avecques celles que escrivez à Mr le mareschal de Cossé, lesquelles
j'ay ouvertes suivant ce qu'il m'en a dict, à son partement de ce
païs, pour y aprendre chose pour le service du Roy qui requist prompt
remède. Et à mesme instant j'ay envoyé vostre dicte lettre par l'un
des myens que j'ay envoyé vers Leurs Majestés, auquel j'ay donné
charge d'en pourchasser la responce, et pareillement d'aultre vostre
despesche, du premier jour de ce mois, qui a passé par mes mains; par
toutes lesquelles j'ay apris le bon acheminement que vous prenez pour
faire raison aux subjectz du Roy qui certainement ont esté jusques à
icy fort gourmandez; et pour m'asseurer que vous vous y emploierez de
tout vostre pouvoir, je ne vous en feray plus ample recommandation, et
seullement vous diray que, de jour à aultre, il se commect sur les
dictz subjectz plusieurs piratteries et déprédacions, et ne puis
croire que, si la Royne d'Angleterre commandoit en estre faict quelque
pugnition exemplaire, telles chozes ne cessassent en peu de temps.
Bien est vray que nous ne nous pouvons plaindre des expédictions
qu'elle faict donner en son conseil pour la restitution des dictz
biens déprédés, mais l'exécution ny les effectz ne sont semblables.
Et quand au regard des préparatifs qui se font par delà par la
conduicte de l'agent du prince d'Orange et autres qui s'empeschent de
telz dessaingz, en intention, comme il est bien à penser, de porter
dommage aux affaires du Roy, je vous prye, à tout le moyns, sy n'avez
moïen de les faire rompre et divertir, que soyons advertiz à temps de
leur embarquement et des chozes qui le mériteront pour tant plus nous
préparer de les recepvoir au cas qu'ilz nous voulsissent venir veoir;
vous voullant bien dire sus ce propos, qu'il reste par deçà une bonne
quantité d'hommes qui ont très bonne dévotion de les empescher
d'entreprendre choze qui tourne au préjudice du service du Roy; et
trouveront le tout en aultre estat que beaucoup ne le despeignent, en
intention de tant plus les convier à exécuter ce que eux mesmes ne
peuvent faire sans l'aide d'aultruy; et néantmoyns espère bien que
tous ensemble y perdront leur peine.
Et quand à ce qui touche l'estat des affaires de la guerre, je ne vous
en feray long discours pour le présent, sinon vous dire que, ayans les
ennemys assiégé Poictiers, et admené bonne quantité de monitions en
intention d'y faire brêche, en voïant le peu d'advantage qu'ils en
espéroient, ont changé de batterye et remplacé leurs pièces aultre
part, qui est un tel signal que pouvez penser, joinct le grand nombre
de gens de bien qui sont dans la dicte ville, que l'on n'en doibt
attendre que une très bonne yssue pour le service du Roy. Et y sont
entrez de renffort, puys quelques jours, le cappitaine Annoux, maistre
de camp, le cappitaine Sarrioux et aultres hommes signallez,
accompaignez de mil ou douze centz harquebuziers choisys; lesquelz en
entrant, ont taillé en pièces le corps de garde des dictz ennemis, qui
font grandes pertes aux saillyes qui se font journellement, de sorte
qu'ilz n'eussent peu entreprendre choze plus à leur ruyne pendant que
nostre armée s'est quelque peu rafreschye, et que l'on a rassemblé la
gendarmerye, laquelle faict monstre généralle dans le vingt cinquiesme
de ce mois. Et croïez que, le tout remys ensemble, il fauldra que les
dictz ennemys changent de desseing; qui sera, comme je présume, très
bon subject de refroidir ceux qui auroient envye d'entrer en ceste
province.
Et pour la fin de ma lettre, je vous puis asseurer que je seray fort
songneux, d'icy en avant, de vous faire part des occurrences qui
s'offriront par deçà, comme aussy je vous prye en faire le semblable
de vostre part, estant très certain que mon Maistre aura ceste
correspondance fort agréable; qui sera l'endroict où présentant mes
affectionnées recommandations à vostre bonne grâce, etc.
De Fontaines le Bourg, ce XVIIe jour d'aoust 1569.
Vostre bien humble et plus affectionné amy,
FRANÇOIS.
Je vous prye, venant homme seur par deçà, me faire entendre en quel
estat sont les affaires d'Escosse et Hirlande, et quelle obéissance y
est rendue à la Royne d'Angleterre.
XIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXXe jour d'aoust 1569.--
Nouvelles du siège de Poitiers.--Déclaration du roi qu'il ne veut
poser les armes qu'après la soumission des
protestans.--Résistance de Poitiers.--Résolution du roi de
faire approcher son armée pour forcer les protestans à lever le
siège.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Poictiers ny de tenir
un si long siège, qu'il y a qu'ilz sont, sans y avoir rien gaigné là,
grâce à Dieu, que la perte de beaucoup d'hommes, vous voulant bien
dire sur ce que me mandez qu'elle a fort essayé de sçavoir de vous: si
mon intantion estoit de mestre fin à ceste guerre et aux différans de
la religion, par armes ou autrement, que je désire, si elle tombe, cy
après, avec vous sur semblables propos, que vous luy faictes entendre
que le vray et principal but de la présente guerre c'est de me fère
rendre par toutz mes subjects l'obéissance qui m'est due; d'establir
ung bon repos en mon royaume, et de régner roy paysible sur mes
subjectz, ainsy que ont faict mes prédécesseurs, ne voulant plus que
les troubles et remuemens, qui ont esté cy devant suscytez sur
l'occasion de mes jeunes ans, soient, à ceste heure, continuez, que
Dieu, par sa grâce, m'a donné eaige et sens pour gouverner mes dictz
subjectz.
Ainsy que j'estois sur le point de vous faire la présente, la vostre
du XVe est arrivée[19], par laquelle me mandez les sollicitations que
continuent de faire de par delà mes dictz rebelles; à quoy je ne vous
sçaurois dire autre chose, sinon que vous vous y oposiez tousjours, le
plus vivement que vous pourrez. J'ay veu le beau discours qu'ils ont
envoyé par delà auquel ilz n'ont pas manqué, comme de coustume,
d'estendre les choses fort à leur avantage sans ..... vérité qui .....
leurs ordinaires artifices qui ne peuvent ..... qu'il est.....
[19] Voyez LIIe dép., tom. II, pag. 152.
Il y a plus d'ung moys que mes dicts rebelles sont au siège de
Poitiers, où, après avoir faict bapterie d'artillerye en plusieurs
endroictz, consommé ung grand nombre de monitions, et tanté par
quelquefoys s'ils pourroient entrer dedans par la force, ilz ont
trouvé si forte résistance des gens de bien qui y sont, que, se voyant
désespérez de l'avoir par la force, ilz se sont résoluz d'attandre que
la nécessité des vivres contraigne ceux dedans de se randre; vous
laissant à penser si ceste leur espérance est bien fondée, estant la
dicte ville grandement pourveue de vivres, comme elle est, et estant
mon armée preste à estre remise toute ensemble dedans quatre ou cinq
jours; qui sera bien le nombre de sept à huit mille chevaux et de
quinze ou seize mil hommes de pied, avec laquelle je suis dellibéré de
les faire approcher de sy prez qu'ils seront contrainctz de lever le
siège. Priant Dieu, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le XXXe jour d'aoust 1569.
CHARLES. BRULART.
XX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de septembre 1569.--
Satisfaction du roi de la conduite de l'ambassadeur.--Demande que
défense soit faite aux navires anglais de se rendre à la
Rochelle.--Offre de Bordeaux pour fournir au commerce des
Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys la dernière despesche que je vous
ay faicte, qui a esté du XXXe du passé, m'ont esté aportées les deux
vostres des XXIIe et XXVIe du dict passé[20]; par la première
desquelles vous me discourez bien amplement des honnestes propos que
la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a tenuz aux marchans qui sont
allez par delà pour l'accord de la restitution des marchandises
arrestées, et l'instance que vous luy avez faicte sur la sortye des
ourques, qu'elle a excusée le mieulx qu'elle a peu. Toutesfois il se
cognoit assés, par la tacite permission qu'elle a donnée de les
emmener, que c'est toujours soubz main favoriser les entreprinses des
rebelles; et faictes bien, voyant telles choses, de vous y opposer
fort fermement, car cella la rendra plus retenue et réservée en ses
actions, et à empescher qu'elle ne se laisse du tout surmonter aux
persuasions de ceux qui luy conseillent de se remuer contre moy.
[20] Voyez LIIIe et LIVe dép., tom. II, pag. 165 et 174.
