--du VIIIe jour de juillet 1569.--
Ordonnance pour la restitution réciproque, en un même jour, des
prises faites tant par les Français que par les Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, desirant qu'il soit prins quelque fin et
expédiant à la restitution des choses, qui ont été mal prises sur mes
subjectz en Angleterre, et à celles qui ont esté mal prises aux
Anglois de deçà, ainsy qu'il apartient à la commune amytié qui est
entre la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, et moy, je vous faicts ce
mot de lettre pour promètre et assurer, de ma part, à ma dicte bonne
sœur, que je feray rendre et restituer aux Anglois tout ce qui a esté
pris ou arrêté de leurs biens, en mon royaume, et que la réalle
dellivrance leur en sera faicte, au mesme jour et temps que ma dicte
sœur accordera aussy, par autre lettre signée de sa main: que ce qui
a esté pris et arresté, en Angleterre, ou qui s'y trouvera, en
essence, appartenir à mes subjectz, ou que mes dictz subjectz
montreront et vériffieront sommairement leur appartenir, leur sera
réallement restitué, trouvant bon que le terme des dictes
restitutions se preigne au dernier jour de ce moys, ou à aultre; et
que, au reste, nous facions mutuellement administrer bonne et prompte
justice à nos communs subjectz des prises et pilleryes qui ont esté
commises de costé et d'autre, selon que le contiennent les traictés;
priant Dieu, etc.
Escript à Orléans le VIIIe jour de juillet 1569.
CHARLES. BRULART.
XI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IXe jour de juillet 1569.--
Disposition d'Élisabeth à déclarer la guerre.--Nécessité de
surveiller ses projets, et d'en donner promptement avis sur la
frontière.--Position des deux armées.--Levée du siège de
Niort.--Fausseté des nouvelles répandues en
Angleterre.--Assurance que d'Andelot et le duc de Deux-Ponts ne
sont pas morts par le poison.--Bon état de défense de
Périgueux, qui est menacé par les protestans.--Projets de
mariage du roi d'Espagne et du roi avec les deux filles de
l'empereur, et du roi de Portugal avec Madame.--Siège de la
Charité; espoir de la prochaine reddition de la place.
Monsieur de La Mothe Fénélon, tout ce que nous pouvons recueillir de
vos dernières dépesches[14] c'est que la Royne d'Angleterre, ma bonne
sœur, n'oublie rien de toutz les appretz qui sont nécessaires pour
l'acheminement d'une guerre, laquelle nous ne voyons pas s'adresser à
aultres que à nous, estant ses affaires aux termes que vous le mandez
pour le regard du costé de Flandres, et en telle voye d'accord que je
tiens jà tous ces différants pour accordés; estimant bien que ce qui
la peut retenir, jusques icy, de se déclarer ouvertement, c'est
qu'elle veult auparavant veoyr ung peu clair à ce que auront d'heureux
succez les affaires de nos ennemys. Quoy que ce soit, j'ay bonne
espérance, quand elle en viendra là, qu'elle n'en raportera non plus
d'honneur et de réputation qu'elle fist aux troubles de l'année
soixante deux, vous priant, affin que nous ne puissions estre surpris,
que, comme vous avez bien faict jusques icy, vous advertissiés
ordinairement mon cousin le maréchal de Cossé, qui est pour pourveoir
à la Normandye et la Picardye, de toutes les choses qui seront
importantes au bien du service du Roy, Monsieur mon fils.
[14] Voyez XLIe et XLIIe dép., 15 et 21 juin 1569; tom. II, pag.
19 et 37.
Despuis le discours qui vous en fust dernièrement envoyé, de la façon
que s'estoient passé une bien grosse escarmouche entre quelques gens
de pied de notre armée et celle de nos ennemys, il n'est rien survenu
de nouveau entre les dictes armées; et sont, l'une au camp de Larsac,
qui est la nostre, et l'autre à N. Il est vray que, voyant l'Admiral
que le comte Du Lude estoit pret de donner l'assault à Nyort, l'a
envoyé secourir de deux mille chevaulx et quelques gens de pied, qui a
esté cause qu'il a esté contrainct d'en laisser le siège, ce qu'il a
faict sans aulcune perte.
