pag. 27.
ARTICLES.
Le Roy ayant entendu ce qui a esté proposé de la part des députés
de la Royne de Navarre, des Princes de Navarre et de Condé,
seigneurs, gentilshommes et aultres, de toute qualité, qui sont
avec eulx, les très humbles requestes, par eulx faictes à Sa
Majesté, de leur donner la paix avecques les seuretés qui sont en
son pouvoir, pour les faire jouir du bénéfice d'icelle, ensemble
les soubmissions qu'ilz luy ont faictes de luy rendre obéissance
et fidellité qu'ils lui doibvent;
Sa dicte Majesté, pour la singulière affection qu'elle a tousjours
portée à la Royne de Navarre, Princes de Navarre et de Condé, pour
la proximité de sang dont ils luy appartiennent, le desir qu'elle
a de la conservation de ses subjects, spéciallement de sa
noblesse; pour monstrer à eulx et à tous les dessusdictz son
affection et clémence paternelle et royalle envers eulx, et la
vollonté qu'elle a de voir tous ses subjectz ensemble réduictz
soubz son obéissance, et son royaulme en repos des troubles qui y
sont de présent, leur a accordé pour parvenir à une bonne, sincère
et entière pacification des dictz troubles les choses qui
s'ensuivent:
Premièrement, que la mémoire de toutes choses passées demeurera
esteinte et supprimée, comme des choses non jamais advenues, et
qu'il ne sera loysible ny permis, en quelque temps ni pour quelque
occasion que ce soit, d'en faire jamais mention de procès, en
quelque cour ni juridiction que ce soit, ni ailleurs; et à ceste
fin sera impose sillence à ses procureurs généraux en toutes ses
courts de parlements et leurs substituts; sera aussi deffendu à
toutes personnes privées d'en renouveller la mémoire, ni en faire
reprosche, sur peine d'estre punies comme infracteurs de paix et
perturbateurs du repos public;
Que touts arrêts, sentences, jugements et procédures faictes en
quelque cour, et devant quelques juges que ce soit, durant les
présents troubles, ou aux précédents, pour raison des choses
passées, durant ou à cause des dicts troubles, à l'encontre des
dessusdictz ou aulcuns d'eux, seront mis à néant, cassés et
révoqués;
Qu'ils, ni aulcuns d'eulx, ne pourront jamais estre recerchés pour
raison des pratiques ou intelligences qu'ilz pourroient avoir
heues avec princes, potentats, communaultés ou personnes privées,
estrangers, ni à cause des traités ou contractz qu'ils pourraient
avoir faictz ou passés avec eulx pour raison des choses
concernantz les dictz troubles et dépendances d'iceulx; dont le
Roy les a entièrement deschargé, et leur en baillera toutes
lettres et seurettés qui seront à ceste fin nécessaires, en la
meilleure et plus authentique forme que faire se pourra;
Que, par le bénéfice de ceste paix, tous les dessusdictz seront
remis et réintégrés en leurs honneurs et biens, pour d'iceulx
jouir, eulx, leurs enfans, héritiers, successeurs ou ayans cause,
paisiblement et sans aulcun empeschement.
Et pour gratiffier particulièrement les dictz Princes et ceux de
la noblesse qui avoient estatz, charges et pensions de Sa dicte
Majesté, le Roy les remettra en leurs dictz estats, charges et
pensions, pour en jouir aussy, comme dessus est dict.
Et, quand au faict de la religion, le Roy leur permettra de
demeurer et vivre paisiblement dedans son royaulme en entière
liberté de leur conscience, sans estre recerchés en leurs maisons,
ni les asteindre à faire chose, pour le regard de la dicte
religion, contre leur vollonté. Et encores, pour plus grande
sureté, Sa dicte Majesté leur accordera deux villes, dedans
lesquelles ils pourront faire tout ce que bon leur semblera et
qu'ils voudront, sans estre recerchés; et, en chacune d'icelle
ville, le Roy aura un gentilhomme capable et idoine qui aura
l'œil à ce qu'il ne soit faict chose qui contrevienne à son
auctorité, et repos de son royaulme, et qui maintienne chascun en
paix et repos, ne voullant Sa dicte Majesté qu'il y ait, au reste
de tout son royaulme, aulcun ministre, ni qu'il soit faict aulcun
exercisse de religion que de la sienne.
