d'Angleterre la lectre, que je vous envoye, en faveur de François
Salomon, Jehan Colombel et Jehan Chenadec, marchands et bourgeois de
ma ville de Vannes, en Bretaigne, sur ce qu'ilz m'ont faict entendre
qu'au mois de novembre dernier passé, ils auroient faict conduire
jusques en Flandres le navire à eulx appartenant, nommé la _Bonne
Advanture_, de Vannes, et icelluy faict charger de plusieurs
marchandises, entre aultres, de diverse sorte de soyes, comme tafetas
et satins, toilles de Hollande, plomb, estein, crain, cires, bufles,
poudre fine et grosse, grand nombre d'érain en œuvre, serges d'Arscot
et aultres marchandises, revenants bien à la valleur d'environ dix
huict mille livres. Lequel navire, ainsi chargé, ils avoient délibéré
faire amener au dict Vannes en Bretaigne, et, ayant prins la route du
dict païs, seroient, environ le quinzième jour de janvier dernier,
arrivés au port de Rosco, distant du dict Vannes de XL lieues; et
estimans, après y avoir quelque temps séjourné, avoir le vent à propos
et commode pour faire voille, se seroient mis en mer, où le vent leur
auroit esté si impétueux et contraire que le dict navire feut jeté en
la coste d'Angleterre, cuydans y estre en aussy grande seuretté comme
en mon royaulme, pour la bonne et parfaicte amitié, bienveillance et
commune intelligence qui est entre noz royaulmes, païs et subjects.
Les habitants du dict lieu de Falmeu, et aultres circonvoysins,
subjects de la Royne d'Angleterre, se seroient jectés sur la dicte
navire, et icelle déprédé, pillé, saccagé, remporté toutes les
marchandises et choses qui estoient dessus, montants et revenants à la
susdicte somme d'environ dix huict mille livres, oultre les agrès,
appareils et munitions y estants, vallants plus de deux mille livres,
qu'ils auroient aussy prins, remportés, et faict constituer
prisonniers le maistre du dict navire, nommé Loys Corno, ensemble les
mariniers qui y estoient.
Par quoy, et que je me suis tousjours asseuré, comme je fais encore,
que la dicte Royne d'Angleterre ne le voudroit aulcunement tollérer ni
permettre, et qu'elle ne l'a jamais entendu, je vous prie, Monsieur de
La Mothe Fénélon, après luy avoyr présenté mes dictes lettres, faire
telle instance envers elle que le dict navire, et marchandises qui
estoient dessus, agrès, appareils et munitions, soyent randus et
restitués à ceux de mes dictz subjects, aux quels ils appartiennent,
si les choses sont encores en nature; sinon la juste valleur et
estimation d'iceulx, et les mariniers, et aultres personnes estants
dessus, mis en plaine et entière liberté. Vous verrés les informations
qui de ce ont esté faictes, lesquelles vous sont présentement
envoyées, et employerés la créance, que je vous donne par ma dicte
lettre à la Royne d'Angleterre, de tous les plus honnestes propos et
remonstrances dont vous vous pourrés aviser; m'advertissant, à la
première occasion, de ce que vous aurés faict et de la responce que
vous en aurés heüe. Et sur ce, etc.
Escript à Angers le VIIIe jour de mars 1570.
CHARLES. FIZES.
XLV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIIe jour d'apvril 1570.--
Remerciemens sur les offres de médiation d'Élisabeth, que la
pacification prochaine doit rendre inutiles.--Remontrances sur
les armemens faits en Angleterre.--Déclaration du roi qu'il ne
souffrira pas qu'ils soient tournés contre l'Écosse.--Demande
qu'Élisabeth retire ses troupes de ce pays, et qu'elle rende la
liberté à Marie Stuart.--Garantie offerte par le roi pour
l'exécution du traité.--Ordre donné pour qu'il soit satisfait
aux réclamations des Anglais sur la pêche des côtes.--Argent
envoyé à Marie Stuart.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des IXe et XIXe
du mois de mars dernier; après, j'ay eu celles que m'a aportées le Sr
de Vassal qui sont du XXVIIe du dict moys, ensemble les mémoires et
instructions que vous luy avés baillé[50]; et, oultre le contenu
d'icelles, encore quelles soient bien amples, entendu tout ce qu'il
m'a particullièrement dict et exposé de vostre part, suyvant la charge
qu'il en avoit de vous. Despuys, j'ay aussy receu les aultres lettres
du dernier d'icelluy mois[51], me trouvant, en tout et partout, si
bien et si suffisamment esclairci de tout ce qui se pouvoit apprendre,
du costé du lieu où vous êtes, qu'il n'est possible de plus; tellement
qu'avec très juste occasion j'en demeure fort content et satisfaict.
