La forêt se taisait maintenant; elle se défiait de Simplice. Elle
épaississait son feuillage, elle jetait toute sa nuit sur les pas du
jeune prince. Le péril qui menaçait Fleur-des-eaux la rendait
chagrine; elle n'avait plus de caresses, plus d'amoureux babil.
L'ondine revint dans les clairières, et Simplice la vit de nouveau.
Fou de désir, il s'élança à sa poursuite. L'enfant, montée sur un
rayon de lune, n'entendit point le bruit de ses pas. Elle volait
ainsi, légère comme la plume qu'emporte le vent.
Simplice courait, courait à sa suite sans pouvoir l'atteindre. Des
larmes coulaient de ses yeux, le désespoir était dans son âme.
Il courait, et la forêt suivait avec anxiété cette course insensée.
Les arbustes lui barraient le chemin. Les ronces l'entouraient de
leurs bras épineux, l'arrêtant brusquement au passage. Le bois entier
défendait son enfant.
Il courait, et sentait la mousse devenir glissante sous ses pas. Les
branches des taillis s'enlaçaient plus étroitement, se présentaient à
lui, rigides comme des tiges d'airain. Les feuilles sèches
s'amassaient dans les vallons; les troncs d'arbres abattus se
mettaient en travers des sentiers; les rochers roulaient d'eux-mêmes
au-devant du prince. L'insecte le piquait au talon; le papillon
l'aveuglait en battant des ailes à ses paupières.
Fleur-des-eaux, sans le voir, sans l'entendre, fuyait toujours sur le
rayon de lune. Simplice sentait avec angoisse venir l'instant où elle
allait disparaître.
Et, désespéré, haletant, il courait, il courait.