Et quant aux officiers de justice, finances et aultres inférieurs,
attendu que, despuys la privation faicte d'iceulx par décrets et
ordonnances de justice, suivant les édits du Roy, aultres ont esté
pourveus en leurs places, et sont aujourdhui en l'exercisse
d'iceulx; que l'argent qui en est provenu a esté despendu et
employé pour soustenir les frais de la guerre; le Roy ne les peut
aulcunement restituer, ni rétracter l'exécution de ses édictz pour
ce regard: attendu mesmes les grandes plainctes et demandes que
font ceux du clergé de son dict royaulme, et aultres, ses subjects
catholiques, pour avoir réparation des dommages par eulx souffertz
tant en leurs biens qu'en la démolition des églises et maisons de
patrimoines, par tous les endroictz de son dict royaulme, à
l'encontre de ceux qui ont faict les dictes démolitions et
domages, auxquelz le Roy ne pourroit justement desnier de faire
droit et justice à l'encontre de ceux contre lesquels ils
voudroient prétendre, s'il falloit entrer en recognoissance de
cause et réparation des dommages soufferts, d'une part et
d'aultre.
Voulant Sa dicte Majesté, pour l'observation des choses susdictes,
avec toute bonne foy et sincérité leur bailler toutes les seuretés
qui sont en son pouvoir et qu'ils luy voudront honnestement et
raisonnablement requérir, lesquelles seuretés le Roy faira
esmologuer et passer par ses cours de parlement et aultres qu'il
appartiendra;
Veult et entend Sa dicte Majesté que les dessusdicts
réciproquement pour luy rendre la fidellité et obéissance qu'ils
luy doibvent, ayent à se despartir de toute alliance,
confédération et association qu'ils ont avec les princes,
potentats ou communautés estrangères, hors du royaulme,
pareillement de toutes intelligences, pratiques et associations
qu'ils ont dedans et dehors icelluy;
Qu'ils ne fairont aulcunes assemblées, contributions ni
cueillettes de deniers, sans expresse permission du Roy déclarées
par ses lettres patentes;
Licentieront et fairont sortir hors son royaulme, dans un moys
après la conclusion de la dicte pacification, par le chemin qui
leur sera prescript par Sa dicte Majesté, sans foulle ni
oppression de ses subjectz, tous estrangers estant à leur
servisse; et conviendront avec eulx de leur paiement, à leurs
propres coust et despens; et, à ceste fin, leur donnera le Roy
telle permission qu'il sera besoin pour entre eulx cottiser et
lever les sommes qui leur seront nécessaires;
Laisseront aussy les armes et sépareront aussy toutes leurs
aultres forces, tant de pied que de cheval, par mer et par terre;
Se retireront chascun en leurs maisons, où bon leur semblera,
incontinent après la conclusion de la dicte paix; par là où ils
sçauront vivre paisiblement;
Remettront entre les mains du Roy, ou de ceux qu'il commettra, les
villes, chasteaux et places qu'ils détiennent pour le présent, ou
en fairont sortir les forces qu'ils y ont, y délaissant
semblablement l'artillerie et aultres munitions qui sont en
icelles au pouvoir de ceux que y ordonnera Sa dicte Majesté;
Et générallement restitueront, de bonne foy, à Sa dicte Majesté,
ou à ceux qu'elle commettra, toutes les choses à elle appartenant,
et qui se trouveront encores en nature, soit ez villes et places
qu'ils tiennent et aultres lieux quelz qu'ils soyent, ou par mer
ou par terre.
Faict à Angers, le IIIe jour de febvrier 1570.
XXXIX
MÉMOIRE DU ROY (_en chiffre_).
--du Xe jour de febvrier 1570.--
Réponse à un mémoire confidentiel envoyé par
l'ambassadeur.--Impossibilité où se trouve le roi d'entendre
aux propositions faites par le roi d'Espagne de se liguer
contre l'Angleterre, tant que la guerre civile durera en
France.--Précautions qu'il faut prendre pour savoir d'où
viennent ces propositions.
