[43] Voyez LXXXIVe dép., tom. III, pag. 20, et le Mémoire joint,

pag. 27.

ARTICLES.

Le Roy ayant entendu ce qui a esté proposé de la part des députés

de la Royne de Navarre, des Princes de Navarre et de Condé,

seigneurs, gentilshommes et aultres, de toute qualité, qui sont

avec eulx, les très humbles requestes, par eulx faictes à Sa

Majesté, de leur donner la paix avecques les seuretés qui sont en

son pouvoir, pour les faire jouir du bénéfice d'icelle, ensemble

les soubmissions qu'ilz luy ont faictes de luy rendre obéissance

et fidellité qu'ils lui doibvent;

Sa dicte Majesté, pour la singulière affection qu'elle a tousjours

portée à la Royne de Navarre, Princes de Navarre et de Condé, pour

la proximité de sang dont ils luy appartiennent, le desir qu'elle

a de la conservation de ses subjects, spéciallement de sa

noblesse; pour monstrer à eulx et à tous les dessusdictz son

affection et clémence paternelle et royalle envers eulx, et la

vollonté qu'elle a de voir tous ses subjectz ensemble réduictz

soubz son obéissance, et son royaulme en repos des troubles qui y

sont de présent, leur a accordé pour parvenir à une bonne, sincère

et entière pacification des dictz troubles les choses qui

s'ensuivent:

Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées demeurera

esteinte et supprimée, comme des choses non jamais advenues, et

qu'il ne sera loysible ny permis, en quelque temps ni pour quelque

occasion que ce soit, d'en faire jamais mention de procès, en

quelque cour ni juridiction que ce soit, ni ailleurs; et à ceste

fin sera impose sillence à ses procureurs généraux en toutes ses

courts de parlements et leurs substituts; sera aussi deffendu à

toutes personnes privées d'en renouveller la mémoire, ni en faire

reprosche, sur peine d'estre punies comme infracteurs de paix et

perturbateurs du repos public;

Que touts arrêts, sentences, jugements et procédures faictes en

quelque cour, et devant quelques juges que ce soit, durant les

présents troubles, ou aux précédents, pour raison des choses

passées, durant ou à cause des dicts troubles, à l'encontre des

dessusdictz ou aulcuns d'eux, seront mis à néant, cassés et

révoqués;

Qu'ils, ni aulcuns d'eulx, ne pourront jamais estre recerchés pour

raison des pratiques ou intelligences qu'ilz pourroient avoir

heues avec princes, potentats, communaultés ou personnes privées,

estrangers, ni à cause des traités ou contractz qu'ils pourraient

avoir faictz ou passés avec eulx pour raison des choses

concernantz les dictz troubles et dépendances d'iceulx; dont le

Roy les a entièrement deschargé, et leur en baillera toutes

lettres et seurettés qui seront à ceste fin nécessaires, en la

meilleure et plus authentique forme que faire se pourra;

Que, par le bénéfice de ceste paix, tous les dessusdictz seront

remis et réintégrés en leurs honneurs et biens, pour d'iceulx

jouir, eulx, leurs enfans, héritiers, successeurs ou ayans cause,

paisiblement et sans aulcun empeschement.

Et pour gratiffier particulièrement les dictz Princes et ceux de

la noblesse qui avoient estatz, charges et pensions de Sa dicte

Majesté, le Roy les remettra en leurs dictz estats, charges et

pensions, pour en jouir aussy, comme dessus est dict.

Et, quand au faict de la religion, le Roy leur permettra de

demeurer et vivre paisiblement dedans son royaulme en entière

liberté de leur conscience, sans estre recerchés en leurs maisons,

ni les asteindre à faire chose, pour le regard de la dicte

religion, contre leur vollonté. Et encores, pour plus grande

sureté, Sa dicte Majesté leur accordera deux villes, dedans

lesquelles ils pourront faire tout ce que bon leur semblera et

qu'ils voudront, sans estre recerchés; et, en chacune d'icelle

ville, le Roy aura un gentilhomme capable et idoine qui aura

l'œil à ce qu'il ne soit faict chose qui contrevienne à son

auctorité, et repos de son royaulme, et qui maintienne chascun en

paix et repos, ne voullant Sa dicte Majesté qu'il y ait, au reste

de tout son royaulme, aulcun ministre, ni qu'il soit faict aulcun

exercisse de religion que de la sienne.

