jours, vis à vis de mon armée, qui estoit campée à la Selle. Et, après
avoir faict contenance d'avoir envye de combattre ma dicte armée,
combien que, pour cest effect, ils n'ayent jamais ozé approcher du
lieu, là où elle estoit campée, jaçoit qu'elle ne fust beaucoup forte
de gens de cheval françoys, à la fin se sont retirés, de nuit, sans
sonner tabourin ny trompette, faisant grande journée; ayant été suivys
de ma dicte armée qui se retrouve ez quartiers de Montebelair, à une
demye lieue près d'eux, sans ruysseau ny rivière; dont je ne puis
espérer autre chose sinon qu'ils viennent bientôt à une bataille.
Du costé de Béarn, vous avez entendu cy devant comme les sieurs de
Terride et Ste Columbe, s'estant retirez du siège de Navarrin, ont
esté surprins dedans la ville d'Orthays, où ils ont esté prins
prisonniers par Montgommery avec quelque peu de leurs gens, s'estant
sauvé le reste. Il est vray que, despuys, mon cousin le mareschal
Dampville, qui avoit des forces en Languedoc, et le Sr de Montluc se
sont joinctz ensemble, en espérance de rompre et deffaire le dict
Montgommery, ce qu'ils pourront faire, estant fortz comme ils sont.
Sur ce, etc.
Au Plessis lez Tours, le XXe jour de septembre 1569.
CHARLES. BRULART.
XXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour de septembre 1569.--
Assurance que le duc et le cardinal de Lorraine donnent leur
consentement au mariage de Marie Stuart avec le duc de
Norfolk.--Nécessité d'empêcher la reine d'Écosse d'accepter les
propositions du duc d'Albe pour son mariage avec don Juan.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'ay à vous faire responce à la
dépesche, que nous a aportée Sabran, que sur la lettre que m'avez
escripte de vostre main, par laquelle j'ay veu l'advancement que vous
avez donné au mariage, dont je vous ay par mes précedantes escript;
lequel je desire grandement s'exécuter, et que, pour ce faire, vous
n'espargniez poinct le nom du Roy, Monsieur mon fils, et le mien, mais
plustost donniez toute asseurance que nous ne deffaudrons en rien au
duc de Norfolc en tout ce que nous pourrons l'ayder et favoriser pour
y parvenir, et ferons, si besoing est, que mon fils le duc de Lorraine
et mon cousin le cardinal de Lorraine y presteront leur consentement;
vous voulant bien dire que, m'ayant mis, mon dict cousin le cardinal
de Lorraine, sur ce propos de la Royne d'Escosse, il m'a dict que ung
des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse, venant de Flandres, lui
avoit dict que le duc d'Alve lui avoit envoyé dix mil escuz, ce qui se
conforme à ce que m'en avez mandé, et luy faisoit promesse, si elle
vouloit entendre au mariage du bastard, de la secourir de vingt mil
hommes qu'il envoyeroit en Escosse, dont y en auroit cinq mil
espaignolz. En quoy l'on veoit bien que le dict duc d'Alve veult
essayer de rompre les choses, qu'il a peut estre entendu estre si
avancées, avec le dict duc de Norfolc; combien que l'on puisse bien
s'asseurer que, quant il seroit pris au mot du secours qu'il offre
ainsy, qu'il n'y satisferoit pas.
Partant je vous prie de regarder, de vostre costé, d'achever de
conduire à bonne fin ce qui est bien commancé pour le regard du dict
duc de Norfolc, et qu'il n'y soit point donné de traverse. Mon dict
cousin le cardinal de Lorraine a le dict mariage grandement agréable
et ne desire rien plus, ainsy qu'il m'a faict entendre, que de le
veoir effectué; vous priant, encores ung coup, de mettre, s'il est
possible, à exécucion l'intention du Roy, Monsieur mon filz, tant en
cest endroict que en tout le reste qu'il vous mande par la seconde
lettre[25] faisant cognoistre vostre prudence et dextérité en ceste
négociation. Sur ce, etc.
Escript à Marmoutier le XXIe jour de septembre 1569.
CATERINE. BRULART.
[25] La lettre précédente, du 20 septembre.