[50] Voyez XCIVe, XCVIe et XCVIIe dép., tom. III, pag. 79, 85 et
88.
[51] Voyez XCVIIIe dép., tom. III, pag. 103.
Et pour vous y faire responce, j'ay veu et remarqué, en premier lieu,
ce que vous me faictes sçavoir du grand et singulier desir que avoit
la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, d'intervenir et s'employer à la
pacification des troubles de mon royaume, s'offrant d'envoyer pour
cest effaict par deçà quelqu'un des siens, personnage de qualité
correspondante à un tel négoce, ou bien d'en traiter par delà avec le
cardinal de Chastillon. Sur quoy je ne la puis que grandement
remercier de ceste sienne bonne vollonté et affection en mon endroict,
vous priant faire de ma part cest office envers elle, avec toutes les
plus honnestes parolles dont vous pourrez aviser, l'asseurant que, en
semblable ou aultre occasion, je luy voudrois très vollontiers faire
paroistre, par effaict, la correspondance de nostre bonne et commune
amitié. Mais il ne sera point de besoin luy donner ceste peyne,
d'aultant que ceulx de mes subjectz rebelles, qui se sont eslevés et
prins les armes contre mon autorité, m'ont toujours faict remonstrer
ne voulloir point entrer en capitulation avecque moy, qui suis leur
roy et prince naturel et souverain; mais seullement avec toute
révérence et humilité recevoir les offres que je leur fairois,
tellement que, sur l'acceptation d'icelles que je leur ay cy devant
envoyées, ils ont depputé quelques uns d'entre eulx pour me venir
trouver, estantz desjà si bien acheminés qu'ils seront ici dans peu de
jours, espérant que l'effaict de la dicte pacification sera bientost
résollu: dont je ne faudray de vous advertir incontinent, affin que
vous en faictes part et communication à la dicte Dame.
A laquelle vous remonstrerés cependant, pour le regard de ce qui
touche le faict de si grandes forces, et l'ordre qu'elle donne encore
tous les jours de les augmenter, ensemble les fournir de provisions et
munitions de guerre, que je ne puis aulcunement penser que ce soit
seullement pour chastier, comme elle dict, les fugitifs de son royaume
qui se sont retirés au païs de la Royne d'Escosse, mais bien estimer
et me persuader qu'elle a aultre intention, encore qu'elle soit sa
proche parante; ce que je ne pourrai aulcunement souffrir ni tollérer,
ayant le cœur grand et bon comme j'ay, et qui ne voudrois
aulcunement dégénérer aux vertueux et magnanimes actes des Rois, mes
prédécesseurs, qui ont toujours heu ceste résollution devant les yeux:
d'employer non seulement les forces et moyens que Dieu leur a donné en
main, mais encore leurs propres personnes, pour rellever et soulager
les opprimés. Par quoy il ne faut pas que la Royne d'Angleterre trouve
estrange si, pour l'ancienne et estroite amitié, alliance et
confédération qui a esté de tout temps observée, et, de règne en
règne, continuée et corroborée entre mes dicts prédessesseurs Rois et
ceux d'Escosse, aussy pour m'estre la Royne du dict païs si prosche
parente comme elle est, estant ma belle sœur, j'embrasse et veux
embrasser le faict de sa cause comme la mienne propre, m'asseurant
qu'en un si bon et saint œuvre je serai assisté de Dieu, faisant,
comme je fairai, pour une Royne et princesse catholique, la quelle en
ceste affliction ne sera jamais abandonnée du Roy d'Espaigne ni de
tous les aultres princes chrestiens.