Et quant aux officiers de justice, finances et aultres inférieurs,

attendu que, despuys la privation faicte d'iceulx par décrets et

ordonnances de justice, suivant les édits du Roy, aultres ont esté

pourveus en leurs places, et sont aujourdhui en l'exercisse

d'iceulx; que l'argent qui en est provenu a esté despendu et

employé pour soustenir les frais de la guerre; le Roy ne les peut

aulcunement restituer, ni rétracter l'exécution de ses édictz pour

ce regard: attendu mesmes les grandes plainctes et demandes que

font ceux du clergé de son dict royaulme, et aultres, ses subjects

catholiques, pour avoir réparation des dommages par eulx souffertz

tant en leurs biens qu'en la démolition des églises et maisons de

patrimoines, par tous les endroictz de son dict royaulme, à

l'encontre de ceux qui ont faict les dictes démolitions et

domages, auxquelz le Roy ne pourroit justement desnier de faire

droit et justice à l'encontre de ceux contre lesquels ils

voudroient prétendre, s'il falloit entrer en recognoissance de

cause et réparation des dommages soufferts, d'une part et

d'aultre.

Voulant Sa dicte Majesté, pour l'observation des choses susdictes,

avec toute bonne foy et sincérité leur bailler toutes les seuretés

qui sont en son pouvoir et qu'ils luy voudront honnestement et

raisonnablement requérir, lesquelles seuretés le Roy faira

esmologuer et passer par ses cours de parlement et aultres qu'il

appartiendra;

Veult et entend Sa dicte Majesté que les dessusdicts

réciproquement pour luy rendre la fidellité et obéissance qu'ils

luy doibvent, ayent à se despartir de toute alliance,

confédération et association qu'ils ont avec les princes,

potentats ou communautés estrangères, hors du royaulme,

pareillement de toutes intelligences, pratiques et associations

qu'ils ont dedans et dehors icelluy;

Qu'ils ne fairont aulcunes assemblées, contributions ni

cueillettes de deniers, sans expresse permission du Roy déclarées

par ses lettres patentes;

Licentieront et fairont sortir hors son royaulme, dans un moys

après la conclusion de la dicte pacification, par le chemin qui

leur sera prescript par Sa dicte Majesté, sans foulle ni

oppression de ses subjectz, tous estrangers estant à leur

servisse; et conviendront avec eulx de leur paiement, à leurs

propres coust et despens; et, à ceste fin, leur donnera le Roy

telle permission qu'il sera besoin pour entre eulx cottiser et

lever les sommes qui leur seront nécessaires;

Laisseront aussy les armes et sépareront aussy toutes leurs

aultres forces, tant de pied que de cheval, par mer et par terre;

Se retireront chascun en leurs maisons, où bon leur semblera,

incontinent après la conclusion de la dicte paix; par là où ils

sçauront vivre paisiblement;

Remettront entre les mains du Roy, ou de ceux qu'il commettra, les

villes, chasteaux et places qu'ils détiennent pour le présent, ou

en fairont sortir les forces qu'ils y ont, y délaissant

semblablement l'artillerie et aultres munitions qui sont en

icelles au pouvoir de ceux que y ordonnera Sa dicte Majesté;

Et générallement restitueront, de bonne foy, à Sa dicte Majesté,

ou à ceux qu'elle commettra, toutes les choses à elle appartenant,

et qui se trouveront encores en nature, soit ez villes et places

qu'ils tiennent et aultres lieux quelz qu'ils soyent, ou par mer

ou par terre.

Faict à Angers, le IIIe jour de febvrier 1570.

XXXIX

MÉMOIRE DU ROY (_en chiffre_).

--du Xe jour de febvrier 1570.--

Réponse à un mémoire confidentiel envoyé par

l'ambassadeur.--Impossibilité où se trouve le roi d'entendre

aux propositions faites par le roi d'Espagne de se liguer

contre l'Angleterre, tant que la guerre civile durera en

France.--Précautions qu'il faut prendre pour savoir d'où

viennent ces propositions.