XXV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXXe jour de septembre 1569.--
Satisfaction du roi des réponses d'Élisabeth aux communications
qui lui ont été faites.--Refus de consentir à la restriction du
commerce avec les Pays-Bas.--Recommandation en faveur de Marie
Stuart.--Nouvelles assurances qu'il ne se fait pas de levée en
Allemagne.--Envoi d'un secours d'hommes et d'argent à
Dumbarton.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux dépesches des XIVe
et XIXe de ce moys[26]; par la première desquelles j'ay entendu les
propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la
nouvelle que je luy ay départye de mon mariage, de quoy elle fait
démonstration de recepvoir quelque plaisir et contantement, dont je
suis bien ayse, semblablement aussy de la promesse qu'elle vous a
faicte que aucuns de ses subjectz ne secoureroient, en façon du monde,
ceux de la Rochelle de pouldres, armes ny de monitions; à quoy vous
aurez l'œil ouvert qu'il soit satisfaict et à toutes autres choses
convenables à nostre commune amitié, sans en laisser passer une seule
qui y contrevienne que vous n'en faictes instance.
[26] Voyez LVIIIe et LIXe dép., tom. II, pag. 229 et 237.
Quant à la restriction du trafiq des Pays Bas, c'est chose à quoy, si
elle vous en reparle, je desire que vous luy faictes entendre que je
ne le puis honnestement consentir pour estre contre les traictez, me
semblant que ma dicte bonne sœur n'en doibt faire aucune instance,
estant les différants, d'entre elle et le duc d'Alve, sur le point
d'estre accordez; et que, si elle se vouloit arrester là dessus, cela
fairoit cognoistre qu'elle auroit plustost envye de nourrir les dictz
différantz que de les accommoder.
Pour le regard de la Royne d'Écosse, je vois bien que ma dicte bonne
sœur continue toutjours à tenir la conclusion de ses affaires en
longueur, mais vous la solliciterez ordinairement d'y prendre quelque
résolution, ainsy mesmes que je le vous ai escript par celle que
Sabran vous a portée; vous voulant bien dire qu'il y a quatre jours
que j'ay parlé à l'ambassadeur de ma dicte sœur et luy fiz entendre
comme il estoit bien convenable, pour la proximité d'alliance dont
elle nous atouchoit, de l'ayder en toutz ses affaires, ce que je
desirois qu'il le fist entendre à sa Maistresse afin que toutz deux y
meissions ensemble la bonne main, à ce coup, à bon escient, n'ayant
pas estimé d'encor passer plus avant. Sur quoy le dict ambassadeur m'a
respondu que telle estoit la volunté de sa dicte Maistresse, l'ayant
bien faict cognoistre par ce qu'elle avoit faict pour la dicte Royne
d'Escosse, en escripvant au comte de Mora, duquel elle ne s'est
contantée de la responce qu'il luy avoit faicte là dessus, qui est
tout ce que j'ai eu de responce du dict ambassadeur.
N'ayant autre chose à vous dire sur la dicte lestre du dict XIIIIe,
qui me fera venir à celles du XIXe, par laquelle vous me mandez que ma
dicte bonne sœur continue tousjours d'avoir l'esprit fort tendu à
faire son proffict des malheurs de mon royaume, envoyant mesmes pour
cest effect de grandz deniers en Allemaigne, où, sy elle veult remuer
quelque chose qui soit à mon préjudice, j'estime que ce ne pourra
estre pour ceste année, ayant une grande conformité d'adviz qu'il ne
s'y fait aucunes levées; ne me restant, pour ceste heure, autre chose
pour estendre la présente que je finiray en priant Dieu, etc.
Escript au Plessis lès Tours, ce dernier jour de septembre 1569.
CHARLES. BRULART.
Il a esté pourveu, pour le regard de Dombertrand, où l'on envoye
jusques à dix mille livres de vivres, et deux cents hommes de pied,
harquebusiers.
XXVI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXXe jour de septembre 1569.--
Confiance dans la prudence de l'ambassadeur pour traiter les
négociations secrètes dont la direction lui a été
remise.--Bonnes dispositions de l'armée catholique à livrer
bataille.
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons bien particulièrement
entendu, par vos deux dernières despesches, des XIIIIe et XIXe de ce
moys, l'estat auquel sont les choses de par dellà, les propos que vous
a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la nouvelle que le
Roy, Monsieur mon filz, luy a donnée des mariages de luy et de ma
fille, et aussy sur le faict de la Royne d'Escosse, contre laquelle
elle se monstre, de jour en jour, plus offencée, ainsy mesme que le
tesmoingne la lestre que m'avez escripte de vostre main, desirant le
Roy, Mon dict Sieur et fils, que vous regarderez à traicter dextrement
ce qu'il vous a mandé par celle que Sabran vous a portée[27]; dont
vous sçaurez bien juger si l'occasion ne s'en présente pas à propos.