Mais pour n'en venir point jusque là, et devant que les choses passent
plus oultre, vous prierés de ma part la dicte Royne d'Angleterre de
faire rettirer ses forces du dict païs d'Escosse sans y en renvoyer
d'aultres, au contraire mettre la Royne du dict Escosse en liberté
pour gouverner et commander en son dict royaulme, ainsi qu'elle doibt
et luy appartient de faire, estant née royne et princesse souveraine
du dict païs, ou bien en laisser faire à ceux qui, de par elle et
soubz son autorité, seront commis et depputés au dict gouvernement,
attandu mesme que en cessi ne luy a esté donné aulcun empeschement
sinon par ceux qui tiennent le parti d'icelle Royne d'Angleterre; avec
laquelle je seray toujours très aise de continuer tous les bons
offices d'amitié qui me seront possibles, l'asseurant que la Royne
d'Escosse gardera, de sa part, tous les traités qui ont esté cy
devant, et seront cy après, faicts et accordés avec la Royne
d'Angleterre et ses prédécesseurs, et qu'elle vivra avec elle, gardant
tout le debvoir d'une bonne et syncère amitié, sans y contrevenir
aulcunement; et que je luy en veux donner telle promesse et asseurance
qu'elle aura occasion d'en avoir grand contentement.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par le double que
vous m'avés envoyé de la lettre que vous ont escript ceux du conseil
d'Angleterre, la plaincte que font les pescheurs de la Rie contre ceux
de mes subjects, lesquels ilz prétendent contrevenir aux ordonnances
faictes sur le faict des dictes pescheries, chose que je n'ay jamais
entendue jusques à ceste heure. Et, à la vérité, je suis bien aise de
le sçavoir, pour l'envie et la bonne affection que j'ay d'y pourvoir
et remédier: et, à ceste fin, j'escriptz présentement au Sr de La
Meilleray, mon lieutenant au gouvernement de Normandie, s'enquérir et
informer bien soigneusement et dilligemment du faict d'icelles
pescheries, et des contraventions aux dictes ordonnances, pour, sur
ce, réduire et remettre les choses en l'estat qu'elles doibvent estre,
et y demeurer en sorte qu'il n'en advienne plus aucune plainte; et
qu'il ne faille à m'advertir incontinent de tout ce qu'il en aura
faict et exécuté, affin que je vous le fasse entendre pour leur
remonstrer par delà, et ez lieux et ainsi qu'il en sera de besoin,
tellement que l'on cognoisse partout l'envie que j'ay de vivre en
bonne et mutuelle amitié avec la dicte Royne d'Angleterre.
Je vous advise, Monsieur de La Mothe Fénélon, que la somme de dix sept
mille livres, d'une part, et cinq mille qui seront cy après envoyés
en Angleterre, n'est à aultre fin que pour estre baillée à la Royne
d'Escosse, ma belle sœur, et non ailleurs, pour luy ayder à subvenir
en ses affaires, comme estant de ses deniers; par quoy vous le luy
fairez bailler et en prendrez quittance d'elle pour vostre descharge,
que vous m'envoyerez pour faire aparoir comme elle les aura receus
entre ses mains; vous ayant bien voullu renvoyer le dict Sr Vassal,
sur lequel me remettant, je prie, etc.
Escript à Chasteaubriant le XIIe jour d'apvril 1570.
CHARLES. FIZES.
XLVI
LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Lettre escrite de la main de Monsieur le Duc._)
--du XIIe jour d'apvril 1570.--
Protestation faite par le duc d'Anjou qu'il n'a jamais déclaré
avoir l'intention, aussitôt la paix conclue, de faire une
entreprise en Angleterre pour délivrer Marie Stuart.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la despesche du Roy,
Monseigneur et frère, responcive à celles que nous avons cy devant
receu de vous, et mesme par le Sr de Vassal qui vous est présentement
renvoyé, le voulloir et l'intention de Sa Majesté sur toutes vos
dictes despesches, estant le tout si bien et amplement déduict qu'il
ne me reste à vous dire davantage là dessus. Mais, pour le regard de
ce que vous m'escrivés, en particullier, touchant quelques propos qui
avoient esté tenus à la Royne d'Angleterre, et dont elle se sentoit
piquée; disant que j'avois voullu persuader quelques gentilshommes,
venus du camp de nos ennemis, à franchement recevoir les conditions de
la paix que l'on leur offroit, et quitter toutes aultres passions pour
se réunir ensemblement à une mesme bonne et entière vollonté, et que,
après, je les mènerois à une très honnorable entreprise en Angleterre,
pour y dellivrer une Royne que l'on y détenoit prisonnière; tellement
qu'il sembloit par là que je luy voulleusse desjà dénoncer la guerre,
dont elle ne pensoit m'avoir aulcunement donné l'occasion: sur quoy,
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous luy avés fort bien et sagement
respondu.