Le Roy, ayant veu l'instruction que le Sr de La Mothe Fénélon, son

ambassadeur en Angleterre, luy a envoyé avec ses lettres du XXIe du

moys passé[44], et bien et meurement considéré tout ce qui est contenu

en icelles, a esté très aise d'estre adverti si particullièrement par

son dict ambassadeur de l'estat des affaires de dellà; à quoy n'est

point de besoin que Sa Majesté fasse responce sinon qu'il a receu et

reçoit les advertissements qu'il luy donne ordinairement, de tout ce

qui se faict tant en la cour de la Royne d'Angleterre que en son

royaulme, à plaisir très agréable, et desire que son dict ambassadeur

continue à faire le semblable et le plus souvant qu'il luy sera

possible.

[44] Voyez le Mémoire joint à la LXXXIVe dép., tom. III, pag. 27.

Sa dicte Majesté a très bien considéré ce que le dict Sr de La Mothe

Fénélon luy mande de la conférence qu'il a heue avec l'ambassadeur du

Roy d'Espaigne, les propos qu'ils ont tenu ensemble, et ce qu'il luy a

mis en avant de persuader Sa dicte Majesté d'escrire promptement au

Roy Catholique pour la commune entreprise d'entre eulx deux contre

l'Angleterre, pour la restitution de la Royne d'Escosse seulement, ce

qu'il s'asseuroit que le Roy, son Maistre, accorderait de faire plus

vollontiers qu'il n'en seroit requis. Et voyant Sa dicte Majesté les

troubles qui sont encore en son royaulme, il ne peut penser à aultre

chose que de regarder, par tous les moyens qu'il luy sera possible, de

les appaiser, et tâcher de remettre tous ses subjects au debvoir et

obéissance qu'ils luy doibvent, et de s'establir en toutes choses que

luy et ses prédécesseurs Rois ont esté ci devant; et ne fault pas que

le dict Sr de La Mothe Fénélon s'estende tant qu'il se laisse entendre

là dessus par le dict ambassadeur, pour ce que l'on ne sçait à quelle

intention il met telles choses en avant: par quoy le faira parler et

entrer en propos le plus qu'il pourra, affin d'en tirer et descouvrir

ce qui l'a meu luy faire ce langage.

Faict à Angers le Xe jour de febvrier 1570.

CHARLES. FIZES.

XL

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

Négociation de Mr de Montlouet.--Recommandation pour que

l'ambassadeur empêche Élisabeth de remettre aux protestans

d'Allemagne l'argent provenant des prises.--Négociation de la

paix.--Remerciement pour la médiation offerte par

Élisabeth.--Affaires d'Écosse.--Offre du roi de s'établir

médiateur entre la reine d'Angleterre et Marie Stuart.--Charge

donnée à l'ambassadeur de faire le traité.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du Xe du moys

passé par le sieur de Montlouet, et entendu bien particullièrement par

luy tout ce que vous aviés faict ensemblement, en la charge que je luy

avois donnée, et la responce et résollution que vous aviés sur ce heue

de la Royne d'Angleterre. Despuys j'en ay receu deux aultres des XIIIe

et XVIIe du dict moys[45] par le présent porteur qui est à vous, par

lesquelles vous me mandés ce que le cardinal de Chastillon a négotié

avec la dicte Royne d'Angleterre, ce qu'il a obtenu d'elle, et la

grande instance qu'ils font qu'elle s'ayde des deniers des prinses

faictes sur des marchands, tant subjectz du Roy Catholique que

d'aultres, pour les fournir en Allemaigne, en l'acquit de ses dettes,

affin que les princes protestants s'en puissent accommoder au payement

de leurs levées; ayant trouvé très bon ce que vous en avés dict à

l'ambassadeur du dict Roy Catholique et l'advis que vous me donnés

d'en escrire au duc d'Alve, comme je fais présentement au sieur de

Ferrailz, qui est là de ma part auprès de luy. Et, en attendant que le

dict duc d'Alve en ayt escript de par delà, je suis d'advis que vous

taschiés, par tous les moyens que vous pourrés, soyt par les

ambassadeurs d'Espaigne ou aultrement, d'empescher que la dicte Royne

d'Angleterre ne prenne les dicts deniers.

[45] Voyez LXXXVIIe, LXXXVIIIe et LXXXIXe dép., tom. III, pag.

41, 47 et 50.