Comme j'étois à l'endroict de ceste despesche, la vostre du XXVIIIe du
passé[15] nous est arrivée, par laquelle j'ay veu les beaux advis que
l'ambassadeur Norrys faict, sellon sa coustume, courir par delà, qui
sont sy faulx, malicieux et controuvez qu'il n'est possible de plus.
Car de dire que le poison de feu d'Andelot se soit avéré par
l'exécution d'un sien serviteur qui a esté tiré à quatre chevaulx,
cella est entièrement faulx, comme aussi ce qu'il fait courir de la
façon de la mort du duc des Deux Pontz, estant advenu à l'ung et à
l'aultre par une grosse fiebvre; à l'occasion de beaucoup de travail
qu'il auroit pris, mesmes le dict duc des Deux Ponts, aux continuelles
grandes journées qu'il fust contrainct de faire pour garder d'estre
combatu de nostre armée, avant que joindre l'Admiral. Et tant s'en
fault que le dict duc ayt mangé avec la Royne de Navarre, que, ung
jour auparavant qu'il fust joinct au dict Admiral, il estoit jà
extrêmement malade.
[15] Voyez XLIIIe dép., tom. II, pag. 61.
Pour le regard de Périgueux, les dictz ennemys ont bien faict quelque
contenance d'y vouloir dresser la teste; mais ils n'en sont aprochez
de plus de dix lieues. Et quant ilz voudroient entreprendre de
l'assiéger, à quoy l'on ne voyt point d'apparance, y ayant une sy
puissante armée si prez d'eux, ils la trouveront pourveue d'ung sy bon
nombre d'hommes, qu'ils n'en raporteront que la honte.
Mon cousin le cardinal de Guise est icy arryvé depuys sept ou huit
jours, de retour de son voyage d'Espaigne, et nous a raporté la
résolution des mariages de la fille aisnée de l'Empereur avec le Roy
Catholique, de la seconde pour le Roy, Monsieur mon fils, et du
mariage du Roy de Portugal avec ma fille, avec toute assurence et
confirmation de l'amityé du dict Roy Catholique, qui n'est en rien
diminuée pour la mort de la feue Royne d'Espaigne, ma fille.
Le sieur de Sansac est au siège de la Charité, que nous espérons qu'il
aura réduict à l'obéissance du Roy, Mon dict Sieur et fils, dedans peu
de jours; priant Dieu, etc.
Escript à Orléans, le IXe jour de juillet 1569.
CATERINE. BRULART.
XII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVIIe jour de juillet 1569.--
Levée du siège de la Charité.--Ordre donné par le roi de
reprendre le siège et de le poursuivre avec
vigueur.--Satisfaction des assurances d'amitié transmises au
nom d'Élisabeth.--Contentement témoigné par le roi à
l'ambassadeur.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous fais ceste despesche en haste,
sur l'occasion d'une que l'ambassadeur d'Angleterre faict par delà,
par laquelle je ne faictz point de doubte qu'il ne donne advis de la
levée du siège de la Charité; dont, afin que vous saichiez les
particullarités des choses, ainsy qu'elles sont passées, je vous en
envoye ung petit mémoire, outre lequel, je vous veux bien dire que,
m'estant venues nouvelles, de ce jourdhuy, que les ennemys n'estoient
si approchez de la rivière de Loire que les précédans adviz le
portoient, et l'on s'en estoit donné de peur, j'ai mandé au sieur de
Sansac qu'il retourne au dict siège pour y faire tanter tout l'esfort
que sera possible, à ce que la ville puisse estre réduicte en mon
obéissance. Ce que je ne faictz pas tant pour importance dont elle
soit, ny commodité qu'en tirent mes ennemys, qui ne peut estre grande
en ce temps, ny pour le passaige de la rivière qui est guéyable en
plusieurs endroictz, mais pour ma réputation: car j'auray toujours
grand regret de faillir à mes entreprises, pour lesquelles mener à
exécution je n'oublierai rien, voïans mes subjects demeurant dans leur
obstination accoustumée.
