III

Simplice devint en peu de jours un vieil ami de la forêt. Ils

bavardèrent si follement ensemble, qu'elle lui enleva le peu de raison

qui lui restait. Lorsqu'il la quittait pour venir s'enfermer entre

quatre murs, s'asseoir devant une table, se coucher dans un lit, il

demeurait tout songeur. Enfin, un beau matin, il abandonna soudain ses

appartements et alla s'installer sous les feuillages aimés.

Là, il se choisit un immense palais.

Son salon fut une vaste clairière ronde, d'environ mille toises de

surface. De longues draperies vert sombre en ornaient le pourtour;

cinq cents colonnes flexibles soutenaient, sous le plafond, un voile

de dentelle couleur d'émeraude; le plafond lui-même était un large

dôme de satin bleu changeant, semé de clous d'or.

Pour chambre à coucher, il eut un délicieux boudoir, plein de mystère

et de fraîcheur. Le plancher ainsi que les murs en étaient cachés sous

de moelleux lapis d'un travail inimitable. L'alcôve, creusée dans le

roc par quelque géant, avec des parois de marbre rose et un sol de

poussière de rubis.

Il eut aussi sa chambre de bains, une source d'eau vive, une baignoire

de cristal perdue dans un bouquet de fleurs. Je ne te parlerai pas,

Ninon, des mille galeries qui se croisaient dans le palais, ni des

salles de danse et de spectacle, ni des jardins. C'était une de ces

royales demeures comme Dieu sait en bâtir.

Le prince put désormais être un sot tout à son aise. Son père le crut

changé en loup et chercha un héritier plus digne du trône.

Contes à Ninon · 第 17 / 70 题