[27] La lettre ci-dessus no XXIII, du 20 septembre 1569, pag. 53.
Quant à l'estat de nos affaires, il est tel que nostre armée estant
aujourdhuy renforcée d'ung bon nombre de chevaux françoys, que mon
frère a attendu au séjour qu'il a fait à Chinon, il est après à suivre
nos ennemys, qui sont au dedans de leur conqueste, pour les attirer au
combat; dont, dedans peu de jours, il se sçaura certainement ce qui
s'en devra espérer, estant la dicte armée aussy belle et en la plus
grande dellibération de bien faire qu'il se peut dire; priant Dieu,
etc.
Escript au Plessis lez Tours, le dernier jour de septembre 1569.
CATERINE. BRULART.
XXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour d'octobre 1569.--
Première nouvelle de la victoire remportée à
Moncontour.--Blessure du duc de Guise.--Confiance que cette
victoire arrêtera les projets des princes
protestans.--Assurance que les Anglais recevront toute
protection en France pour leur commerce.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez entendu par ma dernière en
quel estat estoient les choses, entre mon armée et celle de mes
ennemys, et l'espérance où j'estois que bientost mon frère, le Duc
d'Anjou, les contraindroit de combattre; à quoy il a si bien travaillé
que, quelque recullement qu'ils ayent faict, ils feurent hier par luy
réduictz à telle perplexité qu'il leur a donné la bataille, laquelle
il a gaignée avec une grande effuzion de sang de mes dictz ennemys. Je
ne vous puis encore mander les particulliaritez pour ne m'avoir esté
apportée ceste nouvelle que par ung courrier, que Villeroy m'a
despesché, qui a laissé mon dict frère qui suivoit la victoire, et par
un gentilhomme de mon cousin, le duc de Guyse, qui s'est trouvé à la
dicte bataille, et ne demeura pas comme les autres à suivre la dicte
victoire, à cause qu'il fallust qu'il aydast à ramener à Chinon mon
dict cousin le duc de Guyse, qui a esté blessé d'une harquebusade
dessus le pied, qui n'est pas grande chose. Vous fairés part de ceste
bonne nouvelle à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, laquelle en
recepvra plaisir et contantement pour l'amour et affection qu'elle
porte au bien de mes affaires.
J'ay receu vostre despesche, du XXIIIe du passé[28], par laquelle j'ay
veu ce que me mandez de quelle part a esté receue, de par delà, la
nouvelle de la levée du siège de Poitiers, le retour de Quillegrey
d'Allemaigne, ce que l'on dit qu'il a rapporté, dont le temps fera
rabattre quelque chose; espérant bien que Dieu, monstrant son juste
jugement sur mes rebelles par l'heureuse victoire qu'il m'a donnée,
faira aussy penser toutz les autres princes à ne rien faire, par cy
après, qui soit pour les favoriser.
[28] Voyez LXe dép., tom. II, pag. 243.
Au demeurant, je trouve fort bon que vous baillez toutes les lettres
de recommandation, dont vous serez requis, aux angloix qui voudront
venir trafficquer en ce royaume, qui y seront tousjours bien receuz et
recueilliz; estant tout ce que j'ay à vous dire et l'endroict auquel
je prye Dieu, etc.
Escript au Plessis lez Tours, le IIIIe jour d'octobre 1569.
CHARLES. BRULART.
XXVIII
LE ROY A Mr DE LA MAILLERAYE.
--du IVe jour d'octobre 1569.--
Détails sur la bataille de Moncontour.--Ordre de faire des
réjouissances publiques en Normandie pour célébrer la victoire.
