Un homme d'esprit s'égara dans la forêt. Il était en compagnie d'un
homme savant.
L'homme d'esprit faisait de profondes remarques sur l'humidité
malsaine des bois, et parlait des beaux champs de luzerne qu'on
obtiendrait en coupant tous ces grands vilains arbres.
L'homme savant rêvait de se faire un nom dans les sciences en
découvrant quelque plante encore inconnue. Il furetait dans tous les
coins, et découvrait des orties et du chiendent.
Arrivés au bord de la source, ils trouvèrent le cadavre de Simplice.
Le prince souriait dans le sommeil de la mort. Ses pieds
s'abandonnaient au flot, sa tête reposait sur le gazon de la rive. Il
pressait sur ses lèvres, à jamais fermées, une petite fleur blanche et
rose, d'une exquise délicatesse et d'un parfum pénétrant.
--Le pauvre fou! dit l'homme d'esprit, il aura voulu cueillir un
bouquet, et se sera noyé.
L'homme savant se souciait peu du cadavre. Il s'était emparé de la
fleur, et sous prétexte de l'étudier. il en déchirait la corolle.
Puis, lorsqu'il l'eut mise en pièces:
--Précieuse trouvaille! s'écria-t-il. Je veux, en souvenir de ce
niais, nommer cette fleur _Anthapheleia limnaia_.
Ah! Ninette, Ninette, mon idéale Fleur-des-eaux, le barbare la nommait
_Anthapheleia limnaia_!