Au demeurant, j'ay receu vostre lettre du Ve de ce moys[16] par
laquelle j'ai veu le discours des propos que vous a tenuz la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, qui sont toutz pleins d'une honneste
desmonstration du desir qu'elle a de conserver la paix, et vous prie
que, à la première audiance que vous aurez d'elle, vous luy rendiez
mes cordialles recommandations, avec ung gracieux mercîment de
l'assurance, qu'elle vous a donnée, de l'affection qu'elle a à la
prospérité de mes affaires, conservation de ma couronne et de la paix
de mon royaume; en quoy elle se peut confier que je luy ay toute telle
correspondance qu'elle sçauroit souhaister de prince de ce monde son
meillieur allyé.
[16] Voyez XLIVe dép., tom. II, pag. 70.
Il est bien vray que les propos que vous ont tenuz les gens de son
conseil semblent estre de personnes qui veullent bien donner à
cognoistre qu'ilz ont moyen de nuire, quant ilz le vouldroient
entreprendre, pour leur en sçavoir plus de gré quand ilz ne le feront
poinct. A quoy vous avez saigement respondu et selon que je le puis
desirer pour mon honneur et réputation; n'ayant aultre chose à vous
dire par ce petit mot que je finiray en priant Dieu, etc.
Escript à Orléans ce XVIIe jour de juilhet 1569.
CHARLES. BRULART.
XIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVIIe jour de juillet 1569.--
Nécessité de découvrir les intentions secrètes d'Élisabeth, et
d'exercer la plus grande surveillance en Angleterre.--Ordre
donné pour une levée de Suisses et de Français.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous faictes service bien fort agréable
au Roy, Monsieur mon filz, de prendre occasion de visiter la Royne
d'Angleterre, ma bonne sœur, le plus souvant qu'il vous est possible;
car, encores que j'estime qu'elle soit en ses propos bien fort
réservée, et sçache assez bien couvrir le font de ses intentions, sy
est ce que, par ceste fréquantation, il vous sera tousjours aysé d'en
descouvrir quelque partye, sy vous n'en pouvez sçavoir le tout; et
pour ce, le mieux, que vous puissiez faire, c'est de continuer à la
visiter bien souvant.
Vostre dépesche du Ve me confirme tousjours, de plus en plus, en
l'opinion, que j'ay eue cy devant, que les différants d'Angleterre et
des Pays Bas se composeront bientost amiablement, dont vous nous
advertirés de ce qui succèdera, ensemble des aprestz qu'ilz fairont
par dellà; à quoy je vous prye d'avoyr l'œil soigneusement ouvert,
selon vostre vigilance accoustumée.
Le Roy, Mon dict Sieur et filz, ne voulant rien oublier en l'exécution
de ceste entreprinse, puysque ses subjectz demeurent en leur
obstination accoustumée, faict faire une nouvelle levée de douze mil
Suysses et de quarante enseignes de François, qu'il espère avoir toutz
pretz dedans la my aoust; estant tout ce que j'ay à vous dire par ce
mot, auquel je fairay fin en priant Dieu, etc.
Escript à Orléans le XVIIe jour de juillet 1569.
CATERINE. BRULART.
XIV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIIe jour de juillet 1569.--
Remercimens du roi pour les communications qu'Elisabeth lui a
fait transmettre.--Confidence secrète du projet de mariage de
Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Injonction faite à
l'ambassadeur d'en favoriser de tout son pouvoir
l'exécution.--Recommandation du plus grand secret.--Nouvelles
de la guerre.--Prise de Châtelleraut et de Lusignan par les
protestans.--Nécessité où se trouve le duc d'Anjou de se tenir
sur la défensive.--Envoi d'un secours par le roi
d'Espagne.--Mesures prises pour solder les troupes.--Projet des
protestans d'attaquer Saint-Maixent ou Poitiers.
Monsieur de La Mothe Fénélon, il y a quelques jours que vostre
dépesche de l'unzième[17] m'est arrivée, par laquelle j'ay veu que la
prompte levée qui s'est faicte, de cinq mille hommes de pied, a esté
pour le costé d'Irlande; et comme, encore que le remuement qui est de
ce costé là ne soit de petite importance, néantmoins l'on le veult
rendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, le moindre que l'on
peut, pour ne la divertir d'entendre à quelque autre entreprinse,
comme vous jugez sagement qu'elle pourra faire, si elle en voit
quelque commode occasion, encores que son langaige soit plein de toute
honnesteté et courtoisie. Dont je desire néantmoins que vous la
merciez de ma part, et luy dites que, sy elle desire, de son costé,
qu'il ne m'advienne aucun mal de ceste guerre, je n'en desire pas
moins pour elle du remuement que j'ay sceu estre advenu, puis
naguières, au pays d'Irlande. Et puisqu'elle vous a dict qu'elle
auroit certitude, dedans la sepmayne de la dacte de vostre lettre, de
ce qui se fera de la levée que l'on dict que faict Cazimir, je
m'asseure que n'aurés failly de la recorder de vous en dire ce qu'elle
en sçayt.
