grandement satisfaictz du bon debvoir et de la dilligence dont vous
uzés à nous rendre compte, sy au long et par le menu, de l'estat des
affaires de la Royne d'Escosse, ma belle filhe, et de celles du lieu
où vous êtes. Sur quoy le dict Seigneur vous faict sy ample response,
et sy au long entendre sa volonté, et de ce qu'il desire que vous
faictes, tant pour la liberté que le bon trètement de ma dicte belle
filhe, qu'il n'est jà besoing que je vous en dise aucune chose; mais
je vous prie vous employer en sorte pour la dicte Dame qu'elle
cognoisse par effect le fruict de vostre aide, et le desir que nous
avons de la favoriser en ce qu'il nous sera possible.
[Et quant au mariage d'elle et du duc de Norfolc, nous avons
trouvé bon ce que vous en avez faict jusques icy, et que cy après
vous favorisiez à cest affaire, en tout ce que vous pourrez; mais
il faut que ce soit avec dextérité et sy secrètement que la Royne
d'Angleterre et ses ministres n'en puissent rien cognoistre.]
Le Sr de La Croix vous fera entendre la réduction des ville et
chasteau de Luzignan et de Xaintes en l'obéissance du Roy, Mon dict
Sieur et fils, et l'espérance que nous avons d'y recepvoir bientost
Saint Jean d'Angely, qui me gardera vous en faire autre discours, ny
la présente plus longue, etc.
Escript au camp devant Saint Jean d'Angely, ce premier jour de
novembre 1569.
CATERINE. FIZES.
XXXIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIXe jour de novembre 1569.--
Dispositions prises pour secourir Dumbarton.--Négociation du
mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Désir du roi
de conclure la paix.--Approbation des articles proposés pour
régler le commerce avec l'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu les lettres que m'avez
escriptes, du XIIIe du passé[34], par le Sr Thomas Flemy; et, suivant
le conteneu en icelles, et ce qu'il m'a faict entendre de la nécessité
en laquelle estoit réduit le chasteau de Dombertrand, j'ay donné tel
ordre et pourveu de façon à le faire secourir de ce que l'on m'a dict
y estre nécessaire, que j'espère qu'il ne sera point pris et demeurera
en l'obéyssance de la Royne d'Escosse, ma belle sœur; et despuys, par
la voye de la poste, celles du XXIIIIe et par le Sr de Vassal, que
vous avez dépesché devers moy, celles du XXVIIIe du dict moys[35], et
entendu de luy bien particulièrement ce que luy aviez donné charge me
dire de vostre part, et principallement sur les propos qui ont esté
tenuz entre la Royne d'Angleterre et vous, à l'audiance du vingt
ungniesme, sur le faict de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc,
ayant trouvé très bon et fort à propos les responces et répliques que
vous luy avez faictes, et mesmement sur la résolution que desiriez
tirer d'elle, du secours et assistance qu'elle disoit entendre faire à
la dicte Royne, ma belle sœur, pour la remètre en son estat.
[34] Voyez LXVe dép., tom. II, pag. 277.
[35] Voyez LXVIIe et LXVIIIe dép., tom. II, pag. 288 et 295.
Et surtout j'ay esté grandement satisfaict d'avoir entendu sy
particulièrement, par vostre mémoire en chiffre[36], tant de l'estat
de toutes les affaires de dellà que de celles de la Royne d'Escosse,
et ce qui s'est passé pour le faict du mariage d'elle avec le duc de
Norfolc, que pour le regard des discours qui ont esté tenuz entre
l'évêque de Roz et le secrétaire Cecille touchant le mariage du dict
duc avec la sœur de sa femme. Sur quoy il faudra, suivant ce que je
vous ay mandé par ma dernière despesche, que vous favorisiez ce
mariage et y teniez la main en tout ce que vous pourrez, selon ce que
le dict évesque de Roz et vous adviserez ensemble; et de vostre part
favoriser tousjours le party des Catholiques, et aussy, s'il est
possible, de mettre dissention et discordes ez seigneurs de dellà, les
uns contre les autres, affin de rompre et dyvertir les desseins de
ceux qui, soubz main, vont aydant et favorisant mes subjectz rebelles,
et par ce moyen leur oster l'occasion de les secourir en façon que ce
soit, d'autant que cela estant bien conduict et manié, comme je
m'asseure que vous sçaurez très bien faire, ne peut apporter que une
grande commodité à mes affaires; et que le tout soit conduict sy
dextrement et secrètement qu'il puisse réuscir selon mon intention et
volonté, sans que l'on en cognoisse ny descouvre aucune chose.
