Fleur-des-eaux se tourna et vit Simplice. Elle sourit, elle lui fit
signe d'approcher, en disant à la forêt:
--Voici venir le bien-aimé.
Il y avait trois jours, trois heures, trois minutes, que le prince
poursuivait l'ondine. Les paroles des chênes grondaient encore
derrière lui; il fut tenté de s'enfuir.
Fleur-des-eaux lui pressait déjà les mains. Elle se dressait sur ses
petits pieds, mirant son sourire dans les yeux du jeune homme.
--Tu as bien tardé, dit-elle. Mon coeur te savait dans la forêt. J'ai
monté sur un rayon de lune et je t'ai cherché trois jours, trois
heures, trois minutes.
Simplice se taisait, retenant son souffle. Elle le fit asseoir au bord
de la fontaine; elle le caressait du regard; et lui, il la contemplait
longuement.
--Ne me reconnais-tu pas? reprit-elle. Je t'ai vu souvent en rêve.
J'allais à toi, tu me prenais la main, puis nous marchions, muets et
frémissants. Ne m'as-tu pas vu? ne te rappelles-tu pas tes rêves?
Et comme il ouvrait enfin la bouche:
--Ne dis rien, reprit-elle encore. Je suis Fleur-des-eaux, et tu es le
bien-aimé. Nous allons mourir.
X
Les grands arbres se penchaient pour mieux voir le jeune couple. Ils
tressaillaient de douleur, ils se disaient de taillis en taillis que
leur âme allait prendre son vol.
Toutes les voix firent silence. Le brin d'herbe et le chêne se
sentaient pris d'une immense pitié. Il n'y avait plus dans les
feuillages un seul cri de colère, Simplice, le bien-aimé de
Fleur-des-eaux, était le fils de la vieille forêt.
Elle avait appuyé la tête à son épaule. Se penchant au-dessus du
ruisseau, tous deux se souriaient. Parfois, levant le front, ils
suivaient du regard la poussière d'or qui tremblait dans les derniers
rayons du soleil. Ils s'enlaçaient lentement, lentement. Ils
attendaient la première étoile pour se confondre et s'envoler à
jamais.
Aucune parole ne troublait leur extase. Leurs âmes, qui montaient à
leurs lèvres, s'échangeaient dans leurs haleines.
Le jour pâlissait, les lèvres des deux amants se rapprochaient de plus
en plus. Une angoisse terrible tenait la forêt immobile et muette. De
grands rochers d'où jaillissait la source jetaient de larges ombres
sur le couple, qui rayonnait dans la nuit naissante.
Et l'étoile parut, et les lèvres s'unirent dans le suprême baiser, et
les chênes eurent un long sanglot. Les lèvres s'unirent, les âmes
s'envolèrent.