Simplice fut très-occupé les jours qui suivirent son installation. Il
lia connaissance avec ses voisins, le scarabée de l'herbe et le
papillon de l'air. Tous étaient de bonnes bêtes, ayant presque autant
d'esprit que les hommes.
Dans les commencements, il eut quelque peine à comprendre leur
langage; mais il s'aperçut bientôt qu'il devait s'en prendre à son
éducation première. Il se conforma vite à la concision de la langue
des insectes. Un son finit par lui suffire, comme à eux, pour désigner
cent objets différents, suivant l'inflexion de la voix et la tenue de
la note. De sorte qu'il alla se déshabituant de parler la langue des
hommes, si pauvre dans sa richesse.
Les façons d'être de ses nouveaux amis le charmèrent. Il s'émerveilla
surtout de leur manière de juger les rois, qui est celle de ne point
en avoir. Enfin il se sentit ignorant auprès d'eux, et prit la
résolution d'aller étudier à leurs écoles.
Il fut plus discret dans ses rapports avec les mousses et les
aubépines. Comme il ne pouvait encore saisir les paroles du brin
d'herbe et de la fleur, cette impuissance jetait beaucoup de froid
dans leurs relations.
Somme toute, la forêt ne le vit pas d'un mauvais oeil. Elle comprit
que c'était là un simple d'esprit et qu'il vivrait en bonne
intelligence avec les bêtes. On ne se cacha plus de lui. Souvent il
lui arrivait de surprendre au fond d'une allée un papillon chiffonnant
la collerette d'une marguerite.
Bientôt l'aubépine vainquit sa timidité jusqu'à donner des leçons au
jeune prince. Elle lui apprit amoureusement le langage des parfums et
des couleurs. Dès lors, chaque matin, les corolles empourprées
saluaient Simplice à son lever; la feuille verte lui contait les
cancans de la nuit, le grillon lui confiait tout bas qu'il était
amoureux fou de la violette.
Simplice s'était choisi pour bonne amie une libellule dorée, au fin
corsage, aux ailes frémissantes. La chère belle se montrait d'une
désespérante coquetterie: elle se jouait, semblait l'appeler, puis
fuyait lestement sous sa main. Les grands arbres, qui voyaient ce
manège, la tançaient vertement, et, graves, disaient entre eux qu'elle
ferait une mauvaise fin.
V
Simplice devint subitement inquiet.
La bête à bon Dieu, qui s'aperçut la première de la tristesse de leur
ami, essaya de le confesser. Il répondit en pleurant qu'il était gai
comme aux premiers jours.
Maintenant, il se levait avec l'aurore pour courir les taillis
jusqu'au soir. Il écartait doucement les branches, visitant chaque
buisson. Il levait la feuille et regardait dans son ombre.
--Que cherche donc notre élève? demandait l'aubépine à la mousse.
La libellule, étonnée de l'abandon de son amant, le crut devenu fou
d'amour. Elle vint lutiner autour de lui. Mais il ne la regarda plus.
Les grands arbres l'avaient bien jugée: elle se consola vite avec le
premier papillon du carrefour.
Les feuillages étaient tristes. Ils regardaient le jeune prince
interroger chaque touffe d'herbe, sonder du regard les longues
avenues; ils l'écoutaient se plaindre de la profondeur des
broussailles, et ils disaient:
--Simplice a vu Fleur-des-eaux, l'ondine de la source.