[36] Voyez le Mémoire général joint à la LXVIIIe dép., tom. II,
pag. 299.
Et quant aux propos que la dicte Royne d'Angleterre vous a tenuz:
qu'elle desireroit que les troubles de mon royaume cessassent par ung
bon accord, et qu'elle s'employeroit volontiers pour ayder à les
pacifier, vous luy pourrez dire, de ma part, que je ne refuzeray point
(comme je n'ay point faict jusques icy) de recevoir mes subjectz qui
se vouldroient recognoistre et remectre en mon obéyssance, gardant mon
autorité et ce qui m'appartient, comme estant Roy souverain et leur
prince naturel: ayant trouvé bon ce que vous avez présenté à la dicte
Dame pour le regard de la restriction du traffiq et commerce des
Françoys de Flandres en Angleterre, et du dict pays en Flandres, ainsy
que j'ay veu parla coppie du mémoire[37] que m'avez envoyé; ensemble
de l'arrivée du Sr Chapin Vitel et du bon recueil qui luy a esté faict
par icelle Dame. Sur quoy je vous prie de prendre bien et
soigneusement garde, et m'avertir, le plus souvant que pourrez, de
tout ce qui se passera par delà, ainsy que vous avez accoustumé de
faire jusques icy, et comme j'ay donné charge au dict Vassal, présent
porteur, que je vous renvoye, de vous dire de ma part avec d'autres
particuliarités; qui me gardera, m'en remettant sur luy et sur la
fiance que j'ay de l'affection que vous avez à mon service et au bien
de mes affaires, que je ne vous fairay plus longue lettre, etc.
Escript au camp de Tonny Boutonne le XIXe jour de novembre 1569.
[37] Voyez le Mémoire joint à la LXVIIIe dép., tom. II, pag. 305.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsy que le Sr de Vassal estoit prest à
partir, et la dépesche cloze et fermée, j'ai receu vostre paquet du
premier jour de ce moys[38], dont je vous ay bien voullu advertir, et
comme j'ay veu tout le contenu en voz lettres. Sur quoy vous estant
amplement répondu par la présente, et qu'il n'y a chose par la vostre
qu'il faille que je vous fasse autres responces, je ne vous en
escripray autre chose sinon pour vous dire le contantement que je
reçoys d'entendre si souvant des nouvelles de dellà, et ne me sçauriez
faire plus grand plaisir que de m'en advertir à toutes les occasions
qui se présenteront, vous priant aussy de tenir tousjours l'œil à
tout ce que vous cognoistrez concerner mon service et le bien de mes
affaires, ainsy que je vous escriptz cy dessus.
Ce XIXe jour de novembre 1569.
CHARLES. FIZES.
[38] Voyez LXIXe dép., tom. II, pag. 308.
XXXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de janvier 1570.--
État de la négociation de la paix en France.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par les lettres que le Roy,
Monsieur mon fils, vous escript[39], en quel estat nous sommes, à
présant, pour le faict de la pacification des troubles de ce royaume,
et la responce qui a esté faicte sur ce que les députés de la Royne de
Navarre, des Princes de Navarre, de Condé, et Admiral, ont proposé et
demandé, qui me gardera, m'en remettant sur le contenu en icelles, de
vous en mander aucune chose en particulier, en la présante, sinon de
vous advertir de la réception de vostre lettre du XXIe du passé[40],
et veu tout ce qui est par vostre despesche du dict jour, à laquelle
il vous sera bientost fait responce.
[39] Cette lettre manque.
[40] Voyez LXXIXe dép., tom. II, pag. 403.
Cependant je vous prie de continuer à nous advertir de toutes les
occurances de delà, comme vous avés très bien faict jusques icy;
priant, etc.
A Angers, le VIe jour de janvier 1570.
CATERINE. FIZES.