Monsieur de La Mailleraye, ayant pleu à Dieu tant prospérer mes
affaires qu'il m'ait donné victoire de mes rebelles en la bataille qui
leur fust hier donnée par mon frère, le Duc d'Anjou, je vous en ay
incontinant voulu advertir et vous dire, quant et quant, que mes dicts
rebelles ont bien perdu en la dicte bataille de dix à douze mil
hommes qui sont demeurez morts dessus la place, sans que, du costé de
mon armée, il se soit faict perte que de bien peu d'hommes, et de sy
petit nombre qu'il est quasy incroyable, n'estant mort des gens
signalez que le marquis de Bade, et les deux Ringraves bien peu
blessés; mon cousin le duc de Guyse a esté aussy blessé à ung pied
d'ung coup d'arquebuse, mais c'est peu de chose. Du costé des dictz
rebelles, a esté tué le comte de Mansfelt, chef de leurs reystres;
l'admiral est blessé d'un coup d'arquebouze au travers du corps, ainsy
que La Noue, qui est prisonnier, l'a asseuré, et qu'il l'avoit laissé
sy mal de sa blesseure qu'il ne pensoit point qu'il deust vivre
encores une demye heure. Qui est ce que j'ay peu encores aprendre des
particularités de la dicte bataille, que je vous ay voullu incontinant
faire sçavoir, afin que vous communiquiez ceste bonne nouvelle en mon
pays de Normandye, en faictes rendre grâces à Dieu et faictes faire
les feux de joye, tirer l'artillerye et toutes autres récréables
démonstracions qu'il est bien requis pour ung si heureux succès;
priant Dieu, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le IIIIe jour d'octobre 1569.
J'oubliois à vous dire que les dictz rebelles ont perdu douze pièces
d'artillerye qui ont esté prinses sur la place.
XXIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIe jour d'octobre 1569.--
Envoi de la relation de la bataille de Moncontour.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous envoyé le discours contenant la
façon que les choses sont passées, tant peu auparavant, que lorsque
la bataille a esté donnée contre mes rebelles, en laquelle il a pleu à
Dieu me donner une belle et heureuse victoire, affin qu'en faisant
part à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous lui discouriez,
quant et quant, la façon que les choses y sont passées, ne luy ayant
point despesché de gentilhomme exprès, pour lui porter ceste nouvelle,
parce que ung chacun est empesché en ceste guerre; tant l'on desire en
veoir bientost une bonne diffinition, espérant bien que ceste victoire
me donnera moyen de l'abréger, Dieu aydant, auquel, etc.
Au Plessis lès Tours le VIIe jour d'octobre 1569.
CHARLES. BRULART.
La relation annoncée dans cette lettre ne s'est pas retrouvée
dans les papiers de l'ambassadeur. Elle a été publiée sous ce
titre: _Discours de la bataille donnée le 3 octobre 1569,
proche de Moncontour._ Paris, Dallier, 1569, Orléans, Gibier,
1569, in 8º, et Poitiers, 1621, in-12. La pièce suivante a
précédé cette relation officielle, qui est contre-signée
Neufville.
XXX
DISCOURS DE LA BATAILLE DE MONCONTOUR.
(_Archives du royaume, fonds de Symancas, carton K. 1395. B.--liasse
33, pièce 146._)
--du VIe jour d'octobre 1569.--
Relation sommaire de la bataille livrée le 3 octobre 1569.
Le vendredy, dernier de septembre, troys cornètes des reistres de
l'admiral furent deffaictes en une escarmouche qui s'ataqua, et disoyt
on que Mansefale y feust tué.
Le mardy, quatriesme du moys d'octobre, sur les cinq heures de matin,
arriva, au Plessis lès Tours, Mº de Chely, gentilhomme de la maison de
Mr de Guise, lequel porta nouvelle au Roy, estant Sa Majesté encores
au lict, que, le lundy, troisiesme du dict moys, à une heure après
midy, Monseigneur d'Anjou, frère du Roy, partant de Chinon pour aller
loger son armée à Mirabeau, trouva, entre Moncontour et St Jehan de
Saune, l'armée de l'ennemy, délibérée comme luy d'aller prendre le
dict logis de Mirabeau.
Quoy voyant, le dict Seigneur d'Anjou ayant trouvé son ennemy en lieu
commode pour le combatre, ce qu'il n'avoyt peu, de longtemps, à cause
des rivières, et estans les uns et les aultres logés en pareilh
advantaige dans les pleines de Giroux, entre le dict Montcontour et St
Jehan, ny voullant le dict Seigneur d'Anjou perdre sy belle commodité,
et mêmes voyant leur cavallerye esbranlée à la fuitte, chargea à toute
oultrance, après avoir tiré plusieurs coups de canon dans la batalhe
de l'ennemy, qui ne feut sans l'endomaiger beaucoup, voullant
poursuivre l'heur de sa fortune, donna dedans les escadrons de
l'infanterye de sy grand roydeur qu'il mit en pièces quinze mil ou
plus, et print prisonnier l'Admiral[29].