Le Roy, ayant veu l'instruction que le Sr de La Mothe Fénélon, son
ambassadeur en Angleterre, luy a envoyé avec ses lettres du XXIe du
moys passé[44], et bien et meurement considéré tout ce qui est contenu
en icelles, a esté très aise d'estre adverti si particullièrement par
son dict ambassadeur de l'estat des affaires de dellà; à quoy n'est
point de besoin que Sa Majesté fasse responce sinon qu'il a receu et
reçoit les advertissements qu'il luy donne ordinairement, de tout ce
qui se faict tant en la cour de la Royne d'Angleterre que en son
royaulme, à plaisir très agréable, et desire que son dict ambassadeur
continue à faire le semblable et le plus souvant qu'il luy sera
possible.
[44] Voyez le Mémoire joint à la LXXXIVe dép., tom. III, pag. 27.
Sa dicte Majesté a très bien considéré ce que le dict Sr de La Mothe
Fénélon luy mande de la conférence qu'il a heue avec l'ambassadeur du
Roy d'Espaigne, les propos qu'ils ont tenu ensemble, et ce qu'il luy a
mis en avant de persuader Sa dicte Majesté d'escrire promptement au
Roy Catholique pour la commune entreprise d'entre eulx deux contre
l'Angleterre, pour la restitution de la Royne d'Escosse seulement, ce
qu'il s'asseuroit que le Roy, son Maistre, accorderait de faire plus
vollontiers qu'il n'en seroit requis. Et voyant Sa dicte Majesté les
troubles qui sont encore en son royaulme, il ne peut penser à aultre
chose que de regarder, par tous les moyens qu'il luy sera possible, de
les appaiser, et tâcher de remettre tous ses subjects au debvoir et
obéissance qu'ils luy doibvent, et de s'establir en toutes choses que
luy et ses prédécesseurs Rois ont esté ci devant; et ne fault pas que
le dict Sr de La Mothe Fénélon s'estende tant qu'il se laisse entendre
là dessus par le dict ambassadeur, pour ce que l'on ne sçait à quelle
intention il met telles choses en avant: par quoy le faira parler et
entrer en propos le plus qu'il pourra, affin d'en tirer et descouvrir
ce qui l'a meu luy faire ce langage.
Faict à Angers le Xe jour de febvrier 1570.
CHARLES. FIZES.
XL
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de mars 1570.--
Négociation de Mr de Montlouet.--Recommandation pour que
l'ambassadeur empêche Élisabeth de remettre aux protestans
d'Allemagne l'argent provenant des prises.--Négociation de la
paix.--Remerciement pour la médiation offerte par
Élisabeth.--Affaires d'Écosse.--Offre du roi de s'établir
médiateur entre la reine d'Angleterre et Marie Stuart.--Charge
donnée à l'ambassadeur de faire le traité.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du Xe du moys
passé par le sieur de Montlouet, et entendu bien particullièrement par
luy tout ce que vous aviés faict ensemblement, en la charge que je luy
avois donnée, et la responce et résollution que vous aviés sur ce heue
de la Royne d'Angleterre. Despuys j'en ay receu deux aultres des XIIIe
et XVIIe du dict moys[45] par le présent porteur qui est à vous, par
lesquelles vous me mandés ce que le cardinal de Chastillon a négotié
avec la dicte Royne d'Angleterre, ce qu'il a obtenu d'elle, et la
grande instance qu'ils font qu'elle s'ayde des deniers des prinses
faictes sur des marchands, tant subjectz du Roy Catholique que
d'aultres, pour les fournir en Allemaigne, en l'acquit de ses dettes,
affin que les princes protestants s'en puissent accommoder au payement
de leurs levées; ayant trouvé très bon ce que vous en avés dict à
l'ambassadeur du dict Roy Catholique et l'advis que vous me donnés
d'en escrire au duc d'Alve, comme je fais présentement au sieur de
Ferrailz, qui est là de ma part auprès de luy. Et, en attendant que le
dict duc d'Alve en ayt escript de par delà, je suis d'advis que vous
taschiés, par tous les moyens que vous pourrés, soyt par les
ambassadeurs d'Espaigne ou aultrement, d'empescher que la dicte Royne
d'Angleterre ne prenne les dicts deniers.
[45] Voyez LXXXVIIe, LXXXVIIIe et LXXXIXe dép., tom. III, pag.
41, 47 et 50.
