Simplice devint en peu de jours un vieil ami de la forêt. Ils
bavardèrent si follement ensemble, qu'elle lui enleva le peu de raison
qui lui restait. Lorsqu'il la quittait pour venir s'enfermer entre
quatre murs, s'asseoir devant une table, se coucher dans un lit, il
demeurait tout songeur. Enfin, un beau matin, il abandonna soudain ses
appartements et alla s'installer sous les feuillages aimés.
Là, il se choisit un immense palais.
Son salon fut une vaste clairière ronde, d'environ mille toises de
surface. De longues draperies vert sombre en ornaient le pourtour;
cinq cents colonnes flexibles soutenaient, sous le plafond, un voile
de dentelle couleur d'émeraude; le plafond lui-même était un large
dôme de satin bleu changeant, semé de clous d'or.
Pour chambre à coucher, il eut un délicieux boudoir, plein de mystère
et de fraîcheur. Le plancher ainsi que les murs en étaient cachés sous
de moelleux lapis d'un travail inimitable. L'alcôve, creusée dans le
roc par quelque géant, avec des parois de marbre rose et un sol de
poussière de rubis.
Il eut aussi sa chambre de bains, une source d'eau vive, une baignoire
de cristal perdue dans un bouquet de fleurs. Je ne te parlerai pas,
Ninon, des mille galeries qui se croisaient dans le palais, ni des
salles de danse et de spectacle, ni des jardins. C'était une de ces
royales demeures comme Dieu sait en bâtir.
Le prince put désormais être un sot tout à son aise. Son père le crut
changé en loup et chercha un héritier plus digne du trône.