[29] Le dict Admiral ne fut poinct prisonnier comme l'on a
entendu despuis.
(_Note ajoutée sur la pièce._)
De ce que dessus le dict Sr de Chaly en asseura le Roy, suyvant
l'asseurance duquel Sa Majesté, sautant du lict, rendict grâces à Dieu
de la victoyre qu'il luy avoyt pleu luy donner; et soubdain, après en
avoir faict advertir la Majesté de la Royne, Madame sa sœur, et tous
Messieurs les Princes, Sa Majesté s'en alla, accompaigné de tous les
susdicts au couvent des bons hommes lez Plécys, où ilz feirent rendre
grâces à Dieu et chanter le _Te Deum_ par les dicts relligieux du dict
couvent. Après, Sa Majesté ouyst la messe, sur la fin de laquelle
arrivèrent les chantres de sa chapelle, ausquelz il feist chanter
encores le _Te Deum_ en musique. Et soubdainement estans sourtys de
l'esglise, Mr le cardinal de Guise monta à cheval pour aller veoir Mr
de Guise, son nepveu, que l'on avoit faict porter à Chinon pour le
pencer d'une pistollade qu'il avoyt eue sur la joincture du pied,
ainsi que en faisoyt foy une chause de soye incarnade, que le dict
Chally apporta à Mr le cardinal, son oncle.
Despuis le dict Chally arrivé, n'y eust aulcunes nouvelles de
particullier de la dicte batalhe jusqu'à l'heure de vespres, estans
Leurs Majestez au dict couvent des bons hommes. Et les vespres
achevées, arriva Mr le comte de Retz, lequel confirma la victoyre
avoir esté encores plus grande que n'avoyt dict le dict Chally; car il
asseura Leurs Majestez y estre demeurez quinze mil hommes
d'infanterye, de la part de l'ennemy, et unze pièces d'artillerye,
tant cannons, collouvrines que pièces de campaigne, oultre plus troys
mil charriotz des reistres, la pluspart désatellés; et bien encores
huict ou neuf cens chevaulx, tant reistres que françois.
Plus, a asseuré le dict Sr conte de Retz à Leurs Majestez que Harn
Mansefale, qui avoyt esté érigé à la charge du duc de Deux Pontz, pour
collonel des reistres, avoyt esté tué, et aussi le marquis de Bade,
qui avoyt ung régiment de troys mil reistres pour le Roy avoyt esté
tué; et Monsieur, frère du roy, porté par terre, mais soubdainement
rellevé par Mr l'admiral de Villars; Mr le marquis de Mayne porté par
terre et soubdainement rellevé des siens sans aulcung mal; le jeune
ringrave blessé d'une arquebuzade; et plus n'a dict le dict sieur
conte estre demeuré des chiefz, cappitaines et seigneurs signallés,
mais qu'il avoyt laissé Mon dict Seigneur d'Anjou à deux grandz lieues
par dellà où le grand choc avoyt esté donné, poursuyvant le reste de
l'ennemy qui s'estoit escartté en desroutte.
Plus a dict le dict sieur conte avoir entendu de La Noue, qui a esté
encores reprins prisonnier, qu'il avoyt veu porter l'Admiral à quatre
hommes, blessé à mort, d'une arquebuzade à travers le corps, qui a
esté cause de radoubler la joye de Leurs dictes Majestez et à tous les
princes et seigneurs de la cour; lesquelz, lendemain mercredy,
cinquiesme, feyrent une fort belle procession généralle despuis St
Germain jusqu'à St Martin de Tours, pendant laquelle le gentilhomme
qui a donné l'advis de ce dessus se partist du dict Tours, le
cinquiesme de ce dict moys.
XXXI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du premier jour de novembre 1569.--
Mise en arrêt du duc de Norfolk.--Protection assurée à Marie
Stuart.--Secret qui doit être gardé sur les communications du
roi à cet égard.--Nouvelles de la guerre.--Prise de Lusignan et
de Saintes.--Siège de Saint-Jean-d'Angely.--Efforts que
l'ambassadeur doit faire pour jeter la dissension parmi les
seigneurs d'Angleterre.--Plaintes au sujet d'un paquet volé à
l'ambassadeur.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay esté grandement satisfaict d'avoir
entendu si particulièrement par vos lettres des IIIe, VIIe, VIIIe et
XIIIe du passé[30] et par le double de celles de la Royne
d'Escosse[31], ma belle sœur, l'estat de ses affaires, et celles du
lieu où vous estes. Et ne me sçauriés faire plus grand plaisir que de
mettre peine d'entendre bien au long ce qui surviendra cy après, pour
m'en donner advis, d'autant que c'est chose qui importe grandement
pour mon service au temps où nous sommes, mesmement à ce qui touche
les affères [du duc de Norfolc et autres qui ont esté arrestés; de
l'yssue et succès duquel arrest je seray bien ayse d'entendre ce que
vous en espérés et le jugement que vous en faictes.