Et fault que je vous die qu'il estoit impossible de faire en cella
meilleur office que celluy que vous avés faict, qui est la vraye et
pure vérité, lorsque vous luy avez faict entendre qu'une telle
vollonté ne m'estoit point tombée dans le cœur; et quand bien il en
auroit heu quelque chose, ce que non, toutesfois tant s'en fault que
je l'heusse dict à ceux que je tenois et tiens encore pour ennemis,
durant le temps qu'ils porteront les armes contre moy, que seullement
je ne l'heusse pas voulleu descouvrir à mes amis; vous priant
d'assurer, de ma part, la Royne d'Angleterre que je trouve aultant
estrange ceste nouvelle comme elle est éloignée de la vérité, n'y
ayant jamais pensé en quelque sorte que ce soit. Mais ce sont quelques
turbulents, esprits malicieux, qui s'exercent et passent le temps à
forger telles malheureuses inventions; la priant bien fort de n'en
voulloir croire aulcune chose, mais au contraire que j'ay toujours heu
devant les yeux ceste bonne et ferme intention de voir ces deux
royaumes, de France et d'Angleterre, continuer et persévérer en leur
commune et mutuelle amitié; et à faire, de ma part, tous les meilleurs
offices que je pourrois pour donner tesmoignage par effaict de ma
dicte bonne vollonté, qui ne sera jamais aultre. Sur ce, etc.
Escript à Chasteaubriant, le XIIe jour d'apvril 1570.
Vostre bon ami. HENRY
XLVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour de may 1570.--
Détails sur la négociation de la paix qui est près d'être
conclue.--Réponse faite aux articles par les princes de Navarre
et de Condé.--Insistance du roi pour qu'Élisabeth retire ses
troupes d'Écosse.--Affaires de Marie Stuart.--Résolution du roi
de faire rendre justice sur les plaintes des Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des IXe, XIIIe et
XVIIIe du moys passé[52], et par icelles entendu, bien et
particulièrement, en quel estat sont toutes choses de par delà, et
tout ce qui s'y est passé jusques à l'arrivée du présent porteur qui
est à vous; et m'avés faict bien grand plaisir de me tenir si souvent
et si amplement adverti des occurrences du lieu où vous estes. Je
n'heusse pas tant demeuré à vous faire responce sans ce, que
j'attandois le retour du Sr de Biron, et ce qui réhussiroit de la
négotiation de la paix, par la venue des depputés que la Royne de
Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyéd evers moy;
lesquels, oultre le contenu ez articles que je leur avois cy devant
envoyés par le dict sieur de Biron, et dont je vous ay donné adviz et
envoyé coppie, m'ont faict, de leur part, plusieurs aultres
particullières supplications et demandes de ce qu'ils désirent obtenir
de moy. Et ayant mis en considération les grandes calamités, misères,
oppressions et ruines dont mes pauvres subjects sont continuellement
affligés, pour raison des guerres provenant des troubles qui ont esté
cy devant et sont encore à présent en mon royaulme, et pour éviter un
plus grand mal et donner quelque repos et soulagement à mes subjects,
j'ay bien voulleu, puisqu'il n'y avoit aultre moyen de parvenir à une
pacification, leur accorder ce que vous verrés par les responces que
je leur ay faictes, dont je vous envoye un double, affin que vous
sçachiés les causes et raisons et occasions pour lesquelles je me suis
condescendu à leur octroyer plus que de ce que je leur avois mandé par
le susdict Sr de Biron et le Sr de Malassise, conseiller en mon
conseil privé; ce que vous pourrés dextrement et sagement faire
entendre à la Royne d'Angleterre, et luy en parler avec tel propos et
langage que vous cognoistrés qu'il en sera de besoin pour mon
servisse. Et n'oubliés de la remercier aussy bien fort, de ma part, de
la grande démonstration qu'elle a tousjours faicte de désirer la paix
et repos en mon royaulme, et la bonne vollonté qu'elle a heue de s'y
employer elle mesme, tellement qu'estant toutes choses aux termes
qu'elles sont, et veu les grandes et raisonnables offres que je leur
fais, j'espère qu'il ne sera poinct de besoin de luy donner ceste