J'ay aussi receu, par le courrier que je vous avois despéché, vos

lettres du XXIIe du dict moys[46], et veu, par le contenu en icelles,

ce que vous avés faict entendre, de ma part, à la dicte Dame pour le

faict de la pacification des troubles de mon royaulme, et la bonne et

honneste responce qu'elle vous a faicte, avec un visage plein de

démonstration de joye et contentement, et du grand désir qu'elle a de

voir cella sortir à effaict, et les offres qu'elle faict de s'y

employer, au cas qu'il y intervînt aulcune difficulté, et d'y faire,

pour moy, tout ainsy que si c'étoit son propre faict.

[46] Voyez XCe dép., tom. III, pag. 58.

Sur quoy je desire que vous luy faictes entendre, de ma part, que je

la remercie bien fort de ceste bonne et grande affection et volonté

qu'elle a en mon endroict; et que je m'asseure que, si ceux de mes

subjects, qui se sont eslevés en armes contre moy, ont bonne vollonté

de m'estre par cy après fidelles, et rendre l'obéissance qu'ils me

doibvent, qu'estants les articles que je leur ay envoyés si

raisonnables comme ils sont, ils les accepteront. Et où il seroit de

besoing qu'elle s'en meslât, je m'asseure tant de son amitié qu'il n'y

a prince, ni princesse en la Chrestienté qui s'y employast de

meilleure vollonté que j'estime qu'elle faira, ni à qui je m'en

voulusse fier plus librement que je fairois à elle. Et où ils seroient

si desraisonnables et plains de mauvaise intention et vollonté que ils

ne voulleussent accepter les dictes offres, je me veux tant promettre

d'elle que, non seullement elle leur reffusera toute ayde, faveur et

secours, ains qu'elle se voudra, du tout, unir avec moy, comme estant

question d'un faict qui touche à tous princes souverains, pour

réprimer l'audace et témérité de leurs subjects rebelles; estant très

aise de la déclaration qu'elle vous a faicte qu'elle ne faict point

faire aulcune levée en Allemaigne, bien a oui parler de quelque levée

à venir, et qu'elle ne sçait encores ce qui en est, et, quand elle

l'entendra, s'il y a rien contre moy, elle le vous faira sçavoir. Et

faudra que, l'entretenant tousjours en ceste bonne vollonté, vous ne

laissiés pas de regarder à estre soigneusement et curieusement adverti

tant du faict de la dicte levée que de toutes aultres choses qui

surviendront par dellà, pour le me faire entendre.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu tout ce que vous

m'avés mandé, concernant le faict de la Royne d'Escosse et de son

royaulme, tant par vos dictes lettres que par l'instruction que avés

baillée au dict porteur[47]; et, suivant l'advis et conseil que vous

me donnés, je me suis résolleu d'envoyer au dict païs, dans peu de

jours, un gentilhomme de ma part pour favoriser le parti de la dicte

Royne d'Escosse. Et considérant le contenu en la lettre du XXIIe du

passé, que vous avez escript à la Royne, Madame et Mère[48], et la

responce que le comte de Lestre vous a faicte sur ce que vous luy avés

remonstré du peu de satisfaction qu'elle m'avoit donné à ce que je luy

avois faict requérir par le sieur de Montlouet en faveur de la Royne

d'Escosse, et comme, en la dernière audiance, que vous avés heu

d'elle, elle vous a offert d'elle mesmes que, s'il me plaist mettre en

avant un expédiant entre elles deux qui soit honneste et non

préjudiciable à elle ni à sa couronne, ni contraire à son honneur et

conscience, qu'elle y entendra très vollontiers, vous ayant prié par

deux fois de me le mander, je trouve très bon que vous l'entreteniés

en cella, et d'aviser aux moyens que l'on pourra tenir pour effectuer

ceste bonne vollonté qu'elle a; et la priés de vous permettre d'aller

trouver la Royne d'Escosse pour en communiquer avec elle, et à ceux

qui sont, là, de son conseil, et en dresser les mémoires et articles

selon et ainsy que vous aviserez pour le mieux; pour, après,

m'advertir de tout ce que vous aurez faict et arresté ensemble. En

quoy je desire que vous vous employés de tout vostre pouvoir, ainsi

que j'ay donné charge au dict porteur vous dire plus amplement de ma

part. Et sur ce, etc.