[17] Voyez XLVIe dép., tom. II, pag. 80.
Au demeurant, l'on m'a adverty que la Royne d'Escosse est bien avant
en propoz de mariage avec le duc de Norfolc, et que l'on espère que
les choses s'en pourront mener à quelque bonne fin; ce que j'ai
occasion de desirer beaucoup plustost qu'il se fasse, que avec le
bastar d'Espaigne, ainsi que je sceus cy devant qu'il s'en praticquoit
quelque chose. Et, à ceste cause, je vous prie, Monsieur de La Mothe
Fénélon, que dextrement, comme de vous mesmes, et sans faire
cognoistre en façon du monde que je vous en aye rien escript, vous
fassiés tout ce qu'il vous sera possible pour faire trouver bon le
dict mariage à la dicte Royne d'Escosse, et le favorisiez tant, par
toutz les bons moyens que vous pourrés trouver de par dellà, qu'il se
puisse conduire à quelque bon effect, n'oubliant à découvrir saigement
ce qui en a jà esté miz en termes, et sy les choses sont sy advancées
que l'on me les a faictes, dont vous ne faudrez de me donner adviz. Et
surtout regardez à manier ce fait si secrètement que vous ne puissiez
estre descouvert de personne, et qu'il ne vienne en cognoissance qu'il
vous ayt esté rien mandé de deçà.
Quant à l'estat de mes affaires, vous avez sceu, par ma dernière,
comme le faict du siège de la Charité s'est passé. Despuys, mes
ennemys, s'estant advancez, sont entrés dedans Chastèlerault, où les
soldatz qui estoient ordonnez pour la garde des postes, en petit
nombre, leur ouvrirent la porte; et ont assiégé Luzignam, où, après
avoir esté quelques jours, et avoyr enduré ceulx de dedans, qui
n'estoient que deux ou trois centz hommes, deux assaux, auxquels ilz
ont bien tué de mes dictz ennemys six ou sept cens hommes, enfin ilz
se sont renduz à composition. Mon armée, que commande mon frère, le
Duc d'Anjou, s'aproche tousjours d'eulx pour leur faire teste. Il est
vray que, ayant donné congé à la pluspart de sa gendarmerye de s'en
aller faire ung tour en leurs maisons, il n'a pas, à beaucoup près,
tel nombre de gens de cheval françoys qu'il avoit cy devant; qui est
cause qu'il n'a pas, jusques icy, peu aprocher de sy prez mes dictz
ennemys ni les tenir si serrés comme l'on eust peu faire autrement.
Je vous ay mandé cy devant comme je faictz lever huict mil Suysses de
nouveau, et cinquante enseignes françoises, affin d'estre tousjours
plus renforcé et avoir plus de moyen de résister aux forces
étrangères, desquelles l'on me menasse: [oultre lesquelles forces, le
Roy d'Espaigne, mon beau frère, m'envoye quatre mil Espaignols]. Je
suis venu à bonnes journées en ceste ville pour donner ordre aux
provisions d'argent nécessaires pour l'entretènement des susdictes
forces des gens de pied, Françoys et Suysses, affin que, y ayant
pourveu, je puysse incontinent m'en retourner à Orléans. Dont n'ayant
que faict deux journées jusques en ceste ville, il ne sera pas que
ceulx qui essayent à descrier tousjours mes affaires de delà, le plus
qu'ilz peuvent, ne facent, possible, semer le bruict que je m'en sois
retiré par crainte de mes dictz ennemys; lesquels n'ont, jusques icy,
faict aucune contenance de s'aprocher plus prez de la rivière de Loyre
que le dict Chatèlerault. J'estime qu'ilz seront pour assiéger St
Maizant ou Poytiers; lesquelles places sont pourvues d'ung sy bon
nombre d'hommes que j'espère qu'il n'en adviendra aucun inconvéniant;
estant tout ce que j'ay à vous dire et l'endroict où je prie Dieu,
etc.