XXXV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Lettre ostensible._)
--du XIVe jour de janvier 1570.--
Espérance qu'Élisabeth, instruite par la révolte du nord,
refusera de secourir les protestans de France.--Satisfaction du
roi de ce que cette rébellion est apaisée.--Négociation de la
paix en France.--Dispositions prises pour continuer la guerre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu trois despesches de vous,
assez près l'une de l'autre, des XVIIe, XXIe et XXVIIe du passé[41],
par toutes lesquelles, ensemble les mémoires que a apportés Vassal,
j'ay esté bien aise d'entendre, si particullièrement que me le
discourés, comme toutes choses se passent, jour par jour, au delà; les
changements qui s'y présentent ordinairement, et mesme d'avoir veu,
par celle du XVIIe que, sentant maintenant la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, par elle mesme, le mal qui provient d'une rébellion de
subjects, elle vous ait tenu un si honneste langage qu'elle a fait,
avec démonstration de ne voulloir favoriser, en sorte du monde, mes
subjects rebelles. A quoy je m'asseure que vous incisterés tousjours
le plus soigneusement que vous pourrés, ainsi que vous avés faict
jusques ici très dignement par vos sages et prudentes remonstrances,
mesmes en la dernière instance, que vous luy avés faicte, de ne
souffrir qu'il ne soit baillé aucuns bleds, argent ou poudres à ceux
de la Rochelle, qui ont esté, puis naguières, envoyés en Angleterre
pour cest effaict; qui est bien le plus digne service que vous me
sçauriés faire pour le grand besoin que j'entends qu'ils ont de toutes
ces choses là.
[41] Voyez LXXVIIIe, LXXIXe et LXXXe dép., tom. II, pag. 392, 403
et 410.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, touchant les mouvements du
North, vous entendrés, à l'arrivée du Sr de Montlouet, qui sera
bientost par delà, les offices que j'entends que vous faictes pour ce
regard envers ma dicte bonne sœur et aultres; à quoy je me remétray.
Et vous prierai au surplus que, comme vous m'avés adverti avec grand
soin et dilligence de toutes choses qui se sont, jusques icy,
présentées de par delà, vous m'en donniez ordinairement advis, ayant
esté bien aise d'entendre ce que vous me mandés, par vostre dernière
lettre du XXVIIe, de la rupture de ceux qui s'étoient eslevés contre
ma dicte bonne sœur. Dont je n'ay jamais espéré aultre chose, estant
un juste jugement de Dieu, qui ne veut point que les subjects d'un
prince s'eslèvent en armes contre luy pour quelque occasion que ce
soit; et desire que vous alliés trouver ma dicte bonne sœur pour vous
en conjouir avec elle, de ma part, de cest heureux succès; duquel vous
l'asseurerés que je reçois tout plaisir et contentement, ainsi qu'il
est convenable à nostre commune amitié; laquelle me faira tousjours
desirer de voir son royaulme paisible et pacifique, espérant que ces
petits mouvements, survenus en son royaulme, l'induiront de plus en
plus à faire tous bons offices en mon endroict pour le regard des
troubles qui sont en mon royaulme, et à ne se laisser vaincre des
persuasions de ceux qui la peuvent solliciter de favoriser mes
rebelles, contre la foy et promesses qu'elle a faictes, en suivant les
traités de paix.
Je suis, tous les jours, attandant l'arrivée des depputés qui doibvent
venir de la Rochelle pour la pacification des présents troubles; et de
ce qui en réhussira, vous en serés tousjours adverti des premiers,
m'estant advisé de faire quelque bon séjour en ceste ville pour
prendre résollution, tant sur ce faict que plusieurs aultres affaires.
Cependant mon cousin, le prince Dauphin, avec les forces que je luy ay
baillés, aprochera toujours de mes ennemis qui sont vers Montauban,
pour n'oublier rien de ce qui sera à faire, durant que les choses
seront en estat d'hostilité. Sur ce, etc.
Escript à Angers, le XIVe jour de janvier 1570.
CHARLES. BRULART.