L'instance que vous avez faicte aussy, envers ma dicte bonne sœur,
pour la Royne d'Ecosse, n'a esté que bien à propos, quant ce ne
seroit que pour découvrir le fonds de l'intention qu'elle a en son
endroict, de laquelle je me suis toujours bien doubté; et que les
déclarations[21] qu'elle a demandées de la Royne, Madame et Mère, de
mon frère et de moy, n'ont esté que pour remettre les choses toujours
les plus à la longue qu'elle pourra. Et toutesfoys ce n'est peu faict
de l'avoir pressée sy fort qu'elle ait été contraincte de vous dire,
en descouvrant le mescontantement qu'elle a de la dicte Royne
d'Escosse, que l'on ayt patiance jusques à quinze jours, dedans
lesquels elle procèdera en son affaire de telle sorte que les princes
chrétiens en auroient contantement; vous priant de l'entretenir en
ceste bonne volonté, et de faire tant, s'il est possible, qu'elle
réussisse à quelque bon effect.
[21] Voyez la déclaration du roi, en date du 10 juillet 1569, et
celle du duc d'Anjou, en date du 17 juillet, tom. Ier, pag. 431
et 433.
Qui est tout ce que j'ay à vous dire sur la dicte lettre, et qui me
fera venir à celle du dict XXVIe, par laquelle me mandez la diversité
des advis que avez euz du chemin que prenoyent les françois et
flamans, sortys de Londres; sur lesquels vous avez eu bon subject de
tenir aux seigneurs du conseil de par dellà le langaige dont vous leur
avez uzé, encores que tousjours ilz parent leurs actions des plus
belles excuses qu'il leur est possible; et ferez fort bien, survenant
telles choses, d'en tenir tousjours advertys de bonne heure les Sr de
Piennes et de La Meilleraye, afin qu'ils soient plus sur leurs gardes.
Je desire que vous requerriez ma bonne sœur qu'elle ne souffre que
ses subjects aillent à la Rochelle, et luy dictes que, s'ilz veuillent
aller à Bourdeaux, ils y trouveront les danrées et marchandises qu'ils
desirent achepter, avec autant et plus de commodité qu'ilz feroient à
la Rochelle; et si, en ce faisant, sera entretenir le commun bon
respect que nous nous debvons l'un à l'autre.
Qui est tout ce que je vous puis escripre pour le présent et
l'endroict où je prie Dieu, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.
CHARLES. BRULART.
XXI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de septembre 1569.--
Assurance qu'il n'a été remis au roi aucune remontrance de la
part des protestans qui font le siège de Poitiers.--Approbation
de la conduite tenue par l'ambassadeur à l'égard de Marie
Stuart.--Départ du duc d'Anjou pour se mettre à la tête de
l'armée, et faire lever le siège de Poitiers.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je suis bien aise de la bonne espérance
que vous avez que les marchans qui sont allés par delà pour la
restitution des marchandises arrestées, tant en Angleterre que en ce
royaume, pourront conduire les choses à quelque bon accord; et est ce
que nous desirons grandement, m'esbahissant fort, d'autre part, de ce
que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous a dict, sur le propos
du siège de Poitiers, de la remonstrance que ceux, qui sont devant le
dict Poitiers, ont envoyé présenter au Roy, Monsieur mon fils, et que
même il ayt esté mandé par delà que l'on l'ayt envoyée par le comte de
Retz; car c'est chose évidemment contraire à la vérité. Et n'avons
jamais, le Roy, Mon dict Sieur et fils, ny moy, veu la dicte
remonstrance, sur laquelle vous avez répondu fort prudemment et selon
l'intention du Roy, Mon dict Sieur et fils, qui n'aura occasion de
recepvoir jamais aucune remonstrance d'eulx qu'ils ne soient
premièrement mis en estat de bons et loyaulx subjectz, en déposant les
armes et se randant dignes, par tel moyen, d'estre receuz en sa bonne
grâce, laquelle il ne leur refuzera jamais, quand, de leur costé, ils
la rechercheront, selon qu'ils le doibvent faire; estant, au
demeurant, bien resjouye de veoir, par vostre lettre du XXVIe, qu'il y
ayt plus d'espérance à l'accommodement des affaires de la Royne
d'Escosse qu'il n'y avoit, lors de vostre dépesche précédante du
XXIIe; et ne sera oublyé, pour toujours les favoriser, de tenir à
l'ambassadeur d'Angleterre le mesme langaige que vous avez faict par
delà à ma dicte bonne sœur.