Escript à St Germain des Prez, le XXVIIe jour de juillet 1569.
Me faisant réponce sur le faict du susdict mariage, escripvez m'en par
la lettre particulière que vous adresserez à Brulart, et non avec les
dépesches que me fairez de l'estat auquel sont les choses par delà.
CHARLES. BRULART.
XV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIIe jour de juillet 1569.--
Négociation sur la restitution des prises.--Assurances d'amitié
pour la reine d'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, la dépesche, que vous a portée Sabran,
vous aura donné moyen de satisfaire la Royne d'Angleterre, ma bonne
sœur, sur le faict des restitutions des marchandises qui ont été
arrestées, tant du costé d'Angleterre à mes subjectz que du costé de
deçà aux Anglois; de sorte qu'elle n'aura point d'occasion de penser
que vous vous soyez en cela advancé plus que mon intention. Quant aux
quatre subjectz de ma dicte sœur qui sont arrestez à Calais, dont
elle vous a faict plaincte, vous luy en avez fort saigement respondu.
Toutesfois, pour estre esclayrcy de ce qui en est, j'ay escript
présentement au sieur de Gonrdan pour sçavoir l'occasion du dict
arrest, pour, après l'avoir sceue, en faire faire toute telle raison
qu'il apartient à la commune amityé, qui est entre ma dicte bonne
sœur et moy, en laquelle elle se peut assurer que je continueray
tousjours sans rien faire de mon costé, qui la puisse aulcunement
altérer; priant Dieu, etc.
Escript à Paris le XXVIIe jour de juilhet 1569.
CHARLES. BRULART.
XVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVe jour d'aoust 1569.--
Remontrances qui doivent être faites à la reine d'Angleterre afin
qu'elle arrête les secours destinés pour la
Rochelle.--Dénégation qu'une ligue ait été formée par le roi
avec l'empereur et le roi d'Espagne.--Desir manifeste
d'Élisabeth de se tenir prête à profiter des troubles de
France.--Avis de secours préparés en Allemagne pour les
protestans.--Vive recommandation faite à l'ambassadeur de
favoriser de tout son pouvoir le mariage de Marie Stuart avec
le duc de Norfolk.--Envoi des lettres officielles annonçant le
mariage du roi avec la seconde fille de l'empereur, et de
Madame avec le roi de Portugal.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par vos trois dernières despêches, des
XIXe et XXVIIe du passé, et celle que j'ay receue hier du premier du
présent[18], de l'une desquelles le Sr de Vassal a esté porteur, je
cognois bien qu'il se continue tousjours par dellà plusieurs mauvais
offices, mesmes pour le regard des deniers que l'on a tacitement
permis à ceux de la Rochelle d'emprunter sur les bagues de la Royne de
Navarre, bien que les propos de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur,
soient tousjours les plus honnestes qu'il est possible; lesquels elle
ne sçauroit mieux faire cognoistre correspondre à la sincérité de son
intention, que quand elle déniera faveur en son royaume à ceux qu'il
luy est assés notoire m'estre rebelles. Dont je désire que vous la
sollicitiez, de ma part, à toutes occasions, mesmes sur les dictz
deniers, que vous avez entendu que l'on est après pour recouvrer en
son pays, sur les bagues de la dicte Royne de Navarre, pour en ayder
et secourir mes dictz rebelles, ce qu'elle ne peut souffrir sans bien
avant contrevenir au traicté de payx, affin de tousjours luy faire
bien cognoistre que je voys assez clair en ses déportemens, et que ses
honnestes parolles ne me les peuvent tant déguyser que je ne sente
bien en quoy elle se départ de l'office de bonne sœur et alliée
qu'elle me doit estre, et de l'affection qu'elle vous a, tant de foys,
dict porter au bien de mes affaires. Ce que vous regarderez de luy
faire entendre sy dextrement, et à propos, qu'il serve à la contenir
et garder de se laisser persuader à beaucoup de choses, ès quelles
ceux qui n'ayment pas son repos desirent la faire résouldre: dont elle
pourra, possible, en le faisant, recepvoir plustot désavantaige en ses
affaires que quand elle vouldra, en observant sa foy, entretenir la
paix qu'elle a promize et jurée avec moy; s'estant assés ordinairement
veu que les princes qui, soubz une injuste querelle, mènent guerre
couvertement ou appertement à leurs voysins, n'en rapportent enfin que
perte et ruyne pour eux, leurs royaumes, pays et subjectz.