XXXVI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Lettre secrète._)
--du XIVe jour de janvier 1570.--
Injonction faite à l'ambassadeur d'assister les révoltés du nord,
et de leur promettre des secours d'argent, si la rébellion peut
tenir encore.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vos dernières despesches des XVIIe, XXIe
et XXVIIe du passé, avec les mémoires que Vassal a aporté, sont si
amples, et nous ont si clairement représenté l'estat des choses de par
delà qu'il ne se peut rien desirer davantage; et le Roy, Monsieur mon
fils, a une très grande satisfaction du bon debvoir dont vous usés en
cest endroit, desirant, pour le mouvement du North, si les choses sont
encore en quelque estat, que vous confortiez tousjours les chefs
d'iceulx, le plus que vous pourrés, et leur donniés espérance de
recevoir de luy toute l'ayde et faveur qu'il sera possible, selon que
plus amplement vous entendrés par le Sr de Montlouet, et mesme le
secours d'argent que l'on leur peut faire de par deçà; ayant semblé
que, où les comtes seroient rompus et deffaictz, selon ce que m'en
mandés par vostre dernière lettre du XXVIIe, et que ceste nouvelle
vient d'être confirmée de deux aultres endroicts, il sera fort à
propos que vous alliez voir ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre, sur
ceste occasion, et luy user du langage que vous escript le Roy, Mon
dict Sieur et fils. Si les choses continuent aussy au mouvement
qu'elles étoient par vos précédentes, vous ensuivrés ce que le Sr de
Montlouet vous faira sçavoir de l'intention du Roy, mon dict Sieur et
fils, ayant advisé de vous faire ceste despesche par la voye de la
poste, en attendant que, sur plus grande occasion, l'on vous puisse
despescher Vassal. Et sur ce, etc.
Escript à Angers le XIVe jour de janvier 1570.
CATERINE BRULART.
XXXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour de janvier 1570.--
État de la négociation de la paix.--Continuation de la guerre par
l'Amiral et Montgommery.--Entreprise sur Bourges.--Crainte que
les protestans ne veuillent traîner la pacification en
longueur.--Position de l'Amiral.--Entreprise sur la Rochelle.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay entendu, par vostre lettre du IVe
de ce moys[42], l'honneste responce que la Royne d'Angleterre, ma
bonne sœur, vous a faicte sur les propos que vous luy aviés tenus du
commencement et ouverture qu'il y avoit de quelque traicté de
pacification, selon ce que je vous en ay cy devant escript; et suis
bien aise qu'elle ait faict démonstration d'estre bien joyeuse d'une
telle nouvelle, comme je luy suys, de mon costé, de l'appaisement des
mouvements du North, en quoy elle a esté grandement heureuse; et
desire que, ainsi, par la conclusion de son propos, quand au faict des
troubles, elle donne à cognoistre qu'il ne peut y avoir aucune
légitime cause qui puisse raisonnablement mouvoir les subjects de
s'eslever en armes contre leur prince, elle en ait tousjours bonne
souvenance, pour (quand elle sera sollicitée de prester secours à mes
rebelles) se garder en cella de faire chose où sa propre conscience
soit offensée.
[42] Voyez LXXXIe dép., tom. III, pag. 1.
Or, pour revenir à ceste ouverture de pacification, je vous diray que,
despuys que La Personne parla premièrement, il y a heu plusieurs
allées et venues de leur costé; pandant lesquelles l'Admiral et
Montgomeri n'ont laissé (comme gens, qu'il semble n'avoir pas grand
desir de voir ce royaulme en repos) de faire la guerre, aultant ou
plus cruelle qu'ils ayent poinct faict auparavant, et d'exercer
pleusieurs grandes inhumanités, en quelques petites villes qu'ils ont
surprises ez quartiers où ilz sont; et, d'un aultre costé, ceux de la
Charité ont aussy faict une entreprise sur ma ville de Bourges, qui a
esté si preste à exécuter que quelques uns de ceux qui étoient de la
dicte entreprise ont esté prins, estant jà entrés dans la dicte ville
par l'intelligence qu'ils y avoient, les aultres tués dedans les
fossés, jusques au nombre de cent ou six vingtz hommes.
Pour tous ces mauvais déportements, je ne me suis point volleu
démouvoir de mon premier propos, qui est de ramener mes dicts subjects
à la bonne voye, comme faict le bon père de famille qui ne veut pas
traicter ses enfants selon que mérite leur désobéissance, mais les
conserver, de sorte que m'ayant, la Royne de Navarre, tantôt requis de
luy envoyer un gentilhomme pour conduire par deçà les députés de la
Rochelle, tantost de luy envoyer saufconduit et passeport pour
despescher gens vers les Princes de Navarre et de Condé, je l'ay
satisfaicte en toutes ces choses à son contentement; ayant néantmoins
esté usé jusques ici, de leur part, d'une telle longueur à envoyer les
dicts députés que je n'ay point encore certaines nouvelles quand est
ce qu'ils pourront arriver. Et si, il y a bien près d'un moys que le
Sr Du Croq est par dellà pour les conduire, faisans assez cognoistre,
toutes ces longueurs, que les principaux d'entre eux n'ont pas grande
vollonté d'ayder à une si bonne œuvre que de mettre mon royaulme en
repos, et qu'ilz n'ont mis en avant ces premiers propos, dont La
Personne fust le porteur, que pour m'amuser, s'ils peuvent, et
cependant voir s'ils seront pour obtenir quelque secours de la
Germanie; où je sçay qu'ils en font faire toutes les instances du
monde envers les princes protestants, s'étant mesmement veu, par
lettres interceptées, que le dict Admiral a escrites aux négociateurs
qu'il a par delà, qu'il leur mande que, pour le bruict de paix qu'ils
puissent entendre se traicter, ils ne cessent de solliciter le dict
secours le plus qu'ils pourront. Par où l'on peut juger sa bonne et
droicte intention.