Au demeurant, quant à noz nouvelles, je vous veux bien dire que, hier,
mon filz, le Duc d'Anjou, partit pour aller trouver nostre armée, qui
s'estoit jà acheminée devant au lieu de la Haye, distant de Poitiers,
de douze petites lieues seulement, d'où il espère bien de s'approcher
sy bien du dict Poitiers, dedans peu de jours, qu'il contraindra ceulx
qui sont devant d'en lever le siège; se disant par les dernières
nouvelles, que nous avons confirmées de diverses personnes, que
l'Admiral estoit bien fort malade, et qu'il ne sortoit point de la
chambre. Dedans peu de jours, nous verrons la résolution qu'ilz
prendront, voyant nostre dicte armée les aprocher, chose qui leur
ostera toute l'espérance qui leur restoit de prendre la dicte ville de
Poitiers par nécessité, après avoir veu que la force n'y pouvoit rien;
et sera bien pour confirmer le mauvais mesnage qui commanceoyt jà
estre entre eux et leurs reystres, desquels ils ont assigné le
payement sur la prinze du dict Poitiers; ayant, au demeurant, escript
par toutz les endroits à ceulx de leur opinion qu'ilz regardassent à
les aider et secourir de deniers et d'hommes dont ils ont perdu un
grand nombre au siège du dict Poitiers. Et sur ce, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.
CATERINE. BRULART.
XXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIVe jour de septembre 1569.--
Espoir que les mauvaises intentions des Anglais resteront sans
effet.--Promesse en faveur de Marie Stuart.--Assurance donnée
au roi qu'il ne se fait pas de levée en Allemagne.--Ordre
d'insister toujours vivement pour Marie Stuart.--Adhésion à
l'accord proposé pour la restitution des prises et concernant
le commerce.--Nouvelles de la guerre.--Marche des protestans
après la levée du siège de Poitiers.--Les deux armées en
présence auprès de Chatelleraut.--Motifs qui ont empêché de
livrer la bataille.
Monsieur de La Mothe Fénélon, la despesche, que m'avez faite par
Sabran[22], m'a bien au clair représenté l'estat des affaires de par
delà, ès quels l'on veoit toujours quelque incertitude de résolution
et ung préparatif de personnes qui veullent avoir des moyens prêtz à
nuyre et porter dommaige en mon royaume, s'ils peuvent, quand ils
seront bien résolus de l'entreprendre. Toutesfois j'ay bonne espérance
que l'on n'y prouffitera en rien, et qu'il n'y sçauroit advenir sy peu
d'heureux succez en mes affaires que cela ne réfroidisse bien la
volonté de mouvoir que ont beaucoup de gens de par delà.
[22] Voyez LVe dép. du 1er septembre 1569, tom. II, pag. 189.
Touchant les affaires de la Royne d'Escosse, il sera teneu à
l'ambassadeur d'Angleterre ung mesmes langaige que celuy que vous avez
tenu par delà, lequel servira, comme je pense, à les favoriser en
quelque sorte, combien que, à la vérité, les déportementz de la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, donnent à cognoistre qu'elle en
rejectera la conclusion le plus à la longue qu'il luy sera possible.
Les advis, qui nous viennent du costé d'Allemaigne, ne parlent point
de levées dont le bruict court par dellà, mais au contraire qu'il ne
s'y en fait point. Bien est il vray que l'Empereur a esté en quelque
propos de mettre sus les III mille chevaux et VI mille hommes de pied,
qui luy ont esté accordez à la diette de Francfort, pour la
conservation de la paix du pays, et engarder que les reystres, qui
sont en ce royaume d'une part et d'autre, retournans, ne facent dedans
les terres de l'Empire les mesmes pilleryes qu'ilz ont faict en
venant; mais il s'estime plustost qu'il ne les lèvera point que
autrement.
Comme j'avois commencé à vous faire la présente, voz deux despesches
des Ve et VIe de ce moys[23] m'ont esté aportées; par la première
desquelles j'ay veu les nouveaux acrochementz qui sont dressez à la
dicte Royne d'Ecosse, et comme la Royne d'Angleterre luy veult faire
acroire qu'elle oze entreprendre sur son estat, estimant que, quand
elle s'en sera bien faict cognoistre innocente, l'on trouvera encores
quelque nouveauté pour tousjours reculler la conclusion de ses
affaires. A quoy vous ne laisserez tousjours d'incister, comme vous
avez bien faict jusques icy, et d'autant plus vifvement que l'on veoyt
qu'ilz veulent remettre les choses en une longueur trop ennuyeuse.