J'ay aussi receu, par le courrier que je vous avois despéché, vos
lettres du XXIIe du dict moys[46], et veu, par le contenu en icelles,
ce que vous avés faict entendre, de ma part, à la dicte Dame pour le
faict de la pacification des troubles de mon royaulme, et la bonne et
honneste responce qu'elle vous a faicte, avec un visage plein de
démonstration de joye et contentement, et du grand désir qu'elle a de
voir cella sortir à effaict, et les offres qu'elle faict de s'y
employer, au cas qu'il y intervînt aulcune difficulté, et d'y faire,
pour moy, tout ainsy que si c'étoit son propre faict.
[46] Voyez XCe dép., tom. III, pag. 58.
Sur quoy je desire que vous luy faictes entendre, de ma part, que je
la remercie bien fort de ceste bonne et grande affection et volonté
qu'elle a en mon endroict; et que je m'asseure que, si ceux de mes
subjects, qui se sont eslevés en armes contre moy, ont bonne vollonté
de m'estre par cy après fidelles, et rendre l'obéissance qu'ils me
doibvent, qu'estants les articles que je leur ay envoyés si
raisonnables comme ils sont, ils les accepteront. Et où il seroit de
besoing qu'elle s'en meslât, je m'asseure tant de son amitié qu'il n'y
a prince, ni princesse en la Chrestienté qui s'y employast de
meilleure vollonté que j'estime qu'elle faira, ni à qui je m'en
voulusse fier plus librement que je fairois à elle. Et où ils seroient
si desraisonnables et plains de mauvaise intention et vollonté que ils
ne voulleussent accepter les dictes offres, je me veux tant promettre
d'elle que, non seullement elle leur reffusera toute ayde, faveur et
secours, ains qu'elle se voudra, du tout, unir avec moy, comme estant
question d'un faict qui touche à tous princes souverains, pour
réprimer l'audace et témérité de leurs subjects rebelles; estant très
aise de la déclaration qu'elle vous a faicte qu'elle ne faict point
faire aulcune levée en Allemaigne, bien a oui parler de quelque levée
à venir, et qu'elle ne sçait encores ce qui en est, et, quand elle
l'entendra, s'il y a rien contre moy, elle le vous faira sçavoir. Et
faudra que, l'entretenant tousjours en ceste bonne vollonté, vous ne
laissiés pas de regarder à estre soigneusement et curieusement adverti
tant du faict de la dicte levée que de toutes aultres choses qui
surviendront par dellà, pour le me faire entendre.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu tout ce que vous
m'avés mandé, concernant le faict de la Royne d'Escosse et de son
royaulme, tant par vos dictes lettres que par l'instruction que avés
baillée au dict porteur[47]; et, suivant l'advis et conseil que vous
me donnés, je me suis résolleu d'envoyer au dict païs, dans peu de
jours, un gentilhomme de ma part pour favoriser le parti de la dicte
Royne d'Escosse. Et considérant le contenu en la lettre du XXIIe du
passé, que vous avez escript à la Royne, Madame et Mère[48], et la
responce que le comte de Lestre vous a faicte sur ce que vous luy avés
remonstré du peu de satisfaction qu'elle m'avoit donné à ce que je luy
avois faict requérir par le sieur de Montlouet en faveur de la Royne
d'Escosse, et comme, en la dernière audiance, que vous avés heu
d'elle, elle vous a offert d'elle mesmes que, s'il me plaist mettre en
avant un expédiant entre elles deux qui soit honneste et non
préjudiciable à elle ni à sa couronne, ni contraire à son honneur et
conscience, qu'elle y entendra très vollontiers, vous ayant prié par
deux fois de me le mander, je trouve très bon que vous l'entreteniés
en cella, et d'aviser aux moyens que l'on pourra tenir pour effectuer
ceste bonne vollonté qu'elle a; et la priés de vous permettre d'aller
trouver la Royne d'Escosse pour en communiquer avec elle, et à ceux
qui sont, là, de son conseil, et en dresser les mémoires et articles
selon et ainsy que vous aviserez pour le mieux; pour, après,
m'advertir de tout ce que vous aurez faict et arresté ensemble. En
quoy je desire que vous vous employés de tout vostre pouvoir, ainsi
que j'ay donné charge au dict porteur vous dire plus amplement de ma
part. Et sur ce, etc.