[30] Voyez LXIIe, LXIIIe, LXIVe et LXVe dép., tom. II, pag. 255,
259, 266 et 277.
[31] Lettre du 25 septembre 1569, jointe à la LXIIIe dép., tom.
II, pag. 263.
J'ay aussy entendu par vos dictes lettres comme, jusqu'au jour de la
dacte d'icelles, les propos, que vous avez mis en avant touchant le
mariage de la Royne d'Escosse avec le duc de Norfolc, avoient esté
tenus comme venant de vous seulement, et non de moy, ce que j'ay
trouvé bon; et que par cy après vous favorisiés cest affaire, et tout
ce qui touchera la dicte Royne, en tout ce qui vous sera possible,
pour le desir que j'ay de la voyr hors de la peine où elle est, et
qu'elle soit remise en son royaume avec l'authorité et commandement
sur ses subjects qu'il luy appartient; mais il faut que ce soit si
dextrement et secrettement qu'on ne puisse descouvrir ny entendre que
cela vienne de moy, ce que je m'asseure que vous sçaurés si sagement
conduire, selon mon intention et volonté, qu'il n'en sera rien cogneu;
vous asseurant que je ne manquerai, à la première commodité, et
audience que je donnerai à l'ambassadeur d'Angleterre, de luy faire
bien entendre le desplaisir que j'ay du mauvais traictement que reçoit
la dicte Dame, par delà, de la dicte Royne d'Angleterre et de ses
ministres; et pareillement de la vollerie de mon pacquet, duquel je
vous prie faire toute l'instance que vous pourrés afin de vous le
faire rendre.]
Au reste, vous entendrés par le sieur de La Croix, que je vous
renvoye, comme les ville et chasteau de Lusignan ont esté remis et
réduicts à mon obéissance par composition, où il a esté trouvé grand
nombre de piques et autres armes, avec vingt quatre pièces de grosse
artillerie, entre lesquelles y a sept ou huit canons et plusieurs
coullouvrines; et y en a, entre autres, une pièce de celles qui ont
esté envoyées d'Angleterre aux rebelles. La ville de Xainctes est
aussi réduicte en mon obéissance. Et espère, dans peu de jours, loger
avec mon armée dedans St Jean d'Angely que je tiens assiégé.
Et pour ce que vous entendrés plus au long les particularités par le
dict La Croix, me remettant sur ce qu'il vous en dira, je ferai fin à
la présente, etc.
Escript au camp devant St Jean d'Angely, le premier jour de novembre
1569.
[Faictes tout ce que vous pourrés sur ceste occasion qui se
présente, du duc de Norfolc et autres qui sont prisonniers, pour
les mettre en discention et en trouble entre eux, afin de
brouiller leurs affaires le plus qu'il sera possible, pour, par
ce moyen, les empescher de plus secourir.]
Depuis la présente escripte, j'ay vue vos lettres[32] du XVIIIe, et
m'avez faict grand plaisir de me mander si particulièrement tout ce
qui est passé par delà depuis vos précédantes. Et pour ce que
l'ambassadeur d'Angleterre n'est icy près de moy, je luy ay escript ce
que vous verrés par le double de la lettre[33] que je vous envoye, me
plaignant tant de ce que vostre paquet a esté vollé que du mauvais
traittement que la Royne, sa Mestresse, et ses ministres font à la
Royne d'Escosse, ma belle sœur, afin qu'il en escrivît par delà et
fît entendre le malcontentement que j'en ay, dont je vous ay bien
voullu advertir.
Ce 1er jour de novembre 1569.
CHARLES. FIZES.
[32] Voyez LXVIe dép., tom. II, pag. 284.
[33] Cette lettre manque.
XXXII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du premier jour de novembre 1569.--
Instruction sur la conduite à tenir à l'égard de Marie
Stuart.--Nouvelle recommandation de favoriser son mariage avec
le duc de Norfolk, et de traiter cette négociation avec le plus
grand secret.