Néantmoings je vous puis asseurer que ses forces sont en si piteux
estat, et a si peu de moyen de se résoudre de la grande perte qu'il a
faicte en la dernière bataille, qu'encore que, despuis la prise de St
Jehan d'Angely, j'ay donné congé à toutes les compaignies de
gendarmerie, et faict mettre toutes les bandes de gens de pied en
garnison pour estre plus fresches et disposées à me faire, cy après,
service, lorsque l'affaire le requerra, il n'ose comparoir en
campagne, et s'esloigner du lieu où il s'est mis entre les deux
rivières de Dordoigne et de Garonne.
Voylà, Monsieur de La Mothe Fénélon, en peu de parolles, ce qui s'est
passé despuys ceste ouverture de pacification et de la lentitude avec
laquelle il y a esté, jusques icy, procédé par ceux de la Rochelle; ne
voullant oublier à vous dire que, voyant, aulcuns cappitaines qui
avoient dressé, il y avoit plus de trois mois, une entreprise sur la
dicte ville de la Rochelle, que l'on m'avoit voulleu ainsi surprendre
ma ville de Bourges, se délibérèrent, il y a quelques trois sepmaines,
de se mettre en debvoir d'exécuter la dicte entreprise, laquelle
toutesfoys n'a pas réheussi; vous ayant bien voullu représenter toutes
ces choses affin que, sçachant à la vérité comme elles sont passées,
vous vous puissiez opposer aux faux bruits que mes rebelles pourroient
faire courir par dellà pour rendre odieuses mes actions et
déportemens, ainsi que c'est leur artifice accoustumé. Et sur ce, etc.
Escript à Angers, ce XXIe jour de janvier 1570.
CHARLES. BRULART.
XXXVIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de febvrier 1570.--
Négociation de la paix.--Articles proposés.--Levées faites en
Allemagne pour Élisabeth.--Assurance donnée par l'ambassadeur
d'Angleterre qu'elles sont dirigées contre les rebelles du
Nord.--Injonction faite à l'ambassadeur d'interpeller la reine
pour savoir si elles ne doivent pas servir contre la
France.--_Teneur des articles proposés._
Monsieur de La Mothe Fénélon, par les despêches que je vous ay cy
devant faictes, vous aurés esté adverti bien amplement de ce qui a
esté faict et négocié, jusques ici, pour parvenir jusques à quelque
bonne pacification des troubles estantz en mon royaulme. Et à présent
que les députés de la Royne de Navarre, des Princes de Navarre et de
Condé, et de l'Admiral sont venus, de leur part, devers moy, qui m'ont
proposé et baillé par escript certains articles de ce que ceux de leur
parti desirent que je leur accorde, après avoir bien et meurement
considéré sur iceulx ce que je puys raisonnablement faire en leur
faveur, pour donner un bon et heureux repos à tous mes subjects; et
voullant user envers eux, encore qu'ils m'ayent griefvement offencé,
plustôt de mansuétude, de bonté et de clémence que d'extrême sévérité
et justice, je me suis résollu de leur accorder le contenu des
articles que je vous envoyé présantement, affin que vous fassiés
entendre, de ma part, à la Royne d'Angleterre, combien j'ay estimé le
bon conseil et advis qu'elle m'a donné, tant par ses lettres que par
ce que vous m'avés, par pleusieurs fois, escript de sa part, de tâcher
de parvenir à la réconcilliation de mes dicts subjects par une bonne
pacification.