Escript à Angers le IIIe jour de mars 1570.

CHARLES. FIZES.

[47] Voyez le Mémoire joint à la LXXXIXe dép., tom. III, pag. 54.

[48] Voyez XCe dép., tom. III, pag. 61.

XLI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

Ordre de surveiller avec précaution les propositions faites par

Stuqueley.--Desir de connaître l'opinion d'Élisabeth et du

cardinal de Chatillon sur la paix.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu quatre de vos lettres des Xe,

XIIIe, XVIIIe, XXIIe du moys passé, et entendu, tant du sieur de

Montlouet que du présent porteur, tout ce que vous avés donné charge

de me dire; et pour ce que, par les lettres que le Roy, Monsieur mon

fils, vous escript présentement, vous sçaurés bien au long son

intention sur tout ce que vous nous avés mandé, je ne vous en fairay

icy aultre reditte, me remettant sur le contenu d'icelles. J'ay aussy

receu la lettre que vous nous avés escript en chiffre[49], que le dict

porteur m'a baillé, par laquelle vous me mandés l'opinion que vous

avés des affaires de delà, voyant l'estat auquel elles sont à présent,

et ce que le sieur Stuquelay vous est venu dire; pareillement ce que

vous luy avés bien et sagement respondu, pour la crainte qu'il fault

avoir qu'il feust dextrement envoyé devers vous de la part de la Royne

d'Angleterre ou de ses ministres, pour tascher de descouvrir si l'on

auroit quelque mauvaise vollonté contre eulx, et si vous voudriés

entendre à l'offre qu'il vous a faicte. Par quoy il me semble, pour

estre la dicte Dame hors du soubçon qu'elle pourroit avoir, si l'on

permettoit qu'il vînt de deçà, qu'il sera meilleur que vous

l'entreteniés tousjours en ceste bonne vollonté et affection qu'il a,

de faire servisse au Roy, Mon dict Sieur et fils; et, sans luy

descouvrir rien de vostre costé, tirer de luy tout ce que vous

pourrés, et cognoistrés qu'il vous pourra servir. Et cependant vous ne

laisserés pas de vous informer secrettement des moyens et

intelligences qu'il a et peut avoir avec les seigneurs de delà; et

m'asseure que vous sçaurés très bien juger et cognoistre quelle

apparance il y aura à ce qu'il vous a desjà proposé, et pourra encore

dire, pour nous en mander après vostre advis, et ce qu'il vous en

semblera. Qui est tout ce que vous aurés de moy pour ceste heure, etc.

Escript à Angers le IIIe jour de mars 1570.

[49] Voyez lettre du 17 février 1570, jointe à la LXXXIXe dép.,

tom. III, pag. 53.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous prie de me mander ce que vous

pourrés cognoistre de l'opinion que la Royne d'Angleterre a pour le

faict de la paix de ce royaulme, et aussy le cardinal de Chastillon,

et ce qu'ils en disent. Je vous veux bien advertir comme le sieur de

Téligni parlant dernièrement à moy, je le voullus mettre en propos des

troubles qui estoient lors en Angleterre; lequel me dict, sur ce que

je trouvois raisonnable de punir et chastier tous les subjects qui

portent les armes contre leurs princes souverains, qu'ils avoient bien

faict, puisque leur Royne ne leur gardoit, de son costé, ce qu'elle

debvoit; et cella vous servira pour un bon subject envers la dicte

Dame, et pour tascher de luy oster l'opinion qu'elle a en leur

endroict; d'aultant qu'ils se réjouissent de voir que ses subjectz

feussent eslevés contre elle.

Ce IIIe jour de mars 1570.

CATERINE. FIZES.

XLII

Mr LE CARDINAL DE LORRAINE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

Remerciemens à l'ambassadeur.--Assurance de reconnaissance.

