres

pour en accorder, ainsi que bon leur sembleroit, réservé le Prince

d'Escosse, comme n'estant raisonnable qu'il soit mené hors son

royaulme. Et à ceste occasion, je desire que vous faites tout ce que

vous pourrés pour empescher qu'il ne soit poinct envoyé en Angleterre.

[58] Cette dernière lettre, en date du 27 juin 1570, manque.

Quand au faict de la religion protestante, pour estre establie et

confirmée en Escosse; le serment solennel qu'ils veullent faire faire

à la Royne du dict pays de ne se marier sans l'exprès consentement de

la Royne d'Angleterre et de chasser les rebelles anglois qui se sont

rettirés en son païs; la cession, qu'ils veulent qu'elle fasse à la

Royne d'Angleterre et aux enfants qui viendront d'elle, de tout le

droict et tiltre qu'elle prétend au dict royaulme; de déclarer, dès à

présent, pour son successeur à celluy d'Escosse et aux droits qu'elle

prétend à celluy d'Angleterre le Prince, son fils; je remetz cella à

ce que vous en saurés bien meurement et sagement adviser avec la Royne

d'Escosse et ses ministres, pour faire le traité le plus à son

avantage qu'il sera possible, et qu'il ne me soit aulcunement

préjudiciable.

Touchant la ligue offensive et deffensive entre les deux Roynes et

leurs royaulmes, à laquelle me sera donné lieu pour y entrer, si bon

me semble, vous aurés veu ce que je vous en ay mandé cy devant sur

cest article, lequel méritte d'estre bien pesé et considéré par vous,

ensemble celuy qui est ensuivant, par lequel il est dict qu'il ne sera

loisible d'introduire nul estranger en armes dans le païs, d'où qui

soit, ni par quelque coulleur ou prétexte que ce puisse estre; et se

garder, le plus que l'on pourra, de n'entrer point à faire de nouveaux

traictés qui puissent préjudicier aux anciennes alliances que mes

prédécesseurs et moy avons heu, de si longtemps, et qui demeurent

encore avec ceux d'Escosse. Et suffiroit seulement d'accorder ce que

vous verrez estre bon pour l'entretènement d'une bonne et commune

amitié entre elles et moy; et où vous verriés que l'on voudroit faire

et accorder chose qui me feust préjudiciable, avant de passer oultre,

je veux et entends que vous m'en advertissiés, pour, sur ce, vous

faire entendre mes voulloir et intention.

J'ay veu aussy ce que vous me mandés des nouvelles que vous avés heues

des forces d'Allemaigne, et ce que vous avés peu sçavoir de leur

délibération, et pareillement de la descente que ceux de leur parti

veullent faire par mer en aulcuns des ports et havres de Picardie,

Normandie, Bretaigne ou Guienne, dont j'ay adverti les gouverneurs des

provinces et ceux qui y commandent pour moy, affin de se tenir sur

leurs gardes. Qui est tout ce que j'ay à vous escrire pour le

présent, me remettant du surplus sur ce que je vous ay mandé par le

dict Vassal, Sr de Poigny et celluy des vostres que vous m'avés

dernièrement envoyé.

Despuys la présente escripte, j'ay receu vostre despesche du XXIXe du

passé[59] et veu ce que, par icelle, vous me faictes savoir. Sur quoy

n'est besoin vous faire aultre response pour ceste heure; en attendant

l'advis de ce que vous aurés négotié par dellà.

Escript à Gaillon, le VIe jour de juillet 1570.

CHARLES. FIZES.

[59] Voyez CXVIIIe dép., tom. III, pag. 216.

LII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIXe jour de juillet 1570.--

Mission de Mr de Poigny en Angleterre.--Mécontentement du roi de

ce qu'il ne lui a pas été permis de passer en Écosse.--Espoir

d'une paix prochaine.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys l'arrivée par deçà de Sabran,

qui est à vous, j'ay receu deux de vos despesches du XIVe et du XIXe

de ce moys[60], et par le contenu d'icelles veu ce que me mandés du

faict de vostre négotiation de delà; en quoy vous me représentés si

bien et particullièrement tout ce qui s'est passé après l'arrivée du

Sr de Poigny, qu'avec très juste occasion je demeure fort content et

satisfaict de la diligence, prudence et dextérité, dont y avés uzé, ne

me pouvant trop esbahir des variétés et mutations de ceux de delà, à

qui vous avez à faire, et des desfiances où ils entrent ordinairement;

n'ayant voulleu permettre que le dict Sr de Poigny passât en Escosse.