[18] Voyez XLVIIe, XLVIIIe et XLIXe dép., tom. II, pag. 89, 97 et
129.
J'ay bien considéré le mémoire ample que m'avez envoyé de l'estat des
choses de delà, lesquelles, encore qu'elles semblent quelque peu
préparées à remuement, si est ce qu'il n'est tel que pour cela l'on
puisse penser qu'ilz soyent divertiz de porter mauvaise affection à
mon royaume, et que les grands préparatifs que continue ma dicte bonne
sœur ne soyent plustost pour entreprendre une offension que pour
conserver son estat, si ce n'estoit que, sur l'opinion que ceux de
delà se sont mize en la teste de la ligue qu'ils disent estre toute
certaine entre l'Empereur, le Roy d'Espaigne et moy, ainsy que le
secrétaire Cecille le vous a voullu prouver par ses raysons
discoureues au dict mémoire, ma dicte bonne sœur fust en une
perpétuelle deffiance que je la voullusse offenser. A quoy je ne voy
point d'aparance, mais bien plustost qu'elle a l'œil ouvert pour
tirer des malheurs de mon royaulme quelque proffict en ses
prétantions; trouvant bon que vous ayez eu avec les seigneurs de delà,
et semblablement avec ma dicte bonne sœur, les propos que me mandez
par vostre lettre du dict premier de ce moys, qui peuvent servir à
tousjours mieux sonder les fontz de leurs intentions.
Les adviz qui me viennent du costé d'Allemaigne se conforment, en
quelque chose, à ce que le comte de Lescestre vous a dict du dict
Cazimir. Et en conférant tout ce que j'entendz des dictz adviz, je voy
bien qu'il y a grande apparance qu'il s'y doive faire quelque nouvel
amas de gens de guerre; portant mesmement, ung des dictz adviz, qu'il
a esté envoyé d'Angleterre de l'argent en Allemaigne pour l'Admiral,
dont vous mettrez peyne de vous esclaircyr de ce qui en est.
Je vous recommande l'affaire dont, par mes dernières despesches, je
vous ay escript, auquel je vous prie vous y employer sy avant que le
mariage que sçavez se puisse fère, y uzant de toutz les meilleurs et
plus exprès moyens, dont vous vous sçaurez saigement adviser.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, estant le faict de mon
mariage avec la fille puisnée de l'Empereur, et de ma sœur avec le
Roy de Portugal, sy advancé que j'ay envoyé pouvoir à mon ambassadeur,
qui réside en Espaigne, pour en contracter avec ceux que le Roy
d'Espaigne, qui a pris toute la charge de cest affaire, voudra
députter, la Royne, Madame et Mère, et moy en avons voullu donner
adviz à ma dicte bonne sœur par les lettres que nous luy escripvons,
que vous luy présenterez avec nos cordialles et affectionnées
recommandations; priant Dieu, etc.
Escript à Amboise le XVe jour d'aoust 1569.
CHARLES. BRULART.
XVII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVe jour d'aoust 1569.--
Désir de la reine-mère que la pacification soit faite en France.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . choses à ce
que ceste guerre soit abrégée le plus que l'on pourra, ainsi que nous
espérons que Dieu nous en fera la grâce, le priant, Monsieur de La
Mothe Fénélon, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.
Escript à Amboise le XVe jour d'aoust 1569.
CATERINE. BRULART.
XVIII
Mr DE LA MEILLERAYE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVIIe jour d'aoust 1569.--
Plaintes contre les déprédations des Anglais.--Vive
recommandation adressée à l'ambassadeur de communiquer sans
retard les entreprises qui pourraient être préparées en
Angleterre.--Nouvelles de la guerre.--Siège de Poitiers.
--Secours introduit dans la place.--Bon espoir que la ville ne
pourra être forcée.