Monsieur de La Mothe Fénélon, ayant receu ce jourdhuy la lettre que

vous m'avés escripte du XXIIe de ce moys, et veu par icelle, et par la

coppie de celle qu'avés envoyée au comte de Lecestre, combien la bonne

affection que vous portés aux affaires de la Royne, Madame ma niepce,

est accompagnée et conduicte de bon advis et meilleur effaict, je n'ay

pu vous en louer ni remercier assés à mon gré, prenant espérance en la

dextérité dont vous usés en ceste négociation, qu'elle pourra prendre

quelque heureuse fin, si vous ne vous lassés point de continuer les

bons et grands offices que vous avés jusques ici tant heureusement

employés à cest effaict. Dont je vous prie, d'aultant plus

affectueusement, que j'aurois regret que ceste bonne occasion se

passât inutille, et qu'oultre la naturelle affection que j'ay à la

dicte Dame et à son servisse, Leurs Majestés se réjouissent

infiniment, en recevant quelque bonne espérance, et voyant la

promptitude et dilligence dont vous usés suyvant leur intention; et

croyés que la dicte Dame, ma niepce, et tous nous aultres, qui avons

cest honneur de luy appartenir, n'aurons pas seulement cognoissance de

la grande obligation que vous aurés acquis en nous par un si digne et

recommandable servisse, mais perpétuelle mémoire pour le recognoistre

de toute nostre puissance selon vos mérites. Je vous prie de rechef,

puisqu'avés conduitte ceste négotiation en si bon chemin, ne vous

arrester et nous acroistre par l'achèvement, le plaisir que vous nous

avés baillé de ce bon commancement, dont Leurs dictes Majestez, ayant

veu vos lettres, ont prinse la meilleure part. Et sur ce, etc.

D'Angers le IIIe jour de mars 1570.

Vostre meilleur ami. Le CARDINAL DE LORRAINE.

XLIII

Mr DE MORVILLERS, ÉVESQUE D'ORLÉANS, A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de mars 1570.--

Conseils sur les devoirs d'un ambassadeur.--Félicitations sur la

manière dont La Mothe Fénélon s'acquitte de sa charge.

Monsieur, j'ay veu, despuys que vous estes en ceste charge, que vous

avés tousjours traicté les affaires d'une façon merveilleusement

louable, et de laquelle me semble qu'un homme réhussit tousjours à son

honneur: c'est de ne dire ni faire chose que les princes, avec

lesquels l'on a affaire, puissent arguer de mensonge, déguisement ou

malice; et qu'un ambassadeur, en toutes ses actions, soit cogneu

sincère, et procédant rondement. Il y en a toutesfois qui pensent que,

pour estre habille homme, il fault tousjours aller masqué, laquelle

opinion j'estime du tout erronée, et celluy qui la suit grandement

déceu. Le temps m'a donné quelque expérience des choses; mais je n'ay

jamais veu homme, suivant ces chemins obliques, qui n'ait embrouillé

les affaires de son Maistre, et, luy, perdre beaucoup plus qu'acquérir

de réputation; et au contraire ceux, qui se sont conduits prudemment,

avec la vérité, avoir, pour le moins, rapporté de leur négociation ce

fruict et l'honneur d'y avoir faict ce que les hommes, avec le sens et

jugement humain, peuvent faire.

Je vous diray, Monsieur, sans flaterie, que, tant plus je vois de vos

dépesches, plus je loue le chemin que vous tenez; et espère que, le

continuant, les affaires, que vous maniés, succèderont à bonne fin, au

contantement du Roy, et sans offense de la princesse près de laquelle

vous estes.

Au reste, vous entendés, par la dépesche du Roy et ce que vous dira le

présent porteur, l'intention de Leurs Majestez sur tous les poincts de

vos précédentes. Et vous diray seullement que bien heureux seroient

les rois et monarques de la Chrestienté, si, de bonne foy, se

voulloient ensemble réconcillier et se conforter les uns les aultres à

maintenir leur juste auctorité dessus leurs subjectz; lesquels on

void, de toutes parts, ne tendre à aultre fin qu'à secouer le joug et

se dellivrer de toute subjection. Ils autorisent souvant des mauvais

exemples, dont ils souffrent ordinairement à leur tour.

Monsieur, je me recommande humblement à vostre bonne grâce, et prie

Dieu vous donner, en santé, longue vie.

D'Angers le IIIe jour de mars 1570.

Vostre bien humble ami et serviteur.

DE MORVILLERS, ÉV. D'ORLÉANS.

XLIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de mars 1570.--

Réclamation à raison du pillage d'un navire français échoué en

Angleterre.

Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 6 / 44 段