Il entendit les vieux chênes qui lui criaient avec colère:
--Que ne disais-tu que tu étais un homme? Nous nous serions cachés de
toi, nous t'aurions refusé nos leçons, pour que ton oeil de ténèbres
ne pût voir Fleur-des-eaux, l'ondine de la source. Tu t'es présenté à
nous avec l'innocence des bêtes, et voici qu'aujourd'hui tu montres
l'esprit des hommes. Regarde, tu écrases les scarabées, tu arraches
nos feuilles, tu brises nos branches. Le vent d'égoïsme t'emporte, tu
veux nous voler notre âme.
Et l'aubépine ajouta:
--Simplice, arrête, par pitié! Lorsque l'enfant capricieux désire
respirer le parfum de mes bouquets étoilés, que ne les laisse-t-il
s'épanouir librement sur la branche! Il les cueille et n'en jouit
qu'une heure.
Et la mousse dit à son tour:
--Arrête, Simplice, viens rêver sur le velours de mon frais tapis. Au
loin, entre les arbres, tu verras se jouer Fleur-des-eaux. Tu la
verras se baigner dans la source, se jetant au cou des colliers de
perles humides. Nous te mettrons de moitié dans la joie de son regard:
comme à nous, il te sera permis de vivre pour la voir.
Et toute la forêt reprit:
--Arrête, Simplice, un baiser doit la tuer, ne donne pas ce baiser. Ne
le sais-tu pas? la brise du soir, notre messagère, ne te l'a-t-elle
pas dit? Fleur-des-eaux est la fleur céleste dont le parfum donne la
mort. Hélas! la pauvrette, sa destinée est étrange. Pitié pour elle,
Simplice, ne bois pas son âme sur ses lèvres.