VI

Fleur-des-eaux était fille d'un rayon et d'une goutte de rosée. Elle

était si limpidement belle, que le baiser d'un amant devait la faire

mourir; elle exhalait un parfum si doux, que le baiser de ses lèvres

devait faire mourir un amant.

La forêt le savait, et la forêt jalouse cachait son enfant adorée.

Elle lui avait donné pour asile une fontaine ombragée de ses rameaux

les plus touffus. Là, dans le silence et dans l'ombre, Fleur-des-eaux

rayonnait au milieu de ses soeurs. Paresseuse, elle s'abandonnait au

courant, ses petits pieds demi-voilés par les flots, sa tête blonde

couronnée de perles limpides. Son sourire faisait les délices des

nénuphars et des glaïeuls. Elle était l'âme de la forêt.

Elle vivait insoucieuse, ne connaissant de la terre que sa mère, la

rosée, et du ciel que le rayon, son père. Elle se sentait aimée du

flot qui la berçait, de la branche qui lui donnait son ombre. Elle

avait mille amoureux et pas un amant.

Fleur-des-eaux n'ignorait pas qu'elle devait mourir d'amour; elle se

plaisait dans celle pensée, et vivait en espérant la mort. Souriante,

elle attendait le bien-aimé.

Une nuit, à la clarté des étoiles, Simplice l'avait vue au détour

d'une allée. Il la chercha pendant un long mois, pensant la rencontrer

derrière chaque tronc d'arbre. Il croyait toujours la voir glisser

dans les taillis; mais il ne trouvait, en accourant, que les grandes

ombres des peupliers agités par les souffles du ciel.

Contes à Ninon · 第 19 / 70 题