Escript à Angers le IIIe jour de mars 1570.
CHARLES. FIZES.
[47] Voyez le Mémoire joint à la LXXXIXe dép., tom. III, pag. 54.
[48] Voyez XCe dép., tom. III, pag. 61.
XLI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de mars 1570.--
Ordre de surveiller avec précaution les propositions faites par
Stuqueley.--Desir de connaître l'opinion d'Élisabeth et du
cardinal de Chatillon sur la paix.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu quatre de vos lettres des Xe,
XIIIe, XVIIIe, XXIIe du moys passé, et entendu, tant du sieur de
Montlouet que du présent porteur, tout ce que vous avés donné charge
de me dire; et pour ce que, par les lettres que le Roy, Monsieur mon
fils, vous escript présentement, vous sçaurés bien au long son
intention sur tout ce que vous nous avés mandé, je ne vous en fairay
icy aultre reditte, me remettant sur le contenu d'icelles. J'ay aussy
receu la lettre que vous nous avés escript en chiffre[49], que le dict
porteur m'a baillé, par laquelle vous me mandés l'opinion que vous
avés des affaires de delà, voyant l'estat auquel elles sont à présent,
et ce que le sieur Stuquelay vous est venu dire; pareillement ce que
vous luy avés bien et sagement respondu, pour la crainte qu'il fault
avoir qu'il feust dextrement envoyé devers vous de la part de la Royne
d'Angleterre ou de ses ministres, pour tascher de descouvrir si l'on
auroit quelque mauvaise vollonté contre eulx, et si vous voudriés
entendre à l'offre qu'il vous a faicte. Par quoy il me semble, pour
estre la dicte Dame hors du soubçon qu'elle pourroit avoir, si l'on
permettoit qu'il vînt de deçà, qu'il sera meilleur que vous
l'entreteniés tousjours en ceste bonne vollonté et affection qu'il a,
de faire servisse au Roy, Mon dict Sieur et fils; et, sans luy
descouvrir rien de vostre costé, tirer de luy tout ce que vous
pourrés, et cognoistrés qu'il vous pourra servir. Et cependant vous ne
laisserés pas de vous informer secrettement des moyens et
intelligences qu'il a et peut avoir avec les seigneurs de delà; et
m'asseure que vous sçaurés très bien juger et cognoistre quelle
apparance il y aura à ce qu'il vous a desjà proposé, et pourra encore
dire, pour nous en mander après vostre advis, et ce qu'il vous en
semblera. Qui est tout ce que vous aurés de moy pour ceste heure, etc.
Escript à Angers le IIIe jour de mars 1570.
[49] Voyez lettre du 17 février 1570, jointe à la LXXXIXe dép.,
tom. III, pag. 53.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous prie de me mander ce que vous
pourrés cognoistre de l'opinion que la Royne d'Angleterre a pour le
faict de la paix de ce royaulme, et aussy le cardinal de Chastillon,
et ce qu'ils en disent. Je vous veux bien advertir comme le sieur de
Téligni parlant dernièrement à moy, je le voullus mettre en propos des
troubles qui estoient lors en Angleterre; lequel me dict, sur ce que
je trouvois raisonnable de punir et chastier tous les subjects qui
portent les armes contre leurs princes souverains, qu'ils avoient bien
faict, puisque leur Royne ne leur gardoit, de son costé, ce qu'elle
debvoit; et cella vous servira pour un bon subject envers la dicte
Dame, et pour tascher de luy oster l'opinion qu'elle a en leur
endroict; d'aultant qu'ils se réjouissent de voir que ses subjectz
feussent eslevés contre elle.
Ce IIIe jour de mars 1570.
CATERINE. FIZES.