Et encore me semble il que vous avés beaucoup faict de luy faire

accorder qu'il allast visitter la Royne du dict Escosse, ma belle

sœur, laquelle n'en pourra recevoir que très grand plaisir; et tout

ce qui dépend de vostre dicte négotiation tant mieux achemine; vous

avisant que je retiendray encores le dict Sabran jusques à ce

qu'estant les depputés des Princes retournés devers moy, la conclusion

et résollution de la paix soit entièrement faicte et arrestée, affin

de vous en donner avis. Cependant je vous ay bien voulleu faire ceste

petite dépesche par la poste, pour seullement vous advertir de la

réception de vos dictes lettres et vous asseurer du grand contentement

que j'ay de vos continuelles actions et déportements; vous priant de

ne vous lasser de nous faire sçavoir de vos nouvelles à toutes

occasions qui se présenteront. Et sur ce, etc.

Escript à St Germain en Laye, le XXIXe juillet 1570.

CHARLES. FIZES.

[60] Voyez CXXIe et CXXIIe dép., tom. III, pag. 234 et 240.

LIII

LE ROY A MR DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour d'aoust 1570.--

Nouvelle que la paix peut être considérée comme définitivement

conclue.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avés cy devant entendu comme,

quelque temps après le retour des Srs de Biron et de Malassise de leur

voyage vers les Princes, où je les avois envoyés de Chasteaubriant,

les depputés des dictz Princes sont arrivés en ce lieu pour achever

ceste négociation de paix, de si longtemps commancée. A quoy j'ay tant

travaillié despuys mon arryvée en ce lieu, avec la bonne assistance de

la Royne, Madame et Mère, et de mes frères, les Ducs d'Anjou et

d'Alençon, pour le desir que j'ay heu de remettre mon royaulme en

repos, et faire cesser les grands et exécrables maux que nourrit et

entretient ceste guerre, que je tiens pour ce jourdhuy les choses

terminées en une bonne pacification, selon les articles qui en ont

desjà esté arrestés, que je vous envoyeray par cy après; qui n'a pas

esté sans assés longues disputes. Néanmoings j'ay voullu préférer le

repos général de mon peuple à toutes aultres considérations

particullières, ayant bonne vollonté de suyvre tous les plus propres

et convenables moyens qui se pourront tanter, pour establir si bien la

paix par tout mon dict royaulme, qu'il ne puisse plus tomber ez

inconvéniens, desquels il a esté enveloppé despuys trois années en çà.

Qui sera chose, comme j'estime, fort agréable à toutes les nations

estrangères, qui ayment la conservation de mon dict royaulme, et

mesmes à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, à laquelle je vous

prie faire part de ceste bonne nouvelle, pour estre celle qui, ainsi

que je m'asseure, en recevra grande joye et plaisir; priant Dieu, etc.

Escript à St Germain en Laye, le IVe jour d'aoust 1570.

CHARLES. BRULART.

LIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour d'aoust 1570.--

Réponse aux nouvelles d'Angleterre.--Espoir que la pacification

va rompre les projets hostiles des Anglais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vostre lettre du XXVe du

passé[61], par laquelle vous m'avés bien au vray représenté l'estat

auquel sont toutes choses par delà; mesmes l'espérance où est le duc

de Norfolc de sa délivrance; les préparatifs d'armes que faict la

Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, tant par mer que par terre, soubz

coulleur du soubçon qu'elle a prins de l'armement que faict faire le

duc d'Alve, pour le passage de la Royne d'Espaigne; et aussy la grande

intelligence qui s'est découverte parmi les Catholiques d'Angleterre,

pour faire une nouvelle sublévation dedans le royaulme; ce que je

pense estre plus pour ceste occasion que pour entreprinse qu'ils ayent

sur mon royaulme. Dont, s'ils a voient heu quelque mauvaise vollonté,

j'espère qu'elle leur sera diminuée par la pacification des troubles,

que j'ay conclue avec les depputés des Princes, qui s'ont près de moy,

estant le meilleur conseil que j'heusse peu prendre, puisque, par ce

qui est contenu au mémoire et instruction particullière[62] que m'avés

envoyé, il se cognoit clairement que ceux de delà regardent à

accommoder leurs affaires avecque les Flamans, et à nourrir la guerre

en mon dict royaulme, le plus qu'ils pourront, pour le rendre

entièrement ruiné. Mais, quand ils entendront la nouvelle de la dicte

pacification, je croy qu'ils se trouveront fort esloignés de leurs

desseins, et que, si les seigneurs du conseil de par dellà vous ont cy

devant faict quelque plus grande confirmation et démonstration de la

bonne amitié que me porte la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur,

qu'ilz en fairont encores, à ceste heure, davantage, estant bien de

tel humeur de se gouverner en semblables choses, selon qu'ils voyent

noz affaires estre en bon train.