[23] Voyez LVIe et LVIIe dép., tom. II, pag. 218 et 227.
J'ai faict veoir l'escript que ceux du conseil d'Angleterre ont
arresté par delà pour le faict du traficq et entrecours de
marchandises entre mes subjectz et les Anglois, lequel, à la vérité,
ils ne debvroient aucunement restraindre pour le regard des commerces
des Pays Bas. Toutesfois je ne suis pas d'adviz que vous faictes là
dessus plus grande instance que celle que jà vous avez faicte par
vostre responce sur le dict article; car aussy bien cela ne serviroit
de rien, et faudra regarder de passer les choses le plus doucement que
l'on pouvra.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys ma lettre du
VIIe[24], par laquelle je vous ay adverty de la levée du siège de
Poitiers, les ennemis se sont advancez de deçà Chatellerault assés
prez du fort de Pille, où mon frère avait faict mettre ung nombre de
harquebusiers pour le garder, d'autant que les ennemys voulloyent
essayer de gaigner ce logis là; s'estant logé mon dict frère avec mon
armée au lieu de la Selle, de sorte qu'il y a eu sy grande voisination
entre les deux armées, l'espace de quatre ou cinq jours, que
l'artillerye a tiré d'ung camp à l'autre. Il est vray que la rivière
estoit entre deux, mais elle est gayable: et se sont cepandant passées
plusieurs escarmouches ès quelles les dictz ennemys ont toujours eu du
pire. Ils ont faict contenance jusques d'avoir grande envye de
combattre, toutesfois ils n'ont jamais osé venir assaillir mon armée
au lieu où elle estoit logée; laquelle, d'un autre costé, ne pouvoit,
par la raison de la guerre, aussi habandonner ce lieu là bien
advantaigeux, et qu'il failloit garder son advantaige, n'estant guère
arrivé de nostre gendarmerye. Mon cousin le duc de Guyse est, de ceste
heure, auprès de mon dict frère; lequel lui a amené ung bon renfort,
et espère que bientost il s'ensuivra quelque bonne exécution utille
et profitable au bien commung et universel de mon royaume. Escript le
XIIIIe jour de septembre 1569.
CHARLES. BRULART.
[24] Cette lettre manque.
XXIII
LE ROY A MR DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXe jour de septembre 1569.--
Desir du roi que le mariage de Marie Stuart avec le duc de
Norfolk s'accomplisse.--Ordre donné à l'ambassadeur
d'encourager le duc dans sa poursuite, et de lui faire toutes
les promesses qu'il jugera utiles.--Nécessité d'encourager les
seigneurs catholiques à rétablir la religion, et de fomenter
les divisions en Angleterre afin de détourner Élisabeth de
porter secours aux protestans de France.--Vives instances qui
doivent être renouvelées en faveur de Marie Stuart.--Résolution
du roi de secourir le château de Dumbarton.--Conseil qu'il se
propose d'adresser à Marie Stuart par un des secrétaires de
cette princesse.--Nouvelles de la guerre.--Retraite de l'armée
protestante.--Marche de l'armée catholique, qui la
suit.--Espoir d'une prochaine bataille.--Succès remporté dans
le Midi par Montgommery.--Réunion du maréchal de Danville et de
Montluc pour le combattre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, [=Chiffre=, j'ay sceu ce qui a esté
mis en avant pour le faict du mariage de la Royne d'Escosse, ma belle
sœur, avec le duc de Norfolc, lequel j'ay occasion de desirer qu'il
s'effectue pour beaucoup de grands respectz et considérations, et
mesmes pour l'affection que j'ay tousjours cognue que le dict duc de
Norfolc a porté à l'entretènement de la paix entre ce royaume et celuy
d'Angleterre, et aussy que je croy qu'il ne se pourroit présenter
aucun autre party, du quel ma dicte belle sœur puisse recepvoir plus
de bien, proffit et advantaige, pour son particullier, que de celluy
là; et à ceste cause, je veux que vous vous employés dextrement en
cest affaire, et le favorisiés de si bonne façon qu'il en puisse
réuscyr quelque bon effect, et ne puissiez y estre traversé, ainsy que
je croy que la Royne d'Angleterre l'essayera pour le soupçon qu'elle
a conceu contre la Royne d'Escosse, qu'il ne fault doubter qui