Et voullant les conserver et ne souffrir point qu'en se perdant ils
attirent avec eux une grande ruine en toute la Chrestienté, ainsi
qu'il ne pourroit advenir aultrement s'il n'y estoit donné quelque
prompt remède, et n'obmettre rien du bon debvoir d'un bon prince pour
ramener gratieusement ses subjects dévoyés au bon chemin qu'ils
doibvent tenir, en luy rendant l'obéissance à laquelle ils sont
naturellement obligés; espérant que, s'ils sont encore possédés de
quelque bon zelle et ont en leurs cœurs quelque peu de reste de la
bonté et fidélité naturelle que, de tout temps, les peuples françois
ont heu à leurs rois, ils accepteront fort volontiers les susdictes
conditions. Et par là la dicte Royne d'Angleterre pourra juger et
cognoistre de quel zelle j'y procède, selon ma bonté et clémence
accoutumée; et que, où mes dictz subjects, eslevés en armes, se
monstreroient si desraisonnables qu'ils ne voullussent accepter ce que
je leur fais offrir présentement, ains continuer en leurs malheureuses
entreprises; qui donneroient clairement à cognoistre qu'ils seroient
poussés d'une pure ambition pour usurper, s'ilz pouvoient, l'auctorité
qui m'est deue, que je m'asseure, de la bonne et sincère amitié qui
est entre nous, qu'elle ne leur baillera aulcune aide, secours ny
faveur, sçachant bien comme il importe à un roy et prince souverain de
réprimer et chastier ses subjects, quand ils prennent les armes contre
luy, et mesme s'ils se monstrent si obstinés qu'après avoir grandement
failli, comme ils ont, et usant envers eux de la grâce et bonté que je
fais, ils ne se voulloient recognoistre et rendre le debvoir et
l'obéissance qu'ils me doibvent.
Je viens tout présentement d'avoir advis certain, d'Allemaigne, que la
Royne d'Angleterre a faict faire une levée de huict mille reystres
soubz la charge du duc Holstain et du comte de Hemdem; et, d'aultant
que le Sr de Norrys, son ambassadeur, m'est venu trouver, despuys deux
jours, lequel m'a dict avoir charge expresse par lettres de la Royne
d'Angleterre, sa Maistresse, de me faire entendre en quel état
estoient, à présent, les troubles et affaires de son royaulme, et
comme ceux, qui s'estoient eslevés contre elle, s'estoient presque
tous retirés vers l'Escosse, et qu'elle espéroit en avoir bientost une
bonne issue; et, pour ceste occasion, elle avoit résollu de faire une
levée de gens de guerre de ses subjects, tant de cheval que de pied,
la plus grande qu'elle pourroit, pour establir ses affaires et estre
obéie, et par ce moyen empescher que l'on ne puisse point faire, par
cy après, aulcune aultre eslévation contre son auctorité; et qu'elle
me prioit de ne me mettre en peyne et soubçon de ceste grande levée et
assemblée de gens de guerre qu'elle faisoit, d'aultant que ce n'estoit
que pour servir en son royaulme, et pour se faire obéir à ses dicts
subjects, et non pour ayder et favoriser aulcunement ceux qui portent
les armes contre moy, m'offrant tout ce que je debvois espérer de son
amitié; je vous ay bien voulleu advertir de tout cella affin que vous
luy en parliés de ma part, d'aultant que son ambassadeur ne m'a rien
dict, ni à la Royne, Madame et Mère, de la dicte levée, et qu'elle
vous die ouvertement, sans rien dissimuler, si c'est pour ayder et
favoriser ceux qui portent les armes contre moy, comme on me mande
qu'elle est faicte à ceste intention, ou si ce n'est seulement que
pour s'en servir contre ses dicts subjects. Et faictes en sorte que
vous en puissiés sçavoir la vérité et m'en advertir incontinent, et
vous prendrés garde au visage et à la contenance de la dicte Dame,
comme elle recevra ce que vous luy dirés, me remettant à vous d'y
adjouxter ou diminuer, selon que vous cognoistrés qu'il en sera de
besoin pour mon servisse.
J'ai reçu vos lettres du XXIe du passé, avec l'instruction que vous
pensiés bailler à La Croix[43], et ay bien veu et considéré tout ce
que vous m'avés mandé, à quoy je vous fairay responce par la première
dépesche, estant trez aise d'entendre si particullièrement toutes les
nouvelles de ce qui se passe par dellà, et que vous continuiés à m'en
tenir adverty, à toutes les occasions qui s'offriront,et le plus
souvent que vous pourrés; priant, etc.
Escript à Angers, le VIe jour de febvrier 1570.
CHARLES. FIZES.