[61] Voyez CXXIIIe dép., tom. III, pag. 246.

[62] Voyez les Mémoires joints à la CXXIIIe dép., tom. III, pag.

250 et 254.

Touchant la Royne d'Escosse, ma belle sœur, il se recognoistra, au

retour de Poigny, de quel fruict luy aura esté son voyage par delà,

desirant que, en tout et partout, vous favorisiés ses affaires aultant

qu'il vous sera possible; priant Dieu, etc.

Escript à St Germain en Laye, le XIe jour d'aoust 1570.

CHARLES. BRULART.

LV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIe jour d'aoust 1570.--

Retour de Mr de Poigny.--Avis donné au roi d'une entreprise

projetée par les Anglais sur Calais.--Injonction faite à

l'ambassadeur de demander à cet égard des explications à la

reine d'Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du VIe de ce

moys[63] par le Sr de Poigny, et entendu de luy bien particullièrement

tout ce qu'il a négotié avec vous envers la Royne d'Angleterre, pour

le faict de la Royne d'Escosse; et attands, par la première dépesche,

que vous me fairés, de sçavoir tout ce qui sera succédé, despuys son

partement, en ceste négociation, m'asseurant bien que vous n'y

obmettrés aulcune chose de tout ce que vous cognoistrés y debvoir

estre faict pour le bien de mon servisse et prospérité de mes

affaires.

[63] Voyez CXXVe dép., tom. III, pag. 263.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay voullu

dépescher ce courrier exprès, et vous envoyer le double de l'advis qui

m'a esté donné de l'entreprinse que l'on veut faire sur ma ville de

Calais, affin que vous faciés entendre, de ma part, à la Royne

d'Angleterre, qu'ayant faict envers elle tous les bons offices

d'amitié qu'il m'a esté possible, lesquels j'ay tousjours heu

vollonté de continuer, mesmes à présent, que j'ay pacifié les troubles

de mon royaulme, j'aurois grande occasion de faire le contraire, s'il

estoit vray qu'elle y heust aulcune vollonté ou intelligence, ou

qu'elle ait commandé à ceulx, qui ont charge de ses forces sur mer, de

ce faire.

Et, pour ceste occasion, je desire d'en estre esclerci et entendre par

vous son intention et l'occasion pour laquelle elle a faict faire le

dict armement, affin que, heue vostre responce là dessus, je pourvoye,

de mon costé, à ce que j'auray à faire. A ceste cause, je vous prie

que, incontinent que vous aurés receu la présente, vous regardiés de

parler à elle le plus tôt que faire se pourra, et me mander ce que

vous aurés peu cognoistre et sçavoir du contenu au dict advis. Sur ce,

etc.

Escript à Paris le XVIe jour d'aoust 1570.

CHARLES. FIZES.

LVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIe jour de septembre 1570.--

Rupture du traité concernant l'Écosse.--Envoi d'un courrier

exprès pour faire connaître à l'ambassadeur les intentions du

roi.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du XXVIe du

passé[64], par lesquelles vous m'avés faict particullièrement responce

à ce que je vous avois escript par le courrier que je vous avois

dépesché, et aussi le peu d'espérance que la Royne d'Escosse a que ses

affaires réhussissent, sellon les belles parolles et promesses que

l'on avoit données, et le traicté qui avoit esté commencé. Sur quoy

je me remettray à ce que j'ay donné charge à Sabran, que j'envoye

exprès devers vous, vous dire de ma part, par lequel vous entendrés

particullièrement mon intention; qui me gardera de vous faire plus

longue lettre que de prier, etc.

Escript à Paris le XIe jour de septembre 1570.

[64] Voyez CXXXe dép., tom. III, pag. 285.

J'ay, despuys, receu voz lettres et entendu par Vassal ce que vous luy

avés donné charge de me dire[65]. A quoy je vous fairay responce

aussytost que nous serons de retour à Paris.

CHARLES. FIZES.

[65] Voyez CXXXIe dép. du 5 septembre 1570, tom. III, pag. 289,

et le Mémoire pag. 294.

LVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIIe et XXIIIe jours de septembre 1570.--

Départ de Walsingham.--Plainte que lui a faite le roi au sujet de

l'entreprise récente du duc de Sussex en Écosse.--Déclaration

du roi qu'il veut employer ses forces pour la délivrance de

Marie Stuart, et pour la rétablir dans ses états.

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 8 / 44 段