peyne; et que ceux de mes subjects, estant de la nouvelle opinion, qui
se sont eslevés contre moy, ne s'oublieront point tant qu'ils ne
reçoivent la grâce que je leur fais avec les conditions contenues ès
dictes responces qui leur seront offertes de ma part. Aultrement, avec
juste occasion, je ne pourrois penser d'eux qu'avec très mauvaise
vollonté, et que ce seroit plustôt leur ambition qui les pousserait à
continuer la guerre que le zelle qu'ils disent avoir à la conservation
de leur religion. Et sur ce faict je ne puis mander aultre chose
jusques au retour du Sr de Biron et de Malassise.
[52] Voyez Ce, CIe et CIIe dép., tom. III, pag. 110, 113 et 116.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay trouvé très bons tous
les bons offices que vous avés faict, de ma part, envers la dicte
Dame pour la dicte Royne d'Escosse, ma belle sœur; et m'asseure que,
suyvant ce que je vous ay escript par mes dernières lettres, que le Sr
de Vassal vous a aportées, vous n'aurés rien oublié de mon intention
pour tascher et empescher, par tous les moyens que vous aurés peu, que
les forces qu'elle voulloit envoyer en Écosse n'ayent passé oultre, ce
que je désire que vous continués, et y faictes tout ce qu'il vous sera
possible. Et pour le regard du secours que la dicte Royne d'Écosse
desire estre par moy envoyé en son royaulme, j'ay donné charge au
présent porteur de vous faire sur ce entendre ce que j'ay résollu, et
aussy du surplus de ce qui est contenu ez instructions et mémoires que
vous luy avés baillé.
Quand à la plaincte que ceux de la Royne d'Angleterre vous ont faicte
pour un de ses subjectz qui a perdu un navire, et dont vous m'avés
envoyé la requeste qu'ils vous en ont présentée, j'ay commandé que
l'on vériffie le faict et qu'il en soit faicte telle punition et
justice qu'il appartient, qui est tout ce que je vous escripray. Et
sur ce, etc.
Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.
CHARLES. FIZES.
XLVIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour de may 1570.--
Conférence entre la reine-mère et l'ambassadeur
d'Angleterre.--Offre de l'ambassadeur de faire la proposition
du mariage du duc d'Anjou avec Élisabeth.--Désir de la reine
que La Mothe Fénélon appuie les projets de mariage de
Leicester.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres du IXe, XIIIe et
XVIIIe du moys passé, auxquelles l'on a différé de vous faire
responce, tant pour attendre le retour du Sr de Biron et des depputés
que la Royne de Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyé
devers le Roy, Monsieur mon fils, que pour vous avoir mandé, par le Sr
de Vassal, tout ce que nous vous pouvions escrire jusques à ce que
l'on ait veu la résollution qui seroit prise de la négotiation de la
paix. Et pour ce que, par les lettres que le Roy, Mon dict Sieur et
fils, vous escript et les responces qu'il leur a faictes, qu'il vous
envoye, vous serés bien amplement instruict de tout ce qui s'est passé
en cest affaire jusques à présent; m'en remettant là dessus, je ne
vous en manderay aulcune chose en la présente, m'asseurant que vous en
fairez sagement et dextrement entendre à la Royne d'Angleterre ce que
vous verrez et cognoistrez qu'il en sera de besoin;
Vous voullant bien advertir comme, à la dernière audience que je
donnay à son ambassadeur, estant sur le propos de la Royne, sa
Maistresse, je luy dis que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et moy
desirions, pour l'amitié que nous luy portons, qu'elle voullût mettre
la Royne d'Escosse en liberté, et luy ayder et favoriser en tout ce
qu'elle pourroit pour la remettre en son royaulme, avec l'autorité qui
luy est deue; et aussy qu'elle prît une résolution de se marier et de
choisir quelqu'un qui feust à sa dévotion et de qui elle peut disposer
à sa vollonté; et par ce moyen elle demeurerait en plus grand repos en
son royaulme, et osteroit les occasions des troubles qu'elle a heue
naguières, et encores a; et que ceux, qui prétendent succéder après
elle, n'auroient plus de prétexte d'y faire les remuements et menées
qu'ils font ordinairement.