XLII
Mr LE CARDINAL DE LORRAINE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de mars 1570.--
Remerciemens à l'ambassadeur.--Assurance de reconnaissance.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ayant receu ce jourdhuy la lettre que
vous m'avés escripte du XXIIe de ce moys, et veu par icelle, et par la
coppie de celle qu'avés envoyée au comte de Lecestre, combien la bonne
affection que vous portés aux affaires de la Royne, Madame ma niepce,
est accompagnée et conduicte de bon advis et meilleur effaict, je n'ay
pu vous en louer ni remercier assés à mon gré, prenant espérance en la
dextérité dont vous usés en ceste négociation, qu'elle pourra prendre
quelque heureuse fin, si vous ne vous lassés point de continuer les
bons et grands offices que vous avés jusques ici tant heureusement
employés à cest effaict. Dont je vous prie, d'aultant plus
affectueusement, que j'aurois regret que ceste bonne occasion se
passât inutille, et qu'oultre la naturelle affection que j'ay à la
dicte Dame et à son servisse, Leurs Majestés se réjouissent
infiniment, en recevant quelque bonne espérance, et voyant la
promptitude et dilligence dont vous usés suyvant leur intention; et
croyés que la dicte Dame, ma niepce, et tous nous aultres, qui avons
cest honneur de luy appartenir, n'aurons pas seulement cognoissance de
la grande obligation que vous aurés acquis en nous par un si digne et
recommandable servisse, mais perpétuelle mémoire pour le recognoistre
de toute nostre puissance selon vos mérites. Je vous prie de rechef,
puisqu'avés conduitte ceste négotiation en si bon chemin, ne vous
arrester et nous acroistre par l'achèvement, le plaisir que vous nous
avés baillé de ce bon commancement, dont Leurs dictes Majestez, ayant
veu vos lettres, ont prinse la meilleure part. Et sur ce, etc.
D'Angers le IIIe jour de mars 1570.
Vostre meilleur ami. Le CARDINAL DE LORRAINE.
XLIII
Mr DE MORVILLERS, ÉVESQUE D'ORLÉANS, A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de mars 1570.--
Conseils sur les devoirs d'un ambassadeur.--Félicitations sur la
manière dont La Mothe Fénélon s'acquitte de sa charge.
Monsieur, j'ay veu, despuys que vous estes en ceste charge, que vous
avés tousjours traicté les affaires d'une façon merveilleusement
louable, et de laquelle me semble qu'un homme réhussit tousjours à son
honneur: c'est de ne dire ni faire chose que les princes, avec
lesquels l'on a affaire, puissent arguer de mensonge, déguisement ou
malice; et qu'un ambassadeur, en toutes ses actions, soit cogneu
sincère, et procédant rondement. Il y en a toutesfois qui pensent que,
pour estre habille homme, il fault tousjours aller masqué, laquelle
opinion j'estime du tout erronée, et celluy qui la suit grandement
déceu. Le temps m'a donné quelque expérience des choses; mais je n'ay
jamais veu homme, suivant ces chemins obliques, qui n'ait embrouillé
les affaires de son Maistre, et, luy, perdre beaucoup plus qu'acquérir
de réputation; et au contraire ceux, qui se sont conduits prudemment,
avec la vérité, avoir, pour le moins, rapporté de leur négociation ce
fruict et l'honneur d'y avoir faict ce que les hommes, avec le sens et
jugement humain, peuvent faire.
Je vous diray, Monsieur, sans flaterie, que, tant plus je vois de vos
dépesches, plus je loue le chemin que vous tenez; et espère que, le
continuant, les affaires, que vous maniés, succèderont à bonne fin, au
contantement du Roy, et sans offense de la princesse près de laquelle
vous estes.
Au reste, vous entendés, par la dépesche du Roy et ce que vous dira le
présent porteur, l'intention de Leurs Majestez sur tous les poincts de
vos précédentes. Et vous diray seullement que bien heureux seroient
les rois et monarques de la Chrestienté, si, de bonne foy, se
voulloient ensemble réconcillier et se conforter les uns les aultres à
maintenir leur juste auctorité dessus leurs subjectz; lesquels on
void, de toutes parts, ne tendre à aultre fin qu'à secouer le joug et
se dellivrer de toute subjection. Ils autorisent souvant des mauvais
exemples, dont ils souffrent ordinairement à leur tour.
Monsieur, je me recommande humblement à vostre bonne grâce, et prie
Dieu vous donner, en santé, longue vie.
D'Angers le IIIe jour de mars 1570.
Vostre bien humble ami et serviteur.
DE MORVILLERS, ÉV. D'ORLÉANS.
XLIV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIIe jour de mars 1570.--
Réclamation à raison du pillage d'un navire français échoué en
Angleterre.