n'augmente, aprenant qu'il se traittera du dict mariage. Et fault
qu'en cecy vous donniez courage au dict duc de poursuivre son
entreprise et de n'en estre destourné pour quelque empeschement que la
dicte Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, s'essaye d'y donner, sy elle
le faict; car je suys tout résolu et veux que vous luy donniez cest
asseurance de ma part, que je l'assisteray et ayderay, ensemble ceux
de son party, tant en cest affaire que en toutes autres choses qu'ilz
voudront entreprendre par dellà, soit en la faveur de ceux de la
religion catholique ou pour autre cause, de toutz les moyens de gens
et argent que Dieu m'a donné, ainsy que je le pourray commodément
faire, me voyant en beau chemin de sortir bientost hors des affaires
que j'ay; m'estant advis que, puisque la dicte Royne d'Angleterre ne
crainct point, sous main, d'ayder et favoriser, comme elle a faict
jusques icy, ceux qui me sont rebelles, il ne seroit que très utille
d'essayer de luy remuer par dellà ung peu de mesnage, et se servir
dextrement et à propos de la division qui est aujourdhuy entre ceux de
son conseil.
A quoy je vous prie de penser, et de ne craindre point de faire des
promesses bien ardies pour cest effect, faisant tousjours envers
icelle Royne d'Angleterre bien vive instance pour le faict de la
restitution de la dicte Royne d'Escosse et de son royaume, laquelle
vous luy remonstrerés toucher bien avant à l'honneur commung de toutz
ceux qui, pour luy estre alliez de sy près, et avoir avec elle de sy
estroictes confédéracions, ne pouvons, sans estre cogneus défaillir
grandement à nostre debvoir, la laisser plus longuement en l'estat
qu'elle est pour ce jourdhuy; pendant lequel ses subjects rebelles
regardent à establir leurs affaires au dict pays d'Escosse, et mêmes
sont après à se vouloir saysir de Dombertran. A quoy je veux croire de
sa bonne affection qu'elle voudra ayder la dicte Royne d'Escosse pour
y remédier, et luy donner moyen de pourvoir la dicte ville de vivres
et d'hommes, ainsy qu'il est très requis, et que, de ma part, je me
dellibère de le faire, sellon que j'y suis raisonnablement tenu et
obligé à ce que ses dictz subjectz rebelles ne s'en puissent emparer,
ainsy qu'ilz sont pour le pouvoir faire, n'y estant pourveu
promptement. Car ce seroit chose trop dure et indigne de nous, pendant
que l'on tient la dicte Royne d'Escosse en quelque espérance de la
restituer en son dict royaume, de laisser perdre une telle forteresse
qui luy seroit bien mal aysé de recouvrer, puis après, par faulte de
luy donner secours. A quoy, si elle estoit en sa pleyne liberté, elle
regarderoit d'y pourvoir elle mesme.
Ce sont les choses que je vous ay voulu proposer de la déclaracion de
mon intention; pour l'exécution de laquelle vous regarderez, sellon
vostre dextérité et prudance accoustumée, de dresser sy bien vostre
négociation que je soys servy en cest endroit sellon que je le desire,
communicquant avec les susdictz le plus famillièrement qu'il vous sera
possible, et leur faisant toutz les honnestes acceuils et trêtements
que vous pourrez, pour les attirer à vous et les disposer à ma
dévotion, pour servyr à remuer les affaires de la dicte Royne
d'Angleterre; qui est le plus grand moyen que je puisse avoir, comme
je pense, de la divertir d'entendre à favoriser mes rebelles, et ung
service le plus notable que vous me sauriez faire par dellà.
Ung des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse doibt bientost s'en
aller trouver sa Mestresse, par lequel je luy manderay de mes
nouvelles, et luy feray entendre combien je desire le susdict mariage
s'effectuer, ainsi que vous luy fairés aussi sçavoir de ma part, afin
que d'autant plus volontiers elle y entende; vous voulant, au reste,
bien faire souvenir de vous monstrer bien advisé à manier ceste
négociation, et de n'y rien faire, en ce, que avec ung grand jugement
des personnes à qui vous aurez affaire, pour vous en déscouvrir à eulx
autant que, avec raison, vous en aurez de confidance].