Sur quoy le dict ambassadeur me fit responce que, si je parlois pour
mon fils, le Duc d'Anjou, qu'il en escriroit vollontiers, et qu'il
pensoit que sa Mestresse auroit bien agréable d'en ouïr parler.
Et, sur ce, je luy remonstray que l'âge de mon fils estoit si inesgal
au sien que cella ne se pourroit effectuer, et qu'elle debvoit
regarder d'en choisir quelqu'un dans son royaulme tel que bon luy
sembleroit: ce que je desire que vous faciés entendre au comte de
Lestre, et comme, suivant ce que vous m'en avés cy devant escript, et
les propos qu'il vous en avoit tenus, j'ay dict cella au dict
ambassadeur; et que ce n'est à aultre fin que pour luy faire
cognoistre la bonne vollonté que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et
moy luy portons, et que nous avons faict et fairons tous les bons
offices que nous pourrons pour luy ayder à parvenir à ce qu'il peut
desirer en cest endroict; nous asseurant aussy qu'il faira tousjours
tous les bons offices qu'il pourra envers sa Mestresse pour entretenir
la bonne amitié qui est entre nous.
Quand au faict de la Royne d'Escosse, vous verrés ce que le Roy, Mon
dict Sieur et fils, vous en escript, et entendrés, tant par sa lettre
que par ce que nous avons dict au présent porteur, qui est à vous, sur
ce plus amplement son intention; qui me gardera de vous faire la
présente plus longue. Sur ce, etc.
Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.
CATERINE. FIZES.
XLIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXXIe jour de may 1570.--
Affaires d'Écosse.--Nouvelle déclaration du roi pour qu'il soit
enjoint à Élisabeth de retirer ses troupes de ce pays.--Offre
acceptée par le roi de s'établir médiateur entre Élisabeth et
Marie Stuart.--Charge donnée à l'ambassadeur de se rendre
auprès de la reine d'Écosse.--Instruction pour le traité qui
pourrait être conclu.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des XXIIIe et
XXVIIe apvril, et IIIe et VIIIe du présent moys de may[53], par
lesquelles vous me faictes bien et particullièrement entendre tout ce
qui s'est passé de delà; et mesmes pour les forces que la Royne
d'Angleterre a faict acheminer en Écosse, la façon de laquelle on y a
procédé, ayant bruslé partout où ils ont passé, et prins le chasteau
de Humes, où ils ont mis garnison, la deffaicte de la plus grande
partie des forces qu'avoit milord Scrup, et particullièrement la
responce que la Royne d'Angleterre vous a faicte, luy ayant faict
entendre ce que je vous avois escript, et donné charge de luy dire, de
ma part, pour le faict de la Royne d'Escosse et des forces qu'elle
faisoit passer en son royaulme, et que, pour l'ancienne allience et
amitié qui est entre ces deux royaulmes, je ne pourrois moins faire
que de la secourir; ayant bien notté et considéré tout ce que vous
m'en avés mandé et ce que Sabran, présent porteur, oultre le contenu
en voz despesches, m'en a faict entendre amplement de vostre part. Sur
quoy je vous veux bien advertir que j'ay trouvé très bon tout ce que
vous en avés faict, qui est conforme à mon intention et vollonté,
ayant résollu de tenir le mesme langage à son ambassadeur, lorsqu'il
m'en parlera.
[53] Voyez CIIIe, CIVe, CVe et CVIe dép., tom. III, pag. 128,
130, 133 et 138.